Tremors

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Lorsque l’on en vient à parler des franchises prolifiques du monde de l’horreur, Tremors ne fait jamais partie des plus citées, les pauvres Graboïds étant bien souvent laissés sur le banc de touche pour laisser plus de place aux Krueger, Voorhees et autres Myers. Il est donc temps de mettre les mains dans la terre et de s’intéresser à leur cas.

 

Trois suites et une série télévisée. Voilà un héritage qui semble inespéré pour un film comme Tremors, film fantastique jouissant d’un budget assez confortable (11 millions de dollars) mais qui restera finalement très modeste. Dans ses intentions (il n’y a ici aucune volonté de changer le cours de l’histoire cinéphilique) comme dans son succès, d’ailleurs, ces « Dents de la terre » ne trouvant leur statut culte qu’au fil des années. Sa sortie ciné ne fonctionnera effectivement pas aussi bien que prévu car, sans bider, le film de Ron Underwood (dont c’est ici le seul titre de gloire, le reste de sa carrière étant constitué de comédies familiales peu marquantes) ne se faisant pas remarquer outre mesure. Mais comme souvent à l’époque, c’est la vidéo qui sauvera le destin des vers géants, qui trouveront enfin un peu d’écho dans les salons des bisseux, qui pourront découvrir une œuvre simple et sympathique. La suite, vous la connaissez déjà: quelques direct-to-video pas géniaux mais pas honteux non plus et une série télé qui ne fonctionnera pas trop mal lors de sa diffusion aux USA. Mais commençons par le commencement, c’est toujours plus facile, et revenons à cette petite série B monstrueuse qui aura donné un petit coup de boost à la carrière de deux bons gars. L’excellent Kevin Bacon (la classe incarnée, rappelons-le) tout d’abord, qui se retrouve une fois de plus dans un film fantastique (sa carrière en est blindée) et qui se verra accéder aux premiers rôles avec Tremors (on l’avait déjà vu dans des rôles importants mais il n’était pas encore un acteur de premier plan ni même en passe de le devenir). Fred Ward ensuite, éternel second rôle à la tronche renfrognée, un acteur que l’on est toujours heureux de revoir et qui trouve ici l’un des rôles les plus marquants de sa filmographie. Deux braves gars avec qui nous allons sympathiser bien vite…

 

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Valentin (Kevin Bacon) et Earl (Fred Ward) sont deux losers du désert: incapables de faire quoique ce soit de leur vie, ils se contentent des boulots dont personne ne veut, comme le ramassage de déchets ou l’épuration de fosses septiques. Une existence sans relief qui commence à leur peser, les poussant finalement à quitter leur petit village, Perfection, qui ne contient qu’une dizaine d’habitants. Leur but: partir en ville et reprendre tout à zéro. Mais ils se sont décidés un jour trop tard, malheureusement, puisque c’est en plein déménagement qu’ils retrouvent une connaissance, morte de déshydratation, et un vieux fermier décapité. Impossible de laisser leurs amis derrière eux alors que, de toute évidence, un fou se balade dans la région… Mais point de serial-killer dans les parages, la réalité étant encore plus effrayante: des vers de terre géants et préhistoriques se sont réveillés et comptent bien prendre leur repas à Perfection, qui leur sert de garde-manger. Se repérant aux vibrations dans le sol, ces sales bestioles sont aussi dangereuses que rapides et nos héros vont devoir redoubler d’intelligence pour parvenir à se débarrasser d’elles, d’autant qu’elles commencent à devenir de plus en plus malignes… Pour peu que vous vous soyez déjà perdus dans les bas-fonds du cinéma de science-fiction des années 50, vous percevrez facilement l’hommage qui est ici rendu à tout ce pan du cinoche fantastique. Il est en effet bien difficile de ne pas songer à cette séduisante époque, et plus précisément à l’excellent Des Monstres attaquent la ville, qui prête à Tremors son premier quart d’heure, son meilleur. On se retrouve effectivement avec une menace mystérieuse, invisible, que le spectateur devine fantastique (le bruit dans Them et le sol qui se soulève dans Tremors font figure d’indices) tandis que les protagonistes la pensent d’ordre plus réaliste, avec un être sanguinaire en liberté.

 

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Et comme dans Them où les fourmis géantes ne tardaient pas à faire leur apparition, les Graboïds (attrape-oïds en français, ce qui a moins de gueule vous en conviendrez) se présentent bien vite, se souvenant qu’après tout ils sont dans un Monster-Movie et qu’il faut donc que leur présence à l’écran se fasse sentir. Nous faisons donc rapidement connaissance avec ces vers énormes qui crachent des limaces teigneuses qui vous agrippent et vous tirent dans la gueule énorme d’où elles sont sorties. De bien belles bêtes, aux effets spéciaux remarqués à l’époque, qui sonneront sans doute comme datées pour le public actuel mais qui font toujours leur effet, surtout les versions maousse (et non pas en mousse). On imagine sans peine le mal qu’ont dû se donner les concepteurs des créatures, qui devaient les faire sortir de terre ou d’un mur tout en leur faisant conserver leur aspect vivant. Sur le strict plan des effets, il n’y a donc rien à dire. Et autant cesser le suspense à ce niveau: je n’ai rien à reprocher au reste du film non plus, qui se trouve être un divertissement particulièrement honnête, qui ne pète jamais plus haut que son cul et sent l’amour du fantastique à l’ancienne. On voit bien que Ron Underwood prend du plaisir à filmer ses monstres et que le but de l’entreprise est de donner le maximum au spectateur. Rythmiquement parlant, il n’y a d’ailleurs aucun reproche à faire à Tremors, qui ne s’embarrasse d’aucune longueur ou scène inutile, se concentrant avant tout sur son rôle d’amuseur monstrueux. Il se passe toujours quelque-chose et il ne faut jamais attendre bien longtemps entre deux attaques des Graboïds, qui sont présents tout le long du film, ne lâchant jamais les héros. Et lorsque le film se permet de se poser un peu, c’est pour définir un peu ses personnages, par ailleurs tous bien sympathiques.

 

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A commencer par ses deux héros, Val et Earl. Deux bons à rien qui semblent s’être échappés d’une vieille comédie des années 40, genre Abbott et Costello ou les Three Stooges, des gars fort braves mais qui n’ont jamais rien fait de très réussi dans leur vie et qui doivent maintenant faire face à une menace d’un autre temps. Bacon comme Ward sont très biens dans leurs rôles respectifs, s’adaptant sans peine au second degré de l’entreprise, qui ne se prend donc jamais au sérieux. Les amateurs seront également heureux de revoir le défunt Victor Wong, que nous avons tous vu dans Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin et Le Prince des Ténèbres de papy Carpenter. N’oublions pas non plus Michael Gross, qui a pour ainsi dire fait sa carrière sur le dos des Graboïds puisqu’il a joué dans les quatre films et la série! Il faut croire qu’entre les vers de terre mutants et lui c’est une histoire d’amour qui dure. Du beau monde, toujours sympathique, aucun des protagoniste ne méritant de mourir, même s’il faudra bien que cela arrive à certains d’entre eux. C’est peut-être là que le bas blesse un peu, Tremors ne faisant disparaître que les protagonistes mineurs ou un peu plus antipathiques que les autres, ceux qui portent déjà leur avis de décès sur le front. Nous ne sommes donc pas très surpris quant aux victimes mais au final peu importe tant que le spectacle est au rendez-vous. Et à ce niveau, rien de néfaste à signaler puisque les petits plats ont été mis dans les grands, avec destructions de bâtiments à la clé. On peut également remercier le scénario qui varie les circonstances, nos personnages se retrouvant tantôt coursés, tantôt bloqués sur un toit ou des rochers, quand ils ne se retrouvent pas dans un véhicule encerclé par les monstres. Des situations qui s’articulent sur le même principe (les monstres sont sous terre et il faut bouger le moins possible) mais qui parviennent à ne pas sonner répétitives.

 

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Bien sûr, Tremors est avant tout une version terrestre des Dents de la Mer mais il serait trop facile de le réduire à une vulgaire variante, en plus cheesy. Car Underwood parvient à donner à son film une personnalité propre, en piochant autant dans l’horreur moderne (tout le coté visuel) que dans l’ancienne (la structure scénaristique). Sa volonté de proposer un pur divertissement, honnête et spontané, est plus que palpable et il est bien difficile de ne pas se laisser entrainer dans la bonne humeur perpétrée par tous ces personnages diablement agréables. Et même ces saletés de Graboïds ont un certain capital sympathie! Décidément, Tremors est une série B bien attachante…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Ron Underwood
  • Scénarisation: Brent Maddock, S.S. Wilson
  • Production: Brent Maddock, S. S. Wilson, Ellen Collett et Gale Anne Hurd
  • Pays: USA
  • Acteurs: Kevin Bacon, Fred Ward, Finn Carter, Michael Gross, Victor Wong
  • Année: 1990

8 comments to Tremors

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Les Tremors c’est génial et Burt il défonce. ’nuff said.

    (Ta capacité à écrire des chroniques aussi rapidement ne manque pas de m’impressionner et de me rendre jaloux).

  • Roggy  says:

    Un film très sympathique qui fleure bon les effets visuels en animatronique. J’en garde un très bon souvenir (plus que ses suites d’ailleurs). Pour finir, je dois bien avouer que le mythe (de la caverne) Rigs Mordo s’est évanoui après la révélation des pantoufles « Tortues Ninjas », voilà qu’il recycle ses vieilles chroniques… manquerait plus qu’il nous avoue qu’il est belge 🙂

  • Mr Vladdy  says:

    Je n’ai jamais vu Tremors. Pourtant il me tente bien. Un de ses quatre, je pense que je me laisserais tenter par cette franchise susceptible de me plaire 😉

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