Opération Goldman

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Si le rosbif James Bond parvient à faire tomber un car entier d’espionnes qui ont pourtant comme mission de l’éliminer, de quoi doivent être capables ses confrères italiens ? Même si le héros de cette Opération Goldman est américain, le conteur est bien rital puisqu’il s’agit de ce bon vieux Antonio Margheriti. Alléchant, non ?

 

Dans la famille « mutation extrême d’un genre qui n’a du coup presque plus de rapports avec ce qu’il était », je demande l’espionnage. Prenez les aventures de 007: de pop, colorées, orientées BD, aux délires science-fictionnels qui permettent les ustensiles les plus dingues dont les seuls équivalents sont trouvables dans Pif Gadget, elles sont passées au fil des années (et plus précisément à partir des années 90) à un sérieux quelquefois plombant, à une approche plus réaliste tristounette, à une atmosphère plus sévère et une palette de couleurs qui semble aller du blanc au gris. Certes, la série a gagné un peu de profondeur et des scènes d’action plus spectaculaire, mais elle a également laissé de coté son identité des débuts. Alors que faire lorsque l’on s’est envoyé les périples de Sean Connery, Roger Moore et George Lazenby en boucle au point de ne plus en pouvoir ? Et bien on fait comme tout le monde et on va lorgner du coté de l’Italie, à l’époque (les années 60,70 et 80) à la pointe de la technologie en matière de contrefaçon, leurs copies étant parfois capables de rivaliser avec les originaux. Et les amoureux de l’horreur gothique qui passent des soirées seulement allumées d’un cierge devant La Sorcière Sanglante, La Vierge de Nuremberg et Danse Macabre seront ravis d’apprendre que le concepteur de ces classiques du bis sinistre a planté sa caméra dans le nid d’espions. Le résultat, sorti en 1966, se nomme Opération Goldman et vient de sortir chez ce poilu éditeur qu’est Artus Films, jadis principalement connu pour ses liaisons avec le cinéma horrifique mais qui commence de plus en plus à diversifier ses activités puisqu’après le western, le fumetti et l’érotisme, ils arrivent à l’espionnage avant de passer aux péplums et aux polars. Le retour d’un cinéma de quartier dans nos salons, en somme! Et qui s’en plaindra ?

 

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Opération Goldman est donc sorti alors que les James Bond contre Dr. No, Bons Baisers de Russie, Goldfinger et autres Opération Tonnerre cartonnaient, et on peut le percevoir dans le titre qui semble justement mélanger Opération Tonnerre et Goldfinger. Inutile de faire durer un suspense de toute façon inexistant: si vous kiffez les premières aventures de Bond, vous kifferez aussi celles d’Harry Senet, incarné par Anthony Eisley que nous bisseux connaissons pour ses passages dans des séries B et Z comme The Wasp Woman de Roger Corman, Dracula contre Frankenstein du roi du navet Al Adamson ou encore The Mighty Gorga de David L. Hewitt et son singe ridicule. Il joue ici un lieutenant/espion un peu particulier puisque, s’il a bien évidemment des humeurs de séducteurs et aime tomber les filles comme tout espion qui se respecte, il évite autant que possible de filer des roustes ou tirer dans le buffet de ses ennemis et a tendance à régler ses problèmes avec son chéquier! Et oui, il est plus un négociateur qu’un aventurier et lorsqu’il croise un maître du mal, il se contente dans un premier temps de lui verser une certaine somme d’argent. Si c’est comme ça, je vais me mettre à construire une machine capable de filer la chiasse à Nicolas Bedos et entrainer une descente d’organes chez Maïwenn, Harry Senet devrait me proposer une jolie somme pour que je n’actionne pas le levier (que j’actionnerai tout de même, bien entendu). Reste que pour l’aventure qui nous occupe aujourd’hui, les chèques du Harry ne seront pas suffisants pour le sortir des embrouilles puisqu’il va faire face à un véritable génie du crime qui a kidnappé des scientifiques aguerris et les a placé sous cryogénisation, histoire de pouvoir les utiliser lorsqu’il le veut, y compris pour aller construire des trucs sur la lune ou un quartier général sous la mer, tout cela dans le but évident de contrôler le monde, par exemple en faisant sauter des fusées. Encore un sage, en somme…

 

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Margheriti étant un bon touche à tout (j’ai parlé de ses œuvres gothiques mais il a aussi tapé dans le péplum, la SF ou le western), il sait fort bien ce qu’il doit mettre en œuvre pour faire d’Opération Goldman un bon petit eurospy comme on en fait plus. C’est bien simple, tout y est: les gadgets rigolos, le repaire futuriste du grand vilain, les gardes de celui-ci qui sont soit fringués comme des truands, soit comme des ouvriers, quand ils ne portent pas des tenues de ninjas sur le dos, des coups de poing dans la gueule bien éloignés des chorégraphies de Jackie Chan, des jolies demoiselles qui vont tomber dans les bras du héros, de l’exotisme, quelques touches d’humour,… Pas la peine de faire un inventaire complet, rien ne manque! Et le tout est en plus fort bien tenu et devrait ravir les amoureux des débuts de l’Anglais infoutu de garder la même bagnole entre deux aventures. On notera tout de même quelques variations par rapport au modèle, comme la présence d’une supérieure du héros, ici nommée Patricia Flanagan (et jouée par Diana Lorys qui était le premier rôle féminin dans le classique L’Horrible Docteur Orlof de Jess Franco) et qui entretient des rapports ambigus avec Harry. Car quand elle ne l’engueule pas parce qu’elle est agacée par son comportement trop relaxé, elle se laisse séduire par ses nombreuses avances. Un duo fort sympathique que l’on aurait bien vu traverser tout le film… Manque de bol, la belle Diana n’est présente que dans la première partie du récit, durant laquelle elle aide son assistant à enquêter avant de le laisser se charger du reste. Dommage, la dynamique entre les deux apportait de l’intérêt et une touche sexy qui était loin d’être désagréable. Pour pallier à ce manque de féminité qui touche la deuxième partie du film, Margheriti décide de tomber plus franchement dans l’action, les péripéties s’enchainant dès lors sans temps mort. Car si la première demi-heure était bien agréable, force est de reconnaître qu’elle était un peu lente et bavarde, mis à part une très sympathique scène de piège avec une pièce inondée par les eaux, ce qui ne sera pas le cas de la suite qui y va plus franchement…

 

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Explosions, combats, coups de laser dans le dos, course-poursuite,… Le rythme bat son plein et il n’y a guère que lorsque le grand méchant en chef (qui lors des débuts se comporte comme le vilain dans L’Inspecteur Gadget puisqu’on ne voit que sa main) se met à expliquer ses terribles plans que le calme revient un peu. L’Antonio ne ménage pas ses efforts et on notera par ailleurs de gros efforts pyrotechniques puisque ça explose dans tous les coins. Un bateau au début, un silo par la suite, puis une fusée et enfin toute la base du diabolique félon. Un vrai plaisir dans la destruction de maquettes, des déflagrations plutôt bien foutues en prime, même si nous remarquerons quelques images d’archives (la fusée, forcément). La maigreur du budget est parfois visible, notamment lors de la course-poursuite en voiture qui dévoile une maquette pas crédible un seul instant ou lorsque le pauvre Harry est entrainé par les eaux dans un tube. A l’écran, cela donne une poupée balancée dans un jet d’eau et cela se voit! On remarquera tout aussi fortement que lorsqu’un personnage tire un coup de feu, il ne sort que très rarement une flamme du canon et aucun impact de balle sera visible, Margheriti se contentant de bruitages pour faire illusion. Mais tout ceci n’est jamais dérangeant, cela apporte même une petite dose de charme supplémentaire, et Opération Goldman comporte suffisamment de bons moments pour qu’on ne garde pas en tête les légères bévues. On retiendra par exemple cette séquence macabre montrant les hommes et femmes cryogénisés en train de fondre, ne redevenant que des squelettes en voie de n’être plus que cendres… Une séquence quasiment gothique, aux éclairages précis et lugubres, qui ne dépareillerait pas chez un Mario Bava! Opération Goldman est donc un film d’espionnage assez classique mais fort bien tenu, un film populaire des mieux troussés et une petite œuvre kitsch à l’ancienne comme on les aime. Le DVD édité par Artus est bien évidemment impeccable, aussi bien sur le traitement de l’image qu’au niveau des bonus, qui rameutent comme toujours Alain Petit, désormais indispensable pour tout ce qui touche au cinéma bis des années 60…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Anthonio Margheriti
  • Scénarisation: Alfonzo Balcázar, José Antonio de la Loma, Ernesto Gastaldi
  • Titres: Operazione Goldman (ITA), Lightning Bolt (USA)
  • Production: Alfonzo Balcázar, Anacleto Fontini, Giuseppe De Blasio
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Anthony Eisley, Diana Lorys, Wandisa Guida, Luisa Rivelli
  • Année: 1966

6 comments to Opération Goldman

  • Dirty Max 666  says:

    Tu m’as convaincu, je vais me laisser tenter par cet Opération Goldman qui m’a l’air plus fun et plus cool qu’Opération corned-beef ou le dernier James Bond. Et puis avec Margheriti au commande, on ne peut qu’avoir un spectacle joyeusement pop !

  • Roggy  says:

    Comme Max, je me laisserai bien tenté par ce film des 60’s à la sauce James Bond. Oss 117 n’est peut-être pas loin !

  • Princécranoir  says:

    Comme à chaque fois, tu n’as pas ton pareil pour faire bouillir l’envie de me bisser dessus avec cette bobine de Margheriti. J’ai eu peu l’occasion de me goinfrer d’ersatz bondien (me revient en mémoire une lointaine projection de « deadlier than the male » surtout grâce au thème des Walker brothers) du coup, cette version spaghetti me semble particulièrement alléchante d’autant qu’elle est servie dans un bel emballage semble-t-il. A moi donc les vils ninjas et les p’tites pépés ! 🙂

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