Nothing But The Night

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Il y a des DVD qui sont plus intéressants que les films qu’ils contiennent. En dépit de la présence de deux légendes, Nothing But The Night est de ceux-là, le support attirant plus de regards et contenant autant d’histoires que l’œuvre elle-même.

 

Attention, SPOILERS !!! Il est recommandé d’avoir vu le film avant de lire cette chronique. Tout comme il est VIVEMENT recommandé de regarder le film sans lire des résumés sur Internet et d’éviter à tout prix de lire le résumé au dos du DVD !

 

Vous savez comment sont les bisseux. Toujours enfermés dans la grotte qui leur sert de salon, à enfiler les DVD les uns après les autres, passant d’un film de zombies italiens à un film de savant fou espagnol en un claquement de doigt, enchaînant les horreurs, encore et encore. C’est que les DVD, ça s’empile, formant un mont des épouvantes suintant le sang, le slime et les produits chimiques. Le bisseux l’observe, se disant qu’il a encore quelques perles à découvrir et de longues heures de gore devant lui, tranquille pour quelques mois. Mais voilà, il arrive que la pile rétrécisse et cela ne peut signifier qu’une chose: il est temps de sortir de sa grotte et de faire le plein. La plupart n’ont même plus à se lever de leur siège pour cela, trois clics sur Amazon leur permettant d’avoir leurs galettes chaudes dans la boite aux lettres deux jours plus tard, sans se froisser un muscle. Mais c’est perdre le contact, humain avec le vendeur, mais aussi avec les bacs. Débarquer, fouiller, écarter les daubes et tomber sur une perle qu’on ne pensait pas sortie ou une curiosité qui mériterait découverte. Ca, Amazon ne le proposera jamais… Reste qu’un jour, votre serviteur avait décidé lui aussi de faire des provisions filmiques et partit à la chasse au DVD. Bon, vous connaissez les magasins, il y a principalement des trucs qui ne nous intéressent guère, genre les trente-trois suites de Saw ou des trucs que tout le monde a déjà en quatre exemplaires, comme les Vendredi 13. Mais trônait au milieu du rayon un film à la pochette clairement old-school, car peinte, qui attira tout de suite mon attention. Ca s’appelait Nothing But The Night et ça annonçait fièrement la présence de Christopher Lee et Peter Cushing au générique. Soit deux de mes acteurs favoris de tous les temps ! Alors vous pensez bien que je n’allais pas passer à coté. J’embarque le DVD, je passe à la caisse, je paie, et je retourne dans ma grotte en sautillant de bonheur.

 

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Quand vous achetez un dvd, vous faites quoi ? Vous faites comme moi, vous lisez le résumé. Vous n’avez pas envie d’acheter un truc avec une histoire pourrave alors vous vous renseignez un minimum. Pas envie de tomber sur un film d’horreur qui se la joue auteur et sera chiant, et quand le pitch vous fais chier, vous savez que vous vous ferez chier. L’arrière du DVD de Nothing But The Night contient un résumé très court et deux images. La première, prenant toute la place et servant de fond, représente une fillette qui gueule et un chauffeur proche d’une flamme. Dans la seconde, plus petite, on voit le grand Peter Cushing causer d’on ne sait quoi avec une femme. Niveau bonus, on voit direct qu’on aura rien mais bon, on ne va pas chier des hannetons, c’est déjà bien que ce film méconnu arrive chez nous. Beaucoup d’autres, pourtant plus populaires, restent tristement invisibles dans nos contrées. Quant au résumé, je vous le reproduis tel quel: « Plusieurs personnes gérant un orphelinat écossais disparaissent. L’inspecteur Bingham s’y rend et découvre que les enfants ont acquis des cerveaux d’adultes dont ils se débarrassent ensuite des corps vieillis ». Voilà, deux phrases, pas plus. Mais bon, des enfants tueurs, ça peut le faire, il y a quelques films dans le style comme Le Village des Damnés ou le récent The Children mais pas non plus tout une palanquée faisant qu’on n’en peut plus du style. Allez, on prend cet enfoiré de disque et on le fout dans le lecteur, en avant pour Cushing et Lee contrent Junior le Terrible !!!

 

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Et ça ne marche pas. Le dvd fait sauter le lecteur et coupe toute la tv. Bon, ça arrive parfois, on retente. Rebelote, tout saute. Bon… On comprend direct qu’on est face à un DVD un peu foireux et qu’il va falloir la jouer fine avec. Test avec un deuxième lecteur, encore une fois, ça ne marche pas ! Ce n’est que lors du troisième que le film pourra enfin être visionné. Déjà, c’est peu engageant… Tout le monde ne dispose pas forcément de plusieurs lecteurs, ce qui limite déjà la portée du film. Je conseille d’ailleurs à ceux qui me lisent (à vous, donc) de vous assurer que vous avez plusieurs moyens de lecture pour Nothing But The Night, et peut-être pour les films édités par « Action et Communication ». Oui, c’est le nom de l’éditeur… Je sais, ça sonne déjà à l’oreille comme un truc qui ne va pas fonctionner du tonnerre… Mais peu importe, le film marche et c’est le principal ! En route pour les enfants tueurs ! Yeah !

 

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Tiens… Ca fait 20 minutes que je regarde le film et même si on voit des enfants et qu’il y a des meurtres, on ne les voit rien faire. Bah ! C’est les années 70, ça prenait toujours le temps de faire une longue exposition pour pouvoir faire peur après, pas de soucis, on connaît la chanson. 30 minutes… 40… 50… Une heure de film et toujours rien ! Il y a des gens qui meurent mais on attend toujours ces fameux enfants bouffeurs de cerveaux ou je sais pas trop quoi ! Ils font quoi ? Ils sont partis jouer dans un autre film ? Ils se touchent ? Parce que là, c’est pas qu’on s’emmerde mais presque et pour un film d’horreur, il se passe pas grand-chose. Cushing et Lee déambulent et tentent de comprendre ce qui se passe mais pas plus. Et puis, vers les 80 minutes du film, nous comprenons. On comprend parce que le film est fini. Le film est fini et c’est cinq minutes avant la fin que ces enculés de marmots sont passés à l’action. Et du coup on pige direct ! Ce putain de Nothing But The Night n’est pas un film d’horreur ! C’est un film policier avec une fin fantastique !!! Nous n’étions pas censés savoir que c’était des enfants tueurs avec des cerveaux de vieux et tout ça, c’était la surprise finale. Alors forcément, comme le résumé nous en a dit plus qu’on ne devait en savoir et a raconté les cinq dernières minutes du film, nous étions en avance sur l’enquête de nos deux amis ! Comment voulez-vous apprécier un film à suspens si vous avez dix longueurs d’avance sur les enquêteurs !?! C’est impossible ! Cet enfoiré de résumé tient en deux lignes et arrive encore à vous raconter tout le film !

 

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Des DVD pourris, j’en ai vu, la puisque j’ai installé mes quartiers en Belgique, j’ai donc principalement des DVD wallons. Alors les films sans bonus, sans vo, sans sous-titres, avec pochette de merde, j’en ai vu plus que je ne le voudrais. Mais jamais un DVD ne m’aura semblé aussi pourri que celui de Nothing But The Night. Il n’y a rien à sauver dessus, du fait qu’il fait faire dix sauts à votre lecteur à son scandaleux résumé. Mais même la tranche arrive à être débile. Oui, la tranche ! Ils avaient juste à mettre le nom du film et collé le logo « DVD » mais non, ils ont trouvé le moyen de la merder. Il y a tout au-dessus une petite photo d’un vieux qui gueule. Ca se fait parfois sur les tranches de mettre une photo du film, ou l’affiche en plus petit. Mais le problème ici c’est que ce vieux on le voit à peine ! C’est juste un figurant à la con ! Pour tout dire, je ne me souviens même pas l’avoir vu dans le film ! T’as deux légendes du cinéma fantastique dans ce putain de film et ils vont te chercher un gus lambda que tu remarques à peine ! C’est comme si j’allais foutre la tronche de l’infirmière au début du Halloween de Carpenter alors que j’ai Michael Myers, Donald Pleasance ou Jamie Lee Curtis qui attendent que ça !

 

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Autant vous dire qu’il est difficile d’apprécier Nothing But The Night à sa juste valeur quand vous connaissez déjà la fin, un passage obligé si vous l’achetez en DVD. Tout le film est basé sur son mystère, alors si vous l’éventez, il ne reste plus grand-chose. D’ailleurs, pas sûr que le plomb se serait changé en or sans ça… Difficile de dire si je me serais moins emmerdé, mais c’est difficile à croire, le rythme du film étant assez proche de la neurasthénie. Malgré tout le plaisir qu’on peut avoir à retrouver les deux ennemis de toujours Cushing et Lee côte à côte, force est de reconnaître que ça ne suffit pas, malgré leurs efforts. Et la réalisation de Peter Sasdy, un metteur en scène de la Hammer et à qui l’on doit le très sympa La Fille de Jack l’Eventreur, n’arrive jamais à rendre l’intrigue moins soporifique…

 

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Malgré sa réunion de talents qui ne donne rien de bon, Nothing But The Night n’en est pas un film inintéressant pour autant. Historiquement, le film est un dossier intéressant tant il est rattaché à Christopher Lee. Désireux de se lancer dans la production, il crée Charlemagne Productions, piochant le nom dans son propre arbre généalogique le reliant à celui à qui l’on attribue la sinistre création de l’école. Et le film de Sasdy n’est que l’une des deux production du label de Lee, la seconde étant Une Fille… Pour le Diable. Aucun des deux films ne  rencontra le succès, Nothing but the Night ne sortant même pas en France et eu droit à une promotion minable aux USA. Charlemagne Production ne fit donc pas long feu et la carrière de Lee producteur s’arrêta aussi sec. Je sais que c’est peu pour rendre le film intéressant, comme si c’était son échec qui le rendait remarquable, mais ce n’est pas non plus la présence du très bon Michael Gambon (qui joua Maigret en Angleterre, également vu dans Sleepy Hollow) qui va rameuter les foules… Mais que sois maudit le label Action&Communication (décidément, quel nom ! Ca fait presque politique tout ça) pour avoir saboté ainsi un film…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Peter Sasdy
  • Scénario: John Blackburn
  • Production: Charlemagne Productions
  • Pays: Angleterre
  • Acteurs: Christopher Lee, Peter Cushing, Diana Dors
  • Année: 1973

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