Deathbed

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Lorsque Stuart Gordon s’associe avec ses vieux copains de chez Full Moon pour parrainer une histoire de lit hanté, on se demande fort logiquement si cette livraison vieille de plus d’une décennie ne sera pas une histoire à en dormir debout. Surprise, il y a quelques qualités cachées sous le matelas de Charles Band…

 

Comme on fait son lit, on se couche ? On peut se le demander concernant Charles Band et sa société Full Moon, née sur les cendres d’Empire Pictures. La pleine lune n’illumine plus grand-monde et n’a en effet plus vraiment bonne presse, la qualité des œuvres sortant de ses usines décroissant au fil des années et seules les toutes premières peuvent se vanter d’avoir enfanté des vraies bonnes séries B, à défaut de classiques. Mais après un peu moins d’une décennie, les choses changèrent et pas franchement pour le mieux puisque des petits B bien agréables nous sommes peu à peu passés aux Z inintéressants. Le Charlie s’est recroquevillé sur les quelques recettes qui fonctionnent encore plus ou moins (les poupées et autres monstres de petites tailles) en se contentant du médiocre, ne laissant à ses équipes que de petites enveloppes qui ne permettent guère de folies, des scénarios réduits à leur plus simple expression, des décors vides au possible et des acteurs au mieux totalement fades, au pire insupportables. On ne regarde en tout cas plus les productions Full Moon en espérant un nouveau Re-Animator ou un nouveau Dolls, ni même l’équivalent d’un Trancers ou d’un Ghoulies. Empire, c’est fini, et si Band fait tout son possible pour garder un esprit eighties dans ses productions, c’est sans doute plutôt dans la volonté de ne pas s’aliéner les fans qui lui restent, généralement assez fidèles, plus que par goût véritable. Ce petit pape de la série Z est en effet un homme d’affaire roublard plutôt qu’un gardien de musée et l’art n’a plus sa place dans ses bureaux depuis bien longtemps, si tant est que ce fut un jour le cas. On n’attend plus grand-chose des films issus des tiroirs du gars et les dernières offrandes parviennent même à se mettre à dos certains amateurs de la firme, qui n’hésitent pas à dire tout le mal qu’ils pensent de Gingerdead Man vs Evil Bong, Ooga Booga ou les quelques films sortis ces dernières années et qui peinent désormais à ramper jusqu’à chez nous. Déjà que ce n’était pas évident pour une production frappée du sceau de la lune pleine d’arriver en France… Mieux valait en effet avoir une affiche qui assure un max pour se retrouver dans les Fnac parisiennes…

 

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Si l’affiche de Deathbed n’est pas plus laide que certaines autres du distributeur/producteur (ou du moins sa pochette américaine, la française n’étant pas très agréable à l’œil…), elle a un avantage certain: le nom de Stuart Gordon bien placé dessus. Forcément, le patronyme du créateur de Re-Animator, From Beyond ou Dolls sur une jaquette de DVD, ça fait vendre plus facilement que celui de Danny Draven, le réalisateur de Deathbed. Le bon Gordon n’a effectivement pas les rênes du projet et se contente de produire la chose avec son vieil ami Charles Band, pour qui il n’a plus réalisé de films après le sympatôche Castle Freak, qui devait sans doute commencer à sentir un peu trop la misère pour que le Stuart reste dans l’entourage du nabab du Z, qui commençait tout doucement à économiser sur tous les aspects de ses productions, qui en souffraient bien évidemment pas mal. Le réalisateur de Fortress aura en tout cas été séduit par le projet de Danny Draven et trouvera sans doute le scénario écrit par John Strysik très bien ficelé puisqu’il travaillera avec ce dernier sur Stuck, le dernier long en date du Gordon (et qui date déjà de 2007, mine de rien). On comprend d’ailleurs dès le pitch de Deathbed que Draven et Strysik se soient adressés à Gordon puisque nous retrouvons ici certains mélanges qu’affectionnait le « Master of Horror ». On retrouve en effet ici un lit hanté par deux âmes, celle d’une victime et de son assassin, qui sévissait dans les années 20 et 30 et étranglait ses amantes avec une cravate alors qu’ils se laissaient aller à du sexe violent. C’est ce lit que récupèrent Karen et Jerry, deux jeunes qui débarquent à Hollywood pour y faire affaire, elle pour illustrer des livres pour bambins et lui pour percer dans la photographie. Si l’appartement leur convient, ils sont intrigués par la drôle de pièce jadis condamnée qui se trouve à l’étage supérieur et le magnifique lit en fer qu’elle renfermait. Après quelques nuits passées dans ses draps, le couple qui avait jusque-là de gros problèmes au niveau de l’entente sexuelle, commence à se laisser aller à des échanges plus francs… et violents. La libido explose, les pulsions meurtrières aussi, l’un et l’autre commençant à étrangler leur moitié lors de leurs ébats… De plus, ils sont désormais assaillis par des visions fantomatiques, montrant aussi bien la pauvre victime à la gorge serrée que le malotru adepte de la strangulation…

 

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Le mélange entre le sexe et la brutalité a toujours intéressé Gordon, qui fit d’ailleurs son succès sur l’alliance de ces deux éléments via Re-Animator ou From Beyond, qui l’un comme l’autre montraient des ébats monstrueux, que ce soit avec un cunnilingus performé par une tête coupée ou un monstrueux savant revenu d’une autre dimension qui se met à agresser une pauvre demoiselle qui, elle-même, se sentait brûlante de désir. Et, dans les deux cas, c’était bien évidemment la pauvre Barbara Crampton qui subissait ces atroces plaisirs… Mais si Deathbed s’amuse lui aussi à pervertir les amours, il le fait bien évidemment avec moins de moyens, les productions Full Moon ne bénéficiant pas des budgets de l’époque Empire Pictures, qui par ailleurs ne roulait déjà pas sur l’or. Et si le scénario et son sujet porte la patte Gordon, qu’il a sans doute supervisés, le résultat à l’écran porte lui carrément la patte Band. Ce qui signifie que le film ne déborde pas d’effets en tous genres et se contentera plutôt du strict minimum, comme il est de coutume chez ce brave Charles, qui n’est pas du style à s’encombrer d’animatroniques et de maquillages compliqués. Quelques scènes gores en fin de parcours et c’est bien tout, à vrai dire, le budget d’environ 35 000 dollars, autant dire des broutilles, obligeant plutôt Draven et son scénariste à taper dans l’horreur psychologique. Visions d’horreur, comportements troubles, découvertes macabres seront le lot quotidien du duo de héros, qui eux aussi sont bien de chez Full Moon puisqu’ils sont de bien piètres comédiens… La star, si l’on peut dire, c’est ici Tanya Dempsey, la jolie donzelle qui a l’air un peu sotte ici que vous retrouverez dans quelques productions bien Z, et souvent chez Full Moon, où elle fit d’ailleurs ses débuts via Shrieker. Mais c’est fini tout ça puisque la dame a visiblement décidé de laisser tomber les petites productions, qui ne la contentaient plus depuis qu’elle est vaguement apparue dans le Pearl Harbor de Michael Bay, et a décidé de n’accepter que les projets disposant de bons moyens et d’un scénario intéressant. Elle fait d’ailleurs si bien le tri qu’elle n’a rien tourné depuis 2008… Et je ne crois pas que c’est Deathbed qui fera résonner la sonnerie de son téléphone puisqu’elle fournit ici une interprétation calamiteuse, où elle doit jouer deux pôles opposés. D’un coté la coincée qui n’aime pas la baise et dessine des trucs pour les enfants, de l’autre la tigresse qui vous tourne dessus comme une toupie. Dans les deux cas, ses airs un peu bêbêtes ici adoptés (car elle ne semble pas particulièrement conne dans la vraie vie) l’empêchent d’être crédible, son visage un brin ahuri ne lui permettant pas d’avoir l’air intelligente lorsqu’elle est dans son état normal tout en ne la rendant guère désirable lorsqu’elle doit faire monter la température… En prime, elle ne dévoile même pas ses courbes, que l’on devine bien jolies, ni dans Deathbed ni ailleurs. Elle n’a donc pas grand-chose pour elle, il faut bien l’avouer…

 

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A sa décharge, il n’est pas forcément évident de jouer la comédie correctement lorsque celui qui vous donne la réplique est lui aussi un cave à ce niveau. Ainsi, son compagnon à l’écran est au moins aussi mauvais qu’elle lorsqu’il le décide, parfois même pire, ce qui est une belle prouesse. C’est ainsi un certain Brave Matthews à la filmographie fort courte (cinq entrées sur IMDB, deux courts et trois Z!) qui vient incarner le photographe lui aussi troublé par les évènements… Enfin… troublé, lorsqu’il n’a pas l’air éteint ou morne, un reproche que l’on ne pourra en tout cas pas faire à ce bon vieux Joe Estevez, frère de Martin Sheen et donc oncle de Charlie Sheen et Emilio Estevez, qui incarne pour le coup le concierge des lieux. Coincé dans le Direct-to-Video depuis des lustres, le Joe a pris le parti d’en rire et connaît de toute façon fort bien la maison puisqu’il est un abonné des productions Full Moon puisqu’on le retrouve dans Beach Babes from Beyond ou Hell Asylum (également réalisé par Danny Draven). S’il peut au détour d’un passage ou l’autre montrer qu’il est un acteur capable, il se laisser aller au cabotinage pur et simple le reste du temps, ce qui est toujours plus agréable que de voir le couple inerte tenter de jouer la comédie… Les acteurs sont donc typiques de la production de fin d’alphabet, tout comme les décors aussi vides qu’une salle d’attente de dentiste. Ainsi, Karen et Jerry emménagent dans une vieille bâtisse qui fleure bon l’usine désaffectée et se retrouvent donc dans un « appartement » (sortez les gros guillemets) qui n’en a que le nom et ne dispose d’aucun charme, quel qu’il soit. Deathbed ne pourra donc pas miser sur les délices visuels visuels, d’autant que la réalisation de Draven est bien entendu assez basique puisque le pauvre homme ne devait pas bénéficier d’assez de temps pour fignoler son œuvre. La photographie est terne et sans âme, le filmage est mollasson et rien ne retient la rétine, qui savait fort bien qu’elle n’aurait de toute façon pas grand-chose à analyser, les tous petits budgets du style n’étant pas connus pour être des toiles de maître… Deathbed serait donc une production Full Moon comme une autre et ne devrait sa sortie en DVD chez Neo Publishing sur notre territoire, voilà plus de dix ans, à la présence de Stuart Gordon au générique ? Oui et non…

 

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Oui car sans Gordon dans les parages, Deathbed aurait sans doute eu plus de mal pour traverser la mer et venir se nicher dans nos lecteurs DVD. Mais non car, contre toutes attentes, Draven et son scénariste ont bien bossé et livré une petite œuvrette plus sympathique qu’il n’y parait. Si le scénario ne déborde pas d’originalité et nous sort le propos habituel du film de fantômes, avec ses évènements cachés survenus de nombreuses décennies auparavant et la petite enquête pour en découvrir plus, il nous propose également suffisamment d’intérêt pour que l’on suive le tout sans somnoler, le récit gagnant de la force au fil du temps. Il y a un aspect creepy évident dans le film, ce qui est une belle performance compte tenu de la pauvreté visuelle de l’ensemble et des acteurs qui peinent à rendre crédibles les évènements. Sans l’être pleinement, Deathbed tente d’être dérangeant et y parvient à quelques instants, surtout lorsque l’on voit, furtivement, les deux fantômes. Si la victime, une femme aux cheveux noirs et courts, qui pour le coup semble bien échappée des années 20 ou 30, est assez efficace lorsqu’elle tend ses bras à Jerry pour qu’il vienne l’étreindre, mélangeant sensualité et dangerosité, c’est surtout le tueur qui fait effet. Il faut dire que tout humain soit-il, il a la tronche d’un véritable monstre, avec sa barbe inégale, ses cheveux rares et en désordre, un œil à la pupille noire, des cernes sombres, des pustules,… Tout est fait pour le rendre sale et désagréable et cela fonctionne plus que bien lorsqu’il ne fait qu’apparaître. Il dégage par contre nettement moins une aura redoutable lorsqu’il apparaît plus franchement à l’écran dans les derniers instants du film, devenant malheureusement plus ridicule une fois à la lumière du jour. Peu importe, Deathbed est parvenu à atteindre son objectif: celui d’être plus sinistre que 98% des productions Full Moon, qui généralement se contentent de tomber dans le fun bien cheesy et campy. C’est sûr, ce n’est pas dans Evil Bong que l’on verra une chambre filmée en noir et blanc et dans laquelle se débattent deux amants qui finissent par se changer en Eros et Thanatos…

 

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N’allons pas trop loin dans les louanges: Deathbed reste une série Z, mais au moins est-ce une série Z agréable et plutôt mémorable. Et nous vient à l’esprit l’idée que Danny Draven est malheureusement mal tombé en allant frapper à la porte de Charles Band, qui n’était sans doute pas l’homme de la situation. Deathbed est une œuvre bâtarde, qui est coincée entre ses velléités de film d’horreur pur et dur, voire lugubre, et le cahier des charges de Full Moon, qui impose forcément des bimbos qui se dénudent (enfin, pour le coup c’est la victime ectoplasmique qui montre les siens…), quelques scènes plus graphiques (tête éclatée à coups de marteau, visage qui s’arrache pour en dévoiler un autre, doigts qui déchirent une joue, dans des effets acceptables en général) et un humour malheureux. Le matelas maudit flotte donc entre deux eaux qui, une fois mariées, ne donnent pas un cocktail particulièrement bien équilibré. Décevant ? Non, car ce serait mentir que de dire que l’on s’attendait à quelque-chose de férocement réussi en enfournant le DVD dans le lecteur, ce qui a bien évidemment entrainé une surprise plutôt heureuse. Relative, mais heureuse tout de même. Et pour un Full Moon d’après 1997, c’est franchement pas mal…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Danny Draven
  • Scénarisation: John Strysik
  • Production: Stuart Gordon, Charles Band, Danny Draven
  • Pays: USA
  • Acteurs: Tanya Dempsey, Brave Matthews, Joe Estevez, Michael Sonye
  • Année: 2002

13 comments to Deathbed

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Tiens j’ai l’impression que mes réactions concernant la Full Moon sont vaguement référencée ici 😛

    Quoiqu’il en soit, et bien 100% d’accord (encore ?) et a vrai dire je salut ton courage pour chronique un film qu’on doit être deux ou trois à avoir vu dans tout le pays XD Comme toi j’ai été appâté par la mention Stuart Gordon et le fait qu’il s’agissait d’une prod Charles Band, me disant que même dans le pire des cas il devrait bien y avoir un poil de gore, de fantôme ou de scène cauchemardesque. Ou au moins une belle nénette en lingerie ligotée sur le lit. Et moi j’aime bien le bondage, donc j’ai illico adopté le DVD à sa sortie.

    Après bon, la période tout début 2000 était une véritable catatrophe pour Band, encore plus que maintenant où il tente de faire au moins illusion avec les affiches ou les photos. Là où est dans du Z filmé au caméscope, exactement comme leur Demonicus réalisé juste avant. Donc rien que sur le plan technique, ça va rebuter beaucoup de monde.

    Après comme tu dis, y a pas grand chose à en tirer. C’est cheap, y a rien d’émoustillant, rien de flippant, tout est joué par des « acteurs » à l’amateurisme affligeant, et puis bon. Dès que tu vois que Joe Estevez est dans le casting, ça devrait te mettre la puce à l’oreille. Encore que pour lui ça doit être d’un niveau au-dessus des Scott Shaw & G. Jackson. Peut-être un peu de gore si j’en crois ton article et mes rares flashs qui remonte à plus de 10 ans, mais je serais incapable d’en décrire un seul.

    Donc voilà. Faut être accroché, être prévenu de l’asbsence de véritable Gordonnerie mais totale arnaque Banderie, c’est du niveau de vaut films d’adolescence et question rythme, ça se traîne grave. Soyez courageux.
    Et pour les intéressés, attention de ne pas confondre ce Death Bed si, qui se trouve finalement assez difficilement maintenant, avec la chose expérimentale des années 70, Deathbed: The Bed That Eat, qui est tout aussi naze mais vous donne l’impression d’avoir prit du LSD.

  • Roggy  says:

    J’ai vu le film à l’époque et pour moi, il est plutôt pas très bon (pour rester sympa). Je ne suis pas un fan de la Full Moon. A part la série des « Puppet Master », le reste ne me branche pas, surtout les films crypto-gay de David DeCoteau, où il ne se passe rien…

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