Medusa 20 et 26

Category: Fanzines Comments: 2 comments

Si l’année a indéniablement mal commencé, on peut remercier les bras de la méduse dans lesquels il est toujours bon de se consoler ! Car Médusa is back et ce n’est pas pour faire de la figuration, comme le prouve son titanesque numéro 26. Et pour fêter ça dignement, on jette un œil dans le rétroviseur pour reluquer le numéro 20 en détails…

 

Persée lui-même ne saurait plus où en donner de la tête, lui qui pensait que chaque fin de numéro était une fin possible pour Médusa, fanzine aussi mythologique que son nom l’indique et qui, outre ses pouvoirs pétrifiants, dispose aussi de l’endurance d’une hydre. Si nous savons depuis un moment que le romancier/chanteur/animateur-radio/père de famille Didier Lefèvre a plus d’un serpent dans la chevelure, c’est malgré tout ses activités dans l’édition fanzinesque qui lui offrent un trône au Mont Olympe du Bis, aux côtés des autres grands du genre que sont Norbert Moutier ou Jean-Pierre Putters qui, comme vous le verrez dans cet article, n’ont pas hésité à venir prêter leurs glaives à Didier pour cette bataille contre la culture aseptisée. Médusa Fanzine, vous connaissez bien désormais. Car à moins d’être un bissophile débutant (et si c’est le cas, n’ayez aucune crainte, on s’occupe de vous), vous n’êtes pas sans savoir que le père Lefèvre n’édite pas, il édifie. Un atlas des mondes cinématographiques géographiquement proches de l’Atlantide dans leur oubli, une encyclopédie en 26 volumes (pour l’instant du moins, car ça va bien évidemment continuer !) qui épluche tout ce que le cinéma déviant a pu proposer depuis ses débuts, un guide du routard de la pelloche qui suinte le vieux pu verdâtre, l’annuaire des artistes atypiques et fous, le bottin de l’exploitation sous toutes ses formes. Vingt-six ans, autant de numéros renfermant des centaines de chroniques chacun. Je vous laisse sortir vos calculatrices et faire les comptes : c’est des semaines de bonheur en perspective pour qui dispose de toute la collection, à laquelle il faut rajouter les Hammer Forever, publication parallèle à Médusa que tenait Didier dans le temps qui s’apprête à faire son grand retour, et qui comme son nom l’insinue se calait volontiers entre les canines crochues de Christopher Lee et les tubes à essais fumants de Peter Cushing. Du gros, du lourd, du beau et rien que pour vous, le gladiateur Rigs Mordo va quitter sa douillette crypte toxique pour s’aventurer dans le palais d’une gorgone à la langue de vipère bien pendue…

 

medusa20

 

Tant qu’à faire, autant y aller chronologiquement et débuter avec le numéro 20, sorti en mars 2003. Un volume que l’on pourrait qualifier comme typique de la production « médusienne » puisqu’on y trouve tout ce qui a fait le succès du fanzine et la plupart des catégories qui en font la renommée. Bien entendu, Médusa étant également un journal de bord du Capitaine Lefèvre, navigateur émérite revenu de biens des mers déchainées (on dit qu’il a le Kraken empaillé dans son salon), ce qui signifie que l’on peut trouver quelques rubriques qui ne sont plus nécessairement trouvables, ou en plus faible quantité, dans ses périples plus récents. On peut par exemple repérer que l’auteur du roman Le Gros traversait les eaux chaudes de l’Indonésie puisque s’offre à nous la rubrique Primadjakarta, certainement l’une des plus réjouissante du numéro puisque nous balançant quelques titres séduisants qui mélangent sans vergogne aventures de romans de gare, combats magiques et gore outrancier. Soit tout ce qu’aime Didier, qui se penche plus particulièrement sur Le Guerrier (1981) et ses vraies ou fausses suites, une saga qui représente tout ce que kiffe le Thénardier, qui y trouve les excès attendus. Les autres films du même cru sont bien sûr tout aussi attirants et on ira volontiers faire bronzette sur L’Île de l’Enfer Cannibale, soulever la jupe de La Reine de la Magie Noire ou offrir un nouveau sac en cuir à la dame de Le Justicier contre la Reine des Crocodiles. Les impatients du come-back d’Hammer Forever patienteront avec une petite catégorie qui en reprend le nom et donc en toute logique la suite, cette fois pour nous en apprendre plus sur Le Triangle à quatre côtés et Le Spectre du Chat, de quoi ronronner de plaisir… Toujours désireux d’aller explorer des terres reculées, Didier prend son casque et se lance dans les films de guerre russes via quatre chroniques moulées en un texte qui fait la fierté de Poutine. Bien entendu, le reste du numéro contient tout ce que l’on est en droit d’attendre du regard de la méduse : des films de baston à l’ancienne (Qui a tué Bruce Lee ? qui refait l’histoire et nous apprend que le dragon fut assassiné avec l’aide d’un club de golf, Karaté pour une Blonde, Duel à Mort,…), du polar rital (Magnum Cop, Marc la gâchette, Saison pour des Tueurs,…), du western (On m’appelle King, Déposez les colts, Le jour de la haine,…), du fantastique old-school (The Monster from the Ocean Floor, I was a Teenage Werewolf, Man Beast,…), du fion (Les aventures des queues nickelées, Folies Danoises, Les Belles Dames du Temps Jadis,…),… Et bien entendu du bis (Le Tueur de la Pleine Lune), du bis (Black Emanuelle 2), du bis (Flashman contre les hommes invisibles), du bis (Gungala, la panthère nue), du bis (Super 7 appelle le Sphinx) et encore du bis (Malenka la vampire). Les lecteurs assidus de Médusa Fanzine apprécieront la présence de quelques habitués du fanzine comme Rodolphe Laurent, David Didelot ou Jean-Sébastien Gaboury tandis que Didier accueille également deux légendes de la presse underground : Norbert Moutier et Jean-Pierre Putters, ce qui doit certainement faire la fierté du gazier ! Et il y a de quoi ! Ajoutez à tout cela des entretiens avec James Bernard (histoire de rester encore un peu dans la Hammer), Dario Argento (malheureusement écourté par « un infâme connard », et c’est pas moi qui le dit !), Ron Perlman et Fabrice Lambot, qui nous en apprenait plus son court Insanity. Inutile de tergiverser : on tient encore là du grand Médusa, qui contient absolument tout ce que nous espérons y trouver.

 

medusa26

 

Lorsqu’un chroniqueur parle de Médusa, il a tendance à écrire ce que l’on pense être des phrases toutes faites comme « Avec ce numéro 26, Didier nous offre le meilleur volume de la série ! » alors qu’il disait pareil des 24 et 25. Mais n’allez pas voir des formules rédigées à l’avance, il se trouve que Médusa s’améliore en effet de numéros en numéros et que Didier Lefèvre à cette tendance pas possible à repousser les limites du fanzinat. Je suis particulièrement mal placé pour émettre un avis objectif sur ce numéro puisque je suis allé coller mes pattes de mouche dedans mais il faut tout de même reconnaître qu’on tient là un gros morceau, au moins digne du Kraken sous lequel Didier regarde ses vieux pornos danois chaque soir. Cette vingt-sixième offrande frappe fort, toujours plus fort, et ce n’est là que l’avis d’un matelot qui a participé à l’aventure mais la presse professionnelle pourra bien se remettre en question après avoir posé ses yeux sur cet objet de luxe. Alors que certains décident de miser sur une mise-en-page de petites queues qui t’aveugle tant elle use et abuse de blanc, ce qui n’est pas le meilleur moyen de combler les vides, Médusa colorise nos lectures et se remet en question d’un point de vue visuel, rameutant l’excellent Chris Steadyblog qui nous offre quelques pages de toutes beauté. Alors que d’autres jouent les frileux et se gardent bien d’émettre une véritable opinion de peur de se fâcher avec les gros studios, ce qui les force à adopter la fadeur comme divinité, Médusa y va franco et n’a jamais peur de coucher sur papier les avis les plus tranchants, sans langue de bois. Les chroniques sont donc toujours sincères et celles de véritables bissophages, qui ne font que transmettre leurs avis à d’autres fins gourmets. Des discussions de comptoir contrôlées et travaillées, un esprit de partage emballé dans une rigueur d’écriture. La liste des chroniques est encore une fois sans fin et l’on passe par tous les genres, par toutes les chapelles pour y allumer un nouveau cierge et, au besoin, éteindre les bougies qui sont de trop. De l’horreur, de l’action, du suspense, du sexe, de l’humour, du glauque, du dramatique,… Didier est encore une fois le chef d’orchestre d’une symphonie prenant naissance dans les cinémas de quartiers abandonnés et les vidéoclubs décrépis. Médusa sent la poussière, la bonne, pas celle qui salit vos jolis meubles Ikea, celle qui donne une âme à des bandes et œuvres qui ne sentent jamais le plastique neuf.

 

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Niveau dossiers, cela frappe fort encore une fois avec du lourd qui ne masque jamais ses dix tonnes. Ca commence avec la première partie d’un long article sur les bandes-originales des gialli, chaque musique de film du genre étant commentée et analysée par Lucas Giorgini, qui connaît son sujet. La suite dans le 27, bien évidemment, alors prenez votre mal en patience, mélomanes gantés ! Ca continue avec les liaisons dangereuses entre Jess Franco et son producteur Harry Allan Towers, un dossier dont les commandes sont tenues par Frédérick Durand, véritable connaisseur du plus bis des réalisateurs espagnols ! Ca se prolonge avec une partie sur l’acteur Herbert Fux, l’occasion pour Didier de nous couvrir de photos du gaillard et de laisser la place à Christophe Bier, là encore un ténor de la presse bis, un véritable spécialiste des acteurs méconnus ! Notons une filmographie complète et impressionnante du Fux, ce qui n’est pas surprenant lorsque l’on se rend compte que Bertrand Van Wonterghem a aidé à sa conception, le Belge derrière Euro-bis étant en pro en la matière. Ca se poursuit avec un joli texte, assez tendre, de Benjamin Cocquenet sur le « nudie », soit la cinéma porno et érotique avant l’heure ! Ca se perpétue avec une double-page animée par Chris Steadyblog qui s’amuse à comparer les jaquettes des VHS, décelant qui a copié quoi en matière de visuels dingues ! Et bien entendu, il y a de l’interview en suffisance : Alan Deprez frappe comme un forcené avec deux entretiens sur des grands du X et de l’érotisme avec les excellents et approfondis entretiens sur Gérard Kikoïne et Radley Metzger, Lucas Giorgini continue d’arpenter les plaisirs italiens avec Ruggero Deodato et Claudio Simonetti, David Garcia se plonge avec Jack Taylor dans la filmographie de ce dernier, Didier papote une nouvelle fois avec la réalisatrice Aurélia Mengin (déjà interviewée dans le numéro 25) qui revient toujours avec plaisir sur son intéressant univers, toujours très copains avec les filles le Lefèvre donne la parole à la Scream Queen du Z qu’est Genoveva Rossi avant qu’Eric Peretti ne passe le micro à Cindy Hinds, la gamine de Chromosome 3. Et comme ce numéro 26 se lance dans les chroniques de documentaires, Didier en profite pour s’entretenir avec Fabrice Blin, à qui l’on doit le docu Super 8 Madness. Notez également que mon interview de David Didelot réalisée pour la sortie de son livre Gore : Dissection d’une Collection est ici reproduite, ce qui là encore fait comme vous vous en doutez chaud au cœur. Médusa est un véritable tourbillon bis, maelstrom où se croisent robots tueurs, cowboys patibulaires, chaleurs de Grèce, nymphomanes allemandes, vieux vampires, tueurs en séries maboules, coquines italiennes, cannibales affamés, bossus violents et hommes transformés en champignons. Didier abat les frontières cinématographiques et se lance à corps perdu dans la bataille, affrontant un septième art aseptisé de toutes ses forces, avec ses troupes, ses escadrons du bis. Et c’est autant un honneur qu’un bonheur de pouvoir le faire à ses côtés. Merci Didier !

Rigs Mordo

2 comments to Medusa 20 et 26

  • Dirty Max 666  says:

    Non seulement tu parles admirablement bien des fanzines, mais en plus tu écris aussi dedans ! De quoi rendre ce Medusa 26 immédiatement culte. D’ailleurs, la bête trône encore sur ma pile de lectures et attend sagement que je la déflore (même si j’ai déjà commencé à la chatouiller un peu…).

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