Electric Boogaloo

Category: Documentaires Comments: 6 comments

Alors que de nos jours bien des pucelles trop maquillées et des bellâtres ne disposant que de la moitié du QI de Ribery (rigolez pas, ça fait toujours la moitié du QI d’un puceron) rêvent de percer à Hollywood en alignant les émissions de téléréalité où ils se ridiculisent plus qu’ils n’obtiennent leurs passeports pour les plateaux hollywoodiens, dans les années 80 deux Israéliens prenaient leur destin en main et explosaient le cinéma américain. Dans tous les sens du terme!

 

L’Australien Mark Hartley est une personnalité intéressante. Grand fan du cinéma d’exploitation, il n’a de cesse depuis 2008 de rendre hommage aux bandes qui décapent et leurs créateurs via des documentaires comme Not Quite Hollywood: The Wild, Untold Story of Ozploitation!, sorti en 2008 et qui revenait sur l’âge d’or du cinéma de genre au pays des wombats, et Machete Maidens Unleashed!, sorti deux ans plus tard et qui se penchait sur le cinoche tranchant tourné aux Philippines. Mais à force de parler cinéma, le Mark a eu la bien légitime envie de se lancer dans le bain pelliculé à son tour via le remake du Patrick qui participa à la fin des années 70 à la montée en puissance de l’exploitation à l’australienne. Vous noterez par ailleurs que ces trois œuvres sont toujours inédites par chez nous sous tout support physique et que l’on serait fort reconnaissants à quelque éditeur que ce soit de se pencher sur leur sort car nous serions bien heureux de les découvrir… Reste que Mister Hartley, malgré son passage à la réalisation d’un véritable film, s’est dit qu’il au moins fournir un documentaire supplémentaire sur les bandes qui chient des étincelles, ça fera une trilogie et c’est toujours joli sur les étagères. Il décide donc avec Electric Boogaloo de se pencher sur le cas de la Cannon, société de production américaine bien connue des plus vieux, ou en tout cas de ceux qui comme moi le sont suffisamment pour avoir connu la glorieuse époque de la VHS, pour avoir égayé nos soirées via leurs titres, souvent devenus cultes. C’est bien simple: lorsque débarquait le logo de la firme, nous savions que nous allions être bien traités. Oh, c’est sûr, les grands penseurs du cinéma, les journalistes et les bouffeurs de caviar qui se lavent les mains dans des éviers dorés crachant du champagne n’appréciaient guère les productions du groupe, jugées excessivement violentes, crétines ou interprétées par des acteurs qui n’en ont que le statut. Pile ce que l’on recherchait, en somme, les mauvais acteurs mis à part (encore que cela peut pimenter un plat fade), en bons jeunots que nous étions, et donc des ogres de cinoche qui défouraille, toujours à la recherche de la moindre explosion, du moindre tueur en cavale, du moindre karatéka qui affronte une armée, du moindre ninja qui se rebelle, du moindre monstre spatial qui vient refaire son garde-manger sur notre belle planète bleue. Tout ce qu’on recherchait, et qu’on recherche encore d’ailleurs, la Cannon nous l’offrait.

 

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Autant dire que pour de nombreux gaillards biberonnés par Les Maîtres de l’Univers (ça, c’est moi!), Bloodsport, Lifeforce, American Warrior, Cobra, Massacre à la Tronçonneuse 2, Un Justicier dans la ville 2 et autres Portés Disparus, la nostalgie nous sort du nez dans un torrent de morve à l’évocation de la firme et de ses deux tenanciers, Menahem Golan et Yoram Globus. Deux Israéliens qui se lancèrent dans le cinéma dans leur pays d’origine et qui décidèrent un beau jour d’aller conquérir l’Amérique, fort du succès rencontré chez eux. Après tout, si ça fonctionne dans les salles d’Israël, pourquoi ça foirerait ailleurs ? Et si cela ne foirera effectivement pas, ou du moins pas tout de suite, Electric Boogaloo nous rappelle qu’au final, cette réussite tient presque de l’accident. De l’accident parce que les deux compères sont un peu spéciaux, et ce bon vieux Menahem en premier lieu. D’ailleurs, on pourrait presque considérer que le documentaire lui est dédié puisqu’il est le spectre qui traverse tout le film. Celui qui nous a malheureusement quitté voilà quelques mois est en effet LA personnalité de la Cannon, laissant presque le pauvre Yoram dans l’ombre. Mais comment se faire remarquer face à un trublion pareil ? D’autant que s’il était bien évidemment le producteur de l’intégralité du catalogue qui sent bon la poudre, le Golan est également le scénariste et le réalisateur de quelques-uns des titres qui y sont trouvables, comme Delta Force ou Over the Top. Sans surprise, tous les intervenants parlent principalement de lui, et fort peu évoqueront Globus. C’est un peu le Menahem Show et pas nécessairement à son avantage, car s’il est rendu très attachant de par l’humour, volontaire ou non, qui entoure le personnage, il faut bien admettre qu’il passe aussi pour quelqu’un d’assez stupide. Pour un producteur qui ne comprend rien aux envies du public américain auquel il est censé offrir des divertissements taillés sur mesure pour lui, pour un idiot du village qui se met à parler à un orang-outan dans son bureau comme s’il avait à convaincre une star de jouer dans son film, pour un amoureux du cinéma qui n’est pas capable de reconnaître qu’il mélange deux films qui n’ont rien à voir, pour un gars qui se retrouve avec Sharon Stone au casting d’un film alors qu’il désirait en fait une autre actrice dont il a confondu le nom avec la belle blonde. Et j’en passe, les moments tout bonnement incroyables (et dont le top est certainement tout le passage sur le nain flanqué d’un costume de singe) s’enchainant les uns après les autres, tous racontés par plusieurs intervenants ayant approché la Cannon de près puisqu’ils y ont travaillé!

 

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On retrouvera ainsi scénaristes, réalisateurs (Tobe Hooper, Luigi Cozzi ou Albert Pyun, par exemple) ou monteurs de l’époque, mais aussi quelques stars comme Dolph Lundgren (yeah!), Bo Derek, Franco Nero, Martine Beswick, Michael Dudikoff ou encore Laurene Landon (un peu oubliée de nos jours, elle fut l’héroïne de Maniac Cop). Que du beau monde auquel il ne manque pas quasiment personne, si ce n’est les deux intéressés, Golan et Globus, qui lorsqu’ils ont appris qu’un documentaire sur leur pomme se faisait ont décidé d’en faire un autre produit par leurs soins, très rapidement! Ce docu maison, The Go-Go Boys est d’ailleurs sorti avant cet Electric Boogaloo, y compris dans quelques salles françaises (vous pouvez en avoir un avis chez l’ami Roggy), ce qui est une pratique typique du duo, qui par ailleurs finit par se scinder dans les 90’s pour mieux laisser ses deux membres se faire la guerre via un film sur la lambada (un sujet en or, comme vous imaginez bien), ou plutôt deux films sur la lambada! Car chacun a réalisé et sorti le sien aussi vite que possible, histoire d’emmerder l’autre. Au final, la version de Golan et celle de Globus sortiront en même temps, ce qui entraînera un bide pour les deux! Tous punis et au coin! Autant dire que l’on se marre fort devant ce documentaire, d’autant que les intervenants sont déjà en train de s’éclater en revenant sur leurs diverses anecdotes, le plus souvent en imitant le brave Menahem qui devait s’exprimer d’une manière fort amusante. On retrouve donc la toujours très belle Bo Derek qui nous explique que Menahem voulait encore plus de cul dans le film Bolero, qui en débordait déjà bien assez, Michael Dudikoff qui nous explique que le même Menahem était du genre à vous assurez une ascension fulgurante pour ensuite ne plus faire grand-chose pour votre compte, Dolph Lundgren qui avoue à demi-mot qu’il n’entravait pas grand-chose aux aventures de Musclor. Entre la déconvenue amenée par ce trou de balle de Godard, qui arnaquera plus ou moins la Cannon, ou les contrats ridiculement hauts accordés à Stallone, rien ne nous est épargné et l’on se sent presque dans les locaux de la Cannon, sentiment renforcé par les nombreuses images d’archives montrant les compères dans leurs bureaux.

 

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Electric Boogaloo est, vous l’aurez compris, un excellent documentaire, qui parvient à nous ramener à une époque qui était tout de même plus fun et qui permettait des folies impossibles à imaginer sur un écran de nos jours. Il suffit de voir que, pour de nombreuses personnes, Avi Lerner et sa firme Millenium (les Expendables) sont les descendants de la Cannon pour nous rendre compte que, décidément, on n’y a pas gagné au change avec les années… Mark Hartley opte en tout cas pour un documentaire sans voix off, dont l’histoire est entièrement racontée par les interviewés, et qui jouit d’un rythme à peu près aussi fort que ceux des explosifs films avec Chuck Norris produits par la Cannon. On appréciera également le jeu coloré qui se déroule à l’écran, et surtout ce magnifique générique de début, qui a le talent de nous mettre dans le bain de grenades sans attendre! Des défauts ? On sera forcément un peu tristes de ne pas voir l’ami Jean-Claude Van Damme, révélé par Golan, qui était partant pour apparaître dans Electric Boogaloo avant de se raviser et rejoindre le casting de Go-Go Boys, tout comme on peut regretter qu’il ne soit pas fait mention de l’incroyable aventure Spider-Man, qui contribuera beaucoup à mettre sur la paille le duo, qui pratiquait la fuite en avant et produisaient de plus en plus de films coûteux (qui ne sortaient pas toujours, en prime!) comme le nullissime Superman 4 en espérant qu’ils ramèneraient suffisamment de brouzoufs pour effacer leurs dettes. Comme toujours, on aimerait avoir accès aux interviews intégrales des intervenants, ce qui aurait pu être possible avec les bonus mais le DVD édité chez Luminor et disponible avec le Mad Movies du mois de janvier n’en contient malheureusement aucun. Mais que cela ne vous empêche pas d’aller faire la teuf avec Bronson, Norris, Lundgren, Stallone et, surtout, le duo Golan/Globus, car putain, ça fait du bien de se reprendre une bonne dose de folie incontrôlée, et incontrôlable, dans la gueule!

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Mark Hartley
  • Pays: USA, Australie
  • Année: 2014

6 comments to Electric Boogaloo

  • Roggy  says:

    Un documentaire qu’il me tarde de mater en complément de « The Go-Go boys », version officielle et approuvée par les deux moguls (on les retrouve tous les deux en interview). Apparemment, celui-ci est plus tourné vers les films Cannon de l’époque. Et, ça c’est cool ! (Merci Rigs pour le lien 🙂 ).

  • Dirty Max 666  says:

    Tout pareil, Rigs ! En revanche, je trouve l’accroche du dvd un peu abusive : « la plus grosse machine à nanars ». Des films nuls et (parfois) drôles, la Cannon en a commis quelque-uns, mais leur catalogue comporte aussi beaucoup de réussites, du moins pour qui aime le B décomplexé des 80’s. Car la Cannon, c’est avant tout du plaisir (pas forcément coupable) même si certains titres imposent un visionnage au second degrés(les « reaganiens » Portés disparus, Delta Force ou Invasion USA). Si la forme l’emporte sur le fond, peu importe : ces péloches sont dignes du plus fou des comics et n’ont rien de réalistes. Alors enjoy et vive la Cannon !

  • ingloriuscritik  says:

    Tu as (encore) mis beaucoup d’amour et de passion pour ces 2 producteurs qui ont fait la fortune (au delà de la leur) des vidéo futurs et autres antres de la jaquette cheap qui hantent encore ma mémoire…
    tu as raison sur tout mais je souligne également l’emprunt maladroit du sous titre réducteur et erroné du DVD mad « la plus grande machine a nanars » , parce que si cela avait été le cas , les lauriers ont largement été récupérés depuis .Et ce n’est pas le cas , qui de plus est !
    Une belle plongée en zone nostalBis …avec ce documentaire et ta chronique .

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