Annabelle

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Annabelle est bien une femme populaire : la preuve, elle rend fou tous ceux qui croisent ses noires pupilles. La jeunesse ne se tient plus dès qu’elle apparait et retrouve ses primates manières pour montrer qui est le plus fort tandis que les vieux bisseux s’outrent devant son comportement indécent. Ben quoi c’est vrai, elle en montre pas assez !

 

Annabelle ou LE film d’épouvante de 2014, celui qui attirait tous les regards, qui lançait tous les débats. Et ce avant même sa sortie ! Pensez-vous, un spin-off de l’un des plus gros succès horrifiques de ces dernières années (The Conjuring pour ceux qui sortent de la grotte du Capitaine Caverne) et qui reprend la poupée creepy qui lançait la saga des Warren sur les chapeaux de roue, ça ne pouvait qu’émouvoir les fans du film de James Wan, qui nous concoctera par ailleurs sa suite dans un futur proche. Les amoureux de la poupée en bandaient dur comme fer tandis que les sceptiques (dont je faisais partie) trouvaient que le projet était un petit peu précipité, le rush n’étant pas franchement adéquat pour coller au plus près d’un film comme The Conjuring, certes classique jusqu’aux bout des orteils mais tout de même très travaillé. Et puis vint la sortie française avec les débordements que l’on connait, quelques gosses possédés par les esprits des Gremlins se mettant à mettre un boxon dingue, ce qui se déploya peu à peu dans d’autres cinémas du pays, qui finirent par annuler les séances d’Annabelle. Le genre de publicité dont se passerait bien le genre qui nous réunit dans les caves humides pour des sabbats endiablés, du fait divers taillé pour faire du mal à un style cinématographique qui n’a déjà pas très bonne presse et a toutes les peines du monde à se hisser jusqu’aux grands écrans. On pouvait donc lire des articles de véritables journalistes (ironie inside) qui y allaient de leurs « Annabelle, le film qui rend fou les jeunes ? » et autres conneries du même acabit. La vérité selon Rigs Mordo sur ces actes se répandant dans les salles obscurs ? Un groupe de glands s’est amusé durant une séance, l’information a voyagé, d’autres glands de villes voisines ont décidé de prouver qu’ils pouvaient le faire aussi et ont continué par esprit de rivalité, ce qui a fait grossir l’évènement et attiré de nouveaux glands désireux de retourner une salle. Aussi simple que cela, pas la peine d’appeler les exorcistes et d’imaginer que le film y est pour quelque-chose, ces débordements auraient tout aussi bien pu survenir pour The Grand Budapest Hotel si les marmots allaient voir ce genre de films. Forcément, pareille réputation mettait les bisseux sur leurs gardes, et le couperet ne tarda pas à tomber : de l’avis de la majorité, Annabelle ne vaut rien ou pas grand-chose et seuls quelques défenseurs osèrent lever le doigt pour émettre un avis contraire. Comme dans la Toxic Crypt on aime bien de vérifier par nous-mêmes, je m’en vais descendre dans la maison des poupées pour voir ce que l’Annabelle a sous la culotte…

 

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Années 70, une année avant les évènements prenant place dans The Conjuring, un mec et sa femme (heureusement que IMDB existe pour me dire qu’ils se nomment John et Mia car je ne m’en serais jamais souvenu !) s’apprêtent à avoir leur premier enfant, une brave gamine. Mais en cette période où le satanisme était considéré comme le danger le plus immédiat pour le saint peuple Américain, Mia est inquiète. Et elle a de quoi puisque Charles Manson et ses sbires viennent de s’adonner aux plaisirs du trip sanguinaire, ce qui ne rassure pas des masses. A raison puisqu’un couple de maboules vénérant le grand cornu du sous-sol décide de venir tuer les voisins de John et Mia, avant de passer dans leur maison pour continuer le sacrifice via cette héroïne enceinte. Heureusement la police arrive sur les lieux et met fin aux rites violents via quelques balles bien placées qui envoient en enfer le duo diabolique. Ils y seront sans doute bien au chaud. Mais voilà, dans sa mort la demoiselle meurtrière, nommée Annabelle, a pris dans ses bras une poupée de grande taille et à transférer son âme à l’intérieur, un peu comme l’a fait Charles Lee Ray dans Chucky en gueulant « Ade Due Damballa ». La suite vous la devinez sans mal : le pantin va rendre la vie du petit couple infernal, d’autant qu’elle désire offrir une âme à un puissant démon, qui n’attend que ça ! Le synopsis ne va à vrai dire guère plus loin, Annabelle étant ce que l’on peut appeler un film de fantôme ou possession tout ce qu’il y a de plus typique et il est inutile d’aller y chercher de la nouveauté, vous n’en trouverez pas. Le but des producteurs n’était de toute façons pas de révolutionner quoique ce soit mais plutôt d’offrir aux fans des films de James Wan une expérience similaire, non pas parce que ces décideurs aux cigares de dix mètres tiennent à satisfaire leur public mais parce qu’un mauvais bouche-à-oreille ferait diminuer les recettes. De toute façon, le fantasticophile averti n’est pas dupe et imagine bien qu’il pourra au mieux s’en tirer avec un divertissement pas trop emmerdant et que c’est à peu près tout ce qu’il peut espérer venant de John R. Leonetti, qui s’occupait de la photographie sur plusieurs James Wan, dont The Conjuring, ce qui lui assura sans doute le poste de réalisateur pour cet Annabelle. Mais s’il sait créer quelques jolies images ici et là, il est également un réalisateur raillé pour son Mortal Kombat : Annihilation, suite crétinoïde et dégueulante de CGI foireux du film de Paul W.S. Anderson qui adaptait le jeu de baston gore. On peut se demander si le Leonetti sera plus à l’aise dans l’horreur minimaliste et atmosphérique que dans les combats entre ninjas manipulant la glace et centaures ridicules. Autant le dire d’emblée : il ne s’en tire pas particulièrement bien et emballe ce spin-off de la plus tiède des manières. Pas une idée bien foutue dans sa réalisation, pas un plan marquant, une mise en scène hésitante qui fait peine à voir, Annabelle ressemble à un téléfilm de luxe et est bien éloigné de la rigueur de The Conjuring

 

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Que le film ne soit pas très attirant visuellement, c’est un fait auquel on peut éventuellement se faire pour peu que les frissons soient au rendez-vous. Pas de bol là encore, rien ne fait véritablement peur ici, à l’exception de deux séquences plutôt bien fichues. L’attaque des satanistes dans la maison voisine, peut-être le seul moment où la réalisation se montre un peu inspirée, montrée d’une fenêtre donnant sur une autre. Et puis l’apparition d’une petite fille fantomatique qui se met à courir vers une porte fermée qui se rouvre en laissant entrer le spectre de l’adoratrice du diable, hurlante. Voilà, vous connaissez tout ce qu’il y a à voir dans Annabelle, qui ne dispose d’aucun autre moment fort en émotion. J’ai souvent lu que le passage dans la cave était fort en émotion et si l’on peut effectivement redouter un brin la scène de l’ascenseur, tout cela n’aboutit sur rien d’efficace. Et que ceux qui espéraient se raccrocher à l’aspect il est vrai très creepy de la poupée se calment d’emblée : la marionnette semble presque déconnectée de son propre film, la majeure partie des scènes effroyables étant commises par le fantôme féminin qu’elle renferme, qui ne semble pas avoir besoin de ce corps de bois pour pourrir la vie de Mia et John. Ce ne serait pas un problème dans un autre film, d’autant que la silhouette de la sataniste peut faire son petit effet, mais il y a tout de même une petite tromperie sur la marchandise et on ressort du film avec la sensation qu’Annabelle en faisait plus dans The Conjuring, où elle ne totalisait pourtant guère plus de 5 minutes d’apparition… On ne s’attendait bien évidemment pas à un équivalent des Dolls ou Puppet Master avec les jouets qui se déplacent d’un coin à l’autre de l’appartement durant 1h30, mais on était en droit d’espérer une présence de la poupée un peu plus accrue comme le promettait le projet… Du coup, le film de marionnette hantée se change en une simple bande d’occultisme aux vilains spectres comme on n’en a que trop vu depuis 2009 et le succès d’Insidious. Il y a dix ans, en plein boom du survival crasseux, Annabelle aurait vu ses défauts minimisés par la légère bouffée d’air frais qu’elle aurait apporté, en 2014 elle n’est qu’une pierre de plus à un édifice que l’on n’a que trop visité déjà… Déjà qu’un La Dame en Noir 2, pour rappel un film d’épouvante honnête et graphiquement sublime, nous semble terriblement lassant et sans intérêt après la cohorte d’ectoplasmes que l’on s’est farci, je vous laisse imaginer le peu d’effet que fait un Annabelle dénué de tout goût et d’originalité, au point que le scénario se sent obligé d’aller repiquer le final de L’Exorciste… Bon, venant d’un scénariste qui se nomme Gary Dauberman, il ne fallait pas s’attendre à quelque-chose de très recherché, surtout lorsque l’on zieute un peu les tronches des affiches de ses films précédents, des Z au stade terminal comme Blood Monkey ou Swamp Devils, qui sont peut-être (voire sûrement) plus rigolos que le film pour lequel il devient connu aujourd’hui…

 

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annabelle4Le père.

shermanLe fils.

 

Le gros problème d’Annabelle, celui qui lui fout un pied dans la tombe d’entrée de jeu, c’est qu’on n’en a rien à foutre du duo de protagonistes principaux. Si d’autres styles comme le film d’horreur animalier ou le slasher ne nécessitent pas une identification particulière pour être plaisants, le film de fantôme nécessite tout de même des personnages sympathiques, dont la faiblesse psychologique mise à mal par les apparitions d’outre-tombe doit être tangible et partagée avec le public pour que cela fonctionne réellement. Les Autres y parvenait merveilleusement bien, pour prendre un exemple pas trop éloigné. Annabelle c’est l’exact inverse, l’effet miroir, l’opposé dans toute sa splendeur. John et Mia ne sont pas sympathiques pour un sou, c’est le couple qui s’entend bien mais pas trop de base, celui que l’on croise dans toutes les productions un poil bas de gamme, ou en tout cas qui n’ont pas jugé nécessaire de travailler un peu les pions qu’elles usent. Pour ne rien arranger, les deux glandus sont interprétés par des acteurs qui sont au mieux incapables de faire passer la moindre émotion (Annabelle Wallis, qui joue Mia, vue dans X-Men First Class), au pire totalement mauvais et dotés d’une tronche d’endive à en faire rire votre frigo (Ward Horton, qui joue John, qui est ici nul à en chier et à une tronche à gifler avec des briques). Tout cela n’invite bien évidemment pas à l’implication et le spectateur commence à s’emmerder sérieusement, voire à comprendre la jeunesse excitée qui avait peut-être bien raison de s’occuper à autre-chose tant il y a matière à se faire sérieusement chier devant Annabelle. Il est d’ailleurs nécessaire de concentre son attention sur autre-chose pour éviter l’assoupissement. On remarquera par exemple un figurant qui ressemble un peu à Jean Rochefort ou le fait que le fameux John ressemble par moment au Sherminator dans les American Pie. On deviendra également pensif, se demandant comment les gens peuvent être attirés par une poupée aussi laide et flippante, le genre qui pousserait Freddy Krueger à couler une pizza dans son froc. Rigolez-pas, ça fait passer le temps ! Vous l’aurez compris, Annabelle ne promettait pas grand-chose mais parvient encore à proposer moins que prévu ! On ne s’imaginait pas déguster un grand cru mais on pouvait tout de même espérer un petit coca, même light. Même pas, on a de l’eau plate servie dans un gobelet en plastique. Un film qui a de la chance d’avoir subi des débordements lors de ses séances, sans eux on ne s’en souviendrait pas dans deux mois.

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: John R. Leonetti
  • Scénarisation: Gary Dauberman
  • Production: James Wan, Peter Safran
  • Pays: USA
  • Acteurs: Annabelle Wallis, Ward Horton, Alfre Woodard, Tony Amendola
  • Année: 2014

 

Vous pouvez en lire plus sur Annabelle sur Ze Curious Goods!

8 comments to Annabelle

  • M. Bizarre  says:

    Champagne pour le sosie de Jean Rochefort ! 😀

    Bon sinon comme je le disais chez Curious Goods, le couple à l’air définitivement à claquer (les persos comme les acteurs) et la moindre photo de « Mia » inexpressive avec cet aspect blondasse fadasse me prouve que subir son jeu doit être très éprouvant pour les nerfs.

    Quoiqu’il en soit. Je savais que le film était souvent comparé à Chucky, en raison de la poupée, par contre j’ignorais que le scénariste avait eu les couilles de reprendre le concept de transfert d’âme de criminel. Un film Bis donc, mais pas un des bons. Heureusement qu’un véritable Chucky 7 est en chemin.
    Ensuite 2ème surprise: ça se passe dans les années 70 ? Sérieusement ? J’ai dû voir 50.000 photos du truc, ça ne m’a jamais paru flagrant. L’effet distortion temporelle de Texas Chainsaw 3D a encore frappé…

    Pendant à temps, à tous vous lire avec vos chroniques, je m’étais dis qu’il fallait que j’en fasse une aussi pour être « in ». Nan, nope, non ! J’attendrai probablement Conjuring 2 et des brouettes.

    (pis alors plus je la regarde la Annabelle, plus elle m’apparaît comme une putain de plagieuse de Dolly Dearest question look).

  • Roggy  says:

    Je me doutais bien que le film n’était pas bon, et bénéficiait uniquement de l’effet opportuniste de « The Conjuring ». Pourtant, il me semblait que le concept de la poupée avait du potentiel. Comme quoi, rares sont les suites ou les préquelles qui valent quelque chose. Malheureusement, j’avais prévu de le mater… et merde, encore une soirée de perdu 🙂

  • ingloriuscritik  says:

    Bon l’ami , tu connaissais mon point de vue , tu le développe et le confirme .
    Il est par contre bien dommage que le « personnage » de la poupée elle mémé était plutôt flippant entre les pates de wan , et son apparition dans son Conjuring est a elle seule un moment de flip .Ce qui n’a pas échappé aux producteurs opportunistes (producteurs , donc) qui en ont fait une poupée…gonflante !
    Pour les débordements (dont je fus témoin) c’est le seul point préjudiciable car déjà que l’horreur en salle a mauvaise …presse depuis pas mal de temps , ceci conjugué avec les débordements clownesques , ne sont pas rassurant du tout sur l’avenir du genre …
    Rendez nous du don Mancini , de la vrai poupée putassiére ,a l’humour jouissivement ordurier ! Hé, les mômes, si vous me lisez , allez voir du maniac , du Massacre a la tronçonneuse, du cannibal holocaustien , du suspiria , du audtion , et après vouis épaterez votre petite ami , si le cœur vous en dit !!! Américan piTRe !

  • david david  says:

    alors si tu me le permet je lève le doigt et émet un avis positif :
    J’aime ce film,ma 1ere vision en avait été très gâchée car vu en salle avec une armada d’ados et adultes complètement débiles et surtout TROUILLARDS face à ce qu’ils allaient découvrir !
    Donc en le revoyant dans d’excellentes conditions at home,j’ai apprécié on peut déplorer des longueurs par moment mais diantre la scène du sous sol rien que d’en parler j’ai les jetons,et toutes les apparitions du démon me foutent la trouille,j’ai même eu un sursaut de peur comme rarement (me femme peut en témoigner pour s’etre bien foutue de moi après scéance ^^)
    Mais je pense qu’entrent en jeu des convictions dont j’éviterai de m’étaler ici,mais disons que le satanisme est partout et ce de plus en plus,le réal a rendu son démon crédible d’ou peut etre ma flippe en voyant le film probablement,mais je trouve qu’il y bien plus mauvais comme films,mais je pense etre aussi bon public quoique par exmeple « devil inside » est une merde sans nom bien pire que ce Annabelle en tout cas les prosds se sont bien goinfrés : chiffres worldwide 250 millions de dollars pour un budget de 5 !! Rarement un film d’horreur a autant cartonné et pour le genre que nous aimons c’est de très bonne augure 🙂

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