La Dame en Noir 2: L’Ange de la Mort

Category: Films Comments: 10 comments

« Angeeeel of Deaaath » gueule encore et toujours Tom Araya des légendes du metal Slayer et à force de le crier haut et fort il a fini par la faire revenir. La mère aigrie et fantomatique de la Hammer est donc de retour après s’être frottée à Harry Potter, prête à pousser de nouveaux marmots au suicide.

 

Il y a des sujets qui seront éternellement soumis aux débats les plus passionnés, aux échanges d’opinions excités, aux batailles dans les congrès du bis. « Le cinéma de genre c’était mieux avant ? », « Les remakes c’est de la merde d’office ou il arrive que les originaux soient vaincus par leurs révisions modernes ? », « Le cinéma bis existe-t-il toujours ? »,… Dans le lot, il y a aussi le classique « Les suites c’est bien ou mal ? ». Certains pensent que c’est une bonne chose et attendent avec impatience les nouveaux méfaits de leurs monstres favoris, d’autres déplorent cette solution de facilité qui envahit parfois un peu trop la production cinématographique et prend la place d’œuvres pleinement originales. La vérité, c’est que toutes les suites ne sont pas logées à la même enseigne, certaines franchises s’adaptant mieux au principe de la série que d’autres. Si cela ne pose pas de problèmes de voir les Vendredi 13, les Freddy, Dead Snow et autres Re-Animator se laisser aller à l’expansion, ces sagas résolument fun ou aux plaisirs très régressifs se prêtant plutôt bien à l’exercice de la séquelle, d’autres films ont bien plus de mal à passer ce cap, la première pierre de l’édifice étant souvent une œuvre unique qui se suffit à elle-même et ne demande pas qu’une suite vienne foutre en l’air son aura. C’est le cas de Simetierre, Carrie ou Les Dents de la Mer, des histoires aux évènements si particuliers, à la tragédie si présente, qu’un nouveau tour de manège en devient instantanément ridicule. La Dame en Noir premier du nom, excellent film réalisé par James Watkins, était un peu de ces films, et non pas parce qu’il semblait improbable que les évènements qui s’y déroulaient puissent un jour ou l’autre se reproduire. Au contraire puisque la séquence finale de cette bande qui permit à la Hammer Film de redevenir importante sur l’échiquier de l’épouvante montrait que la fantôme de noir grimée continuerait sa terrible vengeance encore et encore, le spectre n’étant pas du genre à calmer sa colère débutée par la mort de son fils, noyé dans les marécages devant ses yeux. Non, ce qui est dérangeant dans l’arrivée d’une suite à cette Woman in Black adaptée d’un roman de Susan Hill, c’est que l’on sent bien que le premier film manipulait déjà le sujet dans tous les sens et qu’il ne resterait rien ou pas grand-chose à révéler dans une possible suite. Et cela se confirme malheureusement…

 

woman4

 

Il nous sera malgré tout bien difficile d’aller nous plaindre auprès de la Hammer de la sortie de cette nouvelle tournée dans les draps sombres de l’ectoplasme à l’instinct maternel très relatif. Car nous sommes en effet tous bien heureux qu’ils jouaient le jeu de la série sans fin dans les années 60 avec les nombreuses mésaventures du baron Frankenstein et du comte Dracula, deux notables qui en ont vécu de belles. Et si les bisseux pouvaient accueillir avec joie Frankenstein et le Monstre de l’Enfer, sixième variation sur le thème du célèbre savant fou, ils devraient pouvoir aussi accepter une toute petite suite à La Dame en Noir. Nous quittons en tout cas la fin du XIXe siècle, période à laquelle se tenait le premier film, pour 1941 alors que Londres se prend des obus sur le coin de la tronche. Ce qui pousse une directrice d’école et sa jeune institutrice à emporter huit des enfants à leur charge dans une maison reculée où ils seront en sécurité. Bien évidemment, c’est dans la baraque hantée où sévit la dame en noir qu’ils vont aller crécher et cette dernière est bien décidée à leur faire payer la mort de son fils, quand bien même ils n’y sont pour rien. L’ectoplasme semble particulièrement décidé à prendre sous sa coupe le jeune Edward, dont les parents sont récemment morts, sans doute dans le but d’avoir enfin un enfant rien qu’à elle. Mais la jeune institutrice Eve Parkins (Phoebe Fox) n’est pas décidée à laisser cette salope d’outre-tombe prendre possession du gamin et sera aidée dans la défense du petit par le pilote Harry Burnstow (Jeremy Irvine). Une lutte entre les deux femmes va très vite se mettre en place… Scénaristiquement, on ne peut pas dire que cela vole particulièrement haut, La Dame en Noir 2 se contentant de reprendre la trame du premier film en multipliant les potentielles victimes, ce qui pose déjà un premier problème… Si le premier volet était si réussi et creepy, c’était en grande partie parce que le pauvre Arthur Kipps (Daniel Radcliffe) se retrouvait seul dans la maison lors d’une grande partie du film. Cet aspect d’isolement, cet abandon dans les ténèbres, favorisait grandement la peur et l’implication. Nous étions collés aux basques du personnage, qui était de toutes les scènes ou presque, et il était bien difficile de ne pas se sentir dans sa peau. Dès lors, lorsqu’il se lançait dans une exploration nocturne des lieux, nous étions aussi flippés que lui… Forcément, avec des gosses qui courent dans tous les sens et un trio d’adultes qui se soutiennent mutuellement (ou presque), l’aspect solitaire du premier film s’évapore et cela fait perdre à la franchise un vrai point fort. Cela apporte également quelques soucis dans le rythme, le premier opus allant à l’essentiel puisqu’il était muet durant de longs passages, faisant passer toutes les informations par le biais du visuel, les traumas de Kipps n’étant par exemple jamais envahissant oralement. Mais avec une multiplication des protagonistes, Angel of Death est bien obligé de les faire interagir entre eux, ce qui amène donc quelques tunnels de dialogues où les uns et les autres se racontent leur vie, leurs déceptions, leurs effrois, leurs paniques. Et l’efficacité en prend forcément un petit coup dans un bide qui se change régulièrement en ventre mou…

 

woman3

 

Le tout ne manque cependant pas de profondeur et de thèmes et il faut reconnaître que les personnages ne sont pas mal travaillés et leurs relations bien senties dans pareille histoire. On a par exemple enlevé l’enfant de la pauvre Eve, trop jeune pour avoir un enfant lorsqu’elle accoucha, ce qui est vécu par la dame en noir (qui en sa qualité de spectre doit sans doute tout savoir) comme un abandon. Insoutenable pour celle qui vit son fils mourir sous ses yeux sans pouvoir réagir que d’avoir sous le nez une femme qui a laissé partir, bien malgré elle, la chair de sa chair. Comble de l’outrage, Eve est entourée d’enfants alors que la noirâtre n’a jamais pu en avoir un seul auprès d’elle… La haine qu’elle porte donc à notre héroïne est donc plutôt bien pensée, tout comme la bataille qu’elles vont se mener pour le petit Edward, dont les parents sont morts sous les bombes ennemies. Les deux femmes cherchent un enfant, elles l’ont sous les yeux, et ce sera à qui sera la plus influente des deux. Si Eve privilégie l’écoute et l’attention, la dame en noir couvre le petit de cadeaux (une immonde poupée) et anéantira les camarades un peu trop moqueurs du garçon. Mais si en apparence la sombre marâtre a pour but de garder le chiard auprès d’elle, ce n’est en fait qu’une impression puisque l’on découvrira au fil du film qu’elle ne le veut que dans le but de tenter de le tuer sous les yeux d’Eve. Cruelle jusqu’au bout, cette mère éplorée… Le personnage du pilote, Harry, est sur le papier bien foutu aussi puisqu’il est une sorte de loser magnifique qui devra faire face à la réalité, forcément sombre, et tenter de devenir enfin héroïque et combatif. Mais voilà, si tout cela ne sonne jamais creux et que le film ne manque pas de personnalité et d’âme, il faut bien admettre que l’exécution est malheureusement un peu trop mécanique et ne convainc jamais totalement. Et lorsque les personnages se mettent à raconter les maux qui les touchent, nous nous surprenons à soupirer, d’autant que le trait est souvent grossi et amené avec peu de finesse…

 

woman2

 

Visuellement, il n’y a par contre rien à dire et le quasiment inconnu Tom Harper qui prend ici la relève se débrouille particulièrement bien. La photographie sombre au possible met directement dans l’ambiance (qui est encore plus grise et désespérée que dans le premier), les plans sont travaillés et montrent une implication certaine et l’on trouve ici des prises de vue tout bonnement magnifiques, qui jouent avec les avants et arrière-plans avec un certain bonheur. On a d’ailleurs parfois l’impression d’être devant des cartes postales gothiques et lugubres, qui ne sont parfois pas sans rappeler Jean Rollin dans cette ambiance presque vaporeuse et poétique. En beaucoup plus noir, bien évidemment. Harper a également bien potassé les mécanismes de la peur et construit ses séquences en fonction des agissements de la dame en noir, qui donne l’impression d’apparaître ici beaucoup plus fréquemment. Peut-être un peu trop puisqu’on a la sensation qu’elle vient gueuler constamment, ce qui est dommage compte tenu du fait que dans le premier volet c’était sa silhouette lugubre qui faisait souvent le travail, plus que ses hurlements désagréables. Et c’est d’ailleurs le principal problème de La Dame en Noir 2: il ne se distingue au final plus tant que cela des autres productions ectoplasmiques du moment. Certes, le décor à l’ancienne et cette volonté très claire de tomber dans le gothique, cette ambiance condamnée (ici encore plus palpable via la maison, clairement plus délabrée que dans le film de Watkins), permettent à la franchise d’être plus originale que les Insidious et compagnie, mais les frissons y sont les mêmes. Du « bouh! » à gauche, du « Bwah! » à droite, des corbeaux qui passent devant l’écran, une silhouette qui sort de l’ombre derrière et vient poser sa main sur un personnage qui ne remarque rien,… Tout cela est bien évidemment très efficace, surtout au cinéma (avec le niveau du son, il est impossible de ne pas sursauter, y compris quand on voit venir l’horreur à dix kilomètres), mais la lassitude guète fortement et l’impression que ces Conjuring, Insidious et affiliés proposent toujours la même recette. Et cela commence à se voir fortement, en plus d’irriter ou même de provoquer l’hilarité dans cette volonté forcée de faire faire du trempoline aux spectateurs… Il est un peu injuste que La Dame en Noir 2, qui n’est certainement pas moins bon que les autres, paie pour toute la bande (rassurez-vous, sauf surprise les Insidious 3, Sinister 2 et les autres prendront sans doute tout autant) mais il devient difficile de rester enthousiaste face à ce film que l’on a l’impression d’avoir déjà-vu.

 

woman1

 

Impression encore renforcée par le fait que cette suite reprend quelques passages obligés du premier film, généralement les plus mémorables. La chaise à bascule qui fait un bruit de tous les diables, la dame en noir qui déboule en étant pendue, sa silhouette qui se dessine dans la forêt désossée, le passage dans les marécages,… Cela ne joue pas franchement en la faveur du film d’Harper, il faut bien le dire. Dès lors, La Dame en Noir 2 se transforme en un plaisir purement visuel, l’aspect graphique étant indiscutablement le point fort ici, tout en appréciant les quelques séquences assez flippantes, généralement celles mettant le jeune Edward face à la glauque daronne. Pour le reste, ce n’est jamais honteux, toujours honnête et avec une véritable volonté de bien faire, mais cela ronronne un peu trop par moment et le film ne bénéficie pas d’un héros aussi attachant et sympathique que dans le premier volet. Une déception donc que ce film qui nous aurait certainement ravi il y a encore dix ans de cela mais qui ici se retrouve noyé dans la vague fantomatique que subit le cinéma horrifique depuis le début de la décennie. Dommage et l’on est en droit d’espérer que la Hammer reviendra avec quelque-chose d’autre et ne fera pas de The Woman in Black une trilogie, car en définitive tout était déjà dit dans le premier film…

Rigs Mordo

 

womanposter

  • Réalisation: Tom Harper
  • Scénarisation: Jon Crocker
  • Titres: The Woman in Black 2: Angel of Death
  • Production: Tobin Armbrust, Ben Holden, Richard Jackson et Simon Oakes
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Phoebe Fox, Helen McCrory, Jeremy Irvine, Leanne Best
  • Année: 2015

10 comments to La Dame en Noir 2: L’Ange de la Mort

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Tu me confirme le sentiment que j’en avais entre les 1ère images et les retours pas très enthousiastes d’autres chroniqueurs. Pour que la suite soit réussi il aurait fallu renouveler l’intrigue plutôt que de la répéter sans âme ni surprise, et d’après ton article il y avait visiblement de quoi faire avec le perso de Eve ! C’est fort dommage, parce que ta description de la similarité / différence entre elle et le fantôme m’a très intéressé !

    J’ai aussi entendu parler d’un problème de mise en scène qui saborde sa propre atmosphère en faveur de trucs bateau genre un sting musical au moindre détail creepy. Et ça c’est très mauvais signe qualitativement parlant (« Il faut avoir peur ! T’as peur là ? Et si je t’indique avec une laugh track euuuh je veux dire un TZIIING ! sonore très fort, ça peut t’aider ? »).

  • Princécranoir  says:

    Je m’étais promis de ne pas lire cette chronique avant d’avoir publié la mienne (faut pas regarder ! faut pas regarder !). Du coup maintenant je peux tout lire (et toi tu as compris le sous-entendu, pas vrai 😉 ?) et je m’aperçois que… diantre ! on est du même avis, dis donc. Pas sur ce coup qu’on va se friter à coup de poupée qui louche comme on le faisait avec un raton-laveur spatial de sinistre mémoire. Bref, comme tu l’as dit (écrit plutôt), « la Dame en Noir 2 » est désormais tellement bouffée de ses jump scares qu’elle ne fiche pratiquement plus du tout la pétoche. Mais surtout, quel est le sagouin à qui on a filé le scénario ! Plus rien à dire, pas un personnage à sauver. Comme toi, je trouve qu’il y avait pourtant matière à tirer quelque chose du personnage d’Eve, un truc peu plus creusé que cette histoire d’enfant enlevé à la naissance. Il y avait surtout la possibilité de rapprocher des enfants (qui sont ici plus ou moins décoratifs), et de partager leur terreur dans cet orphelinat de fortune. Mais voilà, n’est pas Del Toro qui veut et ce pauvre Harper, bien servi par une direction artistique remarquable et un bon chef opérateur (héritage de la Hammer depuis la grande époque), semble faire au mieux.

  • Roggy  says:

    Même le film ne semble pas si mauvais, notamment visuellement, ton analyse me conforte sur ce que j’avais ressenti à la vision de la bande-annonce. Je ne sais pas si une suite s’imposait et puis, il y a avait quand même Daniel Radcliffe qui apportait toute sa présence au film. Comme toi, j’espère qu’il n’y aura pas de suite et sinon, qu’elle prendra une toute autre direction.

  • Dirty Max 666  says:

    Tu confirmes mes craintes, cette Dame en noir 2 a semble-t-il tout du DTV de luxe qui se retrouve inexplicablement en salle (un peu comme Annabelle, en fait). Si la Hammer continue de nous pondre des œuvres aussi peu ambitieuses, j’ai bien peur qu’elle se retrouve très rapidement dans l’impasse…

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>