Incidents de Parcours

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Le cinéma semble n’avoir que deux options pour les singes. Soit ils sont transformés en des trucs gigantesques et ravageur à la King Kong, soit ils ne sont bons qu’à faire des conneries pour amuser les gosses. Mais heureusement il y a l’alternative Ella, toute mignonne, mais pas sans danger pour autant. Le meilleur des deux mondes.

 

Tout le monde le sait et pourtant, on ne peut pas s’empêcher de le redire à chaque fois: malgré les apparences, Romero ce n’est pas que des zombies. C’est aussi de très bons films qui ne comportent aucun cadavre ambulant comme Martin ou Creepshow. Bon, ok, il y a des morts-vivants dans Creepshow, je sais, je sais. Ne faites pas de chichi, vous avez compris ce que je voulais dire, Creepshow n’est pas un film de zombies. Mais que voulez-vous, il aura beau faire de bons et de très bons films sans macchabés qui reviennent d’entre les morts, il restera le papa de la horde pourrie qui assaille les bacs vidéos depuis des décennies. Il est tellement associé au genre qu’un clin d’œil lui est fait dans le blockbuster Super 8 et qu’il apparaît en tant que zombie dans le jeu Call of Duty Black Ops. Et oui, le Georges est dans un jeu vidéo, comme quoi tout arrive. De là à ce que Fulci et Bruno Mattei soient dans les prochains volets, il y a tout de même de la marge. Quoiqu’il en soit, personne ou presque n’en a à foutre de ses autres films. Mais s’il n’y a plus de place en enfer pour les morts, il y en a une pour Incidents de Parcours dans toute bonne dvdthèque horrifique…

 

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Alan est un veinard. Il est beau, intelligent, sportif et se tape une belle gonzesse. Le genre de mec dont même la merde sent le bonbon, en somme. Enfin, vous savez ce qu’on dit, la roue tourne. Et dans le cas d’Alan, elle tourne tellement bien qu’il se la prend dans la gueule. En plein footing matinal, il se ramasse une bagnole, ce qui a pour effet immédiat de le paralyser entièrement. Désormais en chaise roulante, il se fait plaquer par sa meuf qui lui préfère son médecin, sa mère commence à le gaver à l’infantiliser sans cesse et il se retrouve avec une bonne à tout faire acariâtre. Ce n’est donc pas la grande joie, au point que le bellâtre tente de se suicider. Mais c’est sans compter sur son scientifique d’ami qui, s’occupant d’expériences visant à rendre les singes plus intelligents, lui dégote un capucin femelle qui s’occupera de toutes les tâches pour lui. Passer des coups de téléphone, mettre de la musique, lui amener à bouffer, Alan se retrouve avec une vraie esclave…

 

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Au début, tout se passe bien. Le film se déroule comme un joli petit drame avec la vie d’Alan qui devient rose, embellie par le petit singe Ella dans un premier temps, puis par celle qui a éduqué cette dernière, la jolie Mélanie. Mais on est dans un film de Romero et vous vous doutez que ça va forcément partir en couille à un moment ou un autre. Car Ella, aussi mignonne qu’elle soit, commence à avoir un contact spécial avec son maître. On ne sait pas trop qui rentre dans l’esprit de l’autre mais il y a un lien psychique qui se crée entre les deux. Et si Alan, prit de colère, souhaite la mort de quelqu’un, Ella se charge de lui donner satisfaction… Bien sûr, elle fait moins de dégâts que King Kong ou Conga mais vous pouvez être sûrs que la petite se débrouille bien et commence à devenir assez angoissante. Encore plus lorsqu’elle décide d’avoir la main mise sur Alan, n’autorisant plus à Mélanie de l’approcher… Dorénavant, même les proches du pauvre homme sont menacés…

 

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Incidents de Parcours, Monkey Shines en VO, est le premier film de Romero à être clairement commercial. Terminé le circuit indépendant, le réalisateur se lance dans l’aventure avec la firme Orion Pictures. Encore jeune (puisque créée en 1978), Orion se fit vite un nom en enfantant Platoon, Amadeus ou encore First Blood, le premier Rambo. Mais dix ans plus tard, la société se trouvait déjà dans une situation délicate et avait sérieusement besoin d’un succès. Comme le fantastique a toujours fait partie de leur catalogue avec des titres comme les Amityville, Terminator, Robocop ou encore l’excellent Wolfen, pourquoi ne pas sortir la sensation horrifique de 1988 ? Et pour ça, qui de mieux que le papa de La Nuit des Morts-Vivants ? Romero rédige donc le script de Monkey Shines, tiré d’une nouvelle du même nom. Mais sa première expérience pour les studios va vite tourner au vinaigre. Orion veut un happy end, Romero pas, ce qui entraine une partie de bras de fer fatigante pour le cinéaste. Et c’est sans avertir le réalisateur que la firme va modifier le film suite aux mauvais résultats des projections tests. Dégouté par la tournure des choses, Romero retournera dans le circuit indépendant et mettra du temps à se remettre en selle…

 

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Martyrisé par ses producteurs, Incidents de Parcours se devrait donc d’être, comme souvent, un film bâtard. Ce qui n’est pas particulièrement le cas, la bobine s’affichant fièrement comme un très bon film. Jamais emmerdant malgré une très longue exposition, Romero prend bien son temps de nous présenter ses personnages et les lieux. Le scénario est impeccable, exemplaire sur la dramaturgie et dans la caractérisation des personnages. Romero tient à ce que nous nous attachions à Ella, pour mieux nous effrayer via ses agissements par la suite. Il faut avouer que Boo, le singe utilisé durant le tournage arrive parfaitement à nous attendrir un instant et nous faire stresser le suivant. L’animal est d’ailleurs si impressionnant qu’il vole la vedette aux acteurs, les vrais, qui font pâle figure à coté. Surtout Jason Beghe, interprète du malchanceux Alan. Pas mauvais quand il fait le malheureux, il a une légère tendance à en faire un peu trop quand il est mécontent, forçant tellement la rage que l’on a l’impression qu’il a surtout envie de nous pondre un œuf…

 

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Autre léger défaut qui n’en est pas réellement un, parlons plutôt d’une absence de qualité, la réalisation de Romero s’est déjà trouvée plus inspirée. Ce n’est pas mauvais, mais c’est très classique, sans réelle conviction. Un défaut bien léger, principalement présent parce qu’on s’attend a beaucoup d’un maître de l’horreur, qui ne se trahit pas dans l’écriture. Appréciant critiquer le monde qui l’entoure, Georges s’en prend cette fois aux expériences animales. Il faut bien avouer que Monkey Shines a tendance à nous faire épouser son point de vue sur la question, la pauvre Ella étant autant victime que bourreau dans l’affaire. Dommage malgré tout que cette histoire aussi obscure que mal sentie de lien psychique entre le singe et l’humain débarque. Les scènes durant lesquelles Alan voit comme s’il était en Ella (je sais, ça me fait tout drôle aussi d’écrire ça) sont très bien faites, mais au fond un peu stupides… Un petite épine dans le pied d’un scénario plutôt bien construit, histoire d’amour et de haine qui s’offre un final particulièrement déchirant et cruel. Un peu oublié, Incident de Parcours est donc à redécouvrir et prouve que le vieux Georges est aussi habile avec les menaces vivantes qu’avec les mortes…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Georges A. Romero
  • Scénario: Georges A. Romero
  • Titre Original: Monkey Shines
  • Production: Charles Evans
  • Pays: USA
  • Acteurs: Jason Beghe, John Pankow, Kate McNeil
  • Année: 1988

3 comments to Incidents de Parcours

  • Jean-Pascal Mattei  says:

    L’un des meilleurs (et des plus émouvants) titres de son auteur, formant avec « Martin » un diptyque injustement méconnu, sur deux ‘inadaptés’ aux prises avec une relecture triviale de « Dracula » et « King Kong »…
    http://lemiroirdesfantomes.blogspot.fr/2014/07/martin-vampire-vous-avez-dit-vampire.html?view=magazine

  • Nazku Nazku  says:

    Je viens de me rendre compte que étrangement mon cerveau a mélangé ce film avec le film où Christopher Reeve est en fauteuil roulant… (Insoupçonnable) o_O J’ai toujours cru que c’était Christopher Reeve qui jouait le perso principal. Étrange.

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