Maximum Overdrive

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Etre le « roi de l’horreur » ne signifie pas que l’on ne sera jamais critiqué et ça Stephen King l’a bien compris au milieu des années quatre-vingt, lorsque sortit sa seule et unique réalisation. A savoir un Maximum Overdrive qui lorgne du coté de l’horreur motorisée mais semble être rapidement tombé en panne sèche…

 

Aussi apprécié des aficionados que des béotiens de l’horreur, Stephen King fait office de valeur sûre en matière d’effroi. Ne dit-on pas que si King écrit une liste de course un producteur en fera une mini-série ? La popularité du romancier ne faiblit jamais et la majorité de ses écrits auront été adaptés, parfois même à plusieurs reprises. Un essor que l’on doit en partie à Dino de Laurentiis, producteur italien qui ne manquera pas de surfer sur le succès des adaptations ciné de Shining et Carrie, achetant les droits de plusieurs nouvelles du King, dont Poids Lourd. Mais légèrement déçus par quelques films découlant de ses bouquins, King l’auteur décide qu’il est grand temps pour lui de passer derrière la caméra et donc devenir King le réalisateur. Et comme il le dit dans la bande-annonce de ce qui deviendra Maximum Overdrive: « on n’est jamais mieux servi que par soi-même ». Vraiment ? Au vu de la volée de bois vert qu’il va se prendre dans les narines, le Stephen va vite devoir revenir en arrière, prétendant aujourd’hui que son unique réalisation est également la pire des adaptations de ses livres. Il faut d’ailleurs admettre que le projet avait tout du film maudit dès sa conception, d’une part parce que King est alors coincé entre l’alcoolisme et la dépendance à la coke et que cela ne rend pas le tournage plus aisé, d’une autre suite à un accident sordide. Si un caméraman parviendra à esquiver un poteau qui chutait dans sa direction, le chef-opérateur Armando Nannuzzi aura moins de chance, ressortant du film avec un œil crevé suite à des éclats de bois perpétrés par une tondeuse s’attaquant à une souche. Et la malédiction de continuer au stade de la post-production, la MPAA obligeant le réalisateur à revoir son montage pour en exclure quelques secondes jugées bien trop gores, notamment concernant un marmot dont la tête éclate suite au passage d’un rouleau-compresseur. La légende veut d’ailleurs que George Romero serait ressorti avec le bide en vrac de la petite projection privée qu’orchestra King pour son vieil ami. Bref, les emmerdes sont légion et cela ne s’arrête pas là, le film se faisant démolir par la critique en plus d’être nommé aux Razzie Awards (pire réalisation et pire acteur pour Emilio Estevez). On dirait que le poids lourd de King s’est bel et bien renversé…

 

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L’aura de Maximum Overdrive n’a par ailleurs pas été modifiée de nos jours, le cauchemar mécanique étant toujours vu comme un navet horrifique pouvant compter ses fans sur les doigts de deux mains. Exagéré ? Un peu, le film n’étant tout de même pas l’abominable merde que l’on tente de nous vendre mais plutôt une série B banale et sans punch mais qui se laisse regarder, les yeux mi-clos. Seulement voilà, les fans étaient en droit d’attendre un peu mieux de King, qui semble s’être contenté pour sa première réalisation d’un hommage aux petites productions SF des années 50. Il en reprend d’ailleurs les thèmes puisque le récit conte le passage d’une comète non loin de notre belle planète bleue, occasionnant le détraquage des appareils ménagers, et des camions en premier lieu, qui vont dès lors attaquer les humains, quand ils ne les insultent pas d’enculés. Un concept typique des fifties, qui aurait pu être imaginé par le Roger Corman de l’époque, avec tout de même un budget plus permissif. Si neuf millions de dollars ne constituent pas une énorme somme pour Hollywood, cela permet en tout cas à King d’exploser tous ses jouets, ses camions prenant feu régulièrement, sautant parfois au lance-missile, tout comme un décor de restaurant qui finira en cendres. Il y a donc du spectacle, parfois plus gore, comme lorsque l’on découvre le cadavre d’un chien avec une voiture télécommandée encastrée dans la gueule ou celui d’un homme au crâne troué par une canette. Sans oublier les multiples corps écrabouillés par les roues des camions, qui ont décidé de tourner autour du restaurant, histoire d’empêcher ses occupants (dont Emilio Estevez) de prendre la fuite. Seulement voilà, si tout cela est globalement divertissant (même si pas totalement, j’y reviendrai), ce n’est pas ce à quoi s’attendent les amateurs de l’écrivain, qui espéraient sans doute un nouveau sommet de la terreur à la Shining. A la place de la psychologie déviée d’un Jack Nicholson qui tente de mettre fin à son mariage à grands coups de hache et son hôtel hanté, les fans devront se contenter de quelques poids lourds énervés. Pas franchement le même genre…

 

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De prime abord, le problème de Maximum Overdrive, c’est qu’il ne fait jamais peur. Il faut dire que le long-métrage mise sur une atmosphère décontractée, renforcée par la musique d’AC/DC, pas franchement apte à foutre les jetons si ce n’est à quelques grands-mères nées dans les années 20. Mais c’est là un faux problème puisque des films d’horreur qui ne font jamais peur, et qui ne tentent même pas de foutre la frousse aux spectateurs, on en mange des dizaines chaque mois sans que cela nous dérange plus que ça. Non, le vrai problème de cet unique film dirigé par King, c’est qu’il n’a tout simplement aucun suspense. Et ce pour trois raisons majeures. La première, comme je viens de le dire, c’est que le tout est beaucoup trop décontracté pour que l’on stresse ne serait-ce qu’une minute. Maximum Overdrive mise d’emblée sur le coté fun de son concept, en nous montrant un carnage perpétré par les appareils durant une bonne dizaine de minutes. Ce qui met le spectateur dans une certaine condition, lui laissant sous-entendre qu’ici on s’éclate. Mais lorsque King tente de faire machine arrière dans la dernière partie en essayant de créer un minimum de mystère quant à la survie des persos, il est déjà trop tard, nos cerveaux étant depuis longtemps passés en mode détente. Difficile de passer en un claquement de doigt de la gaudriole bien bis à un stress digne d’Alfred Hitchcock… Le deuxième problème est du même acabit et réside dans le choix de la menace: les camions. Un camion, ça se traine le fion et, même piloté par une force invisible, ce n’est pas maniable. Il est dès lors bien difficile de se faire écraser par pareil engin, à moins de se retrouver dans un couloir avec la bête mécanique. Mais ce n’est pas le cas ici, notre restaurant étant planté au milieu d’une région quasiment désertique. Esquiver ces gros culs mécaniques n’est donc pas un réel problème à moins d’être boiteux ou en chaise roulante. Cela aurait par ailleurs pu sauver le film de faire des protagonistes des personnes à mobilité réduite, ce qui aurait permit à nos véhicules d’être un peu plus menaçants. Mais King a préféré faire de ses héros des débiles mentaux.

 

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Si l’œuvre entière de King est particulièrement appréciée, c’est parce que le romancier à le chic pour créer des personnages normaux auxquels les lecteurs pourront s’identifier sans trop de problèmes. Pas de super héros ou d’aventuriers dans les pages de King, juste de braves gars de la vie de tous les jours, avec leurs problèmes. Du coup, lorsqu’un élément fantastique leur tombe sur le coin de la gueule, on stressera plus volontiers pour eux, leur normalité, et donc leur mortalité, ayant été clairement établie. Pas de bol, King bâcle les personnages de Maximum Overdrive, qui sont ici présentés comme des idiots finis à la pisse. Quand ils ne remarquent pas qu’un camion leur fonce dessus, ils flirtent et baisent comme si aucune menace ne leur tournait autour (ils sont pourtant encerclé par une dizaine d’engins). Et ça, c’est quand ils ne disent pas de conneries, les dialogues étant particulièrement gratinés à ce niveau, entre phrases banales et sans relief sorties de la pire série Z trouvable et éclairs de génie qui sortent tout bonnement de la poche de King. Ainsi le réalisateur, forcément scénariste de son œuvre, ne sachant probablement pas comment expliquer le comportement de ses camions décide d’encastrer dans le crâne d’Estevez la vérité, qui lui apparaît comme un flash. Voilà donc ce pompiste stupide nous expliquer que ce sont des aliens qui ont pris le contrôle des machines pour exterminer la race humaine, histoire de venir s’installer chez nous par la suite. D’où il sort ça, on ne le saura jamais, mais il se trouve que c’est la vérité, le film soulignant cette brillante analyse. Autant dire qu’un tel niveau de bâclage de la part de King est plus que décevant et finit d’enterrer le suspense puisqu’il est rigoureusement impossible de s’en faire pour le panier de crabes qui nous sert de casting.

 

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Il est donc assez difficile de défendre Maximum Overdrive, qui est décidément un bien mauvais film. Mais il n’est pas non plus la pire merde qui pourrait atterrir dans votre lecteur: la musique tue (forcément c’est du AC/DC), King est un réalisateur très capable et il y a de la pyrotechnie qui fait bien plaisir. Il est donc nécessaire de percevoir cette adaptation plus comme un film d’action décérébré que comme un classique de la SF, ce qu’il ne sera jamais… En un mot comme en cent, c’est fade mais ça se laisse avaler pour peu que vous soyez dans de bonnes dispositions ou que vous sachiez baisser votre niveau d’exigence. Mais attention tout de même à ne pas vous laisser avoir: si la première partie est plutôt fun, la seconde est nettement plus emmerdante et pataude. A l’image d’un climax qui n’en est pas un, nos héros se débarrassant du camion le plus diabolique (ça se voit, il a la tronche du Bouffon Vert de Spiderman à l’avant et ses yeux s’illuminent en rouge!) de la manière la plus simple qui soit. Preuve supplémentaire que King ne s’est pas foulé des masses… Juste un pneu, quoi.

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation : Stephen King
  • Scénario : Stephen King
  • Production : Martha Schumacher
  • Pays: USA
  • Acteurs: Emilio Estevez, Pat Hingle, Laura Harrington, John Short
  • Année: 1986

12 comments to Maximum Overdrive

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Je vois et comprends entièrement ce que tu veux dire, et pourtant j’adore ce Maximum Overdrive car il est… Fun ! Je ne sais pas, peut-être parce que beaucoup se limitent à « Shining » avec Stephen King, mais l’écrivain est loin de vraiment créer la « terreur » dans ses livres. Non c’est vrai, il y a de l’horreur, de la tension ou du rire en fonction des sujets et des trames, mais globalement, il ne fait que reprendre les EC Comics et les adapter dans un cadre extrêmement réels par les personnages et la description de l’environnement (d’où une impression de surréel qui prend bien, contrairement à une série B, et à des personnages qui existe vraiment, grâce à son sens de l’écriture si particuliers).

    Mais je veux dire, entre ce fantôme en basket qui apparaît dans les chiottes d’un immeuble dans je sais plus quelle nouvelle, le dentier claqueur qui va bouffer un méchant autostoppeur, les mutations de Ça qui sont parfois toute sauf effrayante ou encore la nature de certaines de ses menaces (pluie de crapauds, aliens qui te sortent par le cul, ou les Langoliers qui font des bruits de céréales), beaucoup de ses créations sont… décalée. Pas effrayante, juste bizarre, étrange.

    (Et je ne dis pas que des trucs comme Simetierre, Rage, Chantier, La Cadillac de Dolan ou quelques autres ne sont pas très sérieux, crédible et plein de tension hein, je parle de son Fantastique dans un sens général, qui est finalement très bizarroïde et pas aussi classique qu’on veut bien l’entendre dans le genre épouvante).

    Du coup je sais pas, quand je vois l’affiche qui te montre un camion avec un mec défoncé dans le parchoc (très subtile) et la mention « Musique par AC/DC », tu te doutes un peu que tu vas pas avoir affaire à une histoire d’horreur. Mais à du Stephen King EC Comics qui dérape. Et perso dès le début j’étais dedans, entre le tsoin-tsoing-tsoing de Psychose à la guitare électrique et la réaction des personnages totalement exubérant (« Chérie, le distributeur me traite d’enculé ! »).
    Je crois que certains utilise le terme « nanar » d’emblée, parce que tout est tellement décalé, à la limite de la parodie, qu’on ne peut décemment par prendre le truc au sérieux, mais je crois sincèrement que l’idée était de livrer une espèce de « Gremlins 2 » (comprendre un film anarchique où il y a que du bordel pendant 90 minutes) plus qu’autre chose. Y a qu’a voir le sujet choisi. Pourquoi adapter Poids Lourds quand tu veux « faire du Stephen King flippant » ? A ce niveau là, il y avait beaucoup mieux).

    Après comme tu l’explique, le marketing a rien compris (et puisque c’était la première expérience du King, il n’a probablement pas maîtrisé ça), il avait lui-même quelques problèmes et le tournage semble avoir été calamiteux avec quelques blessés. Cela étant dis, je trouve qu’il s’en sort honnêtement pas mal du tout (techniquement parlant) pour un gars qui n’y connaissais rien.

    Bref, pour moi il ne faut pas chercher à ce prendre la tête. Maximum Overdrive c’est juste un film où King voulait franchir quelques tabous (des petits gamins 100% America Fuck Yeah qui se font écraser par un rouleau compresseur sur leur stade de baseball), recycler ses personnages extrêmes qui sont dans tous ses romans (le patron racistes et connards, le religieux enfoiré, la nana forte qui va jusqu’à faire du rentre dedans à Estevez avant que lui n’ait le temps de la draguer) et les situations (le sexe out-of-place, c’est déjà dans pas mal de ses textes, comme Ça ou Le Radeau) et s’amuser.
    Entre la carcasse d’un avion planté dans un bus scolaire, la petite mélodie du camion de glace qui patrouille et la musique juste géniale d’AC/DC, je suis aux anges à chaque vision XD Même les acteurs sont pas si mauvais et Estevez fait du Estevez, on aime ou pas.

    Bon après reste quand même beaucoup de défaut (le camion qui a une fin… super merdique, la grosse qui gueule tout le temps et que tu rêves de voir mourir, la conclusion elle-même qui est un peu facile) mais pour moi ça prend jamais le dessus sur le fun générale. Dommage que tu n’ai pas pu rentrer dedans, j’aime bien le ressortir avec les potes (à l’époque où j’avais des potes) (et non, c’est pas à cause de Maximum Overdrive qu’on est plus potes)et rire un peu. Généralement il fait bon effet sur les gens pourtant pas trop adepte du Fantastique.

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Pour la routine c’est fort possible. Je me demande même si elle n’intervient pas à partir du moment où le siège passe à son deuxième jour (genre pile après la scène de « nuit » où tout le monde s’amuse dans son coin), il y avait je crois une petite retombée de rythme.

    Après de toute façon il y a un truc imparable. Tu remates Maximum Overdrive, puis tu passes à Trucks, une réadaptation à la limite du téléfilm super chiante, sans fun, hyper premier degré mais sans jamais d’ambitions, et pas violent pour un sous. C’est hyper efficace pour réhabiliter le camion à tête de Green Goblin.

    Ravis de causé film, donc pas de problème 😉

  • Princécranoir  says:

    On sent cette critique en mode bipolaire : un côté voudrait aimer ce film mais l’autre ne peut que constater le pathétique résultat. Vu dans ma jeunesse d’abord à cause de cette tête de Bouffon Vert qui trône à la calandre du gros camion, j’en suis ressorti plutôt dépité pour les mêmes raisons. Pas revu depuis mais cette expérience m’a conduit à penser qu’un écrivain qui ne peut se satisfaire de l’adaptation géniale de son « shining » par Kubrick ou tout aussi réussie de « Carrie » par De Palma, ne semble pas trop s’y entendre en matière d’adaptation, plus à l’aise en rédaction que dans la pratique subtile de la grammaire cinématographique (Il l’a encore prouvé récemment en adoubant la calamiteuse adaptation en série d’Under the dome). Le résultat le voilà : un réalisateur écrivain qui voudrait être à la fois Matheson et Romero, mais sans trop savoir où mettre sa caméra. Dur dur d’être à la hauteur quand on est considéré comme le pape de l’horreur. « So heavy is the crown » aurait dit le King 😉

  • Roggy  says:

    En matière de voiture maléfique, je préfère largement « Enfer mécanique » à ce « Maximum overdrive ». Comme Prince, je pense aussi qu’un bon écrivain ne fait pas forcément un bon réalisateur. Je ne sais même pas s’il y a eu d’autres exemples ?

  • Roggy  says:

    Tu as raison Prince, je les ai oubliés ces deux-là 🙂 Bien d’accord avec toi sur Michael Crichton. « Mondwest » forever !

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