Toxic Zombies

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Toxic Zombies ! Avec un nom pareil, cette petite bande à moitié oubliée du début des années 80 ne pouvait guère esquiver les coups de stylo de Toxic Crypt bien longtemps ! Mais ce n’est pas une proximité dans les blases qui rendra la chronique plus attendrie, d’autant que le film est malheureusement fort mauvais…

 

Ce qui était bien dans les années 80, c’est que les visuels des jaquettes de nos VHS chéries avaient de la gueule, et pas qu’à moitié, et même la dernière des série Z pouvait se retrouver avec une fresque dantesque, le genre à vous faire bander un impuissant, en guise d’affiche. Le revers de la médaille, c’est l’acheteur qui se le ramasse dans les narines puisqu’il se retrouve souvent avec un objet purement décoratif lorsque le film renfermé dans la bande magnétique est une sombre bouse éjectée par un vieil âne grippé. Mais c’était ça, l’ère du vidéoclub, une roulette russe perpétuelle lors de laquelle on ne sait jamais si le canon va nous cracher de quoi nous exploser la cervelle ou si nous resterons avec un petit coup de vent incapable de nous dresser deux poils sur le bras. C’était la roue de la fortune, un pur jeu de hasard, et quelquefois le bouffeur de pellicules bis tombait sur la banqueroute, représentée par une merde qui n’a que son emballage pour elle. Et malheureusement pour nous, Toxic Zombies est de cette catégorie de films qui sont bien meilleurs sur les étagères que dans le magnétoscope. Mais difficile de ne pas être aguiché par sa splendide peinture qui le met en avant, montrant un avion déverser un produit toxique orange sur un champ, transformant ceux qui y sont en de voraces infectés… Y’a pas à dire, on tient là l’une des plus belles jaquettes de l’époque, et du cinéma de genre tout entier, le genre de cover qui te harponne et te tire sur plusieurs kilomètres en te faisant miroiter ses charmes. Malheureusement, passé ce graphisme touché par les plus doués démons, il n’y a plus grand-chose à se foutre dans le gosier, ce petit Z réalisé par Charles McCrann étant particulièrement mal fagoté comme disait ma grand-mère. On ne pourra malheureusement plus poser de question à l’auteur, qui est tragiquement décédé lors des attentats du 11 septembre 2001… Alors certes, je ne m’apprête pas à dire le plus grand bien de son petit film, dont le titre original était Bloodeaters, mais il faut reconnaitre que grâce à lui on peut se coller dans les paupières une affiche particulièrement séduisante. C’est déjà un bien bel héritage…

 

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D’emblée, on perçoit à quoi nous allons avoir affaire avec Toxic Zombies : à une production typique de la vidéo de l’époque, aux frontières de l’amateurisme, avec cette image immonde que partagent quelques autres péloches des années 80 comme Don’t Go in the Woods… alone ! ou Nightbeast. Vous savez, ce rendu dégueulasse, comme si la pellicule avait séjourné dans une cave humide durant trente ans, le genre de qualité d’image qui rebute à peu près tout le monde mais que les plus déviants peuvent se surprendre à apprécier parce que cela rajoute une bonne louche de graisse, de crasse et de poussière dans la marmite rouillée, ce qui finalement correspond assez bien au genre. Mieux vaut ne pas s’attendre à l’aspect léché d’un film de David Fincher, ici c’est du crachat boueux, un glaviot nucléaire, et c’est le genre de film qui vous salit les yeux dès ses premières secondes. Si le bissophile de base peut parvenir à passer outre cet aspect cradingue, voire même y prendre du plaisir, il sait aussi que les films qui arborent pareille qualité visuelle sont généralement des petites bandes tournées en trois ou quatre jours par une équipe débutante, dans le but avoué de profiter du support de la vidéo, qui permettait à l’époque à n’importe qui de sortir son gros Z mal branlé dans les rayons des revendeurs, qui n’avaient jamais assez de films gores à proposer aux passants avides de chair tuméfiée. L’ennui, la lenteur, les mauvais acteurs (qui n’en ont le statut que pour une semaine en général), les effets spéciaux qui n’ont rien de spécial et autres défauts inévitables sont le lot commun de ce genre de bidules et on ne va pas tourner autour du pot pendant 105 ans : Toxic Zombies n’est pas là pour inverser la tendance. Service minimum ici, histoire de coïncider avec le budget minimum de rigueur, ce qui signifie généralement un récit se déroulant dans la forêt. Ou plutôt dans le bosquet trouvable derrière le jardin du réalisateur, comme c’est encore une fois souvent le cas dans ces petits films tournés entre potes. L’histoire, c’est celle d’un groupe de trafiquants qui tiennent plus des hippies que du bon vieux cartel brutal. Ce qui ne les empêche pas de se montrer violents quand la situation les y oblige, ainsi tuent-ils quelques policiers (sapés comme des chasseurs, faut croire que l’équipe n’est pas parvenue à chopper des costumes de flics) qui commençaient à s’approcher dangereusement de leur grande plantation de cannabis. Mais les autorités n’ont pas dit leur dernier mot et décident de bien faire chier nos fumeurs de joints en aspergeant leurs champs avec un désherbant très puissant et défectueux, histoire de les rendre malades et les capturer plus facilement. La suite, vous la devinez : l’effet inverse se produit et plutôt que d’être stones, nos baba pas si cools deviennent de furieux cannibales à la peau de lépreux qui vont s’en prendre à tous les campeurs du coin pour les bouffer.

 

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Comme vous le voyez, il est ici question d’infectés et non de zombies, le titre Bloodeaters étant plus adapté au récit et aura probablement été changé pour coller à la mode lancée par Romero, c’est un fait. On est en tout cas plus proches d’un délire à la I Drink Your Blood que du Zombie du grand Georges, c’est une évidence, quand bien même tout cela ne change pas grand-chose à l’affaire. Les hippies se choppent la même fringale et le même teint livide qu’un mort-vivant et ne sont pas beaucoup plus rapides ou en forme que leurs cousins sortis du cimetière. Vivants et rendus fous ou morts mais toujours taquins, la santé de la menace ne change de toute façon rien à la structure scénaristique, qui se résume à un groupe d’affamés qui tentent de croquer les mollets des protagonistes principaux, qui vont du frère attardé mental et de sa sœur qui ne semble pas beaucoup plus finaude au couple d’amoureux venus pêcher dans le calme. C’est loupé ! Rassurez-vous, vous ne serez guère inquiétés par leur sort puisqu’incarnés par des poireaux, ils ne dégagent absolument rien. Le casting est en effet constitué dans sa majorité d’acteurs certainement pris en stop alors que l’équipe se rendait sur le tournage puisque mis à part Judith Brown (The Big Doll House), Bob Larson (Anthropophagous) et John Amplas (Creepshow, Martin et Le Jour des Morts-Vivants, un habitué de Romero donc), tous les « comédiens » (et les guillemets sont importants) n’auront que Toxic Zombies à afficher sur leurs CV, ce qui fait peu de bonnes choses… Ils auraient pourtant pu continuer leurs carrières dans un Z ou l’autre de l’époque puisque s’ils sont tous mauvais et totalement dénués du moindre sens du naturel, ils ne sont pas non plus ridicules au point qu’on puisse en rire, ce qui nous fait un plaisir en moins auquel on aurait pu se raccrocher. Une branche qui aurait été fort nécessaire vu l’ennui qui plâne sur le film de Charles McCrann, qui s’offre en passant et l’air de rien le premier rôle du film (tant qu’à faire !), qui ne persistera pas, lui non plus, dans sa carrière de réalisateur. La reconversion était en effet nécessaire et qui se retrouve face à Toxic Zombies vous le dira tant le bonhomme manque de tout. De sens scénaristique, d’inspiration, de qualités techniques et d’argent. Si tous ces soucis peuvent de temps en temps permettre la naissance d’une petite bisserie pas désagréable, voire même fort amusante, ce n’est jamais le cas ici et il n’y a tout simplement pas une scène à sauver de ce marasme filmique. Si les passages de parlote sont bien évidemment aussi assoupissants que dans les trois-quarts des autres films du style, on pouvait malgré tout espérer que les bouchées doubles seraient de mise pour les scènes soi-disant gores. Même pas…

 

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Figurez-vous que, comme de nombreuses autres VHS sorties dans les dégoulinantes eighties, Bloodeaters fut retiré des vidéoclubs anglais. Et oui, nous avons là un Video Nasties, un pur, un dur, un vrai, un qui se range aux cotés de Driller Killer, d’Inferno ou d’Evil Dead, ce qui permet par ailleurs au film de McCrann de rester dans quelques mémoires. Mais il est évident que la qualité du bouzin qui nous occupe en ce jour n’est en rien comparable à celles des exemples cités plus haut et on peut même dire sans trop se tromper que nous tenons ici l’un des plus mauvais films de la liste infamante. On peut d’ailleurs se demander ce qui choqua tant les catholiques ici puisque pour toute horreur vous aurez droit à quelques cadavres ambulants et boutonneux, quelques taches de ketchup ou de peinture rouge sur les fringues des participants, une main coupée, une hache plantée dans un dos et… c’est tout. Et, pour rappel, le tout montré via une image particulièrement sale qui ne laisse pas admirer grand-chose… La vérité, c’est que les autorités ont certainement banni le film sur foi de sa pochette, de son nom et de son résumé, en imaginant qu’un film de zombies en vaut un autre et que tous devaient proposer le même étalage de barbaque saignante que les douze travaux de Fulci. Et si vous avez toujours moyen de faire perdre les eaux à votre petite sœur en la collant devant L’Enfer des Zombies, n’espérez pas lui soutirer autre-chose que quelques soupirs d’ennui avec Toxic Zombies. Il ne s’y passe pour ainsi dire rien et les rares scènes qui bougent un brin ne proposent rien que vous n’ayez jamais vu, et en bien mieux ! Pas un personnage auquel se raccrocher, pas un effet qui ne soit pas sponsorisé par Heinz, pas une séquence un peu originale. Il n’y a guère que la nature, ici fort séduisante lors de quelques plans, qui peut attirer le regard, furtivement. On notera tout de même un thème musical qui plagie sans vergogne celui d’Halloween, mais pour le reste il n’y a strictement rien à retenir ici et si vous avez dans l’idée de vous enfiler un Z des bois bricolé avec les moyens du bord, autant se diriger vers le nettement plus attachant Ogroff de Norbert Moutier, qui possède quelques similitudes avec Toxic Zombies. Vous l’aurez capté : évitez de faire l’acquisition du film, qui n’est à voir qu’en écoutant du bon stoner metal façon Bongzilla ou Spacefog, et contentez-vous de son génial poster !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Charles McCrann
  • Scénarisation: Charles McCrann
  • Production: Charles McCrann
  • Titres: Bloodeaters (titre original, USA), Forest of Fear (titre provisoire, USA)
  • Pays: USA
  • Acteurs: Charles McCrann, John Amplas, Beverly Shapiro, Dennis Helfend
  • Année: 1980

4 comments to Toxic Zombies

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Voilà donc, tout est dit.
    Bloodeaters (puisque c’est son vrai titre) n’est pas tellement un film et plus l’équivalent préhistorique de ces vidéos trouvables sur Youtube, filmées en vitesse avec un équipement peu performant. A ce titre, si la date « officielle » de création est 1980, la chose donne beaucoup plus l’impression d’avoir été réalisé au milieu des années 70.

    Une image pisseuse, crade, qui vous donne presque l’impression de visionner un diapositif qui serait animé par magie, avec toute la coloration immonde que cela signifie. Il est évident que le film ne sera JAMAIS restauré et arrivé en 2015, très peu sont ceux qui vont pouvoir endurer une qualité pareil.
    Quant au film, c’est effectivement un équivalent d’un Don Dohler (Nightbeast, Galaxy Invader), mais sans le « charme » trouvable chez lui, si c’est compréhensible. Il n’y a vraiment rien d’intéressant, même au 30.000ème degré, chargé en alcool et en copains, avec Bloodeaters.

    Reste ce retitrage à la Troma et cette affiche sublime, que trône d’ailleurs dans mes WC (oui, vraiment). Car après tout, n’est-ce pas tout à fait sa place ?

    (par contre je savais pas pour l’auteur tué dans l’attentat, et ça c’est vraiment pas cool)

  • Roggy  says:

    Dommage que l’affiche ne soit pas au niveau du film car elle est tout simplement géniale (moi aussi, je la veux dans mes toilettes !). Si le film a l’air franchement mauvais, ta chronique très réussie donnerait presque envie de s’y plonger… en même temps, ça a l’air vraiment nul 🙂

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