Dark Skies

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Le studio Blumhouse a le vent en poupe, c’est un fait, et il ne se passe pas trois mois sans que l’une des productions horrifiques de Jason Blum ne vienne affoler nos écrans. Mais entre les rouleaux compresseurs que sont les Paranormal Activity et les Insidious, nous sommes un peu passés à coté du plus discret Dark Skies, qui a pourtant de belles choses à dire…

 

Jason Blum serait-il le nouveau chef d’orchestre du cinéma horrifique américain ? Il faut bien dire que depuis 2007 le producteur est de tous les bons coups sanglants et qu’en dehors des bandes spectrales de James Wan et du found-footage chiant, on lui doit également Sinister, Lords of Salem, The Bay, American Nightmare et sa suite, Oculus et j’en passe… Une véritable invasion qui n’est pas prête de s’arrêter si l’on en croit l’agenda du monsieur, qui s’apprête à sortir une trentaine de films dans les trois prochaines années. Des avatars d’Insidious, principalement, genre Ouija, voire quelques remakes comme Amityville ou The Town that Dreaded Sundown et les inévitables suites de leurs gros succès (Sinister 2, Insidious 3, Paranormal Activity 34). Une fréquence de sortie telle qu’une file d’attente sans fin semble s’être créée, certains films attendant toujours une sortie alors qu’ils ont été tournés voilà plusieurs années… Un trop-plein qui finit par passer sous silence certaines bandes qui sortent pourtant bel et bien, comme le pauvre Dark Skies qui n’aura pas fait autant de bruit que les autres productions de la maison Blum. Difficilement explicable tant, à première vue, le film de Scott Stewart applique la recette habituelle des productions Blumhouse. Le réalisateur, jusqu’ici surtout connu pour quelques films fantastiques de catéchisme (Légion et ses anges exterminateurs, Priest et son curé tueur de vampires), serait-il malchanceux ? Ou son film serait-il tout simplement plus mauvais que les autres ? Même pas!

 

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Venu des effets spéciaux (il a bossé sur Mars Attacks! ou Iron Man, entre autres), Stewart se lance donc dans une histoire typiquement Blumhouse, avec sa petite famille qui est confrontée à des phénomènes étranges. Objets qui changent de place, d’autres qui disparaissent, comportements bizarres, la rengaine habituelle quoi. Ce qui commence à peser sérieusement sur le moral de Daniel et Lacey Barret (incarnés par Josh « American Horror Story: Coven » Hamilton et la belle Keri « La Planète des Singes: l’Affrontement » Russel) pour qui cela ne va d’ailleurs pas fort. Monsieur est au chômage et madame peine à vendre des maisons pour le compte d’une agence immobilière, ce qui finit fatalement par créer des conflits entre eux. Oui, cela ressemble pas mal à du Insidious, voire même à du Sinister dans cette volonté de montrer la dégradation progressive de la cellule familiale. Sauf que là où Wan et Derrickson folâtraient avec les esprits, Stewart préfère regarder vers le ciel pour tenter d’y apercevoir quelques petits hommes verts, ce qui lui permet de lâcher pendant un temps ses bondieuseries. Car oui, Dark Skies délaisse le fantastique à tendance fantomatique pour faire un gros kiss à la science-fiction, ce qui par ailleurs ne se voit pas tellement dans la première partie. La menace reste en effet assez mystérieuse durant la première moitié et cela pourrait être un gros vilain spectre qui fait chier la petite famille que l’on n’y verrait guère de différences. Vous allez me dire que je suis un connard qui vous spoile sans prévenir en vous révélant la présence des extra-terrestres dans le film. Faux! Celui qui révèle tous les secrets du film, c’est Stewart lui-même, qui nous balance en introduction une citation d’Arthur C. Clark, à savoir « Deux possibilités existent : soit nous sommes seuls dans l’univers, soit nous ne le sommes pas. Les deux hypothèses sont tout aussi effrayantes ». Si après avoir lu ça vous ne comprenez pas que vous allez tâter de la bite d’alien… Etrange choix donc que celui de balancer cette phrase à la gueule du spectateur puisque cela aura de toute évidence pour effet de gâcher un peu la surprise. Car sans cette minute culturelle, tout un chacun s’imaginerait devant un classique film d’ectoplasme belliqueux… D’autant que Stewart brouille les pistes en parlant d’un « Sandman », boogeyman dont rêve le plus jeune des fils du couple, qui pourrait très bien être la cause de tout ce boxon.

 

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Mais soyez rassurés, savoir que ce sont des extra-terrestres n’enlèvent rien au plaisir de visionnage. Car plaisir il y a (si Stewart vous spoile sur son film, je peux bien vous spoiler sur mon avis), Dark Skies faisant partie de ce qui se fait de mieux dans les studios de Jason Blum. Pas forcément grâce à son originalité, cela dit, qui est quasiment proche du néant. Car nous sommes à peu de choses près face au scénario du premier Insidious, dont nous retrouvons la plupart des scènes: dessins flippants du gamin, visites nocturnes, déclenchement d’alarme, visite d’un vieil expert (Lin Shaye laisse sa place à J.K. Simmons) et tutti quanti. De quoi lasser ceux qui ne sont pas particulièrement friand de « la méthode Poltergeist » mais il faut également reconnaître que niveau efficacité, cela se pose-là. Reste que le studio Blumhouse ne pourra sans doute pas se permettre de nous refourguer encore et encore le même scénario, la nausée risquant d’arriver assez vite. Dark Skies échappe heureusement à ce ras-le-bol grâce à une caractérisation plutôt habile et une crédibilité certaine. Les personnages ont beau être confrontés à des menaces vues et revues, ils ont l’avantage d’être assez attachants en plus d’être joués par des acteurs compétents. A commencer par le jeune Dakota Goyo (Real Steel) qui se montre très à l’aise dans les frusques d’un adolescent pas méchant mais juste un peu déboussolé par ce qui l’entoure, évènements paranormaux comme la vie de tous les jours (découverte de la sexualité, problèmes familiaux, amitiés dangereuses). Il est bien difficile de souhaiter des malheurs à cette petite famille, qui en voit déjà de toutes les couleurs avant même l’apparition des connards venus d’ailleurs. Il y a un goût de vrai dans les difficultés rencontrées par le couple Barret, difficultés financières qui deviennent des problèmes de communication entre les deux époux. Un effet domino pervers qui ne s’arrange pas avec la venue des aliens…

 

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Le gros avantage du film réside également dans sa volonté d’être aussi réaliste que faire se peut quant à la fameuse invasion. Oubliez les arrivées tonitruantes et gorgées d’effets spéciaux de films comme Independance Day ou La Guerre des Mondes, Dark Skyes préférant mettre sa menace à un niveau plus intimiste, voire psychologique, ce qui est tout à l’honneur d’un Stewart pourtant venu des effets spéciaux, je le rappelle. Nos aliens ne débarquent donc pas avec leurs énormes soucoupes mais se la jouent furtifs et viennent étudier les êtres humains, leur pourrissant la vie petit à petit dans le but de kidnapper l’un des leurs. Vicieux et effrayant, d’autant qu’un sentiment d’inéluctable plane autour du climax (voir l’excellente scène de discussion avec J.K Simmons, plutôt flippante). Plus la famille est éparpillée, séparée par des querelles, plus les E.T. auront de chances de prendre le membre qui les intéressent. Il y a donc un sous-texte social posé ici sur la nécessité de se montrer unis face aux problèmes, Stewart semblant nous dire qu’il est impossible de faire face à un problème si l’on ne peut compter sur le support des siens. Ce qui ne veut pas dire qu’il va tomber dans l’optimisme facile à base de « magie de l’amour qui guérit tous les maux », bien au contraire, son Dark Skies baignant dans un pessimisme absolu, dont le final est par ailleurs particulièrement ambigu (note d’espoir ou torture abominable ?). Le réalisateur en profite par ailleurs pour égratigner la classe moyenne à tendance BCBG qui tente par-dessus tous les moyens de ne pas perdre leur reconnaissance sociale, plongeant ses personnages dans un monde qui vous sourit en face mais colporte des rumeurs sur votre compte dans votre dos…

 

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Mais si Stewart se débrouille bien avec ses velléités plus psychologiques, en est-il de même dans le domaine de l’effroi ? Affirmatif car tout réchauffé soit-il, Dark Skies en garde suffisamment sous le coude pour créer une aura de tension qui n’a rien à envier à ses grands frères. Bien réalisé, avec une photographie fort jolie et une bande-son discrète mais bien foutue, le film a en outre la bonne idée de doser parfaitement les apparitions de ses envahisseurs. Ni trop visibles ni pas assez, les « Gris » comme ils sont appelés dans le récit sont présents juste ce qu’il faut pour garder de leur charisme effrayant. Un bon point, surtout face à des Insidious qui ne savent pas garder intact l’aura de peur qui enveloppe leurs personnages maléfiques, auras qui s’évaporent bien souvent dès qu’ils apparaissent plus clairement à l’écran. Dark Skies joue donc un bel exercice d’équilibriste, reprenant la structure scénaristique qui a fait le succès des derniers « blockbusters horrifiques » tout en y ajoutant quelques thèmes plus personnels. C’est donc définitivement avec surprise que l’on se rendra compte que cette production Blumhouse ne jouit pas d’autant de succès que les autres alors qu’elle fait clairement partie du haut du panier… Parfois on se demande…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Scott Charles Stewart
  • Scénarisation: Scott Charles Stewart
  • Production: Jason Blum
  • Pays: USA
  • Acteurs: Keri Russel, Josh Hamilton, J.K. Simmons, Dakota Goyo
  • Année: 2013

Pour lire un autre avis sur le film, direction La Séance à Roggy!

2 comments to Dark Skies

  • Roggy  says:

    Tu étais déjà venu chez moi pour me dire que tu avais encore plus aimé que moi. Je crois que le film est évidemment de qualité au regard de son sujet (même si l’ensemble est assez prévisible), de son budget et de ses acteurs. Tiens, je n’avais pas remarqué J.K. Simmons dans le film (depuis « Whiplash », je suis plus attentif à ses rôles). Et, grand merci pour le lien vers mon site 🙂

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