L’Eventreur de New-York

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Le monde pensait s’être débarrassé des éventreurs une fois Jack The Ripper disparu de la circulation ? C’est sans compter sur son cousin américain qui, près de cent ans plus tard, reprend les choses en main. Planquez vos bedaines, ça va trancher à l’italienne.

 

Ah, papy Fulci… Parmi tous les réalisateurs adulés des bisseux de tous genres, tu es certainement celui qui m’aura posé le plus de problèmes. Parfois survendu par tes fans, il t’est arrivé de me décevoir sur certains de tes classiques alors que lorsque tes films se trainent une réputation moins valorisante comme Black Cat tu me distrais comme il faut. Au fond, tu n’es jamais là où je t’attends. Et c’est un peu le problème avec Lucio Fulci, ses fans ont souvent tendance à en faire un chouia trop, tenant absolument à faire de lui un auteur alors qu’il est surtout un excellent artisan. La mention « poète macabre » revient souvent dans la bouche de ses plus fervents admirateurs et s’il faut avouer qu’il y a toujours deux ou trois plans magnifiques qui viennent flatter la rétine et lui permettent d’être dans une autre catégorie que le tout venant du bis italien, il y a toujours des maladresses et des passages emmerdants qui empêchent le réalisateur d’être sur le piédestal construit par ses fans. D’autant que l’italien a une filmographie en dents de scie, le bon côtoyant le franchement mauvais. Si la plupart des fantasticophiles s’accordent à dire que L’Enfer des Zombies et L’Au-delà constituent ses meilleurs films, les Aenigma et autres Voix Profondes reçoivent moins de fleurs… Alors où se situe ce L’Eventreur de New York ?

 

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Généralement, il est considéré que l’âge d’or de Fulci se situe de 1979 à 1982, soit de L’Enfer des Zombies à L’Eventreur de New York. Là où les avis divergent, c’est quand il s’agit de savoir si ce dernier est inclus ou non dans le lot. Déjà que Le Chat Noir est souvent mis sur la touche alors qu’il se trouve pile au milieu de cet âge d’or… De prime abord, il peut paraître surprenant de voir qu’un film de Fulci divise, même un peu. Car après tout, L’Enfer des Zombies, Frayeurs, L’Au-delà et La Maison près du Cimetière sont des films partageant une approche assez similaire de l’horreur, fantastique et bordée de zombies, parfois fantomatiques. Soit tout l’inverse de L’Eventreur de New York, qui prend place dans la réalité la plus crasse et la plus frontale, ce qui explique sans doute l’attachement moins fort qu’ont les admirateurs de l’italien à l’égard de ce film. Se déroulant principalement dans les quartiers chauds de la ville, là où la prostitution et la drogue font la loi, la péloche nous présente un pauvre flic bourru qui a fort à faire avec un assassin tuant des jeunes femmes à l’arme blanche. Une intrigue de giallo comme on en a vu pas mal, mais seulement sur le papier. Car si Fulci a fait plusieurs gialli dans les années 70 (Le Venin de la Peur par exemple), il n’a nullement l’intention d’utiliser les codes du genre pour cette fois. Pas de stylisation à l’extrême ou de suspense particulièrement long comme c’est souvent le cas chez Argento et consorts, non, Lucio préfère la sécheresse de la réalité. C’est froid, c’est sombre, c’est rude. Impossible d’être à l’aise et de se sentir dans ses petits souliers devant L’Eventreur de New York, qui semble être dévoué à mettre le malaise par tous les moyens possibles et imaginables.

 

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Le plus évident des procédés est bien entendu la voix du tueur, assez particulière puisqu’il imite Donald Duck. Oui, Donald Duck, le canard de chez Disney (qui a certainement apprécié l’hommage). Evidemment, c’est quitte ou double pour le coup. Soit vous trouverez ça ridicule de voir un type poignarder des gonzesses en imitant le volatile marin, soit vous trouverez ça dérangeant et ça passera bien. Votre serviteur avoue sans mal apprécier l’idée, car c’est une bonne idée de balancer un perso de dessin-animé dans un monde aussi noir, seulement constitué de perversité et de débauche. Car de ce coté là, Fulci met les bouchées doubles. N’espérez pas trouver un personnage bien sous tous rapports dans L’Eventreur de New York, ça n’existe pas. A l’exception d’une jeune fille victime du tueur, tous ont un coté pervers. Même notre héros de flic va aux putes et ne parlons pas des victimes. Entre celle qui baise sur scène pour gagner sa croute et la plus bourgeoise qui va se masturber devant ce spectacle, nous avons une jolie galerie d’amoureux de la luxure. C’est d’ailleurs leur tendance à aimer le sexe qui leur sera fatale puisque le tueur en veut aux femmes dévergondées… Amusant cependant de constater que les Halloween et les Vendredi 13 avaient été taxés de films de vieux cons, on appelait la mouvance slasher « la revanche des frustrés » alors que, mis à part quelques relations sexuelles et quelques joints, les victimes de ces films ne faisaient rien de spécial. Qu’aurait-on dit à l’époque si L’Eventreur de New York avait jouit d’une meilleure exposition ? Remarquez, le film ayant été interdit et censuré à tout va dans de nombreux pays, il n’était pas si évident que cela de le voir. De manière étonnante, il ne fait pas partie des Video Nasties alors que plusieurs autres Fulci y figurent. Bah, allez comprendre avec les anglais…

 

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Même si le manque d’éléments fantastiques fait de L’Eventreur de New York un film déroutant pour du Fulci, il ne change pas non plus toutes ses habitudes. Car si vous voulez du gore, vous allez en avoir. Bien sûr, l’éventreur éventre, c’est son boulot, ça ne choque personne. Mais d’autres scènes gores viennent casser la routine, comme une tête qui se prend une balle, créant un joli trou dans la joue. Et, bien entendu, Lucio nous réserve un œil crevé, ou plutôt coupé en deux. C’est que les yeux crevés, ça a un peu forgé sa légende alors on comprend qu’il en place un peu partout. Et histoire de ne pas trop changer ses fans de leurs habitudes, Fulci place également un final on ne peut plus pessimiste et plombant. Pas du genre optimiste, l’italien… N’oublions pas cette hallucinante scène de masturbation au pied, grand moment de drôlerie grâce à des acteurs qui n’ont pas peur d’en faire trop… Mais au final, même s’il n’est pas entouré par son équipe habituelle (pas de Fabio Frizzi à la musique, pas de Catriona MacColl comme héroïne bien que c’était à l’origine prévu, pas de Sergio Salvati à la photo), Fulci nous livre ici un vrai bon film, à mi-chemin entre le giallo, le psycho-killer et le thriller. C’est glauque, c’est sec, sex et ça sent les rues poisseuses, et le film contient parmi les meilleurs scènes de son auteur, comme ce cauchemar dans un cinéma, magnifiquement réalisé et monté. Après avoir exploré l’au-delà, l’enfer et le paranormal sous bien des formes, Fulci revint donc à la réalité avec réussite.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Lucio Fulci
  • Scénarisation: Lucio Fulci, Dardano Sachetti
  • Production: Fabrizio de Angelis
  • Titre original: Lo Squartatore di New York
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Jack Hedley, Howard Ross, Antonella Interlenghi
  • Année: 1982

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