Silent Night

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Entre Noël et la nouvelle année, il est de bon ton de s’envoyer dans les mirettes des œuvres qui mettent en valeur l’époque enneigée illuminée par les loupiotes multicolores encastrées dans les branches de nos sapins. Mais si vous n’avez aucune envie de vous farcir un téléfilm familial de TF1 avec un ange atteint de nanisme ou des sucreries de France 3 à vous en refiler le diabète, il vous reste l’option Silent Night et son petit Papa Noël meurtrier. Mais est-ce vraiment mieux ? Si peu…

 

Les voies de la distribution sont impénétrables. Alors que bien des slashers à l’intérêt bien caché viennent hanter les bacs DVD de la Fnac comme Murders Loves Killers Too, Sulfures, Fanatique ou encore Burger Kill, d’autres font cruellement absence à notre paysage horrifique vidéoludique. Carnage, The Slayer, Rosemary’s Killer, Massacres dans le Train Fantôme ou encore The Hills Run Red pour citer au moins une proposition récente restent donc inédits sur les supports modernes dans nos contrées tandis que quelques séries Z qui vont du peu réussi au carrément merdique débarquent régulièrement pour nous rappeler que, décidément, les années 80 étaient plus généreuses en matière de psychokillers inspirés. Si les mauvais films y étaient aussi nombreux qu’à notre époque (encore que!), au moins ceux-ci avaient un charme qui ne s’est pas démenti depuis, une ambiance Grindhouse que l’on ne trouve définitivement plus, ou si rarement, dans les livraisons modernes. Alors lorsque l’on se rend compte que le Silent Night sorti en 2012, remake approximatif du Douce Nuit, Sanglante Nuit débarqué en 1984, est toujours inédit par chez nous, on se pose quelques questions. On tient là un slasher certes modeste en comparaison avec des Scream, Vendredi 13 ou Halloween sortis ces dernières années, mais qui contient tout de même un petit casting d’habitués du genre comme Malcolm McDowell, qui semble être bel et bien passé du coté de la série B horrifique depuis que Rob Zombie l’a transformé en Docteur Loomis, ou Jaime King, elle aussi une coutumière des coups de couteaux (et des remakes!) puisque croisée dans les récents Mother’s Day, Meurtres à la Saint Valentin 3D et aussi dans le plus original (comparé à des reboots, surtout) The Tripper. Pas de quoi se taper une sortie dans toutes les salles de France, c’est une évidence, mais suffisant pour générer une sortie en DTV, d’autant que l’affiche montrant un sinistre Père Noël tenant un lance-flamme attire suffisamment l’œil pour atterrir dans vos paniers, virtuels ou non. Mais voilà, sans doute pareil série B demande des droits plus chers que les petits Z cités plus hauts et aucun éditeur n’a fait l’acquisition de Silent Night jusqu’à présent. Et quand on voit la qualité du film, on ne le regrette pas nécessairement…

 

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Malgré son titre raccourci, Silent Night est bel et bien une nouvelle version de Silent Night, Deadly Night, mais de son sympathique modèle, ce remake ne garde que le principe. Comme vous le savez celui d’un maniaque déguisé en Père Noël qui passe le réveillon en découpant de la dinde, mais pas aux marrons la dinde… Un axe qui n’a par ailleurs plus rien de très neuf, les films avec un Santa Claus maboule qui descend de la cheminée pour décimer les enfants pas sages n’étant pas rares. Déjà à l’époque du film original, d’autres malotrus étaient venus gâcher la fête, comme dans Black Christmas (pas déguisé en Papa Nowel, pour le coup) ou Christmas Evil, alors autant dire que depuis ça n’a pas faibli, avec les sorties de 36 15 Code Père Noël, Don’t Open Till Christmas, Very Bad Santa (alias Santa’s Slay), Santa Claws, Dismembering Christmas et j’en passe… Il y a du choix dans le réveillon sanglant et la compétition est dure, ce qui rend ce Silent Night forcément moins attrayant qu’un slasher avec un éboueur ou un gynécologue par exemple, quelques professions peu présentes dans le genre. Histoire de se différencier un peu de la masse, cette nouvelle fournée hivernale décide de prendre pour base un massacre ayant réellement eu lieu en 2008, celui de Covina. Un meurtrier du nom de Bruce Jeffrey Pardo est effectivement rentré dans une petite soirée déguisé en Père Noël pour tirer sur les invités, quand il n’utilisait pas son arsenal flamboyant, ce malade s’étant confectionné un lance-flamme pour assassiner la famille de son ex-femme et cette dernière. Il finira par se suicider d’une balle dans la tête. C’est ce sinistre fait-divers qui sert donc de base à Silent Night, qui reprend l’histoire quasiment telle quelle, nous expliquant qu’un dingue s’est attaqué à une soirée avec un énorme chalumeau avant d’être abattu par la police. Mais ce Père Noël que l’on ne veut pas voir descendre de notre cheminée n’est pas mort et continue de passer de villes en villes pour y descendre toutes les personnes pas sages… Les flics de la petite bourgade dans laquelle il a arrêté son traineau vont faire tout leur possible pour l’arrêter avant que les corps ne s’empilent sous le sapin…

 

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Moralement, le film est plutôt discutable, vous en conviendrez, reprendre une tragédie aussi macabre quatre années à peine après les évènements n’étant pas d’une classe absolue. Mais les Américains ne sont pas les plus remplis de bonnes valeurs, on le sait, et certains se sont ramassé une volée de bois vert pour des faits similaires (le dernier Détour Mortel, le sixième, a eu des problèmes parce qu’on peut y voir un avis de recherche… d’une personne réellement disparue! Vous pouvez en lire plus sur le sujet sur le blog de Mr Bizarre). On espère en tout cas que les survivants du massacre ou leur famille (plutôt cette dernière car Bruce Jeffrey Pardo n’a pas laissé grand-monde derrière-lui…) ne verront pas Silent Night qui risque d’être un moment éprouvant. On y voit en effet le massacre via quelques flash-back montrant notre Santa distribuer les flammes dans la rue… Il ne fait bien évidemment pas que ça et tue également avec une hache, une serpe, balance une demoiselle dans un broyeur, défonce une tronche à l’aide d’un poing américain, électrocute, empale, éventre, étrangle et va même jusqu’à s’en prendre à une fillette à qui il prodigue une décharge avant de la transpercer avec un tisonnier. Oui, il n’aime vraiment pas les enfants pas sages… Sur le strict plan meurtrier, le barbu sait y faire, c’est un fait, et il n’a rien à envier au campeur Voorhees dans la pratique de l’arme blanche. Le premier problème, c’est qu’à l’exception de rares scènes, la réalisation nous empêche d’en profiter réellement. Si l’on appréciera la scène de la gonzesse dénudée envoyée dans le broyeur ou le plan d’une tronche qui éclate comme une pastèque sous un gros coup de hache, le reste des meurtres est souvent saccagé par une réalisation sans inspiration, une photographie laide à en pleurer et un montage fatigant. A l’origine prévue pour Kevin Greubert (réalisateur des Saw 6 et 7), la mise en scène reviendra finalement à Steven C. Miller, qui a réalisé quelques B/Z méconnus chez nous, comme Under the Bed. On ne sera pas surpris que c’était Greubert, le monsieur Saw (il a fait le montage de quasiment chaque épisode, si ce n’est ceux qu’il a réalisés), qui était pressenti pour mettre en boite tout cela puisque Silent Night se réfère en effet plus franchement aux aventures de Jigsaw qu’aux slashers eighties.

 

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Aspect visuel terne, lieux glauques (cave humide et tout ce qui va avec), montage énervé, un aspect malsain accentué (il tue une petite fille, tout de même, même si c’était une chieuse), c’est net, si Silent Night est un slasher, il fait tout ce qui est en son pouvoir pour se rattacher aux wagons du torture-porn, qui a redéfini la violence du cinéma horrifique. Miller fait tout son possible pour donner à sa série B des airs de méchant film, outrageux et offensant, mais cela ne semble pas lui suffire puisqu’il tente également d’apporter une touche humoristique à l’ensemble. Le scénariste Jayson Rothwell (à qui l’on doit le script de Second in Command avec Jean-Claude Van Damme, sorti en 2006) ajoute en effet du comique dans son travail, comique qui va principalement sortir de la bouche de ses personnages. Monologues interminables (et surtout minables) de Pères Noël de rue qui se morfondent sur leur sort (mais c’est censé être drôle), le sheriff incarné par McDowell qui ne dit que des conneries, les autres flics qui sont des demeurés finis,… Cela passerait dans un pur film cheesy, mais les volontés d’être un mauvais élève de Silent Night et ces ajouts censés être bidonnants ne se mélangent pas aussi bien que les auteurs le souhaiteraient et le film en ressort avec une bipolarité épuisante dans ses sauts d’humeur. On passe d’un instant tragique censé nous filer la larme à l’œil (l’héroïne, jouée par Jaime King, a bien évidemment eu une vie très triste) à un moment de gaudriole frisant le ridicule pour ensuite basculer dans la violence pure et rude. Chez certains bons faiseurs, cela donne une œuvre complète et variée, chez d’autres ça donne un bordel sans nom qui prend même le temps de foutre une séquence à la limite de L’Exorciste, sans raison apparente! Et le pire dans tout ça c’est qu’on s’emmerde comme des rats morts entre deux tueries, le scénariste ayant décidé de combler les vides en lançant la police sur les traces de deux autres barbus venus du Pôle Nord qui font de parfaits suspects. Et comme on s’en fout royalement car nous savons fort bien que le coupable n’est pas sous leurs costumes, on attend que le temps passe, ce qui n’est pas gagné compte tenu du fait que le film semble durer deux heures (il fait en fait 90 minutes).

 

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Un peu attristés par ce spectacle qui aurait gagné à se simplifier et choisir entre le fun et le sérieux, nous serons achevés par la performance des acteurs. Ou plutôt d’un acteur en particulier, les autres ne se faisant guère remarquer, comme s’ils se contentaient de passer en espérant que leur carrière ne soit pas avortée après le tournage de cette petite nazerie. Celui qui nous fait détourner le regard de honte, vous le connaissez bien, c’est McDowell. Celui qui fut un très bon Alex dans Orange Mécanique et un Caligula mémorable dans le film du même nom est depuis passé de l’autre coté, du coté B de la force, et ce depuis longtemps, nous le savions déjà. Mais je pense que là il ne faut plus attendre, il faut l’abattre. Son numéro dans Silent Night est une forme de non-retour, et s’il était peu probable qu’il revienne un jour à son niveau des débuts, c’est désormais terminé, il a définitivement basculé dans le je-m’en-foutisme le plus total. Un peu comme un Michael Madsen, il n’en a plus rien à foutre (enfin il tente encore de jouer la comédie et semble sobre, contrairement à Madsen qui semble dormir dans un bac de bières toute l’année), sachant fort bien que sa carrière est derrière lui et que ce qu’il tourne ne vaut pas grand-chose. Plutôt bon dans les deux Halloween de Rob Zombie, son rôle du Dr Loomis l’aura paradoxalement enfoncé encore plus profondément dans la série B malheureuse alors que c’était peut-être sa dernière chance d’en sortir une bonne fois pour toute, la faute à son habitude d’accepter tout et n’importe-quoi. Sur le papier, Silent Night avait pourtant tout pour fonctionner: un slasher hivernal qui sort pour les fêtes, un budget maigre mais que l’on devine plus important que celui de la plupart des films du genre, un remake attendu par quelques fans de l’original, il y avait de quoi espérer un petit succès, une œuvre agréable qui fait passer un bon moment. Pas de bol, la hotte du Père Noël n’est pas remplie de qualités et sent un peu la daube, elle nous fait même comprendre l’intérêt de ces vidéos Youtube du genre « All kills » ou « Killcount », qui nous montrent tous les meurtres d’un slasher en cinq minutes puisque, dans le cas présent, il n’y a que ça à voir, si ce n’est peut-être les scènes de flashback, si jolies qu’on en vient à se demander si elles proviennent du même film, nettement moins soigné le reste du temps. Si ce Santa Claus se met à descendre de votre cheminée, emparez-vous de votre tisonnier brulant et donnez-lui des gros coups dans le cul, histoire qu’il reparte d’où il vient, car vous n’en voudrez sans doute pas chez vous…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Steven C. Miller
  • Scénarisation: Jayson Rothwell
  • Production: Shara Kay, Phyllis Laing, Richard Saperstain, Brian Witten
  • Pays: USA
  • Acteurs: Jaime King, Malcolm McDowell, Ellen Wong, Donal Logue
  • Année: 2012

 

 

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13 comments to Silent Night

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    J’ai beau avoir vu le film direct à sa sortie DTV, je n’en est quasiment plus AUCUN souvenirs ! Là où l’original, en-dehors de l’aspect slasher, avait quand même des éléments mémorables (l’intro avec ce connard de grand père, la phobie de Billy, cette salope de Mère Supérieur, le flic qui fait étalage de violence devant les mômes, etc). Je crois que ça montre quand même relativement le fond du problème. Même un mauvais slasher d’autrefois, pur concept mercantile à l’extrême, était quand même un film. Et de nos jours, ça devient globalement interchangeable à tous les niveaux.

    Pendant un temps j’ai même cru que Tom Atkins de My Bloody Valentine 3D était le flic dans CE film, et que McDowell était dans MBV 3D !

    Et comme tu le dis, ce dernier est devenu un papy un peu gâteux qui sombre de plus en plus. Récemment je crois avoir trouvé le pire avec Home Alone 5 (oui… Maman j’ai Raté l’Avion 5. Sérieusement). Mais bon c’est l’âge et il doit être un peu fatigué, il se rend plus bien compte.
    (ta gueule, j’imagine ça comme je veux)

    Grosse surprise avec ton petit lien vers Détour Mortel 6 par ailleurs, je m’y attendais absolument pas ! XD Merci ! Et pour le coup effectivement, ce côté un peu limite du capitalisme vaut vraiment la peine d’être noté. Pour le coup je n’en savais rien, et j’ai franchement l’impression que ça n’aide pas trop le film en fait.

  • Oncle Jack  says:

    Un film que j’ai vu l’année dernière et que j’ai trouvé assez sympa.
    Pas un chef d’œuvre non plus mais bien plus recommandable que les derniers opus de la saga des « Douce nuit sanglante nuit ».
    Et comme l’a souligné l’ami Rigs ce père noël là est vraiment une ordure qui ne fait pas dans la dentelle (bien fait sale merdeuse !).
    Dommage toutefois qu’il ait dû passer la charmante Cortney Palm à la broyeuse, ça fout un peu les boules quand même.

  • david david  says:

    ce qui serait bien en France c’est qu’ils nous sortent en DVD « Silent night deadly night » 3-4-5,je viens de revoir le 5 en copie indienne ^^ il est plutot fun,je crois me souvenir que le 4 aussi est bon,jamais vu le 3 par contre,mais je vais quand même découvrir le remake super article Rigs et le coup de l’avis de recherche dans Wrong turn 6 alors là ça m’a assis !

  • Princécranoir  says:

    Passionnant article qui vient confirmer ce que j’écrivais il y a un mois à peine : le Père Noël est une ordure (bon, il m’a quand même ramené un beau bouquin de cinéma, c’est vrai…). Mais le plus triste dans l’affaire, c’est en effet le sort que semble s’être réservé McDowell, acteur génialissime en passe de tomber dans les oubliettes de la série Z. Tu rappelais à juste titre ses derniers sursauts à la poursuite de Michael Myers, mais je me souviens aussi de ce tueur pervers derrière le Rideau de Fer de « Evil Enko ». Te laisse pas aller Malcolm, on t’aime tu sais 🙁

  • Roggy  says:

    Je me souviens vaguement de ce film de noël (ou pas d’ailleurs) qui défouraille sévère, mais grâce à toi les souvenirs remontent à la surface (avec les cadavres du Père noël). Belle chronique en tout cas (comme d’hab) pour cette péloche de circonstance.

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