Everyday Is Like Sunday #5

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Vaste est l’univers du fanzinat et la plongée dans ses abysses n’est pas prête de s’arrêter pour qui s’y intéresse. Aujourd’hui, remontée d’un beau et gros poisson avec Everyday is Like Sunday, l’un des nombreux enfants de l’hyperactif Sam Guillerand, un gars coincé dans l’adolescence, pour son plus grand plaisir. Et le nôtre.

 

Voilà quelques semaines, j’ai fais la connaissance de Sam, qui m’a très vite fait un petit inventaire de ses nombreuses activités. Et le moins qu’on puisse dire c’est que celui qui se fait appeler Nasty Samy est du genre à vous faire culpabiliser de vous être allongé cinq minutes la nuit dernière. De projets le Sam ne manque pas, lui qui aime varier les plaisirs et aura, au fil des années, sorti plusieurs fanzines (il en écrit depuis 1997), plusieurs bouquins, joué avec une masse de groupes avec lesquels il a souvent sorti un ou plusieurs album, écrit dans la presse. Jetez donc un œil (mais pas trop fort, c’est fragile ces conneries) sur cette page de son site et calez vous dans les paupières sa discographie, pas loin d’être l’équivalent musical de la filmo de Jess Franco. Des kilomètres de riffs en perspective, qu’ils soient métalliques, punk, hardcore, rock ou surf music, et ne vous étonnez pas si vous croisez sur les pochettes d’albums un mec qui étale ses boyaux sur la moquette, des squelettes dans une barque traversant une mer déchainée pour repêcher un futur noyé peu ravi de ces secouristes improvisés, un militaire qui joue au baseball avec la tronche d’un zombie ou encore une pieuvre monstrueuse qui tente de becter deux adolescents en fuite. Car Sam est amoureux du cinoche d’exploitation et en tout bon fan qu’il est, il caviarde la plupart de ses travaux de références au genre, jamais fâché de baigner dans l’univers qui nous branche tous sur la même longueur d’ondes. Sympa à mort et généreux comme pas deux, Sam m’a envoyé un joli package contenant plusieurs de ses productions, pensant à juste titre que ses créations seraient susceptibles de me plaire. Vous pouvez donc vous attendre à voir son nom se graver régulièrement dans les murs suintants de ma crypte, qui déménagera régulièrement dans la sienne…

 

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C’est son fanzine Everyday is Like Sunday qui nous servira de première incursion dans son univers. Cinquième numéro, qui sera suivi quelques temps plus tard d’une collaboration avec Delivrance pour un Split Zine. Ouaip, comme les Split Album entre groupes, qui se partageaient donc une galette blindée de cymbales et de cordes graisseuses! On remplace bien évidemment les flutes et les triangles par quelques pages sur de joyeuses bisseries, cela va de soi! Mais revenons-en à Everyday is Like Sunday, que je connaissais déjà de réputation puisque David Didelot en avait parlé dans la rubrique consacrée aux autres fanzines que le sien dans Vidéotopsie. Et le moins que l’on puisse dire c’est que la couv’ tape dans l’œil, un peu comme dans Un Chien Andalou comme vous pouvez le voir ci-dessous, et se fait donc bien remarquer puisque mettant en scène une main gantée que l’on devine italienne en train de tenir un rasoir devant le visage craquelé d’une demoiselle qui se transforme en un vilain alien, un faciès tiré de l’affiche du film Breeders, production eighties sortie des fours Empire Pictures. Tout de suite, ça donne un avant-goût des petits plats que le Nasty Sam va nous concocter, n’est-ce pas ? Mais si vous vous attendez à un fanzine se penchant à 200% sur la culture horrifique, vous risquez bien d’être surpris car Everyday is Like Sunday n’est pas une revue qui se fixe des barrières et plus qu’un ouvrage sur le bis, c’est avant tout un ouvrage sur les goûts de Sam, qui comme vous l’aurez compris sont assez variés. Nous croiserons donc au détour des pages de son zine tout ce qui branche le mec, du cinoche qui sent le mucus et le sang coagulé, bien entendu, mais aussi de la zik, des livres et des bandes-dessinées.

 

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Ce qui est plutôt original dans le milieu, qui se concentre principalement sur l’exploitation pure et dure et ne s’aventure pas nécessairement dans les univers sonores ou dessinés. Mais Sam n’est pas du genre à faire comme son voisin et nous le prouve une fois encore en créant un point de départ encore une fois très original à ce cinquième numéro. Sam nous explique le principe dès l’édito, qui nous remet dans le contexte: pour une fois dans sa vie bien remplie, le zikos a passé un été calme (celui de 2012), sans tournée avec un groupe ou l’autre, sans voyage de prévu, quelques mois et semaines passées à se la couler douce. Un peu de repos bien mérité que le gazier passera en bonne compagnie, celles des livres, DVD et autres CD. L’homme s’est refait le plain de culture alternative et cet Everyday is Like Sunday numéro 5 (qui était vendu avec le livre Allo Mike, toujours dans le jazz? qui sera chroniqué la semaine prochaine) sera l’occasion de passer la saison chaude en sa compagnie puisque le fanzine est en fait le journal de bord de son périple… chez lui! Bien sûr, il ne passe pas son temps à nous causer de ses gogues et de ses serviettes de bain, car l’antre de Sam, la Nasty Crypt est un lieu nettement plus amusant que la baraque de ma grand-mère. Vous aurez la sensation d’y être, comme si Sam vous la faisait visiter, prenant un album, un bouquin ou un film de ses étagères (que l’on imagine bien garnies) pour vous donnez son avis dessus. On s’y croit d’autant plus que les chroniques de notre auteur ont un style très proche de l’oral, ce qui ne signifie pas qu’il bâcle ses écrits. Non, le Nasty Dude utilise un naturel travaillé, une spontanéité contrôlée. Si la pensée découle naturellement et ne s’embarrasse pas d’une intellectualisation dont on se passe de toute façon avec joie, les mots sont choisis, et bien choisis même, pour la retranscrire avec le plus d’efficacité et de peps possibles. Et d’humour, également, Guillerand n’ayant pas son pareil pour nous balancer quelques comparaisons ou critiques imagées (petite fixette sur Achille Talon!) qui vous collent un sourire qui ne trompe pas.

 

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Les avis de Sam sont donc simples mais jamais simplistes, ils sont francs, naturels et ont une belle odeur de vérité, sans doute écrits très vite après la vision ou l’écoute de l’œuvre dont il cause, pour être encore dedans. Il nous cause comme à des amis, et rarement j’aurai eu autant l’impression de connaître si bien quelqu’un juste en lisant un mag’, Sam écrit sans mettre de gants, nous offrant son honnêteté. Sa droiture même, ce qui par ailleurs risque fort de créer des clivages, les avis tranchés de Sam entraîne forcément un positionnement fort de sa part. Quand un truc ne le branche pas, il dit que c’est de la merde sans détour et à l’inverse quand il aime un truc, il ne s’en cache pas non plus! Quand on est de son avis, on se réjouit de voir autant d’enthousiasme, quand on n’est pas d’accord, on en prend forcément un peu pour son grade, et c’est bien là tout l’intérêt de la chose, tout l’amusement du jeu! Quand le gaillard dézingue au lance-flamme les mecs qui téléchargent à la chaîne sans jamais aller au cinoche ou se chopper un petit DVD, bref sans aider un peu la profession, ça fait forcément un bien fou. Quand il critique un peu les barbus et les chevelus, un mec comme moi qui fusionne les deux est forcément un peu plus mal assis sur son cul (Sam est assez fort pour chambrer, c’est même un euphémisme). Un gars solide, qui dit ce qu’il pense, et qui enverra sans doute se faire enculer ceux que ça dérange! Vu que je partage plutôt ses goûts (bon il aime pas le doom, mais vu que je n’écoute pas de punk ça équilibre les forces), ça passe crème pour moi, forcément. D’ailleurs, qu’est-ce qu’il aime bien, le costaud (c’est un sportif et ça se voit, j’irai pas dessiner des queues sur ses cartes Pokémon quand je le croiserai, c’est certain) ? Les comics qui arrachent, genre The Punisher, la zik qui défouraille (il chronique de tout, du thrash avec Kreator et Overkill au death de Six Feet Under et Severe Torture en passant par du Therapy?, du Treponem Pal ou du Blaze Bailey) et les biographies, principalement celles des pratiquants du rock au sens large du terme.

 

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Niveau cinoche, il est assez éclectique puisqu’on peut aussi bien trouver des blockbusters comme Abraham Lincoln, chasseur de Vampires que des comédies à la Supergrave que du cinéma d’horreur. Ben ouais, c’est même un peu ce qu’il préfère alors forcément on va croiser de l’alien, de la sorcière italienne (Mother of Tears), des monstres de séries Z (les deux derniers Feast), des docus sur les légendes du style comme H.G. Lewis ou Roger Corman, le chien enragé de Brian Yuzna, du old-school avec la Hammer et pas mal d’autres trucs bien corsés du genre. On appréciera d’ailleurs sa manière de parler de tout cela, avec le regard de celui qui sait ce qu’il attend du genre, qui prend ce cinéma pour ce qu’il est, le remet dans son contexte: lorsqu’il tombe sur du cinoche fauché, il ne se met pas à critiquer les effets, il signale que ce n’est pas sorti du larfeuille de James Cameron mais prend la chose comme un divertissement pas très finaud qui lui fait bien passer la soirée quand même. Une manière de percevoir ces films qui change un peu du mépris que l’on se tape souvent à leur encontre, ces petites bisseries étant généralement balayées d’un revers de la main par ceux qui n’attendent du cinéma du genre qui nous occupe que de l’évolution, de l’inédit et de la psychologie chiante. Sam se fout pas mal que ce qu’il regarde déborde de pertinence et soit aussi profond que la vulve de Maïwenn (remarquez, elle a déjà un sacré piège à loup en guise bouche donc on va pas trop la charger), tant que ça l’éclate, c’est que c’est bon! Le bon esprit, si vous voulez mon avis (et si vous le voulez pas, que faites-vous ici, malotrus ?!). On retrouvera également quelques reviews de festivals, plutôt orientés metal, punk et hardcore forcément, mais également deux interviews. La première, longue et bien foutue, se concentre sur le travail de Jean Sé, auteur de bandes-dessinées, tatoueur et illustrateur, tandis que la seconde a l’excellente idée de revenir sur le destin et les activités de Greg Lamberson, réalisateur resté méconnu chez nous qui est à l’origine du culte Slime City (disponible chez Uncut Movies, en passant). Moi qui surkiffe le cinoche qui sent le slime et qui irradie comme après une douche dans les thermes de Tchernobyl, ça me convient largement!

 

nastysam5Le T-Shirt officiel du fanzine, disponible sur la boutique de Sam!

 

Vous l’aurez compris, Everyday is Like Sunday est une véritable plongée dans l’univers de Sam, un univers disparate mais cohérent, où les vampires gigotent au son du putain de rock’n roll. Et comme Sam est un mec entier, il fallait que son zine le soit également, et c’est sans surprise que l’on découvre que le mag’ est doté d’une forme qui va bien avec le fond. Il le dit dans un autre de ses ouvrages: « Je suis un disciple de Forrest Ackerman », Ackerman étant, si vous ne le connaissez pas (il reste un peu méconnu chez nous), notre père à tous puisque le créateur du magazine Famous Monsters of Filmland, qui inspirera notamment Jean-Pierre Putters quand vint le moment de fonder Mad Movies. Non pas que la revue de Sam ressemble à celle du Forrest, mais il se trouve que ce dernier avait une baraque qui dégueulait littéralement de goodies et objets liés au cinoche de genre (checkez sur Google Images, vous trouverez sans doute très facilement, et des vidéos existent lors desquelles il fait visiter son manoir, disponibles sur Youtube, vous en reviendrez pas!). Et bien chez Sam, c’est pareil, il faut que sa piaule soit blindée, dégouline de ce qu’il aime. C’est pareil pour son fanzine, qui évite la sobriété puisque chaque page vous balance à la tronche une foule d’images, de visuels. D’ailleurs, Everyday is Like Sunday est un zine très coloré… alors qu’il est en noir et blanc! Petit détail super attachant: les textes ont été imprimés sur une première feuille, découpés puis collés, comme dans le temps! Sam nous ramène quelques années en arrière, à une époque qu’il chérit tout particulièrement. Mieux, avec son carnet de route de vacances, passé entre une bobine gore et un disque qui fait tomber les murs, il nous donne l’impression de nous dorer la raie au soleil. Et pour ça, il est plus que remercié.

Rigs Mordo

4 comments to Everyday Is Like Sunday #5

  • ingloriuscritik  says:

    Mon très cher rigs .
    Heureusement que je connais l’étendue de ta fortune personnelle, ce qui me préserve de toute forme de suspicion quant a ton objectivité, ainsi que ton éliot NESSisation (au passage , a parler fortune , j’en profite pour te dire que si j’ai bien reçu l’enveloppe d’octobre , toujours rien pour les partages de novembre …a part les pantoufles tortue ninja )Donc pour revenir a ce Everyday is Like Sunday , surtout de Sam Guillerand , dit Nasty Samy , franchement cela faisait très longtemps que je n’avais ressenti a travers le portrait que tu fais du personnage et de son approche brute , frontale , extrême, une envie de plonger avec lui dans ses « délires »,avec simplicité (la rime parfaite de la sincérité) la sensation qu’on tient la un « truc » pas commun , pas banal…un univers entre tex avery grindhouse punk … je ne vais pas reprendre point par point ta dissection élogieuse et toujours superbement rédigée , et grâce a laquelle , j’ai déjà de la sympathie pour le gars ; je vais m’empresser de le découvrir grâce aux liens que tu prends (toujours)soins de joindre a tes posts . Et il est fort probable que cela convienne a mon « approche » du genre, et qui enplus « …ne se fixe pas de barrières » . Encore un nouveau venu sur mes étagères et en partage sur ma page …
    Si tout comme toi je n’irai pas dessiner des queues sur ces cartes pokémon quand je le croiserai, car j’ai trop de respect pour les pokemon , toutefois je lui ferai écouter du gilbert montagné , du imagination et du plastic bertrand , pour qu’il s’ouvre un peu a la VRAI musique , ça le changera un peu de ces sons pornawak de tarlouzes !
    Heuuuuu sinon a part ça , SAM , comment vas-tu ?

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