Slaughterhouse: L’Abattoir de l’angoisse

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Si vous trainez vos sinistres dépouilles dans la crypte toxique, c’est que vous êtes des viandards, des chiens enragés qui ne crachent pas sur un os entouré de bonne chair, encore saignante si possible. L’Abattoir, alias Slaughterhouse, vous propose justement de passer dans les coulisses et voir comment on fait la saucisse dans le monde du bis.

 

A chaque changement de support ses pertes… Entre la VHS et le Blu-Ray, bien des œuvres sont tombées dans le trou sans fond de l’oubli et, manque de pot pour nos gueules, ce sont généralement les productions que nous chérissons. Les Spookies, La Nuit des Sangsues, Phase IV et autres The Slayer font en effet partie des bandes qui restent sur le banc de touche, patientant calmement, dans l’attente d’une sortie dans nos contrées. Certaines n’ayant même pas eu droit à une galette aux USA, autant dire qu’elles peuvent toujours attendre qu’un éditeur français se penchent sur leurs cas… L’Abattoir fait partie de ceux-là, de ces grands perdus qui ne retrouvent plus leur chemin jusqu’à nos lecteurs, le film de Rick Roessler étant par ailleurs « out of print » au pays de l’oncle Sam, son édition de 1999 étant désormais introuvable. Mais, contre-toute attente, cette série B réalisée en 1987 existe bel et bien en DVD dans nos contrées, sous le titre Maniac (ne pas confondre avec le Lustig, donc). Une édition qui n’a aucune chance d’être officielle, simple portage de la cassette sur un disque, trouvable en occasion dans certains Cash Converter (c’est là où j’ai choppé ma copie), avec une image dégueulasse et un son qui peine à se faire entendre. Autant dire que ça a été fait en loucedé, sans doute vendu sous les tables de marché et n’ayant eu une distribution que régionale, un « éditeur » (soit Marcel qui a fondé ses bureaux au fond de sa cave et écoule des bootlegs dans les brocantes) s’étant souvenu qu’il avait cette rareté en VHS et se sera probablement dit qu’il y a là un petit billet à se faire sans que personne ne se rende compte de l’illégalité de la chose. Nous n’allons pourtant pas nous en plaindre, car si les conditions sont déplorables, cela nous permet au moins de redécouvrir cette écorcherie oubliée qui revient à nous, hachoir en main.

 

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Parfois appelé Bacon Bits en Amérique alors que le titre original est Slaughterhouse, L’Abattoir est un sympathique dérivé de Massacre à la Tronçonneuse à la sauce slasher, le film de Rick Roessler partageant de nombreux éléments avec celui de Tobe Hooper (bouchers devenus fous, certains meurtres, discours social) tout en lui offrant un rythme plus énergique et plus de bétail à éliminer. Nous faisons donc la connaissance du boucher Lester Bacon (ils ne se sont pas foulés pour le nom, faut avouer), un homme malheureux (sa femme est morte lors d’un accouchement, son fils Buddy est un énorme idiot qui se prend pour un cochon, son abattoir ne marche plus et est à l’abandon) qui est poussé dans ses derniers retranchements. Les impôts le rattrapent, le sheriff lui met la pression et son avocat le force à revendre ses biens à un boucher aux méthodes plus modernes et à l’affaire plus viable. Mais Lester ne compte pas vendre le peu qu’il a et rendu fou par la pression, il décide d’attirer ses ennemis dans son antre glauque pour laisser Buddy les éliminer un à un, comme de vulgaires porcs qu’on transforme en tranches de jambons. En parallèle, quelques jeunes décident d’aller filmer un film d’horreur dans la région, profitant des décors lugubres de l’abattoir abandonné, ne sachant pas encore que l’épouvante sera plus réelle que prévu. Un script assez simple, qui ne cherche pas à paraître plus compliqué qu’il ne l’est et ne mise pas sur son suspense, très relatif, préférant développer une critique de la société. Plus encore que Tobe Hooper, Roessler insiste pour faire de ses assassins des victimes, des gens poussés à bout par le système, qui ne laisse plus de place à ceux qui ne savent pas s’adapter à lui suffisamment vite. Les Lester, sans doute des gens considérés comme normaux dix ans auparavant, sont devenus des marginaux par la force des choses, leurs méthodes de travail étant dépassées par la technologie, qui les écrase peu à peu. Slaughterhouse, derrière ses airs de simple slasher, se montre donc assez revanchard envers les puissants à la solde de l’état, prenant la défense des faibles faisant du boudin de leurs adversaires. Il est en effet difficile de détester Lester et Buddy, le premier étant un brave gars que le désespoir a fait tomber dans la folie, le second étant un simplet ne disposant pas d’assez de jugement pour se rendre compte de la violence de ses actes.

 

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Roessler s’évertue à côté de cela à montrer les victimes comme des idiots finis (les jeunes, pas franchement montrés comme de futurs prix Nobel) ou des pourris de première catégorie (l’avocat des Bacon et le boucher rival prennent de haut ceux qu’ils considèrent comme de simples bouseux d’une autre époque). Le réalisateur/scénariste a choisi son camp et le montre clairement, car si la structure scénaristique du film jongle entre trois points de vue (les gosses, les Bacon et leurs ennemis), c’est clairement notre famille de psychopathes qui sont mis en avant. L’Abattoir n’est donc pas un lieu de mystère, où l’on se demande ce que trafiquent nos créateurs de salami, dont les agissements et plans sont toujours connus puisque c’est eux que l’on voit le plus, leur temps de présence à l’écran prenant la moitié du film. Tout est donc fait pour que le spectateur prenne leur parti, les mioches n’étant finalement là que pour faire nombre et permettre à la boucherie d’allumer ses machines, à Buddy d’utiliser le hachoir qui lui sert d’arme, car nous sommes malgré tout dans un slasher qui se doit d’avoir un bodycount suffisamment élevé. Reste que cette présence quasiment ininterrompue des Bacon pourrait avoir pour effet de les rendre moins effrayants. Par chance, il n’en est rien, la dégaine de Buddy lorsqu’il s’apprête à faire une victime faisant autant d’effet que le rire dément d’un Lester définitivement passé de l’autre côté. Le suspense n’est pas forcément toujours au rendez-vous, quoique le climax se tient très bien à ce niveau, mais c’est contrebalancé par une certaine saleté, qui là encore rappelle le classique de Hooper. L’abattoir est bien évidemment cradingue, son intérieur humide et gras en remontant à ses extérieurs boueux et remplis de carcasses d’animaux morts, avec lesquelles joue un Buddy qui ne doit avoir que cela pour s’amuser. Une certaine idée de la détresse…

 

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Mais soyez rassurés, si le discours est assez sérieux et que l’ambiance est suintante, le film ne tombe pas dans le sordide absolu et se permet quelques touches humoristiques bienvenues. Buddy est effectivement drôle à certaines occasions et les jeunes déploient une bonne humeur communicative, renforcée par une bande-son oscillant entre le rock eighties et le disco, histoire de rappeler à quelle période appartient Slaughterhouse. Le coté divertissement est donc assuré et l’ont sourit parfois, notamment lorsque l’on voit les ados tourner leur film d’horreur dans l’abattoir sans trop que l’on sache où ils veulent en venir. On est effectivement bien curieux à l’idée de visionner le produit fini puisque le tournage semble se limiter à deux débiles portant des masques moches en train de faire les singes un peu partout. C’est en tout cas assez amusant et permet de souffler un peu entre deux meurtres, qui n’hésitent pas à verser dans le gore, sans trop en faire non plus. On verra tout de même une main tranchée, les restes d’un corps humain passé dans une broyeuse, des coups de hachoir dans la gueule et autres joyeusetés de charcutier. Le bodycount est assez élevé, dépassant la dizaine de morts, qui tombent de manière régulière, en tout cas suffisamment pour que l’on ne s’emmerde jamais. Techniquement, il est difficile de juger des qualités de la photographie vu les couleurs délavées présentes sur la galette que je possède, ce qui sera un défaut pour beaucoup mais finalement joue en faveur du film, qui gagne encore en craspec. Et puis, voir un film avec une image pourrave, c’est également se rappeler les petits plaisirs de la VHS, certains films semblant avoir été faits pour être vus dans ces conditions !

 

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La réalisation de Roessler est quant à elle acceptable, plutôt rude et collant finalement bien à l’histoire. Pas de mouvements de caméra alambiqués ici mais le travail est bien fait. Pas d’acteurs trop mauvais non plus, en tout cas pas au point de donner au film une dimension nanarde, les comédiens étant assez corrects. Beaucoup ne feront cependant rien par la suite, les membres de l’équipe n’ayant généralement qu’un ou deux autres titres à ajouter à leurs maigres C.V. On regrettera en tout cas que Roessler n’ait jamais remis le couvert, Slaughterhouse étant sa seule et unique réalisation (il abandonnera totalement le cinéma par la suite). Pour son seul titre de gloire, il pourra en tout cas se vanter d’avoir torché un slasher plus intelligent et intéressant que la moyenne, très divertissant qui plus est. Le genre de petites productions qui mériterait clairement une réhabilitation… Et qui donne envie de manger du jambon !

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Rick Roessler
  • Scénarisation: Rick Roessler
  • Production: Ron Matonak
  • Titres: Bacon Bits (USA), Slaughterhouse (USA)
  • Pays: USA
  • Acteurs: Joe B. Barton, Don Barrett, Sherry Leigh, Bill Brinsfield
  • Année: 1987
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6 comments to Slaughterhouse: L’Abattoir de l’angoisse

  • david david  says:

    un film que j’avais bien aimé dans les 80’s et que je n’ai jamais revu je l’ai trouvé récemment pas encore revu mais du coup tu me donnes envie !

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    J’attendais patiemment que tu publies cette chronique pour poster ça:

    https://www.youtube.com/watch?v=ck5ORfyuB0U

    Et oui, ce fut bel et bien diffusé dans les salles lorsque le film était dans la programmation. Extrêmement original, et ça ne fait que rendre le duo de tueurs encore plus attachant !

    Sinon je n’ai pas revu le film depuis plus de dix ans, sur le même DVD que le tiens, mais les quelques souvenirs que j’en garde me rappellent un film sympa. Alors, euh… Grouîîk.

  • Roggy  says:

    Je ne connaissais pas du tout ce film pleins de rednecks comme on les aime. La pub est sympa aussi et, tiens, ça m’a donné faim 🙂

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