Rosemary’s Killer

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Si Joseph Zito est bien connu des amateurs de grosses pétoires et de coups de talons dans la gueule pour ses délires avec Chuck Norris ou Dolph Lundgren, il trouve également quelques admirateurs dans le petit monde du slasher. Grâce à son Vendredi 13 part. 4, bien évidemment, mais également pour le rôdeur qu’il créa en 1981…

 

Si l’on voulait se la jouer maritime, on pourrait dire que John Carpenter, Bob Clark et Sean S. Cunningham sont la vague forte et rouge sang qui envahit les salles de cinéma dans les années 80 et mouilla les pieds des spectateurs en quête de sensations fortes. On pourrait également dire que ce raz-de-marée « slasheresque » attira une horde de surfeurs décomplexés qui décidèrent de profiter de sa présence pour planter leurs planches à son sommet, histoire d’obtenir le quart d’heure de gloire que tout le monde cherche à Hollywood et dans ses environs. Mais ces amateurs des sports aquatiques ne sont pas tous du même niveau et l’on en trouve de toutes les sortes. Il y a les débutants comme Lewis Jackson (Christmas Evil) qui ne tiennent pas sur leur planche-à-repasser et boivent la tasse sans attendre, ceux qui ont sens de l’équilibre chancelant mais tiennent bon sans non plus faire des ravages comme Scott Spiegel (Intruder), ceux qui ont de quoi épater la galerie mais sont un peu trop propres sur eux comme Dwight H. Little (Halloween 4). Et puis il y a les doués, ceux qui sortent du lot et peuvent attirer les regards des filles (pour le coup, c’est nous les gonzesses), des gars comme J.S. Cardone (The Slayer), Tony Maylan (Carnage) ou Jack Sholder (Dément). Joseph Zito est de ceux-là. Né en 1946, il lui faudra un peu plus de trente ans pour parvenir à réaliser son premier long, un certain Bloodrage qui ne se la joue pas encore tout à fait slasher mais qui a déjà l’habillage d’un bon film de psychokiller. Normal qu’il passe la seconde et décide de profiter du succès des Halloween et Vendredi 13 pour faire ce pour quoi il est bon: filmer des gens se faire laminer, d’abord par des tueurs, par la suite par des stars de l’action comme Chuck et Dolph. Sa destinée, Zito la prend dans ses mains, la façonne, produisant lui-même son The Prowler qui sortira en 1981, soit pile au bon moment. Pas forcément pour rapporter des millions (même s’il a forcément mieux marché que s’il était sorti cinq ans plus tôt ou plus tard) mais en tout cas pour se forger un petit statut d’œuvre culte et devenir l’un des fiers représentants du « bon vieux temps » qui nous fout la larmichette.

 

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A vrai dire, le Joe nous sert là un slasher comme il en existe des chiées, avec un tueur dans la nature qui s’amuse à ruiner le bal de fin d’année d’une bande d’adolescents en rut. La petite originalité de ce rôdeur c’est sans doute son âge puisqu’il a participé à la seconde guerre mondiale, rejoignant l’Europe pour combattre l’ennemi allemand, bravant la mort sur les champs de bataille. Il en reviendra sain et sauf, mais sans doute un peu traumatisé. Mais en guise de récompense, il ne trouvera qu’une lettre de sa petite-amie Rosemary (ce qui permet à l’Europe de surfer sur le film de Polanski et titrer notre slasher en Rosemary’s Killer) qui lui annonce qu’elle préfère le quitter, perdant patience quant à son retour et désireuse de profiter de sa jeunesse pour trouver un bon parti. Elle ne perd d’ailleurs pas de temps et accompagne un beau parleur au bal de fin d’année de l’époque. Mais pas question pour notre soldat revenu au pays de laisser passer pareil affront: il va les rejoindre et les assassine sans sommation et, surtout, sans être inquiété, son méfait restant non-résolu par les autorités. Trente-cinq années passent sans que le gaillard ne fasse parler de lui et pour cause, il n’en avait pas l’occasion puisque le père de la victime des années 40 faisait tout son possible pour empêcher un nouveau bal de fin d’année d’être organisé, histoire d’éviter les problèmes. Mais le vieux colonel ne peut plus faire jouer son autorité en ce début d’année 80 et ne pourra empêcher les jeunes de s’amuser et s’envoyer en l’air. L’occasion pour notre vieux militaire fou de reprendre du service… Un scénario plutôt simple s’il en est, qui apporte plus de soin à la mythologie de son tueur qu’à sa structure générale, plutôt classique mais qui a tout de même la bonne idée de faire de ses deux personnages principaux, un jeune policier et sa petite-amie, des détectives du dimanche qui se mettent en tête de découvrir l’identité du meurtrier. Pas bien surprenant lorsque l’on se penche sur la personnalité des deux scénaristes, qui est elle bien surprenante, puisqu’il s’agit de Glenn Leopold et Neal Barbera. Qui est sont ces gens ? Tout simplement deux scribouillards des plus importants de chez les créateurs de dessins-animés Hanna-Barbera, particulièrement connus pour les Scooby-Doo, qu’ils scénarisent. Guère étonnant dès lors de retrouver la même charpente sur The Prowler, qui remplace le clebs et ses amis par quelques jeunes gens qui se feront tuer. Une différence de taille, certes, mais le reste est assez similaire, les personnages du film de Zito s’évertuant eux-aussi à découvrir qui est le sagouin qui se déguise en militaire et fait un carnage dans les environs, même si eux ne placeront pas des pièges pas permis un peu partout…

 

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Ce qui permet par ailleurs à cette série B slasherisante de ne pas être trop ennuyeuse entre deux coups de lame. Car là où l’on doit se farcir des discussions d’adolescents débiles (pléonasme ?) dans les autres productions du même type, The Prowler a le mérite de faire avancer son histoire, quand bien même celle-ci est assez mince. Mais le tueur est au moins assez développé et, une fois n’est pas coutume, on ressent une certaine compassion pour lui. Car il a beau commettre des actes d’enfoiré fini, il n’en est pas moins un être détruit, à la fois par la grande Histoire et par la petite, la sienne, et l’on devine que le pauvre homme, revenu à moitié vivant de la guerre, aura été achevé par cette fameuse Rosemary, qui tirera la dernière balle, celle qui lui brisera le cœur et l’esprit. Certains reprocheront malgré tout, et à raison, une certaine lenteur handicapante, principalement visible parce qu’il peut se passer un sacré laps de temps entre deux tueries. Il faut effectivement parfois attendre jusqu’à vingt minutes pour que le rôdeur fasse quelque-chose, ce qui gênera sans aucun doute les amateurs d’horreur dynamique. Et il est vrai que l’on aurait bien mangé un ou deux meurtres supplémentaires, non pas parce que l’on reste sur notre fin une fois le générique passé, mais parce que cela aurait permis au film d’obtenir une cadence un peu plus satisfaisante, l’action étant malheureusement sacrifiée au profit de l’enquête, un brin brouillonne, voire inutile puisque l’on devine l’identité du tueur très rapidement. Mais ces réserves, Zito les balaye d’un revers de la main, sortant la carte maîtresse de son petit jeu de massacre. Et cet as, c’est Tom Savini en personne, déjà auréolé à l’époque de ses fabuleux effets pour Zombie, Maniac et Vendredi 13. Sans surprise, le plus cool des moustachus vient ici faire ce qu’on attend de lui, à savoir faire sauter des têtes, trancher des gorges et transpercer des corps ardents. Tout son savoir-faire est ici déployé et l’on pourrait presque parler de best-of concernant The Prowler puisque la plupart de ses effets sont reproduits ici. Manque juste la hache dans la gueule du premier vendredi maudit, tiens!

 

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Avec un atout comme Savini dans la manche, Zito pouvait donc dormir sur ses deux oreilles puisqu’il était assuré que son slasher allait disposer de meurtres plus impressionnants que ceux emballés par beaucoup de ses confrères, qui devaient généralement se contenter d’une bouteille de ketchup pour tout effet spécial. Sans surprise, le tueur de Rosemary profite bien des mains de notre artisan et nous offre donc un spectacle des plus sanglants. Coups de fourche dans le bide, couteau dans le crâne, gorge tranchée, tronche qui éclate comme un melon,… Il y a de quoi garder les yeux ouverts et comptez sur Zito pour nous montrer tous ces sévices aussi frontalement que possible, le réalisateur n’étant pas du genre à détourner sa caméra pour filmer des murs. Ce qui vaudra par ailleurs au film quelques censures, la plus dure étant sans doute l’allemande, qui coupe tous les meurtres et modifie même la musique, remplacée par des chants d’oiseaux et de grillons. Ce qui est autant dommage pour les effets gores, bien évidemment parfaits et impressionnants au possible, que pour la musique, bien foutue et distillant une aura de tristesse palpable, rappelant qu’à la base de ce carnage se trouve un drame humain et la folie des hommes. On sera tout de même surpris que le film ne fut pas banni en Angleterre, The Prowler pouvant prétendre au titre de Video Nasty, sans doute plus que quelques autres slashers qui atterrirent sur la fameuse liste, comme les bien plus sages Massacres dans le Train Fantôme ou The Slayer. Un honneur dont Zito devra se passer, sans doute bien content d’échapper à ça (notez que c’est pas passé loin puisque le film fait tout de même partie de la « Section 3 », liste de films qui étaient dans le collimateur des censeurs anglais). Et il peut l’être puisque Rosemary’s Killer lui permit tout de même de se faire remarquer par les gars de la Paramount, qui lui diront que si The Prowler s’était appelé Vendredi 13, il aurait cartonné. Ils furent par ailleurs si impressionnés par son boulot qu’il aura l’avenir de la franchise en main le temps du quatrième opus, rappelant fort logiquement celui qui aura permis à son deuxième film de se faire une réputation: l’ami Savini.

 

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Ce qui ne veut pas dire que tous les mérites reviennent à Savini, Zito se montrant fort efficace en tant que réalisateur. Rien d’exceptionnel dans sa mise en scène, cependant, mais des plans qui vont droit au but et un filmage compétent. Pas de ronds de jambes et de tours de cul ici, c’est du « straight to the point » qui ne s’embarrasse pas de techniques particulières, sans non plus avoir l’air d’être le fainéant du genre. Le Joseph est particulièrement à son aise lorsqu’il s’agit de mettre en avant son tueur, il est vrai fort classe. Notre militaire est assez inquiétant, sa démarche pesante et déterminée ne laissant que peu de doutes sur ses sinistres intentions. Notons par ailleurs ce qui est peut-être la meilleure scène du film, celle où le montage alterne les plans entre la préparation de ces demoiselles pour le bal et la celle de notre tueur, les bonnes intentions semblant se marier aux mauvaises, bien malgré elles. Vous aurez donc compris que s’il subit quelques défauts, The Prowler parvient à garder les pieds bien ancrés dans la terre et tient debout contre vents et marées, se positionnant comme l’un des slashers les plus réussis des années 80. Les détracteurs du style ne changeront certainement pas d’avis avec celui-ci, tout comme les amateurs seront sans doute ravis du voyage. On peut par ailleurs regretter que le film soit toujours inédit en DVD dans nos vertes contrées, ce qui est bien dommage et nous force à nous rabattre sur les éditions sorties chez Blue Underground, qui offrit même au film de Zito un Blu-Ray. On ne s’étonnera pas de voir le vieux Lustig envoyer sur le marché un film comme celui-ci, lui qui aimait tant salir les uniformes dans ses Maniac Cop et Uncle Sam

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Joseph Zito
  • Scénarisation: Neal Barbera, Glenn Leopold
  • Titres: The Prowler (USA)
  • Production: Joseph Zito, David Streit
  • Pays: USA
  • Acteurs: Vicky Dawson, Christopher Goutman, Farley Granger, Lawrence Tierney
  • Année: 1981

7 comments to Rosemary’s Killer

  • Dirty Max 666  says:

    J’avais la VHS entre mes pognes quand j’étais ado et je garde un bon souvenir de ce film. Un slasher au script classique (très conforme au genre, quoi) mais à l’exécution hautement efficace. Les maquillages de Savini y sont pour beaucoup, tout comme la mise en scène sans chichis du père Zito. Par ailleurs, je trouve dommage que les slashers des 80’s soient trop peu courtisés par les éditeurs de dvd. Car un paquet d’incontournables manque toujours à l’appel…En tout cas, grâce à tes textes géniaux, le meilleur du fantastique et de l’horreur des 80’s se rappelle à notre bon souvenir (chapeau aussi pour tes papiers sur La galaxie de la terreur et La nuit des sangsues). Te lire, c’est comme prendre un bon bol d’air frais, surtout en ces temps de plus en plus obscurs…

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Vraiment ? Je ne l’ai pas vu depuis trèèès longtemps et il va falloir que je le retente, mais j’en ai gardé un mauvais souvenir. J’adore les films de Zito, mais là en-dehors des effets de Tom Savini (quand même loin de son boulot sur Carnage), il n’y avait pour ainsi dire rien du tout dans ce film. C’était banal, balisé, et avec une fausse fin qui se termine tellement platement qu’elle tente un dernier jump-scare que j’avais trouvé particulièrement misérable (une victime morte qui n’est pas morte oh mais en fait si).

    Je suis sans doute beaucoup trop sévère et j’ai zappé la quasi totalité du film de ma mémoire, mais j’avais déjà été assez agacé par la « motivation » tu tueur, qui doit sans doute être la plus stupide que j’ai jamais vu. Le gars s’est fait largué. Voilà voilà. 40 ans plus tard, il ne s’en remet pas et tue au pifomètre. Pourquoi ne pas exécuter la totalité des habitants, les gens mariés, les amoureux, les trompeurs, etc ? Sur quels motifs se base t-il pour ses crimes ?

    Les autres slashers avaient toujours quelque chose dans la façon de représenter le « pourquoi » et la folie. Angela de Sleepaway Camp et Le Jour des Fois sont les exemples ultimes. My Blood Valentine est compréhensible, tout comme Vendredi 13. The Toolbox Murder était malsain, Halloween était proche du surnaturel et mystérieux. The Burning était sûrement celui où je pouvais comprendre la mentalité de l’assassin, et même Prom Night qui est assez nazebroque, est compréhensible via le deuil.
    Mais là non. Même l’excuse du trauma de guerre parait à peine esquissé, et à la vie de tout les jours le bonhomme n’a vraiment pas l’air de vivre comme un vétéran qui intériorise.

    Je sais pas, j’imagine qu’il doit garder un charme 80s et du gore sympa, mais bon sang même les slashers de secondes zone genre Happy Birthday to Me et The Initiation avait leur truc avec le jumeau ou le double maléfique pour relancer l’intérêt et apporter une révélation finale. Là c’est vraiment « un tueur tue / il se fait tuer. » et peau de zob pour le reste.

  • Roggy  says:

    Je ne suis pas un fana des slasher (même des années 80) surtout quand ils pêchent par leur scénario. Après, j’aime bien le concept du film et son début. Sinon, ça reste un slasher, et pour moi ce n’est pas forcément gage d’originalité. En tout cas, encore un bon papier et pour aller dans le sens de Max, tes choix de chroniques de ces derniers temps font plaisir à voir et surtout à lire.

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