Nuits de Cauchemar (Motel Hell)

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Après les scandales alimentaires de la vache folle, des OGM, l’élevage en batterie et la viande chevaline dans les lasagnes (un jour, j’ai croqué dans un fer à cheval), il serait temps que nos amis les fermiers reprennent les choses en main. C’est très précisément ce que le cannibale Vincent Smith compte faire en proposant la meilleure des viandes à ses clients, qui pourraient bien devenir son bétail…

 

Débuter dans l’horreur ne signifie pas que vous y serez cantonné toute votre vie et ça, Kevin Connor peut vous le confirmer. Après tout, il a débuté avec un Frissons d’Outre-Tombe qui réunissait Peter Cushing, Donald Pleasance et David Warner pour ensuite bifurquer vers les films d’aventure, en atteste son « cycle des continents », composé du Sixième Continent, Centre Terre, Septième Continent, Le Continent Oublié ou encore Les Sept Cités d’Atlantide. De quoi bien s’occuper durant des années 70 bien remplies. Mais dans les années 80, le vent commence doucement à se faire plus macabre et tout le monde est bien conscient que le genre horrifique ne cesse de prendre de l’ampleur, le marché de la vidéo ne faisant qu’accentuer son règne macabre. Après tout, rien ne s’oppose à ce que Connor y revienne, lui qui débuta dedans. Et pourquoi ne pas surfer sur la vague plus réaliste amorcée depuis quelques années avec Massacre à la Tronçonneuse, qui renvoya (malheureusement) l’horreur gothique dans son cercueil, presque pour de bon. L’épouvante redneck sera donc le nouveau cheval de bataille du réalisateur, qui compte bien mélanger le film de Tobe Hooper (un temps associé au projet) au Psychose du roi Alfred. Les différentes pochettes des VHS jouent d’ailleurs le jeu, l’une montrant des fermiers antipathiques devant leurs victimes enterrées vivantes, l’autre un type avec un masque de cochon et tenant une tronçonneuse ensanglantée. Tout est donc réuni pour servir à ces messieurs les goreux un gros plat de charcuterie qui devrait se retrouver coincé entre le slasher et le survival. Mais les choses ne se sont pas passées comme prévu lors de la levée des fonds, qui sans être absents ne seront pas aussi nombreux que prévu, forçant l’équipe à se replier sur le plan B, celui de faire de leur petite série, B elle aussi et fraichement nommée Motel Hell (oubliez le Nuits de Cauchemar français qui peut s’associer avec n’importe quel film un brin horrifique), une œuvre satyrique, se moquant gentiment des films de Hooper et de toute cette vague de films mettant en scène des rednecks psychopathes.

 

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Le film, qui aura par ailleurs demandé l’aide de trois scénaristes, débute en nous présentant Vincent Smith, un homme aux talents multiples puisqu’en plus de tenir un petit motel il est aussi l’homme de la situation lorsqu’il s’agit de parler de viande. Il produit effectivement la meilleure de la région, gardant secrète la recette de son succès. Quelle est-elle, en vérité ? Et bien le fourbe, aidé de sa jeune sœur Ida, capture des êtres humains en leur tendant des pièges sur la route, les ramenant dans sa ferme pour les planter dans le sol, ne laissant que leur tête à l’air libre. Une fois qu’ils ont assez séjourné dans la terre (ne me demandez pas ce que ça apporte de les planter comme des radis, j’en sais rien), notre agriculteur de malheur les déterre, les tue et mélange leur viande à celle des porcs, donnant ses si délicieux jambons fumés. Une entreprise qui roule et suit son cours sans trop de heurts, les curieux qui s’aventurent un peu trop dans la ferme finissant eux-aussi en saucissons. Mais voilà qu’un beau jour notre brave Vincent s’attaque à une voiture et, contre toute attente, tombe amoureux de son occupante. Choisissant de la ramener à la ferme pour la requinquer plutôt que d’en faire des côtelettes, il se met à l’éduquer et l’entretenir. Mais la présence de la jolie Terry finit par attirer le regard du shérif du coin, Bruce, qui est également le frère de Vincent. Et il se pourrait bien que tout cela tourne au vinaigre. A vrai dire, tout ce résumé ne concerne que les grandes lignes, la structure scénaristique s’échappant souvent de ce canevas pour s’aventurer dans des petites scénettes, le gros du film étant surtout la manière dont Vincent capture ses proies. Ce qui est également l’occasion pour Connor de déployer son artillerie drolatique et tenter de faire rire les bisseux. Pour cela, il utilise quelques petits sketchs, comme la venue d’un couple de sadomasochistes qui se méprennent sur les intentions des fermiers, deux bécasses qui pensent que des vaches en cartons sont des vraies ou se sert plus généralement de la sœur Ida, ressort humoristique fréquent du film.

 

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Autant le dire d’emblée, la gaudriole est plus en avant que l’aspect horrifique, présent mais en retrait. Ceux qui se lancent dans Motel Hell dans l’espoir de voir une œuvre aussi gore que le suggère l’affiche avec le cochon sortiront bien déçus, d’autant que le fameux masque porcin ne pointe le bout de son groin que lors des cinq dernières minutes. Le spectacle qui précède n’est pas beaucoup plus sanglant, car hormis quelques plans de victimes aux gorges recousues (car les fermiers leur coupent les cordes vocales) il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent. C’est donc clairement sur l’humour qu’il faudra se rabattre puisque c’est l’élément majeur du film, celui sur lequel ses créateurs fondent leurs plus gros espoirs. Malheureusement, on rit assez peu dans ces Nuits de Cauchemar, les gags étant soit trop timorés, soit beaucoup trop outranciers. Par chance, le film se drape dans une ambiance assez relaxante et bon enfant qui permet de faire passer la pilule. Le tout a en outre l’avantage d’avoir des personnages qui sortent de l’ordinaire, ses fermiers étant assez sympathiques malgré leurs actes atroces. Leurs interprètes (dont le vétéran Rory Calhoun, qui est tout sourire durant tout le film) font du bon boulot, en tout cas plus que les personnages secondaires, qui en font des tonnes et soulignent l’aspect volontairement satyrique du métrage, qui semble en outre vouloir inverser un peu la tendance du film redneck. Car si dans les films de Hooper ou dans Délivrance il est évident que ce sont ce que l’on appelle communément et avec une supériorité illusoire les bouseux qui sont les tarés de services s’en prenant à des gens sains et agréables, il n’en est pas de même ici. Bien évidemment, notre fermier et sa petite sœur ne sont pas recommandables et il leur manque clairement quelques fusibles, mais les citadins qui s’arrêtent chez eux ne sont pas en reste et paraissent plus que stupides à leurs heures. Entre les sadomasos crétins, le groupe de métalleux qui ne semble pas très fin, les bécasses qui ne font pas la différence entre des vaches en carton et des vraies ou le shérif pervers, il y a de quoi faire…

 

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Cela a l’avantage de donner un coté incertain au film puisque l’on ne sait jamais ce qu’il va se passer, la folie des protagonistes générant les péripéties. C’est d’ailleurs Vincent que l’on suit en priorité, assistant à chacune des étapes de sa sinistre entreprise. Ce qui a par ailleurs comme effet d’annihiler tout sentiment de peur puisque le spectateur suit ici le tueur et non ses proies. Ce qui ne serait pas gênant si le tout était aussi drôle que souhaité, mais ce n’est là encore jamais le cas. Le film donne donc l’impression de lancer ses fléchettes sur deux cibles bien distinctes et n’atteint jamais leurs centres. Tout juste pourra-t-on signaler que la fameuse Ida sait se montrer inquiétante lorsqu’elle le veut bien et que le combat final avec le masque de porc fonctionne plutôt bien, même si la réalisation se montre assez peu lisible, Connor ayant visiblement du mal à capter les mouvements de tronçonneuse dans cet endroit exigu et plongé dans la pénombre. C’est d’ailleurs peut-être parce qu’il n’est pas à l’aise avec l’action qu’il préfère se concentrer sur des situations horrifiques qui sont au final très statiques, les moments d’épouvante ne concernant que des gens déjà enterrés et qui ne peuvent dès lors plus rien faire. Inutile de dire que le tout manque donc un peu d’action, les séquences où Vincent capture son bétail n’étant en outre jamais très dynamiques. Le final vient un peu secouer tout cela mais il faut bien admettre que c’est un peu tard. Et si Motel Hell aura réussi à gravir les marches une à une sans traverser le plancher, il finit par trébucher un peu lorsqu’il s’agit de sa cadence. Oh, pas au point de tout dévaler et de s’écraser comme une merde au sol, mais suffisamment pour se péter le genou et se trimballer un rythme boiteux. Car sans aller jusqu’à dire qu’on s’emmerde, on ne peut pas non plus dire que l’on se passionne outre mesure, les faits et gestes des fermiers s’enchainant sans être particulièrement mis en valeur. Et c’est bien dommage car Connor est un réalisateur assez efficace lorsqu’il le veut bien, quelques travellings et jeux de caméra faisant leur office, tout comme un montage plutôt habile par moments. Mais voilà, cela ne suffit pas à faire de ce film, il est vrai atypique et intéressant, un modèle du genre. Pas un infréquentable, mais certainement pas un indispensable.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Kevin Connor
  • Scénarisation: Robert Jaffe, Steven-Charles Jaffe, Tim Tuchrello
  • Titre original: Motel Hell (USA)
  • Production: Herb Jaffe, Robert Jaffe, Steven-Charles Jaffe, Austen Jewell
  • Pays: USA
  • Acteurs: Rory Calhoun, Paul Linke, Nancy Parsons, Nina Axelrod
  • Année: 1980

9 comments to Nuits de Cauchemar (Motel Hell)

  • Dirty Max 666  says:

    Ah, je n’ai encore jamais eu la chance de mater Nuits de cauchemar, mais d’après ce que tu en dis je n’aurais pas loupé grand-chose. Son boogeyman porcin me fait pourtant de l’œil (quel cochon celui-là)… Motel hell est d’ailleurs en couv du livre de Maxime Lachaud, »Redneck movies, ruralité et dégénérescence dans le cinéma américain. »

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Vu il y a douze ou treize ans si ce n’est plus, donc pas beaucoup de souvenir à part la fin. Je veux bien croire que c’est longuet et pas terrible en fait, puisque je suis certains que hormis le délire final, tout est un peu trop classique et semblable à plein de films similaires (j’ai Slaughterhouse et Blood Salvage en tête notamment).

    Cela étant dit, les images que j’en garde me donne l’effet d’un film marrant, surtout dans le duel pas possible et le sort de la sœur (et puis le discours de surpopulation aussi, c’était très con, j’adore). Et je dois dire que l’idée du « champ » de têtes était assez bien foutu et plutôt malsaine a cause des gargouillis. Mais si ça se trouve c’est super banal en fait.

  • Roggy  says:

    Associer « Rednecks » et films de Motel (on dirait bien que c’est devenu un genre à part entière), pourquoi pas. Mais, d’après ton avis, tu n’as pas l’air très emballé par ce petit slasher du début des années 80. Dommage, car les rednecks, c’est toujours sympas 🙂

  • Princécranoir  says:

    Mais je vois qu’on est branchés sur les mêmes chaînes tous les deux ! Un leatherface de mon côté, une tête de cochon du tien. J’ai longtemps fantasmé sur les images de ce film avant de me le procurer il y a quelques années maintenant en zone 1 chez midnight movies. J’en garde aussi le souvenir d’un film bien rigolo mais mémorable. Evidemment ton papier fait opportunément ressortir une vieille odeur de charcutaille qui invite à la consommation. Bonne bouffe 😉

    • Princécranoir  says:

      Je voulais dire bien sûr « pas mémorable » (j’ai un peu de mal sur mon clavier depuis qu’il ne me reste que trois doigts ; ah ces outils coupants, quelle plaie !)

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