La Planète des Dinosaures

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Puisque le petit monde des geeks ne jure plus que par le trailer du prochain Star Wars et que les quelques rares bouffeurs de science-fiction à ne pas pleurer le retour de Luke Skywalker tremblent d’excitation devant les premières images de Jurassic World, Toxic Crypt décide de faire plaisir à tout le monde avec un film qui devrait plaire aux deux camps. Ou a aucun ?

 

Que les fans de La Guerre des Etoiles se calment: ils ne trouveront pas ici d’avatar de Dark Vador aux prises avec un T-Rex ou de Stormtroopers avec un bébé vélociraptor dans le froc, La Planète des Dinosaures étant d’un tout autre budget que les délires spatiaux de Georges Lucas. Pas la peine d’espérer croiser tout un tas d’aliens dignes de ceux croisés dans la cantine de Star Wars ou de gros tas de graisse dégueulasses à la Jabba ici, le film James K. Shea étant une production très mineure, ce qui implique forcément un portefeuille aussi petit que celui de David le gnome, ce petit barbu au bonnet rouge qui fit les beaux jours de quelques enfants collés devant la télévision durant les années 80. Avant de leur briser le cœur avec son final absolument cruel où tout le monde meurt sauf le renard qui se retrouve seul comme un con. Mais je digresse, puisque le film de James K. Shea ne parle pas de gnomes non plus… Ni de renards. Juste d’une poignée d’explorateurs de l’espace qui, sans trop que l’on comprenne pourquoi, se retrouve forcés à atterrir sur la première planète venue, leur vaisseau spatial rencontrant des problèmes suffisamment importants pour causer sa destruction. Pas chanceux nos vagabonds stellaires, et ça ne va pas aller en s’arrangeant puisqu’ils s’écrasent dans un gigantesque lac, leur engin s’enfonçant peu à peu sous les eaux. Désormais avec pour tout équipement le strict nécessaire leur permettant de survivre quelques temps, notre bande de guignards décide de découvrir quelles merveilles recèle cette belle planète assez similaire à la Terre puisque constituée de flotte, de plantes et de roche. Mais comme le titre le laisse finement présager, ce ne sera pas des banquiers cyniques ou des fanatiques de Justin Bieber que croiseront nos héros mais bel et bien des dinosaures prêts à leur croquer le cul! L’un dans l’autre, ils n’y perdent pas au change…

 

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Bien évidemment, inutile d’espérer trouver des moyens dignes du Jurassic Park de Steven Spielberg ici et lorsque l’on parle de La Planète des Dinosaures comme d’un ancêtre du classique des nineties, on oublie de préciser que c’en est un parmi des centaines d’autres! Les ressemblances entre le travail de Spielberg et celui de K. Shea se limitent en effet à la présence de gros lézards bouffeurs d’hommes. Le film qui nous occupe aujourd’hui prend d’ailleurs ses bases dans les séries B fantastiques ou de SF à l’ancienne plutôt que dans la littérature populaire versant dans la préhistoire revancharde. L’impulsion menant à la création de cette planète peuplée de reptiles aux crocs acérés étant d’ailleurs sans doute la résurrection de King Kong dans les années 70 via son premier remake, qui conduisit doucement mais sûrement au retour des jungles aux grosses bébêtes. Sorti en 1978, La Planète des Dinosaures ne sera pas un succès pour autant quand bien même il remporta un Saturn Award pour ses effets spéciaux, il est vrai plutôt réussis pour une petite production comme celle-ci. Mais de là à parler d’un hit, il n’y a qu’un pas difficile à franchir puisque l’œuvre fut longtemps oubliée, revenant un peu sur le devant de la scène depuis quelques années en même temps qu’une certaine nostalgie s’emparant des bisseux. Un peu tard pour l’équipe autour du film, sans doute, puisque si retombées financières il y a, elles tombent après la guerre. Certains acteurs se plaignirent même de ne pas avoir été payés lors de ce tournage peu préparé. Mais c’est ça, la petite vie au sein d’un film d’exploitation modeste! Le premier jet du scénario a ici été écrit en trois jours et ne fut même pas terminé lorsque le casting débuta, chacun allant au plus pressé pour que le film puisse se faire. Et on sait comment ça finit, ces histoires, puisqu’il est rare qu’une petite bande créée à la va-vite soit d’une furieuse qualité.

 

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Surprise! Comme précisé plus haut, le film fut récompensé pour ses effets, qui misent sur la stop-motion pour donner vie à tous ces dinosaures. Et l’équipe de La Planète des Dinosaures s’est plutôt bien débrouillée puisque les créatures bougent plutôt bien et sont dès lors assez crédibles! Honneur suprême, les artistes bénéficièrent du « parrainage » de Ray Harryhausen, qui leur accorda le droit de faire un clin d’œil à son gros iguane vu dans Le Monstre des Temps Perdus, qui vient ici passer le bonjour le temps d’une courte scène. Un coup de coude complice plutôt sympathique qui montre bien d’où venaient les concepteurs du film, qui étaient bien évidemment de vrais fans du genre. Ils prennent en tout cas un malin plaisir à faire s’affronter les bestioles d’un autre temps puisque le T-Rex, bien évidemment l’ennemi ultime du film comme il est de coutume dans les dinosaureries, se fritte avec un stégosaure ou avec un allosaure. On croisera également un tricératops (porte-manteau officielle de la préhistoire), des petits dinosaures rapides comme des autruches, un diplodocus, une espèce de crocodile ou encore une araignée de belle taille. Quelques exemples d’un bestiaire auquel se seraient ajoutés des ptérodactyles si le budget l’avait permis. Mais du coup, si les effets sont réussis, qu’est-ce qui peut bien valoir au film sa réputation de nanar dont n’est pas dupe Artus Films (ni Christophe Lemaire, présent dans les bonus), qui a édité le film et le propose pour Noël dans un pack « nanar » avec Ogroff ou La Fiancée de la Jungle ? En premier lieu ses acteurs, plutôt mauvais pour la plupart. Et pour cause, à l’exception de quelques rares chanceux, ils sont tous des amateurs qui ne tourneront rien de plus par la suite. Les plus attentifs reconnaitront tout de même deux têtes qui ne leur sont pas étrangères. Celle de James Whitworth qui incarnait Papa Jupiter dans les deux La Colline à des Yeux de Wes Craven, qui vient donc trimballer sa grosse barbe au milieu des rochers (ça ne le change donc pas trop), et celle de Max Thayer, que les amoureux de film d’action bien Z connaissent bien puisqu’il est l’une des têtes d’affiche du nanar musclé. On le retrouve donc dans des films aux titres communicatifs comme Laser Force, Commando Phantom, Commando Massacre ou Karate Tiger 2. Des têtes que nous sommes heureux de revoir mais qui ne laissent pas imaginer que le niveau de la comédie va crever les nuages…

 

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Si ce n’était que ça, ce ne serait pas bien grave puisque des acteurs incapables de jouer n’est pas ce qui peut arriver de pire à un film, cela peut même parfois le servir un peu. Non, le gros problème de La Planète des Dinosaures c’est que l’on s’emmerde un peu entre deux attaques de dinosaures, le script peinant à rendre les déambulations de nos explorateurs intéressantes. Les voir marcher au détour de longs plans dans ces endroits dangereux, passe encore, après tout cela permet de voir des décors pas trop mal même s’ils n’ont rien de fascinants, mais assister à leurs disputes pour tout et rien est bien plus difficile à supporter. C’est bien simple, chaque décision à prendre devient une excuse pour s’engueuler et discuter de la marche à suivre, chaque geste est contesté par un personnage ou l’autre et c’est bien vite à une guerre des chefs que l’on assiste. Cela passerait crème avec une caractérisation bien fichue et une psychologie un peu travaillée, qui permettrait à ces bagarres d’avoir une incidence sur la suite des évènements, mais il n’en est rien et ces prises de têtes ne sont là que pour allonger un peu le récit. On notera d’ailleurs que pour des explorateurs, nos protagonistes sont assez peu dégourdis et commettent conneries sur conneries. D’une blonde qui oublie dans le vaisseau qui coule l’émetteur leur permettant d’envoyer un signal à d’autres humains, on passe à une crétine qui laisse tomber l’une des armes leur permettant de se défendre dans l’eau, ce qui la rend inutilisable. Une autre demoiselle laisse tomber dans un ravin une autre de ces armes et de la nourriture tandis qu’un gars s’échappe en direction d’un précipice, ce qui conduira à son empalement sur les cornes d’un tricératops. On sera donc bien heureux de voir ces empaffés finir dans les gosiers des dinosaures vu qu’ils ne méritent guère mieux.

 

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La Planète des Dinosaures semble en tout cas ne pas trop savoir sur quel pied danser, hésitant constamment entre le sérieux de la situation et une atmosphère plus relax apportée par la connerie des personnages mais aussi une bande-son qui ne perpétue pas franchement le stress. La plupart des chansons sont en effet dignes des claviers d’enfance que l’on nous offrait à Noël et dont ne sortaient que des sons atroces. On notera tout de même quelques sonorités plus appropriées, qui ressemblent à des râles étouffés, ou à des flatulences j’hésite encore, et qui collent un peu mieux aux scènes à tension, si l’on peut dire. Rappelant donc plus La Vallée de Gwangi (toutes proportions gardées, bien entendu) que les récents films avec des gros dinos, La Planète des Dinosaures est un joli petit plaisir lorsqu’il montre ses créatures (j’ai un faible pour l’araignée, que je ne voudrais pas trouver dans mes pantoufles Tortues Ninja) mais peut faire somnoler lorsqu’il se concentre sur ses héros, ce qui en fait une œuvre pas déplaisante mais esquivable.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : James K. Shea
  • Scénario : Jim Auperle, Ralph Lucas
  • Production : James K. Shea, Stephen Czerkas, DeathBeast Productions
  • Pays: USA
  • Acteurs: James Withworth, Pamela Bottaro, Louie Lawless, Max Thayer
  • Année: 1977

 

 

 

 

 

En bonus, une affiche de DVD pas du tout honteuse qui ne joue pas sur l’effet Star Wars

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6 comments to La Planète des Dinosaures

  • ingloriuscritik  says:

    cher riggs.
    je prends toujours le même plaisir inavouable a lire tes détournements de « mineurs » , mais qui a force pourraient te valoir les foudres des professeurs en ut majeur es-blockbuster (suivez mon regard )…
    tu nous a pondu du jus-acide ,et fait du JPP dans le texte ! et j’avoue sadiquement prendre mon pied , et pourtant dieu sais que je ne suis pas un monstre de souplesse (un monstre , au pire) .Finalement le retour du fils de la vengeance est ici , en cette cryptor , si tu me permet ce néologisme .
    Par contre je ne suis pas un grand spécialiste animalier , ou plutôt « n’était pas » avant tes savoureux déCRYPTage , ou j’adore tes prise de riggs (ok , je sort !) .
    sinon ? Le film ? quel film ?? ah oui pardon , planet of dinosaurus ? et bien j’ai donc adoré ton analyse . WHAT ELSE ?

  • Roggy  says:

    Il y a longtemps que je cherche à voir ce film de dinosaures en stop motion sur une planète inconnue ! C’est un film qui est fait pour moi malgré apparemment le jeu des acteurs. C’est pas grave si le grand Ray a passé une tête, il faut que je voie ça 🙂

  • Princécranoir  says:

    Du lourd si j’ai bien compris ! Pas spécialement pressé de me faire un steak de stégosaure, je pense que je vais laisser encore vieillir un peu cette zèderie spatiale au congélo.

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