Bad Milo!

Category: Films Comments: 8 comments

miloteaser

Il y a deux types de pitchs cinématographiques. Tout d’abord ceux qui ne feraient pas bander un Strauss Khan en manque, du genre « un directeur de la poste doit aller travailler dans le Nord de la France » ou « un paraplégique obtient l’aide d’un jeune de banlieue qui va lui apprendre à vivre dans la joie ». Et il y a les autres, qui propulsent votre braguette sur la lune rien qu’à leur évocation, style « un pauvre type se retrouver avec un monstre niché dans l’anus ». Et ça, c’est Bad Milo!

 

Il faut encourager les éditeurs qui ont eu les burnes suffisamment velues pour se lancer dans la commercialisation risquée de galettes bien bis, parfois Z, des trucs qui ne parleront qu’à une poignée de fans déglingués. Mais lorsqu’ils foirent leur coup, il faut le signaler aussi. Alors tous en rang, le froc baissé et la courbe en l’air car il va y avoir une livraison de fessées pour vos petits culs, les éditeurs! Car passer à coté de Bad Milo!, c’est rigoureusement inadmissible! A vrai dire, ce film de Jacob Vaughan n’est pas réellement inédit chez nous puisque si vous avez de la chance vous pourrez le croiser sur quelques chaînes câblée (et si vous êtes des Belges, il passe sur BeTv courant du mois de février donc ne le loupez pas). Mais n’espérez pas tomber dessus au format physique, la chose n’existe tout simplement pas en DVD ou Blu-Ray par chez nous et si vous tenez à le posséder de manière tangible, il vous faudra passer par l’import. Assez incroyable que de voir que cette petite perle de dinguerie n’a jamais trouvé d’éditeur français pour le pondre, ou en tout cas que ceux qui en ont acquis les droits se sont emmerdés à le doubler pour le diffuser à la télévision sans tenter de le graver sur une rondelle. Certes, Bad Milo! n’est pas le film avec un potentiel vendeur paroxysmique, mais il a de quoi se forger une petite aura de culte qui serait bien méritée… Amoureux de l’œuvre de Frank Henenlotter, ouvrez les yeux et tendez l’oreille, car ce qui suit risque de vous intéresser fortement…

 

milo1

 

Duncan Hayslip est bien stressé et il a de quoi. Son boulot est entièrement chamboulé et de simple comptable bossant dans un bureau tout ce qu’il y a de plus normal, le voilà catapulté maître des chiottes, son nouveau lieu de travail où il doit gérer un dossier important sur lequel il travaille depuis un an mais aussi les licenciements. Car son agence est actuellement en grandes difficultés et son patron, assez proche de la débilité profonde, décide de renvoyer une bonne partie du personnel. Et c’est au pauvre Duncan, la bonté et la timidité même, d’annoncer la cruelle nouvelle aux malheureux travailleurs désormais chômeurs! Pour ne rien arranger, sa jolie compagne commence à se montrer pressante quant à la mise en chantier d’un marmot et la mère de notre protagoniste premier en rajoute une couche en mettant en doute sa virilité, conviant un spécialiste de la question lors d’un repas de famille plus que gênant. Et en plus, la daronne s’envoie un jeune homme qui a trente ans de moins qu’elle et qui n’a de cesse de faire des allusions sur leur vie sexuelle au pauvre Hayslip, obligé de supporter tout cela. Le stress montant, la gaillard, incarné par un excellent Ken Marino (surtout actif pour la télévision, notamment dans la très drôle série Burning Love, parodie de la téléréalité qu’il réalise lui-même), se retrouve avec des coliques pas possibles, douloureuses comme une sodomie pratiquée par un rhinocéros, qui le collent aux gogues pour une heure minimum. Et lorsqu’il va voir un spécialiste des trous de balle, il découvre qu’il semble avoir développé une tumeur dans le colon. Vraiment ? Alors comment expliquer qu’un monstre lui sorte du fion pour aller bouffer la tronche de toutes les personnes qui l’angoissent ? En vérité, Duncan est touché par un phénomène très rare: son stress crée cette bestiole, qu’il nommera Milo, bestiole qui a tendance à régler les soucis de son maître dans le sang et la fureur.

 

milo2

 

Si l’on devait résumer Bad Milo! par des mathématiques, cela donnerait ceci: Gremlins + Frank Henenlotter = Bad Milo!. Bien sûr, avec le résumé que je viens de vous faire, vous voyez nécessairement plus facilement le coté Basket Case ou Elmer, le remue-méninge que celui se rapportant à Guizmo et compagnie. Et pourtant, vous vous rendrez vite compte qu’il y a des ressemblances, tout d’abord parce que Milo ressemble à un Mogwaï que l’on aurait rasé, ensuite parce que le milieu du film reprend quelques séquences du film culte de Joe Dante pour les détourner. La rencontre entre Guizmo et Billy était tendre et touchante, définitivement placée sous le signe du « kawaï » comme diraient nos amis les Japonais. Celle entre Milo et Duncan l’est tout autant mais d’une manière pince-sans-rire, le petit être monstrueux et son maître apprenant à vivre ensemble, à cohabiter, à passer du temps ensemble. Si ce n’est qu’à la fin de la journée, Milo ne retourne pas dans une caisse mais dans l’anus du pauvre Duncan. Un détournement pur et simple des films de créatures mignonnes comme on en croisait régulièrement dans les eighties, et pas seulement parce que cette jolie petite bête (car en plus Milo est parfois très mignon!) sort d’un cul, mais aussi parce que le tout est sacrément vulgaire et sanglant. Véritable fable enfantine strictement réservée aux adultes, Bad Milo! balance sur nos écrans une séquence lors de laquelle un type fait un cunnilingus à une demoiselle dans une ruelle sombre avant de s’administrer une branlette parce que l’ingrate ne veut pas le pomper en retour. C’est cet instant de suprême poésie que choisit Milo pour venir lui mordre le zob et le lui arracher d’un bon coup de dent, la teub s’allongeant comme un élastique avant de céder. Vous voyez un peu le genre du film… Et des séquences comme celles-là, il y en a d’autres, les dialogues s’affalant autant que possible dans le mauvais goût, revenant avec faim sur les détails les plus sexuels de la vie de la mère du héros, quand ce ne sont pas les bruitages qui en rajoutent une couche souillée lorsque Duncan va se vider les entrailles. Il y a du Dumb & Dumber là-dedans mais aussi du Beavis & Butt-Head et du South Park, en somme tout ce que l’Amérique nous aura pondu de plus effronté, de plus vulgaire, de plus puéril. Et de mieux, peut-être. La finesse ? Dans vos fesses ! Le bon goût ? Au tout-à-l’égout!

 

milo3

 

Et pourtant, malgré tout ce délire typiquement adolescent, Jacob Vaughan, également co-scénariste, parvient à nous fournir une œuvre qui ne manque pas de profondeur (et c’est dit sans jeu de mot). Car il y a ici une critique acide de la société qui n’a de cesse de stresser son monde et de profiter de la gentillesse des plus faibles, le pauvre Duncan se faisant marcher dessus par son boss mais également par sa mère qui le laisse à peine en placer une, son collègue qui chipote dans ses affaires mais également par sa copine, même si c’est malgré elle dans ce cas, qui finira par tomber enceinte au pire moment possible. Bad Milo! semble dirigé vers ceux qui sont voués à exploser un jour ou l’autre, n’en pouvant plus de supporter la pression du travail et celle plus familiale, écrasés par un monde qui ne fait pas de cadeaux aux plus serviables. Le discours de Vaughan semble clair: rebellez-vous et prenez les choses en main, cessez de subir et prenez votre propre chemin, celui que vous choisirez. Milo représente la part sombre de Duncan mais également la plus courageuse, certes un peu trop extrême et dangereuse (Milo tentera finalement d’aller éliminer la femme de Duncan, histoire de l’alléger de ce futur enfant qui le rend nerveux). Mais c’est en combattant son démon intérieur que Duncan finira par se manifester un peu et trouver son équilibre. Cela dit, n’allez pas imaginer que cet aspect assez travaillé du récit fait de Bad Milo! une œuvre intellectuelle, vous ne seriez pas plus éloignés de la vérité, cela participe juste à montrer que le film est bien moins bête qu’il n’y parait. Mais pour le reste, c’est du cheesy à tous les niveaux, la fête au campy et Jacob Vaughan emballe une pure série B avec les défauts qui vont avec. Ainsi, on regrettera l’utilisation d’un sang numérique très voyant (mais heureusement assez rare) et quelques cinéphiles n’apprécieront sans doute pas l’aspect très télévisuel de la réalisation. L’image est typique des petits budgets, à la limite de celles des téléfilms, et la mise-en-scène n’est pas particulièrement inventive puisqu’elle se contente d’aller au plus efficace, au plus simple. Mais cela colle justement avec le sujet.

 

milo4

 

Car il y a des bandes qui ne s’accorderaient pas vraiment avec une perfection visuelle, qui ne seraient pas meilleures avec plus de moyens ou un graphisme plus travaillé. Bad Milo! en fait partie et sa génétique gluante et définitivement cheesy s’accorde à merveille avec cet aspect un poil fauché. Les acteurs, dont Peter Stormare (Fargo, 8mm, Le Dernier Rempart), en font des tonnes et c’est heureux, c’est ce que l’on attend de pareille production. L’humour n’est pas fin pour un sou (encore que, certains gags sont mieux trouvés qu’on ne le pense), et c’est tant mieux, on ne se dirige pas vers pareille série B pour réfléchir. Et de toute façon, le tout ne sonne jamais comme bâclé puisque le scénario est simple mais très solide et bien pensé, Milo est très réussi (et avec des effets à l’ancienne, marionnettes et compagnie, s’il vous plait!) et le travail sonore nous renvoie directement aux années 80, avec quelques touches de synthé qui feront vibrer les admirateurs de l’époque. Et puis qu’est-ce qu’on se marre! Il y a un sens du rythme et du dialogue qui claque qui s’accorde à merveilles avec le délire ambiant et il est inutile de vous précisez que si vous cherchez une bonne comédie bien grasse comme seuls les Américains savent les faire (car c’est pas en France que vous verrez l’équivalent d’un Bad Milo!, j’aime autant vous le dire), c’est celle-ci que vous devez voir. Une vraie pépite bien cachée, qui nous ramène aux meilleures heures de la série B fofolle, type Street Trash, tout en parvenant à avoir son identité propre (malgré la promiscuité avec le travail d’Henenlotter, on n’a jamais l’impression que Vaughan soit parti piller le maître). Un film culte en puissance, idéal pour passer une soirée cinoche entre gens de bonne compagnie, c’est un fait, et si je devais décerner un Toxic Crypt award du film le plus cool vu ces derniers mois, le petit Milo l’aurait et plutôt deux fois qu’une!

Rigs Mordo

 

Cette chronique est dédiée à mon enfoiré de frère qui m’a fait découvrir le film. Paix à son âme.

 

miloposter

 

  • Réalisation: Jacob Vaughan
  • Scénarisation: Jacob Vaughan, Benjamin Hayes
  • Production: Gabriel Cowan, Adele Romanski, John Suits
  • Pays: USA
  • Acteurs: Ken Marino, Peter Stormare, Gillian Jacobs, Mary Kai Place
  • Année: 2013

8 comments to Bad Milo!

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Bizarrement plus beaucoup de souvenir de celui-ci, alors que je l’ai vu d’ici les cinq derniers mois. En tout cas ça fait penser à du Henenlotter (plus Basket Case 2 et 3 qu’autre chose) sans pour autant être aussi rentre-dedans. L’idée parait méga folle ou méga trash, mais le film reste finalement très très sage, et sert surtout à parler des relations conflictuelles père / fils et père / famille.

    J’étais assez surpris de l’angle ultra évident: un gars a vécu sans son père, qui n’était jamais là et se fout pas mal de lui, il le déteste et sait qu’il ne sera jamais ainsi. Puis il devient père à son tour et tombe dans les mêmes travers…. Par amour ! Et évidemment la vérité qui en découle se sent à 10km. Cela dis, ça va plus loin que le simple montre qui sort du trou du cul pour bouffer des gens, et les personnages existent bien plus que dans d’autres petites productions horrifiques.

    J’ai le souvenir de quelques défauts au moment de mon visionnage… Mais je m’en rappel plus ! Donc ça devait pas être grand chose. Voilà voilà.

    Sinon Milo il est super mignon (mais en vrai il doit puer à fond).

  • Dirty Dulcolax 666  says:

    Ta verve coutumière s’accorde parfaitement avec l’esprit du film ! Ce Bad Milo me titille les intestins et me rappelle les péloches tordues du grand Frank Henenlotter. Je me le note ! En plus, le film a reçu le « Toxic Crypt award du film le plus cool vu ces derniers mois ». C’est pas aux Césars qu’on verrait ça (chouette La famille Bélier va peut-être avoir sa Framboise d’or…).

  • Roggy  says:

    Encore un film qui permet de te lâcher (ok elle est facile) et nous une chronique dithyrambique de ce chef-d’œuvre du film de toilettes. En revanche, moi qui ai mal au bide ces derniers temps, je commence à flipper et je vais désormais regarder mes étrons avec attention. Merci Rigs 🙂

  • Nazku  says:

    Un bon petit film avec une histoire dingue et Milo est super mignon. Enfin… moi je le trouve mignon. ^^;

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>