Explosions Textiles

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Et si nous parlions un peu mode, autour d’un bon thé aux queues de cerises et quelques gâteaux à la framboise, comme ça, entre copines ? Ca nous changera un peu de nos soirées pizza-bières devant une bobine gore italienne en rotant comme des sangliers! A vrai dire, avec Sam Guillerand comme maître de cérémonie, le salon de thé va plutôt se changer en un gigantesque festival haut en couleurs et en décibels…

 

Si l’on parle très régulièrement de notre première petite copine (ou du premier petit copain, je ne vous oublie pas mes lectrices), de notre premier CD acheté, de notre premier film vu au cinéma, de notre première VHS louée ou encore de notre première console de jeux vidéos, on n’évoque pas aussi souvent notre premier T-shirt de groupe. Et selon Sam Guillerand, le Nasty Samy qui aligne les activités (fanzines, groupes, livres, organisation de soirées mêlant Metal et horreur,…) comme le crucifié multipliait les pains, il n’y a pourtant rien de plus important dans le parcours d’un jeune en train d’affiner ses goûts. C’est un étendard, un maillot, une manière de crier à la face du monde que oui, nous sommes des fans absolus de tel groupe et que nous n’avons pas peur de porter ses couleurs, d’afficher notre appartenance à son univers. En cela, le premier T-shirt est donc sans doute plus important que le deuxième ou le vingt-troisième puisque reflétant un basculement, une première étape dans l’affirmation de la personnalité. Sam ne s’y est donc pas trompé et a décidé en 2013 qu’il était temps qu’un ouvrage s’étende un peu plus sur ces frusques qui comptèrent largement plus que nos chemises Lacoste ou nos pulls GAP. Ce qui est donc chose faite depuis de nombreux mois maintenant, et ce via ses propres soins au travers d’Everyday is Like Sunday, qui est à la fois le nom de son fanzine mais également sa structure, qui sera rejointe par deux autres, venues lui prêter main forte, à savoir Kicking Books et Slime. Notons que sur le plan visuel, nous sommes déjà en face d’un très bel objet, du genre à être également un excellent moyen de décoration. Avec ses couleurs à la limite de la fluorescence, son excellent dessin, son démon qui s’attaque à une horde de rockeurs de tous poils portant des T-shirts de Kreator, des Ramones, d’ADX ou encore d’Alice Cooper, la petite tête de zombie en haut à gauche qui fait un gros clin d’œil aux covers des comics du type Tales from the Crypt, Explosions Textiles se fend déjà d’une parure du plus bel effet qui, par ailleurs, ressemble pas mal aux fresques dégoulinantes trouvables sur les textiles dont il est question dans le livre. Pas très étonnant venant de Sam, un artiste complet, qui tient à ce que ses productions soient cohérentes. Pas question de traiter des dieux du wock’n woll en se contentant d’une couverture catholique, avec le titre inscrit noir sur blanc, comme un vulgaire livre de BHL et compagnie. Donc rien que sur le strict plan graphique, Explosions Textiles marque quelques points…

 

textiles1Cliquez pour agrandir la présentation!

 

Il en engrange d’autres avec sa tenue pratique par ailleurs: le papier est agréable, le format adéquat (pas de problèmes pour lire ça au lit, contrairement à certains livres qui vous tuent les mains si vous avez le malheur de vouloir les lire en étant allongé), il y a quelques dessins et, bien sûr, des photos de T-shirts car il faut tout de même savoir de quoi on cause,… On n’a donc pas les yeux qui saignent et on sent bien que le Nasty Mec a tenu à faire les choses de belle manière et ce livre que l’on pourrait classer « d’indépendant » en remonte à bien des ouvrages trouvables dans toutes les librairies. Explosions Textiles est donc confortable… comme un bon T-shirt! Puisque le contenant fait son office, reste à analyser le contenu. Pour causer des fringues qu’il aime tant, Sam a décidé de ne pas être le seul à noircir les 185 pages qui nous occupent aujourd’hui. Il rameute donc dans ses rangs 45 auteurs, qu’ils soient de la scène musicale (journalistes ou musiciens) ou non (il y a des plumes de fanzines bis dans le coin, c’est de vous que je parle Messieurs Didelot et Lefèvre!), chacun pour un texte, ce qui nous en fait 45 si vous calculez bien (c’était pas l’équation la plus hard de l’exam, je vous le dis tout de suite les branleurs!). Mais pas question d’analyser la garde-robe de chacun sous un angle sociologico-chiant à grands renforts de pensées profondes sur ce que tout ceci implique sur tout cela, histoire de savoir si la choucroute n’a plus le même goût avec un T-shirt AC/DC ou si nos joyeux lurons baisaient mieux avec le logo de Napalm Death dans le dos (mieux je ne sais pas, mais plus vite sans doute!). Non, le but est ici de partager des tranches-de-vie, les premières dans une existence vouée à la cause du son qui défonce. Nos 45 auteurs ne sont donc pas là pour se creuser la cervelle outre-mesure et leurs textes sont tout bonnement les récits de leurs premières aventures avec un Shirt sur le poitrail ou justement l’acquisition de celui-ci. Pourquoi un T-Shirt KISS plutôt qu’un Iron Maiden ? Dans quel magasin ? Avec qui ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ensuite ? C’est à ces questions que répondent les conviés, le plus simplement du monde.

 

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Bien sûr, 45 auteurs signifient également 45 histoires et 45 manières de les raconter. Pareille entreprise est donc vouée à l’inégalité, qui ne sera par ailleurs pas toujours définie de la même manière par tous les lecteurs. Les différents styles plairont donc plus ou moins selon les cas, tous comme les histoires sont plus ou moins intéressantes selon qui les lira. Si vous étiez un inconditionnel du Heavy Metal dans votre jeunesse, vous serez peut-être plus attirés par les textes tournant autour d’Iron Maiden, Saxon ou Black Sabbath tandis que vous serez peut-être moins conquis par les passages plus punk sur les Ramones ou The Clash. Tout comme les amoureux des Sex Pistols ne se sentiront peut-être pas concernés par les premiers achats d’un T-Shirt Kreator ou Suicidal Tendencies. Ou bien vous aimez tous ces styles et vous vous reconnaîtrez un peu dans chaque texte, ce n’est bien évidemment pas impossible non plus. D’autant que la même énergie émane de la plupart d’entre eux, ce retour en arrière nostalgique, qui ne parlera sans doute que fort peu aux plus jeunes d’entre nous qui se retrouveront catapultés dans un monde qu’ils ne connaissent pas. Et c’est ce qui importe en premier lieu dans ce bouquin, qui s’il parle des fringues en premier lieu se sert surtout du sujet pour élargir son propos et replonger dans une époque révolue. Si de nos jours deux clics suffisent à commander le T-Shirt du plus obscur des groupes de Black Metal de Serbie ou que l’on trouve sans mal trop de mal du Grind/Death Metal du Tibet sur Amazon, c’était une toute autre histoire voilà une trentaine d’années. C’était un périple, une aventure, une épopée, et c’était justement en cela que le premier Shirt était important: car on se battait pour l’avoir! Contre de longs trajets, contre des parents réticents, contre un porte-monnaie vide, contre la difficulté d’en trouver. C’est donc à un véritable voyage sensitif que nous convie Sam, comme toujours avec ce véritable tenancier du bain culturel, qui se change en de véritables thermes romains avec sa générosité en la matière.

 

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Explosions Textiles n’est pas un livre pour tout le monde, il s’adresse avant tout aux nostalgiques d’une époque, à ceux qui baignent dans la culture rock au sens large du terme et aussi à ceux qui portent bien évidemment un certain intérêt aux frusques que l’on pourrait qualifier d’alternatives. Ceux qui s’intéressent à tout cela passeront en tout cas un très agréable moment, liront peut-être en diagonale certains papiers qui les touchent moins, mais auront aussi un petit pincement au cœur devant une histoire personnelle qui résonnera en eux. On parle ici de vécu, de personnel, il était donc obligatoire que l’ouvrage contienne des hauts et des bas, mais le grand huit ne sera sans doute pas le même pour tout le monde et c’est heureux. A lire à petits feux avant d’aller se pieuter, comme un rendez-vous quotidien sur une période donnée, en réécoutant ses premiers amours musicaux.

Rigs Mordo

 

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  • Auteur: Sam Guillerand
  • Pays: France
  • Editeur: Everyday is Like Sunday Edition
  • Année: 2013

2 comments to Explosions Textiles

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Mais c’est génial ! J’ignorais totalement l’existence de ce truc, mais maintenant il me le faut. Merci beaucoup de partager parce que j’ai jamais eu un seul écho qu’un tel ouvrage existait. Entre mes Iron Maiden et mes Alice Cooper, ça sera juste impeccable.

    (Bon les Ramones ok, mais les Cramps dans tout ça bon sang ?!)

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