Blue Holocaust

Category: Films Comments: 8 comments

blueteaser

Joe D’Amato ou la revanche de la seconde division ! Car si pour beaucoup de cinéphiles pataugeant dans la boue sanguinolente du cinéma bis rital des petits gars comme l’Aristide Massaccesi ou ses petits camarades Bruno Mattei, Andrea Bianchi, Lamberto Bava ou Umberto Lenzi étaient voués au banc des remplaçants en attendant que Fulci, Argento ou Bava sénior se cassent la pipe, cela ne les empêchait pas de fournir des œuvres à la hauteur de leurs capitaines. Et Blue Holocaust le prouve.

 

Puisque nous sommes dans la filmographie de Joe D’Amato jusqu’aux épaules avec les sorties de Deep Blood et du doublé Anthropophagous/Horrible survenues durant 2014, autant prendre nos tubas et nous enfoncer encore un peu plus profondément dans l’avariant. Il faut dire que le père Aristide a le vent en poupe, ce qui est bien naturel vu ce que David Didelot, Chevalier du Bis, souffle à son propos. Le Chevalier Didelot, tel le Chevalier Dupin, fait tout son possible pour percer les secrets de cet Italien dément, dans le but de réhabiliter ce réalisateur perçu comme mineur, si ce n’est accessoire. D’Amato ne serait, si l’on en croit l’idée populaire, qu’un livreur de VHS durant les années 80, remplissant les étalages vidéoludiques de suintantes bandes, continuant dans les années 90 avec des titres qui suintaient eux aussi mais pas nécessairement des mêmes liquides. Exit le sang, le mucus et le pus. Enter le foutre, la cyprine et la sueur. Dans les deux cas, on retrouve cette même exploitation des instincts les plus bestiaux de cette bête immonde qu’est l’être humain, dans sa violence comme dans sa sexualité. D’Amato ira même jusqu’à mélanger les deux à l’occasion, comme dans son Caligula, l’autre histoire, relecture bis et trash d’un film qui ne manquait déjà pas d’éléments outrageants. Carrière dans le cul ou carrière dans le gore, peu importe, l’ami David défend les deux et l’homme dans son intégralité. Quand on aime, on prend l’autre comme il est, non ? C’est justement cette passion communicative qui me poussa à mettre la galette de Blue Holocaust dans mon lecteur pour aller prendre un bon bain d’acide dans l’esprit dérangeant du Joe. Italie oblige, cette bisserie jouit de plusieurs titres, Blue Holocaust donc, titre choisi lors de la sortie en salles par chez nous et pour son édition DVD sortie de chez Neo Publishing, Folie Sanglante qui est son blase pour la première sortie en VHS, la deuxième se la jouant écolo avec un joli Bio Omega (si c’est bio c’est que c’est bon), Beyond the Darkness aux USA, où la bande est aussi connue sous le nom The Final Darkness ou Buried Alive. Le pire c’est que même dans son pays d’origine, le film possède plusieurs appellations, la première étant aussi la plus répandue : Buio Omega. Mais pour sa réédition au pays de Berlusconi, la bobine sera renommée In quella casa… buio omega. Encore une belle preuve que le cinéma rital est un labyrinthe constitué de petits dédales et méandres. Et c’est avec plaisir que l’on se perd dans celui-ci…

 

buio8

 

Franck a tout pour être heureux : riche héritier, il vit dans un manoir splendide niché dans une nature qui ne l’est pas moins. En plus il a un hobby, c’est important d’avoir un hobby, à savoir la taxidermie, qui lui permet d’occuper son temps libre en fourrant de la paille dans le cul des babouins et autres écureuils qui sont à sa portée. Malheureusement, sa jolie petite copine Anna est à l’article de la mort, touchée par une étrange maladie. Vraiment ? Et non, Scooby-Doo, la félonne qui est à l’origine de cette santé déclinante n’est autre qu’Iris, la servante de la mère de Franck, mère qui n’est plus en vie. Pour Iris, le plan est simple : Anna doit mourir pour qu’elle puisse avoir la mainmise sur Franck, pour lequel elle éprouve des sentiments forts mais flirtant avec l’inceste puisqu’elle se considère un peu comme sa daronne puisqu’elle fut celle qui s’occupa de l’héritier quand il n’était encore qu’un mioche. Pour se débarrasser de sa jeune et belle rivale, Iris a recourt aux services d’une vieille sorcière vaudou qui va planter des aiguilles dans la poupée à l’effigie d’Anna, qui rend dès lors son dernier souffle. Mais Franck n’a pas dit son dernier mot et va user de ses pouvoirs de taxidermiste pour redonner au corps d’Anna sa noblesse, piquant son corps au cimetière pour la vider de ses entrailles et la garder dans son lit. Si Iris ne voit pas d’un bon œil le retour de sa rivale désormais bien froide, elle s’en accommode parfaitement puisqu’en faisant du chantage à Franck (elle menaçait d’aller révéler le vol et l’empaillement du cadavre) elle parvient à obtenir de lui la promesse d’un mariage. Elle ne doit pas être très jalouse de toute façon puisqu’elle aide le bellâtre à se débarrasser des corps sans vie des demoiselles qu’il assassine. Car le gaillard est également un joli spécimen de psychopathe qui bute toute gonzesse qui a le malheur de se montrer un peu agressive à son égard… Et ces disparitions féminines commencent à attirer l’attention d’un employé des pompes funèbres un peu curieux…

 

buio-omega-945287l

 

Pas évident de savoir par où commencer s’agissant de Blue Holocaust qui est un véritable feu d’artifice bis, un maelström de genres et d’idées qui peut se vanter d’être une jolie synthèse d’une partie du cinéma d’horreur italien sans pour autant ressembler aux œuvres qu’il donne l’impression de réunir. Buio Omega ne ressemble véritablement à aucun film en particulier mais son atmosphère, sa réalisation, sa photographie, ses excès, ses effets, sa musique lui permettent de prétendre au rang de définition même du cinéma bis, d’exemple parfait des raisons qui font que ce genre, non cet univers !, nous séduit tant. Peu de films peuvent prétendre à ce statut de condensateurs de toute une période résumant en 90 minutes l’idéologie cinématographique, la manière de faire et la liberté déchaînée du cinoche bis. L’Enfer des Zombies en fait partie, le reste de l’âge d’or de Fulci aussi, tout comme Le Bossu de la Morgue et quelques autres Paul Naschy ou la saga des Templiers Zombies d’Amando de Ossiorio. Blue Holocaust en est donc aussi et fait partie de cette catégorie de séries B qui ont parfaitement assimilé les besoins du public de l’époque, à savoir toujours aller plus loin, et les allient aux éléments qui ont fait le succès du ciné de quartier à l’italienne dans les années soixante. Tout va donc plus loin, plus méchamment, et fonce dans le gore et le putride le plus visuel possible, dans des décors à l’ancienne, naturels, et via un canevas scénaristique qui se réfère au cinéma gothique des sixties. Comme si nous assistions à une version plus malsaine, mal élevée et dégueulasse de films comme L’Effroyable Secret du Docteur Hichcock ou Les Amants d’Outre-Tombe, Blue Holocaust faisant perdurer cette aura de drame horrifique, avec une demeure remplie de mystères qui ne trouveront résolution que dans le sang et les larmes. Ou, dans ce cas, dans la tripaille et les globes oculaires écrasés… Le scénario prend donc un malin plaisir à reprendre une structure à l’ancienne tout en la caviardant d’idées toutes plus nauséabondes, et donc succulentes, les unes que les autres. Le personnage d’Iris, interprété par Franca Stoppi (vous l’avez peut-être vue dans L’Autre Enfer en nonne rongée par la folie), renvoie ainsi à la figure emblématique du gothique spaghetti qu’est la servante traitresse et l’actrice avec son teint décoloré incarne ici la digne descendante des félonnes du noir et blanc, à la Helga Liné à laquelle Stoppi emprunte ces sourcils fins à la limite de l’inexistence.

 

Nouvelle image (2)

 

Les décors et situations en rajoutent une couche et versent allégrement dans l’épouvante à l’ancienne, comme en témoignent la séquence où Franck va déterrer sa dulcinée, le final qui n’aurait pas démérité dans une adaptation des écrits de Poe, cette ancienne demeure magnifique qui ne laisse pas présager des atrocités qui se déroulent dans ses entrailles. Guère étonnant venant d’Aristide Massaccesi qui débuta comme directeur de la photographie à la fin des années soixante, trimballant donc ses pompes sur certains plateaux gothiques comme celui de l’aussi dénudé que sanglant Les Vierges de la Pleine Lune. Bien logique dès lors de retrouver de gros morceaux d’une époque révolue en 1979, année de Blue Holocaust. Mais si Massaccesi aime le gothique à l’ancienne et ne manque pas de s’y référer, D’Amato préfère déverser à l’écran du gore crade et généreux, ce qui fera d’ailleurs la réputation du titre. Elle est bien méritée car force est de constater que ça n’y va pas avec le dos de la cuiller, le Joe maniant plutôt la louche remplie à ras-bord. Gorge arrachée avec les dents, ongles extirpés à la tenaille, corps calciné comme un cake, burnes broyées, œil crevé,… Déjà un bel étalage à faire rougir Madame Popineau, la bouchère, qui n’est encore rien face aux séquences de taxidermie. Car lorsque Franck rend immortelle celle pour qui son cœur bat, ce n’est pas pour se lancer dans la foire aux ellipses. C’est bien simple, rien ne vous sera épargné dans cette entreprise, aucun détail n’échappant à l’objectif du Joe. Alors qu’il pouvait encore la parcourir du bout d’un doigt aimant, Franck caresse désormais Anna avec son scalpel, forcé de lui faire subir les pires outrages dans le but de la garder encore un peu près de lui, de la faire vivre à nouveau. Mais le romantisme s’arrête là, Franck extirpant les boyaux, viscères, tripes et intestins de sa bien-aimée avant de s’attaquer à son cœur… qu’il finit par croquer à pleine dents ! Avant de finir par réduire les souvenirs de la belle en bouillie de framboise, cet ancien amoureux de son vivant et futur amant durant sa mort se débarrassant de la cervelle de la douce à l’égyptienne. Tout ça pour maintenir l’apparence d’Anna intacte, comme si au fond seul cela importait, la mémoire commune entre les deux êtres ne suffisant pas au mâle qui ne jure que par le charnel. Qu’il le fasse par amour ou dans un intérêt sexuel, Anna n’est plus qu’une vulgaire poupée. Ironique pour celle qui décéda justement parce qu’une poupée à son effigie fut traversé par une aiguille…

 

Nouvelle image (1)

 

Joe D’Amato mélange donc visuels chocs et volontiers voyeuristes à une atmosphère lourde, pesante et qui distille un parfum d’interdit de tout son long. Et il faut bien admettre que si les attributs visuels participent grandement à la réussite de Blue Holocaust, d’autant que D’Amato se montre parfois très inspiré (la séquence où la sœur d’Anna est plongée dans une noirceur permettant toutes les attaques surprises), le film doit aussi beaucoup à son scénario. Non pas que celui-ci soit parfaitement travaillé, il souffre des carences habituelles de la production de l’époque qui ne sont par bonheur jamais gênantes ici puisque l’aspect éthéré de l’ensemble permet tous les délires, tous les défauts. Non, c’est justement cet univers pleinement impur qui fait la différence et nous fait basculer dans un monde totalement désaxé. Si l’amour semble la base du récit, soit parce que cette satanée Iris tue pour avoir Franck ou parce que ce dernier a pour but de garder le corps de la défunte auprès de lui, on se rend bien vite compte que tout cela n’est qu’une façade, Iris désirant également grimper socialement tandis que Franck n’est pas du dernier galant. Psychopathe fou et cannibale, plutôt bien interprété par un Kieran Canter dont le regard n’est pas sans rappeler celui d’Udo Kier, on perçoit en lui le frustré manipulé par Iris, mère de substitution qui deviendra tout simplement sa chef alors qu’elle était auparavant à son service, inversant la tendance pour cet être qui semble incapable d’avoir une sexualité normale. Ainsi, lorsqu’il ramène une jolie demoiselle, il ne peut s’empêcher de l’emporter aux côtés du cadavre pour la besogner en fixant la décédée. Et bien évidemment, lorsque ces conquêtes d’un soir remarquent la danse macabre, ce maniaque de Franck n’a d’autre choix que de les faire entrer dans le silence éternel… Et s’il l’on comprend bien qu’il ne la porte guère dans son cœur, la sinistre Iris reste encore la femme parfaite pour lui puisqu’elle accepte ses lubies lugubres et y participe même à sa propre initiative (elle lui donne le sein comme si elle était sa mère, le masturbe à un mètre du corps d’Anna), allant jusqu’à l’aider à se débarrasser des corps encombrants des victimes féminines. Belle occasion pour D’Amato d’en remettre une couche en montrant cette bonniche hacher du mort avant de balancer les restes dans un bain d’acide qui rongera les chairs. Pas de romantisme ici, l’amour selon D’Amato n’étant que viscères jetées dans un vieux seau ou une lutte de pouvoir tandis que l’élégance est proscrite comme le prouve cette séquence étrange lors de laquelle Iris mange comme la dernière des truies, dégoûtant un Franck déjà un peu troublé par ses agissements…

 

Nouvelle image

 

Bien entendu, rien n’est parfait, perfection ne rimant de toute manière pas avec « bis », ce qui est par ailleurs heureux. Blue Holocaust s’en tire malgré tout avec les honneurs et seuls quelques petites séquences pourront amener un léger bémol, quelques détails pas bien crédibles mais pas bien méchants non plus. Comme le fait que dans le coin, on n’enterre pas bien profondément les gens vu la profondeur à laquelle le cercueil d’Anna fut enfoui, que l’on peut déterrer avec les mains. Idem lorsque Franck se débarrasse des restes d’une infortunée anglaise qui tâta de l’acide, creusant un trou ridicule de quelques centimètres pour y vider les bribes de son existence, de sorte que le premier connard venu qui vient planter un pommier dans le coin tombera sur un crâne ! On remarquera également que si elle est très bien dans son rôle, Franca Stoppi semble tout de même un peu jeune pour incarner une servante au service de la famille depuis tant d’années, sentiment renforcé lorsque l’on voit son entourage qui est constitué de vieillards et d’une femme dotée d’une magnifique moustache. Autant dire qu’il n’y a finalement pas grand-chose à reprocher à Buio Omega, d’autant que D’Amato n’oublie pas qu’il signe aussi une pure œuvre d’exploitation, y allant aussi à fond dans le gore que dans le cul puisque la plupart des demoiselles se dénudent gaiement. On félicitera par ailleurs Cinzia Monreale, qui incarne Anna, qui reste tout le film avec les yeux écarquillés, condamnée à la fixité par un rôle qui devait être tout de même plus difficile à tenir qu’on ne le croit, rester immobile n’étant pas nécessairement évident. D’autant que la pauvre reste souvent la touffe à l’air. Mais rassurez-vous, la toison dort. Rajoutez à tout cela une musique forcément bonne du groupe Goblin et vous savez que vous avez entre les mains une émeraude du bis transalpin. Triangle amoureux pervers et morbide, Blue Holocaust est une plongée sans fin dans la folie, un vortex dépravé et immoral qui n’est jamais emmerdant et qui peut se vanter d’être visuellement attirant. Une tuerie généreuse et ce dans tous les sens du terme.

Rigs Mordo

 

Blue_Holocaust

 

 

  • Réalisation: Joe D’Amato
  • Scénarisation: Ottavio Fabbri, Giacomo Guerrini
  • Production: Marco Rossetti
  • Titres: Buio Omega (Italie)
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Kieran Canter, Franca Stoppi, Cinzia Monreale, Sam Modesto
  • Année: 1979

8 comments to Blue Holocaust

  • david david  says:

    excellente critique pour ce qui est à mon gout un des meilleurs Joe D’Amato
    à noter une filiation avec le curieux « le trio infernal » avec Jacques Dufilo et Romy Schneider ou on retrouve la quasi même scène de la baignoire !

  • Oncle Jack  says:

    Encore une critique au poil pour ce classique du bis. Et ce chef d’œuvre de l’ami D’Amato méritait bien ça. Personnellement, ce qui m’a le plus marqué dans cette œuvre c’est le choix du réalisateur concernant le lieu de son tournage (en l’occurrence les villages montagnards du Trentin-haut-adige). Impossible de nier que les décors extérieurs et la photographie y sont pour beaucoup dans l’ambiance bien particulière qui caractérise le film. Au delà de l’aspect nécrophilo-crados que certains n’hésitent pas à accorder à BUIO OMEGA (bien souvent sans l’avoir vu), on peut sans l’ombre d’un doute affirmer que Joe d’Amato a réussi à créer une véritable histoire d’amour(fou assurément)sans jamais verser dans la dégueulasserie gratuite et vulgaire. Les sentiments sont omniprésents (que ce soient ceux de Franck comme ceux d’Iris) tout comme ce refus de la mort, présent dans chaque être humain, qui nous laisse penser que n’importe qui peut, un jour ou l’autre, basculer dans la folie sous le seul prétexte de ne pas vouloir être séparé de l’être aimé. Non franchement rien que pour ça, chapeau m’sieur d’Amato ! Et chapeau aussi le Toxycryptkeeper !

  • Dirty Max 666  says:

    C’est mon D’Amato fétiche et tu lui rends ici un bel hommage ! Ta prose respire l’aaaamour du Bis et ça fait plaisir de voir le père Massaccesi aussi bien défendu. Son œuvre est assurément à redécouvrir.

  • freudstein  says:

    belle analyse,pour le plus perso des films de d’amato ketchup(peut-on le considérer comme un film d’auteur?)en tout cas mon préféré avec « black emanuel and the last canibals ».

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>