Dark Clown

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Dark Clown… Derrière ce titre bien peu inspiré et sa pochette de DVD pas plus réussie se cache en fait Stitches, petite production irlandaise qui tente, à sa manière, d’apporter un peu de sang frais dans l’univers peu novateur du slasher. Et le pire, c’est qu’il y arrive…

 

Pouvons-nous, légitimement, attendre encore beaucoup du slasher ? Car il faut bien admettre que l’âge d’or du genre est désormais derrière lui et si les tueurs masqués adeptes de la hache et du couteau ne lâchent rien et continuent de se représenter dans une centaine de films chaque année, ce qui leur permet de fanfaronner sur leur nombre, la qualité n’est par contre plus forcément aussi présente que dans les glorieuses eighties. Bien évidemment, les années quatre-vingt avaient elles aussi leur lot de mauvais avatars d’Halloween mais au moins ceux-ci pouvaient compter sur une ambiance mélangeant avec plus ou moins de bonheur gore cradingue, atmosphère sombre et une efficacité générale. Et l’on pouvait trouver chez certains une certaine originalité, un ton diffèrent de la masse. Comme chez The Slayer et son ambiance lourde, Dr. Rictus et son aspect cartoon, Bloody Bird et sa poésie lugubre. Mais de nos jours ? Il est largement plus difficile de trouver des bandes tentant de se différencier de la masse, les See No Evil, Butcher (Hatchet en VO), Cold Prey, The Tripper, Meurtres à la Saint Valentin 3D et compagnie semblant tous sortis du même moule, chacun jouant à des degrés divers la carte de la simplicité, avec parfois une petite touche de second degré. Et tous sont assez efficaces d’ailleurs, à condition que l’on accepte d’avoir affaire à un produit lambda, qui se contente de rabâcher l’Alpha et l’Oméga du style, ne s’écartant jamais des règles établies dans les années 70. Et si l’on peut trouver quelques œuvres qui parviennent tout de même à se trouver une identité qui leur est propre (les Halloween de Rob Zombie, La Malédiction de Chucky, All the Boys Love Mandy Lane), cela demande tout de même un peu de patience, les prétendants à l’originalité n’étant pas légion dans cet exercice de style. Heureusement, un petit Irlandais du nom de Conor McMahon a sorti en 2012 un slasher clownesque qui sort des sentiers battus.

 

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Totalement inconnu par chez nous, McMahon est pourtant un réalisateur de petits budgets évoluant depuis un bail dans les zones gores de la Grande-Bretagne. On lui doit donc un Dead Meat (2004) plutôt sanglant mais qui, là encore, ne se sera pas fait remarqué outre mesure malgré le soutien du prestigieux magazine Fangoria. Quoi de neuf depuis dix ans ? D’autres offrandes qui ne parviendront jamais à nos autels sataniques, comme la série Zombie Bashers ou un The Disturbed particulièrement obscur. Mais les choses risquent de changer puisque le réalisateur a fait son petit cirque il y a deux ans de cela via un Stitches rebaptisé chez nous Dark Clown. Un projet à priori peu entrainant, d’une part parce que les clowns commencent à se faire un peu trop présents (y compris dans nos rues si l’on en croit BFMTV!) pour encore pouvoir nous faire le moindre effet, lassés que nous sommes par leurs pitreries au gré des nombreuses zèderies peu inspirées, d’une autre parce que le titre français et l’affiche choisie pour illustrer le DVD ne sont pas particulièrement attirants, loin s’en faut… Bref, tout cela part assez mal, d’autant que le pitch semble à première vue se contenter de la classique histoire de vengeance d’outre-tombe. L’énervé de service est cette fois un clown d’anniversaires nommé Stitches qui va finir par se tuer suite à une mauvaise blague des petits chapardeurs qu’il devait amuser. Désormais mort suite à un empalement sur un couteau de cuisine, notre pauvre guignol est bel et bien enterré, mais pour combien de temps ? Six petites années seulement puisque le bougre est bien décidé à venir finir la soirée d’anniversaire du pauvre Tom, qui fêtait sa dixième bougie lorsque le gus au nez rouge s’est tué dans sa cuisine. Depuis fort effrayé par les clowns, le pauvre adolescent va voir son pire cauchemar se réaliser, car Stitches is back from the grave! Rien de très original, vous en conviendrez… Heureusement, McMahon n’en reste pas là et nous sort via Stitches une relecture du slasher plus personnelle qu’il n’y parait…

 

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Neuf fois sur dix, lorsqu’un jeune (ou moins jeune, d’ailleurs) réalisateur s’attaque à un exercice de style aussi codifié que le slasher, il se réfère aux classiques du genre et ce sont toujours les Halloween, Vendredi 13 et Black Christmas qui sont cités. A la vue de Stitches (oui, oublions ce Dark Clown), il semble évident que McMahon a tenté d’aller piocher dans des œuvres moins évidentes lorsque l’on cause de films de psychokiller. On pense donc, tour à tour, à Beetlejuice, Killer Klowns from Outer Space, Street Trash ou encore au Peter Jackson période Bad Taste. Quelques épices qui viennent donner un peu de piquant à une intrigue trop prévisible ? Indéniablement, cette ouverture d’esprit de la part de McMahon, également scénariste, permet au film de se draper dans une mythologie très particulière. Car ici, lorsqu’un clown décède, ses confrères se réunissent dans un caveau poussiéreux pour tenir un rituel aussi décalé qu’inquiétant au cours duquel ils utilisent « son » œuf (car il semblerait que chaque clown dispose d’un œuf qui lui est propre), symbole de la vie du pitre. Tout cela n’est bien évidemment pas creusé en profondeur et reste une toile de fond dont on ne saura jamais grand-chose, mais cela fonctionne parfaitement et fait entrer Stitches dans une aura plus proche du gothique à l’ancienne et d’une ambiance irréelle proche de Phantasm. McMahon jongle donc avec plusieurs quilles, passant du film d’ambiance, avec son cimetière et ses nuits d’angoisses, au gros délire gore fait pour amuser la galerie. Le metteur en scène rejette dès lors toute crédibilité, ses meurtres étant proches de ceux du Freddy de son époque la plus espiègle. Paradoxalement, McMahon prend le contre-pied total de son déluge de fantaisies déployé dans les parties horrifiques lorsqu’il s’étend sur les scènes d’exposition. Les vingt premières minutes adoptent dès lors une patine nettement plus réaliste. Sans perdre l’humour de vue, bien entendu, on n’est pas chez les frères Dardenne, mais nous sommes là dans une comédie que l’on pourrait comparer au film Les Beaux Gosses. On retrouve effectivement ce réalisme très poussé dans les réactions des personnages (qui semblent tous très vrais) associé à un coté décalé qui avait fait du film de Riad Sattouf la meilleure comédie française de ces dernières années.

 

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On saluera d’ailleurs l’effort fait sur les personnages, qui ne sont pas forcément très profonds et dotés d’une caractérisation aux petits oignons, mais qui ont le mérite de sonner juste et, pour une fois, de vraiment faire leurs âges. Ici, pas d’acteurs de tente-trois ans que l’on essaie en vain de faire passer pour des gosses de dix-sept piges, mais des acteurs crédibles, qui ne sont pas des gravures de mode ou des bimbos échappées du dernier Playboy. Mieux, la petite bande d’amis au centre du film nous est assez sympathique dans sa normalité, ces braves gosses n’étant ni parfaits ni de fieffés enfoirés comme on en croise à la pelle dans le slasher. En prime, ils sont un peu moins cons que la moyenne et tentent réellement de se débarrasser de Stitches, ce qui ne sera pas une mince affaire vu que le clown est entre le zombie et le spectre. Un tueur par ailleurs assez agréable à suivre, qui n’est pas à une blague près (normal puisqu’il est interprété par Ross Noble, comique populaire en Angleterre) et fait son petit show placé sous le signe de l’humour noir. Désabusé mais vanneur, il exécute les fêtards avec une certaine malice, les éliminant de manière aussi humiliantes que drôles. Certains lui reprocheront malgré tout la faible quantité de barbaque qu’il nous apporte sur le comptoir, Stitches ne comptant que quatre victimes (plus un animal). Cela ne tient effectivement pas la comparaison avec un Voorhees ou un Myers, qui ont tendance à tripler ce résultat. Mais si la quantité n’est pas au rendez-vous (et encore, il faut rajouter trois scènes qui, si elles n’impliquent pas vraiment de victimes, sont malgré tout très gores), la qualité l’est. Amis des effets à l’ancienne, approchez ! Car vous allez en avoir pour votre argent ici, le vieux Stitches s’en donnant à cœur joie: pompe pour gonfler les ballons qui fait exploser une tête, crâne ouvert à l’ouvre-boîte, parapluie qui transperce une tête et décapitation au coup de pied sont à l’honneur et ce via des effets spéciaux dignes de Tom Savini et consort. Très gores, ces meurtres sont un véritable ravissement et nous renvoient au meilleur des années 80, époque ou le latex n’était pas encore remplacé par des lignes de code sans charme.

 

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Stitches est donc un retour en arrière des plus agréables qui a en plus pour lui de ne souffrir d’aucun temps mort, McMahon limitant son film à une durée de 75 minutes. Pile ce qu’il faut pour un slasher, genre qui peut très vite devenir ennuyeux lorsqu’il s’éternise. Notre réalisateur nous propose en prime une mise en scène inventive, qui n’hésite pas à zoomer sur les effets cradingues, stylisés et parfois montrés au ralenti, histoire que personne n’en perde une miette. Les petits plats sont donc mis dans les grands et malgré sont faible budget, Stitches ne semble jamais fauché, sa photographie étant aussi soignée que ses cadrages. Alors certes, cela fait un peu pot-pourri des années 80, mais n’est-ce pas justement ce que des nostalgiques dans nos genres attendent ? Vraie série B sympathique, Dark Clown (allez, pour varier) peut se vanter d’être l’un des meilleurs slashers de son époque, sans doute parce qu’il est plus attaché au passé qu’au présent. On ne serait pas contre une suite, tiens!

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation : Conor McMahon
  • Scénario : Conor McMahon, David O’Brien
  • Production : John McDonnel, John McKeon, Julianne Forde,…
  • Titre original: Stitches
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Ross Noble, Tommy Knight, Gemma-Leah Devereux, Eoghan McQuinn, Shane Murray-Corcoran
  • Année: 2012

25 comments to Dark Clown

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Je suis pas sûr que la comparaison avec Les Beaux Gosses tiennent, mais ok.
    Effectivement Stitches (ils ont vraiment appelé ça Dark Clown chez nous ? C’est ce genre de truc qui me rend bien content de ne même plus faire attention aux sorties françaises) est sympa. C’est inventif, bourrés de meurtres farfelues et collant parfaitement au sujet, de bons personnages (le héros qui se sent coupable et qui se retranche derrière son télescope, j’aime beaucoup), il y a une mythologique Fantastique assez intéressante avec cette communauté de Clowns et leurs oeufs magiques (le tombeau des clowns, avec leurs oeufs customisés, est d’ailleurs visuellement très appréciable à regarder) et le méchant est vraiment en enfoiré, mort comme vivant !

    Honnêtement ça m’a renvoyé à quelques années en arrière à l’époque de ses « slashers » surnaturelles qui tenaient surtout de Freddy, comme Pledge Night ou Prom Night 2 et 3. Stitches pourrait même carrément faire partie de la BD Hack/Slash dans le genre, je ne serais pas contre une suite ou deux du même calibre.

    PS. Tu me confirmes que je suis la seule personne au monde à avoir aimé See No Evil et le considérer comme au-dessus du lot des slashers DTV de ces dernières années.

  • Oncle Jack  says:

    Une excellente surprise pour moi qui suis assez frileux vis à vis des DTV.
    Enfin un boogeyman à la réplique qui fait mouche et à l’imagination débordante quand il s’agit de démastiquer du teenager.
    Petit message à Mr.Bizarre : non, tu n’es pas le seul à avoir aimé SEE NO EVIL, je l’ai trouvé assez sympa.

  • ingloriuscritik  says:

    voila bien longtemps que je suis par le biais de la toile de devenir de ce clown pineur et killer , et ta chronique m’a conforté dans la légitimité de cette attente . Et meme si tu « spoile » un peu , je t’en voudrai pas car je me suis bien poilé (sans S ce qui donnerai poSilé ou poiSlé mais dans les 2 cas ne voudrait rien dire !).Encore une excellente analyse ou j’ai en plus le bonheur de lire All the Boys Love Mandy Lane, film que j’affectionne particulièrement (et pas QUE pour Amber Heard).
    quand au clown ce n’est bizarrement pas un personnage qui a eu tant que cela les honneurs du genre , bien que son caractère singulièrement schizophrène puisse s’avérer une source d’inspiration très slasheresque .
    Le clown de balada triste relançait un peu le « mythe » , bien que n’étant pas complétement dans l’esprit d’un tueur consensuel .
    et les différents trailer de ce dark clown me laissaient augurer de l’esprit que tu confirmes complétement ! je cours a sa recherche de ce pas alerte , en ayant pris soin de surveiller mes arrières au cas ou un lâcher de clowns serait prévu (le bfm tv parlait aussi d’ici !) .
    merci et encore bravo pour ton taf l’ami rigs .

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Ah oui j’ai totalement oublié de mentionner ça, mais au cas où ça intéresserait quelques personnes…

    Il existe un autre Stitches, lui-aussi avec un clown tueur au visage couturé. Il s’agit en fait d’un (très) court-métrage faisant partie d’une web-série anglaise en cours de création: BloodyCuts. Celle-ci est constituée de plusieurs épisodes, chacun étant une histoire à part, généralement liée à un mythe / thème du cinéma d’Horreur. Il me semble que BloodyCuts doit compter un total de 13 films et ils n’ont pas encore fini de tous les produire, bien que le projet a été lancé il y a au moins deux ou trois ans.

    Les deux Stitches sont sortie approximativement en même temps, ce qui n’a pas manqué d’en interpeller certains (dont votre serviteur). Lors d’une interview, les deux gars derrière l’épisode Stitches pour BloodyCut ont dit avoir entendu parler de l’autre Stitches (le film) en plein tournage, alors que leur projet était déjà vieux de quelques temps. Ils espèrent qu’il ne s’agit que d’une simple coïncidence, mais dans le circuit assez fermé du cinéma d’Horreur de Grande-Bretagne (et le fait que BloodyCuts ait dû passer par différents producteurs et gens haut placé de l’industrie) il reste une possibilité que ce Stitches (le film) ait fortement était inspiré par le concept du court-métrage.

    Après les histoires sont totalement différentes, le look des clowns n’est pas similaire et ne reste que le nom du personnage, sa fonction de clown tueur et le titre du film. On en pense ce qu’on en veut et je crois que personne ne soulèvera la chose une nouvelle fois (BloodyCuts est passé à autres choses même si la série ramène le personnage via des marionnettes ou des affiches dans ses autres courts), mais c’est une histoire intéressante je trouve.

    • Oncle Jack  says:

      Et bien sûr ne pas confondre ce STITCHES avec le STITCHES datant de 2001 et produit par le joyeux Charles Band, ce serait bien dommage (surtout pour le spectateur).

      • M. Bizarre M. Bizarre  says:

        J’ai envie de dire « en effet » mais le Stitches de la Full Moon me paraît tellement difficile à trouver de nos jours, qu’il y a peu de chance pour que la confusion règne 😉

        • ingloriuscritik  says:

          M. Bizarre lève les freins qui bloquent ce que tu appelles « la confiance » !la passion donne l’élan nécessaire pour accomplir des actes parfois inavouables comme chroniquer de la DVD genreuse ! et tu es donc déjà quoi qu’il arrive par cet aveu a moitié pardonné …tant que tu as envie et que tu as payé ta facture EDF rien ne peut t’empêcher de nous faire partager tes avis , dont nous sommes tous friands , et nous avons un gros appétit ! surtout rigs , qui a d’ailleurs un peu grossi ces derniers temps d’ailleurs (je parle de sa crypte , bien sur …)

  • Roggy  says:

    Pas encore vu ce film, mais si le slasher remplit son office avec ce clown dézingueur, pourquoi pas ! Il est à noter que la perfide albion nous envoie quelques pépites du genre depuis quelques années, comme « Isolation » ou « Citadel ».
    Par ailleurs, je suis preneur pour voir ces vidéos qui m’ont l’air bien sympathiques. Vive Monsieur Monstre !

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