La Nuit des Sangsues

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Rambo vous le dira: les sangsues, c’est chiant. Ces insectes vampires ne pensant qu’à nos veines sont effectivement de fameuses plaies pour les aventuriers foulant la jungle du pied. Mais les versions terriennes sont désormais dépassées, des galactiques débarquant pour s’attaquer directement à nos cervelles. Les limaces de l’espace sont dans la place et elles ne mangent pas que de la salade!

 

Lorsque l’on évoque les talents gâchés, ces fiers artisans qui faisaient du bon boulot mais qui finirent broyés par la machine hollywoodienne, difficile pour le bisseux de base de ne pas songer à ce pauvre Fred Dekker. Car avant d’être triquard suite au bide que se ramasse Robocop 3, le gaillard était un artisan solide qui nous aura proposé deux divertissements horrifiques de haute volée, à savoir le bien connu Monster Squad, un Goonies au pays des monstres de la Universal, et l’un peu oublié La Nuit des Sangsues, parfois appelé Extra-Sangsue, premier film de Dekker. Tout du moins le premier film professionnel en tant que réalisateur, le gaillard faisant ses premiers pas derrière la caméra dès l’âge de douze ans en tournant des films super 8. Il tentera quelques années plus tard d’entrer dans certaines écoles de cinéma… dans lesquelles il ne sera pas accepté! Il y en a qui ne verrait pas un diamant même en marchant dessus… Il débarquera dans la profession en écrivant l’histoire (mais pas le scénario) du film House de Steve Miner (les Vendredi 13 2 et 3, pour rappel) avant d’embrayer directement sur cette nuit visqueuse, nommée Night of the Creeps dans son pays d’origine. Une œuvre inédite en DVD par chez nous mais qui fit les beaux jours des amateurs de cinéma horrifique typiquement eighties lors de sa sortie en VHS, une mouvance à laquelle ce Night of the Creeps appartient à 200%, ne pouvant jamais cacher son appartenance à cette époque bénie. Bénie car on y trouvait justement une race en voie d’extinction, celle des gens comme Dekker, de vrais fans du genre qui confectionnaient leurs films avec un amour sincère et une réelle volonté de bien faire. Cette distribution de TriStar (mais siiii, le cheval blanc qui galope vers l’écran, tout une époque!) mériterait clairement de sortir de sa tombe et venir toucher nos platines pour y vomir ses limaces mutantes, qui traverseront nos écrans pour venir s’introduire dans nos cervelles et y laisser d’impérissables souvenirs.

 

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Tout débute dans l’espace. De petits aliens se disputent dans leur vaisseau spatial, tirant à tout va avec leurs gros lasers, deux d’entre eux ayant pour but d’éliminer un troisième qui tente de fuir avec un petit tube. Le but de ce dernier semble clair: il veut envoyer ce que l’on suppose comme le fruit d’une drôle d’expérience dans l’espace, ce qui ne réjouit pas les deux autres. Et où c’est qu’il va s’écraser, ce petit tube ? Sur Terre, pardi, là où tous tous les dangers spatiaux se donnent rendez-vous pour y faire une bringue mortelle ! Et plus précisément dans l’Amérique de 1959, lorsque les jeunes gens partaient admirer les étoiles en voiture, non loin de forêts qui furent également les théâtres de quelques fricotages adultes. C’est précisément ce que font une jolie jeune fille et son nouveau petit copain, qui sont surpris par Ray Cameron, flic débutant troublé de voir son ancienne petite-amie avec un autre. Il s’éclipse, non sans les mettre en garde qu’un fou vient de s’échapper de son asile et est en train de commettre un massacre à la hache dans la région. Pas de quoi inquiéter les tourtereaux, qui préfèrent se bécoter sous la lune en reluquant le ciel étoilé. Il y en a justement une qui passe à quelques mètres de leurs têtes et va s’écraser dans le bois derrière eux, ce qui intéresse follement le jeune homme qui part voir de quoi il en retourne, laissant son flirt dans la bagnole. Je vous le donne en mille, il tombe sur le fameux tube, qui laisse s’échapper des limaces d’un autre monde qui ne tardent pas à s’infiltrer dans sa bouche. Pendant ce temps, la demoiselle attend mais ne restera pas seule bien longtemps puisque le taré à la hache vient lui tenir compagnie et l’éparpille un peu partout sur la route. Vingt-sept années passent, nous voilà en plein dans les années 80, en plein milieu universitaire avec ses confréries de gars chics qui s’envoient les plus jolies filles de la région. Un amusement auquel ne peuvent prétendre Chris Romero (Jason Lively) et J.C. Hooper (Steve Marshall), le premier étant trop timide alors que le second ne peut marcher sans béquilles. Autant dire qu’ils ne sont pas cools et que ce n’est pas sur eux que la jolie Cynthia Cronenberg (Jill Whitlow) risque de se retourner. Mais Chris se retourne sur elle, lui, et en tombe éperdument amoureux. Persuadé que le seul moyen pour lui de se faire remarquer par la donzelle est d’intégrer une confrérie, il traine son ami boiteux dans l’une d’elles. Mais les gars gérant ce groupe de fêtards égocentriques décident de mettre les deux jeunes hommes au défi, le bizutage consistant à aller dans la morgue, voler un cadavre et le déposer sur la pelouse d’une confrérie rivale.

 

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Nos deux héros obéissent alors et se retrouvent par hasard dans une pièce tenant plus du vaisseau spatial que de la chambre froide. Ils tombent alors nez à nez avec le pauvre gars de 1959 qui a mangé du limaçon, cryogénisé sans trop que l’on sache pourquoi (mais on le devine). Mais nos deux clampins décident de le libérer, les effets de pareille bévue ne se faisant pas attendre: le cadavre se met à déambuler avant que sa tête n’éclate pour libérer des sangsues qui s’en vont contaminer d’autres personnes à leur tour. Les corps commencent à tomber un peu partout, ce qui fait se poser des questions à Ray Cameron (désormais interprété par l’immense Tom Atkins, le roi des années 80 et mon acteur favoris parmi les vivants!), qui décide d’enquêter et s’intéresse dès lors à Chris et J.C. Je sais, je vous la fais longue, mais sachez que cela ne résume que la première partie du film et que le spectacle commence véritablement après. Il était de toute façon difficile de rendre justice au scénario de Fred Dekker en quelques lignes. On ne résume pas La Nuit des Sangsues comme le ferait Télérama (s’ils en parlaient!) en deux lignes, le script étant certainement l’un des meilleurs des nobles eighties, un divertissement de haute volée que Dekker a pourtant écrit en moins d’une semaine. On peut dire que les dieux de l’inspiration se sont posés sur lui et lui auront permis de faire de l’excellent travail en un temps record. Un script qui comme vous pouvez le voir découle d’une passion sincère pour le genre, comme le prouvent les nombreuses références dans les noms des protagonistes (Hooper, Romero, Cronenberg, Cameron, mais aussi Landis, Raimi ou Dante, parmi d’autres). Il est évident que Dekker a tenté ici de faire le film de ses rêves, qui fera le lien entre l’horreur des 50’s et celle de son époque, les 80’s. On se retrouve donc avec un gros mélange entre le film d’insectes, d’extra-terrestres, le slasher et l’invasion de zombies sans que cela sonne comme fourre-tout ou un indescriptible bordel. Au contraire, ces éléments se marient à merveille car ils découlent les uns des autres et s’harmonisent parfaitement en ne tentant jamais de prendre la place des autres. Alors qu’il serait si facile de jouer la carte du gros délire où les martiens déboulent dans un cimetière où les zombies se réveillent et qui abrite également un serial-killer, un peu comme ce qui était fait dans les années 40 par la Universal quand ils faisaient croiser leurs monstres, Dekker préfère lier tous ces éléments pour créer une œuvre logique, se servant de l’élément science-fictionnel pour basculer progressivement vers le fantastique pur et dur.

 

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Si Dekker réussit si bien son scénario, c’est donc parce que c’est un amoureux de la première heure du genre et qu’il sait parfaitement ce que les bisseux attendent de pareille œuvre. Il en est un aussi et il n’a d’autre ambition que de rendre un hommage divertissant à tous ces films qu’il aime tant. En ce sens, Night of the Creeps est autant un cadeau pour le style que pour ses admirateurs, qui ont droit à une bande d’une rare sincérité. Car s’il place de l’humour dans son film, humour par ailleurs réussi, Dekker ne tombe jamais dans la gaudriole un brin moqueuse. Là où un L’Homme-Homard venu de Mars, sorti deux ans plus tard, avaient surtout pour ambition de souligner les défauts des films de série B des années 50 et tapait donc dans l’hommage qui ne s’assumait pas pleinement (du genre « j’aime beaucoup mais en même temps je me rends compte que c’est très con, je ne suis pas si bête, ah ah! »), Dekker préfère jouer la carte du second degré léger et jamais envahissant, présent pour divertir et non pour ridiculiser les ancètres dont il s’inspire. Il est d’ailleurs indéniable que Dekker aime ses personnages, soignés au maximum, un amour qu’il transférera aux spectateurs. Car comment souhaiter la mort des personnages, que ce soit nos deux héros losers, diablement sympathiques, ou du flic Ray Cameron, intérieurement mort en 1959 en même temps que l’amour de sa vie ? Un personnage en or pour Tom Atkins, qui est bien évidemment excellent (comme le reste du casting, par ailleurs), qui compose un être bougon, pratiquant l’humour noir, qui semble détester le monde entier, et lui-même en premier lieu. Au bord du suicide, il devra pourtant surpasser ses démons pour affronter le passé, qui vient frapper à sa porte sous les traits de zombies peu glamours. L’affection de l’auteur pour ses enfants de cinéma transpire donc à chaque instant, y compris lorsque certains meurent. Des scènes touchantes, d’une infinie tendresse, Dekker préférant montrer les cadavres de ceux qu’il aime de dos, ne désirant pas les dévoiler sous un jour ensanglanté. Une extrême délicatesse, une élégance, une pudeur même, que l’on ne retrouve que trop rarement dans un genre dont la majorité des protagonistes est généralement réduits à du filet américain sans que cela n’émeuve grand monde. Ce n’est jamais le cas ici et cela fait un putain de bien!

 

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S’il soigne ses persos, l’auteur n’oublie pas non plus de donner une œuvre très visuelle qui devrait contenter les goreux de tous poils. Nous ne sommes bien évidemment pas dans un Braindead et le sang ne coule pas à flot, mais il y a tout de même de nombreux crânes qui explosent ou des animaux zombifiés du plus bel effet. La Nuit des Sangsues ne ménage pas ses effets, tous réussis et passant bien l’épreuve du temps, leur charme restant intact, même lorsqu’il s’agit de faire courir des nains dans des tuniques d’aliens, plutôt bien foutues aussi d’ailleurs. Le Dekker se trouve être un réalisateur des plus capables et qui proposet de forts belles idées, comme celle de retirer la couleur de la scène se déroulant en 1959, lui donnant des airs de production d’époque. Du travail propre, que l’on apprécierait d’avoir en DVD, nos VHS commençant à faire sacrément la gueule. Ce serait d’ailleurs l’occasion d’inclure en bonus la scène de fin alternative, qui annonçait une suite, qui n’aura donc jamais eu lieu. Un mal ? Pas nécessairement, Night of the Creeps étant de ces films auxquels il vaut mieux ne pas toucher une fois fini, histoire de ne pas ternir la perfection qu’ils affichent. Car oui, le premier film de Dekker est parfait, dans son registre bien entendu, et il est difficile de trouver une série B comme celle-ci. Comment ne pas aimer un film qui nous montre tout l’amour qu’il a pour nous, ne nous prenant jamais pour des clients mais bel et bien pour des amis ? Dekker nous touche au cœur car il emploie les bons mots, les nôtres. Un véritable exemple qui ne sera que peu suivi, fort malheureusement, et le symbole d’une époque qui pouvait encore divertir de manière sincère, sans tomber dans le cynisme de celui qui se pense plus malin que le genre qu’il est censé vénérer. Un classique méconnu, le summum des années 80, qui mérite cent fois le petit culte qui lui est voué. Merci Fred Dekker et désolé, tu aurais mérité tellement mieux que te faire écraser par l’armure du robot-flic dans laquelle t’ont encastré des exécutifs idiots…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Fred Dekker
  • Scénarisation: Fred Dekker
  • Titres: Night of the Creeps (USA)
  • Production: Charles Gordon
  • Pays: USA
  • Acteurs: Tom Atkins, Jason Lively, Steve Marshall, Jill Whitlow
  • Année: 1986

7 comments to La Nuit des Sangsues

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    J’adore ce film, rien à rajouter. Probablement l’un des meilleurs rôles de Tom Atkins, un amour véritable pour le genre en général (l’intro « légende urbaine » en noir et blanc est ultra efficace en elle-même) et des effets d’époques qui enfoncent sans discuter les CGI modernes. La scène du rêve d’Atkins avec le retour du tueur sous forme de squelette, qui lui fait un « sourire », est juste une merveille.

    Par contre dis donc, je l’avais pas vu comme ça L’Homme Homard. Je m’en souviens comme un autre hommage au B, carrément cheap et un peu foutoire total avec ses allez-retour fiction/réalité, mais j’avais le souvenir d’une assez bonne ambiance. Tu me fais douter…

  • Oncle Jack  says:

    Ah la nuit des sangsues ! Une fiction devenue réalité quand on voit l’état général du cerveau humain actuellement. Mais je me répète. Ce film est l’exemple même d’un style de produit bien ancré dans les années 80 : fun, bien gaulé et sans nulle autre prétention que de faire passer un bon moment. Un must qui pourrait servir d’exemple à d’éventuels réalisateurs désireux de nous offrir enfin une série B qui tienne la route. Quant à l’homme-homard je rejoins un peu l’avis de M Bizarre; et puis franchement…quel casting !

  • Roggy  says:

    J’avoue avoir oublié cette nuit des sangsues vue il y a un moment maintenant. En revanche, j’aime bien « Monster squad » qui me rappelle ma jeunesse comme les « Waxwork » et autres joyeuseries du sieur Hickocx.

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