Dead Snow

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Dehors les Clavier, Blanc, Balasko et consorts! Cette fois, ce sont les zombies nazis qui font du ski! Entre deux égorgements et éviscérations d’étudiants venu échanger leurs fluides corporels dans la neige, bien évidemment, sinon ce ne serait pas drôle…

 

Les pays scandinaves ont la cote! Plutôt discrets auparavant, les beaux pays que sont la Norvège, la Suède et leurs voisins commencent peu à peu à se frayer un chemin jusqu’à nos DVDthèques en y plaçant de fiers représentants, qu’ils soient du domaine du thriller (les Millenium) ou de l’horreur (les Cold Prey, Next Door, Manhunt, Morse et consorts). On ne va pas s’en plaindre, l’éclosion d’un cinéma de genre dans des pays jusqu’ici plutôt timides sur les débordements bis étant toujours un plaisir et l’occasion de découvrir des sensibilités différentes des autres, qu’elles soient visuelles ou thématiques. Enfin, ça, c’est en théorie, certaines bandes se contentant de rester dans la zone du cinéma d’exploitation, celle de confort comme on dit, autant pour les producteurs qui sont plus ou moins sûrs de retrouver leur investissement que pour les bisseux qui savent qu’ils auront ce qu’ils attendent de ce type de productions placées sous le signe du gore qui tache. Rares sont d’ailleurs les participants à se faire un nom de manière durable, la plupart des concurrents devant se contenter d’un succès mineur en DVD ou VOD, d’une récompense dans un festival dans le meilleur des cas, avant de disparaître aussi vite qu’ils sont apparus. Mais, de temps à autres, une modeste série B parvient à s’extirper de la masse et éclate au grand jour, éclaboussant tous les viandards qui se ruent dès lors sur la galette. En 2009, cette précieuse galette en question c’était Dead Snow, une production modeste (estimée à 800 000 dollars, ce qui est déjà pas mal) qui surfait sur une vague (celle des films de zombies) et qui en participera à en relancer une autre (celles des nazis zombies) et aura droit à un joli buzz. Inespéré pour Tommy Wirkola, réalisateur de la chose, qui s’était jusque-là fait remarquer pour un Kill Buljo: ze film qui parodiait les Kill Bill de Tarantino avec un humour gras comme un paquet de frites. Si l’enculage de bouc (c’est montré sur la pochette!) ne lui aura pas ouvert les portes d’Hollywood, les zombies allemands le feront, Wirkola se retrouvant catapulté réalisateur d’Hansel et Gretel: Witch Hunters avec Jeremy Renner et Gemma Arterton. Une trajectoire qui rappelle celle d’un certain Sam Raimi…

 

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Il est par ailleurs bien difficile de ne pas voir l’ombre de l’oncle Sam sur Dead Snow, d’une part parce que le chemin dans lequel s’est engouffré le Wirkola rappelle un peu celle de son aîné (une petite production indépendante qui sert de passeport pour des productions plus cossues) mais aussi parce que le synopsis de Død snø (titre norvégien du film) rappelle fortement Evil Dead. On se retrouve donc avec quelques étudiants en médecine partis se détendre dans un chalet perdu dans les montagnes norvégiennes. Mais alors qu’ils espèrent baiser comme des Strauss-Khan et se bourrer la gueule comme des Depardieu, les voilà dérangés par des nazis zombies, qui viennent frapper à la porte avec leurs gros couteaux en main. Pas le genre d’évènements qui met de bonne humeur, surtout lorsque ces survivants de la Deuxième Guerre Mondiale se mettent en tête de les bouffer. C’est bien connu, l’Allemand aime la saucisse et vu qu’on en a des kilomètres dans le bide, le calcul est vite fait: ils passent à table, parés pour la choucroute. Ce sera donc une lutte infernale et enneigée dans laquelle vont devoir se jeter nos héros, qui pensaient devoir se contenter de quelques cadavres à disséquer à l’hôpital pour passer leurs examens. Bah, ça leur fera office de révision. Inutile de préciser que Wirkola, également co-scénariste, ne s’est pas cramé la cervelle à force de réflexion, le bonhomme se contentant d’une simple idée, celle de déguiser ses morts-vivants en soldats Hitlériens. Une idée qui n’est pas très neuve par ailleurs, les Shock Waves et autres Lac des Morts-Vivants comportant eux aussi leurs lots de zomblars portant l’uniforme. Mais vu que le grand public n’ira pas déterrer ces dépouilles des années 70 et 80, Wirkola pourra bénéficier de la force d’une nouveauté illusoire et falsifiée. Puisque l’aspect de ses monstres lui suffira bien à toucher un grand nombre de spectateurs, par ailleurs biberonnés à l’élimination des nazis et des zombies (parfois même des deux couplés) avec la multitude de jeux vidéos sortis sur ces thèmes, le réalisateur décide de jouer la carte de l’horreur classique mais à tendance Slapstick.

 

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Car Wirkola ne prend pas son sujet au sérieux et préfère faire le clown, comme à son habitude par ailleurs puisque ses autres réalisations tombent dans la gaudriole elles aussi. Autant vous le dire tout de suite: si vous n’aimez pas l’humour gras, vous pouvez faire demi-tour tout de suite, le Norvégien n’y allant pas avec le dos de la cuiller. Il tombe même parfois dans le vulgaire le plus complet, comme le prouve cette séquence assez ahurissante montrant le plus geek des protagonistes aller couler un bronze. Jusque-là, rien de particulier, ça nous est tous arrivé et nous arrive encore fréquemment (si non, il faut consulter). Mais plus rare est la suite, une jeune demoiselle rejoignant notre chanceux et s’asseyant sur lui à califourchon alors qu’il est toujours avec le froc baissé. Elle se met même à lui lécher les doigts alors qu’il vient de se torcher! Vous avouerez qu’on ne voit pas ça tous les jours et que c’est assez révélateur d’un certain état d’esprit qui habite Dead Snow. Car plus que les âmes perdues de la Wehrmacht, c’est le mauvais goût qui règne en maître sur ces blanches montagnes et les cerveaux les plus fins risquent d’avoir du mal à tenir le coup face à cette avalanche de gags. Qui parfois ne fonctionnent fort bien par ailleurs, Wirkola ayant un certain sens du rythme qui lui permet de faire mouche à plusieurs reprises, comme lorsqu’un zombie sort de la neige pour mordre la bite du héros (je vous avais prévenu que ça ne volait pas haut). Rien de bien drôle sur le papier, mais vu la bonne ambiance et la frénésie de l’ensemble, on finit par se prendre au jeu, nos visages se déridant au fil du film, qui commence assez platement pour finalement bifurquer vers un délire complet que ne renieraient sans doute pas les Japonais déjantés de Sushi Typhoon.

 

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Car niveau gore, il y a de quoi bien remplir son assiette, le buffet étant généreux et long comme les rails de coke de Pete Doherty. C’est dire! Si l’on a droit à du classique (décapitation, éviscération, égorgement), on peut également se coller dans les paupières quelques séquences plus salées comme une tête ouverte en deux comme une orange, ce qui entraine la chute de la cervelle qu’elle contenait au sol, ou encore un démembrement complet. Les nazis prennent également pour leur grade, leurs boyaux sortant de leurs bides quand ce ne sont pas leurs tronches qui sont tout simplement écrasées. Il y a donc à boire et à manger et le bisseux sera ravi d’apprendre que le tout est généralement créé à partir d’effets à l’ancienne, parfois voyants mais toujours enthousiasmants. En tout cas plus que les quelques effets numériques que l’on peut voir ici et là, pas toujours très heureux (quelques incrustations assez loupées) mais qui ont le mérite de ne pas être envahissants. C’est toujours ça de pris. Wirkola mise donc sur la bonne humeur et le spectacle, Dead Snow mixant des éléments du film de zombies (évidemment), du slasher (une structure à la Vendredi 13 émane ici) mais aussi du film d’action puisque nos soldats se bastonnent avec nos jeunes adultes. Il y a donc un certain dynamisme, plutôt bien capturé par Wirkola, qui n’est pas le meilleur réalisateur de sa génération mais qui ne se démerde pas trop mal non plus, se trouvant même quelques fois assez inspiré. On appréciera certains plans (celui de la silhouette nazie assassinant un malheureux dans une tente) et quelques scènes agréables, dont une en vue subjective montrant le réveil d’un protagoniste qui découvre que l’occupant est en train de lui bouffer les boyaux. Pas de quoi se taper la queue contre les murs, mais cela prouve que le réalisateur ne se repose pas trop sur ses acquis. N’espérez pas une bande-son particulièrement angoissante, par contre, le choix musical se résumant peu ou prou à quelques groupes de rock et metal régionaux, ce qui colle finalement assez bien avec le sujet, qui ne demandait pas qu’on réveille Mozart pour l’occasion.

 

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Mais rien n’est parfait et on est parfois en droit de se poser des questions sur la sincérité de Wirkola, que l’on ne sait trop comment percevoir. Est-ce là un vrai fan qui tente humblement de faire un pur film pour les fans du genre en rendant hommage à ses maîtres ou est-ce à l’inverse un petit fourbe qui tente de détourner le genre pour s’en moquer et attirer dans son giron un public plus lambda qui voudra juste s’en taper une bonne tranche ? Difficile à dire, certaines séquences laissant apercevoir un vrai bisseux tandis que d’autres laissent sceptiques, comme ce petit jeu des citations qui devient vite suspect. On avait compris que Brain Dead et Evil Dead 2 étaient les influences principales de l’auteur, il n’avait donc pas à pousser ses personnages à porter un t-shirt du film de Peter Jackson et les faire causer des classiques de Sam Raimi. On éprouve donc une sensation étrange, comme si le gaillard tentait finalement de nous convaincre qu’il aime les mêmes choses que nous. Mais la manière laisse songeur, tout étant un peu trop appuyé… Mais ce n’est là qu’un détail, Dead Snow restant dans un cas comme dans l’autre un divertissement plus que recommandable, ne souffrant d’aucun temps mort et proposant qui plus est des personnages un peu plus agréables que la moyenne. Alors si vous ne savez pas quoi faire de votre cerveau ce soir, confiez-le aux nazis zombies, ils en prendront grand soin. Espérons que la suite sortie récemment en DVD est aussi rigolote, mais au vu des retours cela semble plutôt bien parti…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Tommy Wirkola
  • Scénarisation: Tommy Wirkola, Stig Frode Henriksen
  • Titre original: Død snø
  • Production: Tomas Evjen, Harald Zwart
  • Pays: Norvège
  • Acteurs: Charlotte Frogner, Vegar Hoel, Stig Frode Henriksen, Jeppe Laursen
  • Année: 2009

14 comments to Dead Snow

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Ouais, je te rejoins parfaitement dans ta conclusion. En mon sens, Dead Snow est un film « fait pour les fans » mais il sent beaucoup trop le fabriqué. On dirait une série de vignettes qui suivent parfaitement un cahier des charges: scène gore là, scène visuellement geek ici, l’humour trash dans cette scène, plan nichon ici, là tu colle un beau monstre, et puis ici une vanne d’humour trash. Etc.

    Du coup je me rend compte que je suivais plus du tout un film, mais une sorte de vidéo (bien foutue techniquement) qui reprend le genre de trucs que l’on découvrait avec les bandes d’autrefois, qui elles étaient plus sincères. Si c’est pas « nul » parce que un minimum soigné, c’est quand même super bof. Quel intérêt en fait ? La citation est effectivement trop présente et même trop cliché. Evil Dead et Peter Jackson ? C’est les seuls que tout le monde cite, à se demander si les gars connaissent autre chose au final. C’est trop facile, sans risque. Et du coup sans véritable identité.

    Dans le genre « nouvelle vague de zombies nazis », j’ai nettement préféré le premier Outpost, qui lui était très sombre et atmosphérique, et particulièrement réussi. Dead Snow me donnait l’impression d’une blague qui aurait dû rester à l’état de fausse bande-annonce tellement ça ne vole pas haut.

    En revanche grosse surprise avec la suite qui elle se révèle très sympa. C’est plus drôle, plus gore, plus fun, plus généreux en idées originales, les gags fonctionnent mieux, le trash est mieux géré et moins beauf, et l’ambiance est second degré du début à la fin, sans espèce de séquences où tu sais pas trop où te mettre comme dans le premier (quand le héros butte sa copine accidentellement). Bref, Dead Snow c’est franchement moyen, Dead Snow 2 par contre vaut le coup d’œil.

  • Oncle Jack  says:

    Je confirme les propos de Mr. Bizarre, Dead Snow 2 est pour ma part une suite qui dépasse largement l’original, même si ce dernier plaçait déjà la barre très haute question débilité et mauvais goût. En gros les Dead Snow c’est du produit réalisé par des fans pour des fans, nous vengeant quelque peu des daubes actuelles à base de jump scares et autres portes qui grincent destinées aux ados boutonneux légèrement crétins sur les bords. Et si le colonel Herzog et sa troupe de bidasses en folie pouvaient aller faire un petit tour dans certaines stations friquées savoyardes ce serait sympa de leur part.

  • ingloriuscritik  says:

    Encore un très bon papier .
    Le coté potache trashy et mauvais gout , ce n’est pas la face du bis qui me bote le plus ,et pourtant je dois admettre que ce dead snow se laisse voir avec un certain plaisir parfois coupable . Et malgré un coté irrévérencieux d’apparat , il y a de la part de Wirkola pas mal de respect pour le genre et les influences des evil dead 2 et brain dead sont perceptibles , mais le mauvais gout en plus .
    Le coté « nazi dans la neige » a toutefois , je pense , avec les nombreux visuels des posters très naziesploitation ,largement contribué a une partie de son succès , et dopé sa distribution grace a un bouche a oreille entre ados (un cœur de cible nourri au call of duty ).
    Au final Çà a 100 fois plus de gueule qu’un asylum , voir même que beaucoup de troma …
    Allez ,çà sera une 4 fromages pour moi!

  • Princécranoir  says:

    J’ai pas encore chaussé mes après-ski pour partir à la découverte de ce « dead snow » (qui semble rimer avec Apatow si j’ai bien compris) mais il trouve, grâce à ta prose hilarante (je me prépare une sanguinolente Oktober Fest pour le prochain Halloween), une jolie couleur qui m’attire. Dans un autre registre, j’avais aussi beaucoup aimé l’invasion des nazis lunaires de « Iron sky ».

  • Roggy  says:

    J’aime bien l’intention des scénaristes (des nazis dans la neige) malgré des scènes bien débiles. Comme M. Bizarre, je préfère le 1er « Outpost » avec Ray Titus Pullo Stevenson. Pas encore vu la suite, mais apparemment, c’est encore plus fun.

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