Euro Bis 18

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La route du fanzinat continue pour le gardien de la crypte toxique, qui quitte la France pour aller se loger dans sa Belgique natale via le dix-huitième numéro d’Euro Bis. Un numéro principalement consacré au blond et athlétique Tony Wright, qui nous donnera l’impression de faire du sport au fil de ses aventures!

 

Je ne suis pas chauvin pour un sou et je fais partie de ceux qui se considèrent plutôt comme des citoyens du monde plutôt que comme un être férocement attaché à ses racines. Je suis né en Belgique, le hasard l’a voulu, les coups de reins de mon père sans doute aussi, mais ça ne va pas plus loin et je n’en suis pas plus fier que honteux. Et pourtant, lorsque mon ami Laurent, le Fanzinophile, m’a appris que le fanzine qu’il m’envoyait était d’origine belge, j’étais tout de même fort content! Certes, nous avons déjà le très réussi Cinémagfantastique, dont je reparlerai sans doute un jour, soyez en sûrs, mais ce dernier jouissant d’une distribution tout de même plus vaste (on le trouve dans la plupart des Night and Day du pays, ces Nightshops qui fleurissent un peu partout) et d’une qualité extrêmement professionnelle (papier glacé, couvertures très travaillées, focus sur l’actualité plus présent que dans la majorité des autres fanzines, fréquence des sorties accrue), j’ai tendance à le considérer comme un peu à part dans le marché du fanzinat. Euro Bis, lui, est une revue à l’ancienne, sans doute plus proche des Vidéotopsie, Médusa ou Scream alors que Cinémagfantastique est peut-être plus à rapprocher d’un Mad Movies. Débuté en 2001, Euro Bis sort des poches de Bertrand Van Wonterghem, qui semble bien décidé, un peu à la manière de Didier Lefèvre avec Médusa, à traiter du cinéma populaire dans son ensemble sans laisser un genre précis sur le bas coté.

 

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Dès 2001, Euro Bis se définit une ligne éditoriale, à savoir la promesse de traiter d’un sujet précis par numéro, sujet qui peut aussi bien être un acteur ou une actrice, un sous-genre, une saga ou même la nécrologie d’une année passée. Cela débuta donc au début du nouveau millénaire via une virée à cheval dans les contrées poussiéreuses des westerns et ce pour trois numéros, les trois premiers, qui traitaient donc du sujet (les numéros 1 et 2 sur les acteurs du western, le 3 sur les actrices), qui s’étira par ailleurs jusqu’au quatrième, dédié à Minnesota Clay. Changement d’ambiance dès le cinquième opus qui lui lorgnait du coté d’OSS 117, qui permit donc à Bertrand de laisser de coté les abreuvoirs à chevaux pour les gadgets d’espions. Une trêve de courte durée puisque l’on revient vite sur nos montures pour repartir sur la troisième partie du dossier « Les acteurs du Western » dans le sixième numéro. On quitte un peu l’univers à nouveau pour nous intéresser au romancier italien Emilio Salgari, qui fut à plusieurs reprises adapté au cinéma qui transposa avec joie ses histoires aventureuses, quand ce n’était pas la TV qui s’en chargeait (les Sandokan par exemple). On revient ensuite encore une fois aux cowboys via le numéro 8 pour mieux revenir à Salgari dans le 9, histoire de quitter la terre ferme et voguer avec les pirates de ses œuvres. Pour fêter le dixième numéro, c’est l’acteur Jess Hahn (Le Signe du Lion, Cartouche,…) qui est placé sur le podium pour une rétrospective. Plus triste, le onzième prend des airs funéraires puisque c’est toute la nécrologie bis de 2005 qui est passée au peigne fin via plus de 80 biographies. Mario Caiano (Les Amants d’Outre-Tombe) prend la relève pour le numéro 12 qui lui est bien évidemment dédié tandis que le treizième porte en effet malheur puisque se penchant sur les décès survenus en 2006 dans les milieux bis. C’est ensuite ce bon vieux Alberto de Martino (L’Antéchrist, Holocaust 2000) qui est mis à l’honneur dans le numéro 15 avant de passer la main à Kieron Moore, acteur irlandais vu dans La Révolte des Triffides, pour la seizième publication. C’est enfin Tony Kendall qui prend la place d’honneur pour le numéro 17, vu dans Le Corps et le Fouet ou Le Retour des Morts-Vivants (version espagnole avec les Templiers, pas celle de Dan O’Bannon) mais aussi dans les films Kommissar X, bonne occasion pour Bertrand de revenir sur cette série de films… Bien évidemment, tous ces numéros sont également accompagnés d’interviews de plusieurs personnalités du cinoche de quartier (Stelvio Cipriani, Nora Orlandi, Claudio Undari,…) et de nombreux retours sur les musiques de films…

 

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Pour ce numéro 18, ce qui est tout de même un chiffre rarement atteint par des fanzines et encore moins en moins de quinze années, c’est le très en forme Tony Wright qui fera la spécialité de la revue. Là encore, un véritable acteur du cinéma populaire, qui toucha à de nombreux genres: comédie, drame, thriller, aventure et on en passe, le Londonien de naissance ayant également œuvré pour la petite lucarne via quelques séries comme Le Saint ou Chapeau Melon et Botte de Cuir. Un comédien un peu méconnu (je ne le connaissais d’ailleurs pas!) qui tenait une sacrée forme et qui était souvent appelé pour des rôles physique, de boxeur ou d’enquêteur qui n’hésitait pas à jouer des pieds et des poings, comme dans les films où il incarnait Slim Callaghan, héros à l’ancienne qui déjoua quelques mauvais coups au fil de quatre péloches. Mais Wright était également un acteur d’émotion, pris pour certains rôles sombres, comme dans le très intéressant Tiger in the Smoke ou le troublant Bad Blonde. Après une page revenant sur la vie du blondinet, notre belge amateur de bis européen se lance dans une filmographie complète, films après films, qui seront tous décortiqués en long et en large. Suivront quelques filmographies puis une interview très intéressante (et disponible en français et en anglais) de Dolores Claman, qui composa plusieurs musiques de films, comme le Captain Apache avec Lee Van Cleef! Vu qu’il est rare de pouvoir en savoir plus sur de pareils personnages, on prend et on gobe sans prendre le temps de mâcher! Enfin, pour conclure, Bertrand revient comme à son habitude sur les décès récents de personnalités généralement oubliées, encore une fois… Un vrai travail mémoriel pour lequel Euro Bis est bien évidemment remercié…

 

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Visuellement, Euro Bis est plutôt old-school et l’on sent bien que tout ou presque est géré par un seul homme, Bertrand. Les feuilles semblent sortir de sa propre imprimante, la mise-en-page est simple (mais fort généreuse en images et affiches!), les pages sont agrafées et enveloppées par une reliure en plastique aux vertus protectrices. Une réelle proximité se crée avec Van Wonterghem lorsque l’on prend ce numéro sorti en septembre 2014 dans les mains, la phrase « fait avec amour » prenant tout son sens ici tant le travail abattu est visible. Au niveau du style, Bertrand opte pour un phrasé simple mais précis, qui ne se refuse pas quelques traits d’humour lorsqu’ils viennent à lui, mais privilégie dans tous les cas l’information, non sans laisser sur le coté son aspect critique. Ce qui semble intéresser le plus notre belge bisseux, ce sont surtout les destins, qui se croisent, se lient, s’éloignent et se rencontrent à nouveau au grès des films. Ainsi, si c’est ici la carrière de Tony Wright qui est analysée et passée en revue, tous les acteurs ou réalisateurs avec lesquels il va travailler auront droit à leurs petits paragraphes, pas si petits que ça par ailleurs, qui reviennent donc sur leurs parcours, leurs films, leur sort. Et de fil en aiguille, Euro Bis tisse une toile qui relie les uns aux autres et dresse le portrait d’une époque, d’un cinéma anglais, mais pas que! Une peinture d’un monde un peu oublié aujourd’hui, où l’on rencontrait régulièrement les mêmes visages, et dont Tony Wright est ici un fil rouge, une planète autour de laquelle tournent quelques étoiles, parfois filantes. On découvre des acteurs, leurs fatalités, leurs succès et leurs échecs, des réalisateurs qui n’ont pas toujours confirmé leur talent, des auteurs de romans qui ne se trouvent plus dans les rayons des Fnac,… Un vrai retour en arrière, particulièrement informatif puisque ces allées parallèles du cinéma bis sont généralement peu traitées, trop vieilles pour être parcourues par la presse généraliste qui n’ira pas s’y salir les pieds, les fous, et peut-être un peu trop proprettes pour la majorité des bisseux, pour qui le terme est souvent lié au cinéma horrifique ou fantastique.

 

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Bien évidemment, selon que l’on soit attaché à un sujet ou un autre, que l’on soit plus intéressé par une période que par une autre, tous les Euro Bis ne seront pas forcément aussi passionnants à feuilleter et mieux vaut apprécier le cinéma populaire des années 50 et 60 et ses nombreuses facettes pour plonger tête baissée dans cet Euro Bis 18. Mais ce fanzine est précieux et fait figure de véritable archiviste, ses dossiers ne laissant rien au hasard (du moins celui du 18, je n’ai pas eu les autres entre les mains) tout en ayant la suprême élégance d’accorder autant de place à ces seconds couteaux bien souvent plus intéressants que les têtes d’affiches. Euro Bis fait donc plus que bien d’exister et vient combler bien des vides et l’on souhaite que Bertrand Van Wonterghem compte continuer comme ça encore longtemps, bien des laissés pour compte du cinoche attendent qu’il leur tende la main et leur offre la place qui leur est due. Un fanzine mieux que bien et réellement nécessaire.

Rigs Mordo

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2 comments to Euro Bis 18

  • Dirty Max 666  says:

    Tu es devenu un véritable guide du fanzinat, grâce à toi je n’hésite plus à me procurer tel ou tel titre. Tes descriptions sont très précises et invitent toujours le lecteur à la découverte. Car il est important de faire connaître les acteurs et les cinémas de l’ombre. Je sens que je vais apprendre pas mal de choses avec cet Euro Bis n°18.

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