You’re Next

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Sensation horrifique de 2011, You’re Next d’Adam Wingard aura pris son temps pour ramener ses masques de renard, tigre et agneau dans nos salons. Ce qui lui aura par ailleurs laissé le temps de se forger une solide réputation.

 

Sans spoiler réellement, cette chronique peut indiquer légèrement quelques éléments clés du scénario.

 

Adam Wingard, Ti West, Joe Swanberg. Retenez bien ces noms car il est fort probable que vos pupilles les croisent de plus en plus régulièrement, ces trois réalisateurs étant plus ou moins considérés comme la relève du cinéma de genre. Il faut dire qu’ils savent se faire remarquer, que ce soit en solo (Ti West fait parler de lui toutes les semaines avec ses nombreux projets) ou en équipe, les trublions étant en prime de très bons amis qui se serrent les coudes, se retrouvant généralement dans les œuvres des autres en tant qu’acteurs. C’est également sans surprise que nous les retrouvons main dans la main pour quelques films omnibus, comme les deux V/H/S ou The ABC’s of Death. Omniprésents sur la scène horrifique indépendante, les loustics commencent fort logiquement à se créer une base de fidèles qui seront prêts à les suivre dans toutes leurs aventures. Ou mésaventures. Car s’il est sorti de bonnes choses de ces nouvelles têtes pensantes du petit budget d’épouvante, il en est aussi sorti des choses nettement moins bandantes, comme le premier V/H/S par exemple, film à sketchs dans lequel nos trois réalisateurs ne se foulaient pas des masses, c’est le moins qu’on puisse dire. Une critique qui touchera à nouveau Ti West pour son segment dans The ABC’s of Death, d’ailleurs… La méfiance s’installe donc peu à peu et c’est désormais avec certaines précautions que l’on se mange un film de la bande. Y compris You’re Next, réalisation de Wingard qui, en sortant deux ans après sa naissance, aura eu tout le temps possible et imaginable pour créer des attentes chez les spectateurs, passant dans quelques festivals où il sera reçu comme un roi. Blogueurs et autres journalistes spécialisés ne mâchent dès lors plus leurs mots, assurant que nous tenons avec ce petit film d’un million de dollars une véritable bombe atomique, du culte en barre chocolatée, du classique qui pue la classe, du renouveau qui se tattoue sur vos culs dès la première vision. Bref, la renaissance du cinéma fantastique, si tant est qu’il fut mort un jour. Méfiance…

 

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Car il faut toujours se méfier des « bêtes de festivals », ces films qui raflent toutes les mises et les prix, bien souvent parce qu’ils manquent de concurrents sérieux plus que pour leurs qualités réelles. Oh, ces films ne manquent pas d’atouts, mais ils ont également l’avantage de passer après des dizaines de séries Z peu mémorables, ce qui leur permet de gagner au petit jeu de la comparaison… Et bien entendu, ces avis dithyrambiques auront créé une sacrée attente qui entrainera aussi de fameuses déceptions… Comment esquiver la désillusion lorsque l’on nous vend un grand bouleversement du genre qui n’a, bien entendu, pas eu lieu ? Difficile, surtout face à un Internet et ses réseaux qui ont vite fait de vous monter un buzz en deux jours, deux jours qui suffisent d’ailleurs à vous le dégonfler, les avis négatifs pouvant débouler aussi vite que les positifs. On ne sait d’ailleurs plus trop quoi penser de You’re Next, coincés que nous sommes entre les fans de la première heure et les déçus de la deuxième, qui se renvoient la balle et nous perdent entre deux services. Comme toujours, mieux vaut se faire un avis par soi-même. Enfin, lisez quand même le reste de la chronique, hein! D’autant que vous y apprendrez qu’il faut se méfier lorsque l’on part en campagne fêter un anniversaire dans une demeure cossue, car on ne sait jamais ce qui peut se passer. La famille Davison ne s’est pas assez méfiée, elle, car elle est toute surprise lorsque trois meurtriers masqués débarquent armés jusqu’aux dents (arbalètes, haches, machettes et tout l’attirail du bon psychopathe qui se respecte) pour leur soutirer leur dernier souffle. Soit le script de base de n’importe quel home-invasion/slasher/survival (généreux, je vous laisse choisir), le scénariste Simon Barret n’allant d’ailleurs pas chercher l’inspiration bien loin puisqu’il se base sur son propre travail sur A Horrible Way to Die, déjà une réalisation Wingard, pour écrire You’re Next. Sur le strict plan du récit, nous ne sommes donc pas très éloigné des classiques du genre et l’on pense beaucoup, sur le papier, à un mélange entre The Strangers et le remake de Mother’s Day, le premier pour le principe de l’invasion masquée et le second pour son plus grand nombre de personnages et sa violence plus volontaire. Mais contrairement à ces deux exemples plutôt sérieux dans leur approche, You’re Next n’hésite pas à se montrer un peu plus ricanant.

 

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Car sans tomber dans le second degré pur et dur ou la parodie, on ressent par moment un ton presque satyrique. Jamais très clair cependant, le film jonglant également avec une violence très dure et réaliste, d’ailleurs renforcée par un filmage presque minimaliste (caméra à l’épaule, rendu visuel assez sec) qui sied fort bien à l’ensemble même s’il ne représente pas nécessairement un atout. Reste que le film fait mal et ne tente pas de sublimer ses excès de violence avec une stylisation outrancière, le spectateur étant volontairement mis mal à l’aise par la rudesse du propos et la crédibilité des meurtres. Ce sera donc à ce léger aspect ironique, genre sourire en coin, finalement peu défini mais présent, de faire baisser un peu la tension, au détour d’un dialogue ou l’autre. Dialogues par ailleurs assez inégaux et sans doute imputable à la méthode d’improvisation de la troupe (le réalisateur Joe Swanberg, ici l’un des acteurs principaux, est connu pour ce fait), ce qui entraine un déséquilibre dans les joutes verbales, qui peuvent être plaisantes (celle du repas sur le cinéma underground) comme elles peuvent sonner faux (la conversation entre l’héroïne et son petit ami au début, dans la voiture). Ce qui est par ailleurs assez symptomatique du film dans son entièreté, qui préfère miser sur son concept plutôt que sur ses personnages, qui ne sont ici pas très bien croqués. Wingard semble d’ailleurs s’en foutre royalement, ne voyant en eux que des archétypes volontairement rendus détestables (bien peu trouveront grâce aux yeux des spectateurs). En témoigne la première partie, celle de l’exposition, qui dure une bonne vingtaine de minutes mais prend plus de temps à créer la mécanique voulue implacable de Wingard que de s’intéresser aux personnages, survolés et peu (ou mal) caractérisés. Ce qui est assez symptomatique de You’re Next, voire même de toute cette vague de films de « petits malins » comme les gens disent, qui tentent tellement d’être intelligents et de déjouer les attentes du public qu’ils en oublient le facteur humain. Et si l’on sent que le scénariste a tenté de se mettre à la place de personnages attaqués par une troupe de malotrus meurtriers, il faut aussi signaler que le niveau d’implication ne dépasse jamais celui que l’on peut trouver devant un spectacle régressif de base, type Vendredi 13, une comparaison que n’apprécieraient peut-être pas les auteurs par ailleurs. Bien peu d’émotions pour le spectateur puisque les personnages ne sont que des tas de viande aux contours vaguement dessinés qui ne sont là que pour se faire abattre…

 

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Récréatif et ludique, You’re Next l’est par contre assurément et il est certain que l’on ne s’ennuie pas devant ce slasher survivalesque somme toute bien mené. Ca charcle dur et juste et sans temps morts, les carreaux se plantant dans les têtes (pauvre Ti West, venu faire un caméo mortel pour son ami) tout comme les haches fusionnent avec les corps. Pas de gore réellement inventif ici, si ce n’est une scène du mixer qui tranche avec le reste du métrage par son coté cartoonesque, mais plutôt des mises-à-mort qui jouent plus sur leur rythme que sur l’originalité. Il faut bien admettre que l’on serait choqué de voir nos trois tueurs se mettre à arracher des tronches à mains nues comme un Jason Voorhees, ce qui ne collerait pas avec la volonté de Wingard de se montrer plus lourd, plus pesant, plus réaliste. Si l’on rigole parfois entre deux meurtres, on ne rigole certainement pas pendant (le mixer à part) tant la brutalité des faits est ici tangible, voire dérangeante. On remerciera d’ailleurs des acteurs tous très biens dans leurs pantoufles, à commencer par la bien jolie et sympatoche Sharni Vinson (Bait 3D et le remake de Patrick) qui nous délivre le bon vieux rôle de la femme forte qui se rebiffe avec une belle conviction. On signalera d’ailleurs que Wingard aura trouvé une explication qui se tient quant à l’aspect increvable de ce petit bout de femme en acier trempé, ce qui se salue. Dommage qu’il ne travaille pas autant les réactions de son trio de tueurs qui, pour des assassins rompus à l’exercice, tombent dans des pièges grossiers dont n’aurait même pas voulu Macaulay Culkin dans ses Maman j’ai raté l’avion!… C’est malheureusement le lot de beaucoup de films hyper-réalistes: les petites erreurs de vraisemblances se remarquent plus facilement que lors d’une série B banale où notre cerveau est déjà passé en veille depuis longtemps. Ce qui ne veut pas dire que l’on reprochera à Wingard et son équipe d’avoir voulu se hisser un peu au-dessus de la masse, certainement pas!

 

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Avec ses 25 millions au box-office pour une mise d’un million, You’re Next est dans tous les cas une réussite financière, objectif voulu par le cinéaste qui désirait d’ailleurs se présenter à un public plus mainstream. Mais succès critique aussi ? Difficile à dire tant le chaud et le froid nous soufflent dessus tout le long du film, les qualités (le rythme, les acteurs dont une Barbara Crampton que nous sommes bien contents de revoir, une musique très « à l’italienne ») étant à peu près aussi nombreuses que les défauts (invraisemblances gênantes, personnages peu attachants, un twist que l’on voit venir après vingt minutes de film). On ne sait au final pas quoi penser de l’entreprise, qui est sympathique par certains aspects, comme quelques clins d’œil rappelant quel fan Wingard est (il y a de l’hommage à Halloween et Bloody Bird dans l’air, tout comme un principe finalement assez proche de La Baie Sanglante), tout comme il peut être assez antipathiques par d’autres. Comme cette escalade dans le macabre pas forcément utile (« baise-moi à coté du cadavre de ta mère! ») et qui semble surtout être là pour raccrocher les wagons avec quelques locomotives modernes à la puérilité jamais démentie. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que l’on compare souvent You’re Next à Scream tant chacun représente son époque, le film de Wingard pouvant être vu comme une synthèse du cinéma horrifique de ces dernières années. Une expérience qui n’est pas déplaisante et peut même se trouver particulièrement amusante pour peu que l’on prenne le projet pour ce qu’il est: un slasher simple et efficace à la rythmique endiablée. Mais un renouveau du genre, certainement pas…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Adam Wingard
  • Scénario : Simon Barret
  • Production : Simon Barrett, Keith Calder, Kim Sherman et Jessica Wu
  • Pays: USA
  • Acteurs: Sharni Vinson, AJ Bowen, Barbara Crampton, Joe Swanberg
  • Année: 2011

 

 

 

Et pour d’autres avis, direction La Séance à Roggy et Le Blog du Prince, qui ont tous deux écrit à propos du film!

8 comments to You’re Next

  • Dirty Max 666  says:

    Une belle surprise en ce qui me concerne ! Le film parvient à contourner les codes du genre sans se la jouer postmoderne (contrairement à « Scream »). Les aspects ludiques du script fonctionnent très bien à l’écran, d’autant plus que la mise en scène fait constamment preuve d’inventivité. Et puis, j’aime beaucoup son héroïne qui m’a fait penser à « La survivante » de Don Coscarelli (l’épisode de la saison 1 des « Masters of horror »). Un peu de sang neuf donc, comme l’a été le génial « La cabane dans les bois », il y a quelques années. Cela dit, je comprends les quelques réticences soulevées par ta critique, Rigs.

  • Princécranoir  says:

    Pas mieux. Il y a dans ce texte une synthèse excellemment développée de mon avis personnel. Avec un brin d’ironie (que je ne peux réprimer) j’avais même envie de comparer les script à celui de « home alone » jusqu’à ce Macauley Culkin se trouve finalement une place dans ton argumentation. Ne m’avouant pas vaincu, je me permets d’ajouter une référence assez évidente à « Die Hard » tout au long du film, non seulement à travers le personnage féminin qui est une sorte de McClane avec des nichons, mais aussi dans la très bonne gestion des espaces, la circulation des personnages dans les différentes pièces de la maison. C’est pour moi le point le plus intéressant, ce qui lui ouvre une porte vers un autre genre. Mais comme tu l’écris très bien, les défauts abondent, à commencer par un regrettable manque d’empathie pour toute la maisonnée. Ajoutons à cela de vilains effets involontairement grotesques (le sprint au ralenti) et un dénouement à la fois prévisible (mais bon, quand j’ai vu « Psychose » pour la première fois c’était pareil et pourtant c’est un film génial) mais surtout aux enjeux extrêmement décevants. Série B sympa (l’ouverture était assez prometteuse pourtant) mais sans plus. Il se peut toutefois qu’il vieillisse bien. Wait and see (one more time).

  • Roggy  says:

    Un film qui a fait le buzz mais qui est un peu convenu au final. Comme « Scream », par moment, le script veut se la jouer « petits malins » et ça se voit. Sinon, sans ces scories, « You’re next » est néanmoins divertissant.

  • Roggy  says:

    Et j’ai encore oublié de te remercier pour le lien vers mon site. Je manque à tous mes devoirs 🙂 T’es un chef Rigs 🙂

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