La Planète des Vampires

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Pas encore de chronique d’un film de Mario Bava dans ces pages, voilà une erreur qu’il faut réparer séance tenante! Et tant qu’à faire, autant partir à la découverte du cosmos à ses cotés, d’autant que le voyage promet du lourd. Car quand Bava se la joue astronaute, c’est pour donner aux étoiles noires les traits gothiques qui leur manquaient!

 

Souvenez-vous, c’était il y a peu, je tentais d’en savoir un peu plus sur une menace spatiale typique des années 50 du nom de It! Terror from Beyond Space et je rappelais un fait bien connu: Alien, aussi génial soit-il, n’avait pas inventé grand-chose puisque la traque entre une entité extra-terrestre et un équipage existait déjà dans ce fameux It!. Mais si Ridley Scott et son scénariste Dan O’Bannon ont repiqué l’intrigue de ce B Movies des fifties pour la coller à la deuxième partie de leur classique, ils ont lorgné vers une autre œuvre pour croquer leur première partie. Et c’est le coté italien de la force que viseront les compères, et sans doute Dan O’Bannon en particulier puisque ses liens avec le cinéma d’exploitation des années 50 et 60 n’est plus à prouver. Et ce film n’est autre que La Planète des Vampires de Mario Bava, qui fut l’un des rares projets transalpins à bénéficier d’une sortie aux USA à l’époque, ce qui était rendu possible via un partenariat entre Bava et l’International American Pictures (AIP pour les intimes). Rien de bien surprenant là-dedans puisque l’on sait que ces producteurs amerloques aimaient particulièrement le cinéma gothique comme l’a prouvé leur cycle Poe dirigé par Roger Corman. Et comme ils avaient distribué Le Masque du Démon et Les Trois Visages de la Peur qui furent de très beaux succès, ils pensèrent fort justement que l’horreur aux relents de raviolis était une valeur sûre avec laquelle il fallait compter. En toute logique, ils décidèrent de s’impliquer davantage dans le projet suivant du Super Mario, qui décida de quitter un peu l’épouvante du passé et ses fantômes et sorcières pour regarder vers l’avenir représenté par la science-fiction. Troublé par une nouvelle du nom d’Una notte di 21 ore (« Une nuit de 21 heures »), Bava l’adapte mais vous savez ce que c’est les collaborations, difficile de plaire à tout le monde et c’est ici les ricains qui décidèrent de retoucher un peu le scénar. Ils mirent sur le coup Ib Melchior, déjà réalisateur de La Planète Rouge et scénariste de Reptilicus et, plus tard, écrivain derrière le bouquin à l’origine du film La Course à la Mort de l’An 2000. Un habitué du genre donc, qui avait déjà tâté de l’espace au travers d’une série B ou l’autre et qui livre un script qui satisfait Mario Bava, mais du coup un peu moins d’autres producteurs italiens. Ca tâtonne donc un petit peu, on se cherche, on se renifle le cul, les Américains imposent quelques personnalités du pays comme l’acteur de westerns Barry Sullivan, on établit un budget qui sera plus que mince, on tourne, on sort le tout et quarante ans plus tard Artus Films nous sort le tout dans un bien joli digipack. Le cycle de la vie, quoi.

 

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Randonnée spatiale pour les vaisseaux Argos et Galliot (et non pas Glaviot) qui ont pour mission d’aller voir ce qu’il se passe sur la planète Aura. Cela semble sympa et reposant dit ainsi mais les choses se compliquent vite puisque l’un des deux vaisseaux, le premier ayant atterri, ne donne plus de signe de vie au second. Pour ne rien arranger, et sans trop savoir pourquoi, l’équipage du Galliot commence à s’entretuer, comme pris d’une rage aussi folle qu’inexplicable. Il se trame des choses pas nettes dans le coin et nos astronautes de choc habillés en tenue SM sont bien décidés à tirer tout cela au clair. Mais ils découvriront bien vite qu’ils ne sont pas seuls sur Aura et qu’un ennemi invisible est bien décidé à prendre le contrôle de leurs corps. Le danger est dès lors partout et en chacun d’eux… Une intrigue très proche de celles trouvables dans les bonnes vieilles bande-dessinées et qui par ailleurs va s’allier à un visuel des plus colorés qui fera aller de paire le fond et la forme. On ne sera de toute façon guère surpris de voir Bava taper dans le bariolage puisque c’est après tout sa marque de fabrique, l’Italien étant le roi de la bigarrure qui nous colle des étoiles dans les yeux. D’ailleurs, il lui sera plus nécessaire que jamais d’avoir recours à ses astuces visuelles car la faible enveloppe qui lui est allouée pour mettre le film en boîte lui demandera pas mal de débrouillardise. Ainsi pour créer sa planète fantôme, Bava aura droit en tout et pour tout à un hangar et deux rochers rescapés du tournage de son Hercules Contre les Vampires, sorti en 1961. Autant dire que pour cacher la misère ambiante, il vaut mieux jouer du brouillard pour planquer tout cela et utiliser des effets de lumières qui donneront l’impression qu’il y a plus de deux cailloux dans le coin. Mais c’est que notre réalisateur a de la maitrise et utilise tout son savoir-faire pour obtenir le meilleur résultat possible, demandant même à son père, réalisateur également, quelques conseils au passage. Et bien évidemment, le réalisateur de La Baie Sanglante est parvenu à ses fins…

 

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On n’en doutait pas, à vrai dire, mais on est tout de même surpris de voir le résultat lorsque l’on sait que le film est fauché comme Liliane Bettencourt après le passage du petit Nicolas pour ses étrennes. Car La Planète des Vampires, Terror nello Spazio en version originale, ne parait jamais désargenté. Certes, il y a un coté kitsch évident dans les costumes ou le look du vaisseau, c’est un fait, mais nous sommes à des années lumières de la plupart des séries B de SF de l’époque ou d’un film d’Ed Wood avec des murs en carton qui dansent la lambada au moindre coup de vent! Certes, ce n’est pas non plus Planète Interdite, avec lequel le Bava entretient quelques ressemblances, mais ce défilé de maquettes, de décors réussis, de jeux de lumières et d’ingéniosité (comme utiliser le fond d’un aquarium pour créer des nuages mouvants!) permet de donner à cette « terreur dans l’espace » un look vingt fois plus attrayant que celui qui aurait été le sien si la petite liasse offerte par la production était tombée dans les mains d’un autre que Bava. C’est d’ailleurs l’aspect visuel qui fait tout, l’histoire n’étant en elle-même pas plus prenante qu’une autre et tout son aspect inquiétant est dû aux qualités formelles de cette bisserie spatiale. Si l’on se surprend à trouver l’ambiance oppressante et malfaisante, c’est bien parce que nous sommes en face de gothique cosmique, qui déploie sa brume menaçante et son ciel assombri. Rajoutez à cela des couleurs vives dont seul Mario avait le secret et vous imaginez un peu le tableau, le mot étant ici bien choisi puisque Bava joue une fois encore les peintres du fantastique. Ne pouvant bénéficier de fresques et autres écrans permettant d’imaginer tout un décor autour des protagonistes, des procédés trop couteux pour ses poches trouées, notre spécialiste du genre va avoir recours à des miroirs qui, savamment placés, donneront l’illusion que les acteurs sont minuscules, comme perdus dans un monde gigantesque et hostile, alors qu’il n’en était bien évidemment rien sur le plateau…

 

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La meilleure séquence du film est peut-être celle qui offrira aux spectateurs un véritable décor: celle durant laquelle deux protagonistes s’enfoncent dans le vaisseau d’extra-terrestres. Les mêmes que ceux présent sur l’affiche et que l’on voit attaquer les humains, qui répliquent avec leurs rayons lasers. Rien de tout cela dans le film, ces créatures étant déjà mortes depuis belle lurette, réduites à l’état d’inquiétants squelettes, dont l’un est allongé sur son tableau de bord. Yep, ça rappelle un film avec des chercheurs de l’espace qui découvre un squelette géant avant de croiser des Facehuggers! Ici, pas de rencontre avec de vilains crabes qui veulent une fellation forcée (pas plus qu’avec des vampires, d’ailleurs, le titre français étant mensonger) mais juste de l’ambiance ténébreuse et intrigante, accompagnée d’un enregistrement de la voix caverneuse de ces visiteurs d’un autre monde (idée géniale et creepy s’il en est!), qui devient plus palpitante lorsque nos deux curieux se retrouvent enfermés dans la pièce en question tandis que l’air vient à manquer! Bien sûr, ceux qui auront apporté trop d’attention à la très jolie affiche représentée sur le DVD seront un peu déçus de ne pas voir ces cousins éloignés de Skelettor chercher des noises à l’équipage, la menace étant ici plus insidieuse et informe puisqu’il s’agit de quelques lumières ou fumées, en fait l’âme des créatures vivant sur Aura qui ont bien des soucis pour survivre sur cette planète où il ne fait pas bon vivre et qui décident d’utiliser les cadavres humains pour obtenir une enveloppe charnelle (réveil de zombies à l’appui, ce qui est plutôt sympa sur une planète lointaine!) qui leur permettra de fuir à l’aide des deux vaisseaux. La menace est d’ordre plus psychologique et télépathique, d’autant qu’il faut attendre un petit moment avant de savoir le pourquoi du comment. Une bonne chose d’ailleurs puisque si Bava a un peu de mal à passionner le bisseux lors des dix premières minutes qui se concentrent sur l’atterrissage, le suspense ne tarde pas lorsque notre troupe d’explorateurs se retrouve sur la terre ferme.

 

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Le problème du film, car il en faut bien un, c’est que l’on se cogne pas mal de ce qu’il peut advenir des héros, qui ne sont pas appréciables pour un sou, la faute à une caractérisation totalement absente. On ne sait rien sur ces personnages, à la limite de l’anonymat, tous interchangeables et dénués d’attributs propres. Ce sont des coquilles vides qui avancent vers la mort sur ces lieux maudits et c’est à peu près tout ce que nous aurons à savoir. Gênant dans la mesure où Bava disposait de quelques minutes pour nous les présenter avec plus d’efficacité lors de l’atterrissage mais nous oublions bien vite ce petit couac, bien trop enchantés que nous sommes par le spectacle qui nous est offert. Et si les personnages ressemblent à des mannequins sans visages (enfin, il y a tout de même Ivan Rassimov, que le bisseux connaît bien, mais faut le reconnaître…), la menace extra-terrestre est elle assez soignée et pourrait presque passer pour sympathique dans ce qu’elle a de plus tragique. Même s’ils sont animés de mauvaises intentions, ils sont obligés d’en arriver là, la lutte pour la survie les poussant visiblement à utiliser les méthodes les plus fourbes… Doté d’un final plus que satisfaisant et qui devrait marquer l’auditoire, La Planète des Vampires est un classique de plus dans le CV gorgé de pépites de Mario Bava, mais qui est-ce que cela surprendra encore ? Un indispensable de plus à son actif, et également à l’actif d’Artus Films qui ajoute à toutes ces belles choses des bonus de qualité, avec le désormais classique entretien avec Alain Petit qui nous explique tout ce qu’il sait, et il en sait long!, et un très chouette module sur les effets spéciaux du film narré par un certain Professeur Pierpoljakos, réalisé avec une grande efficacité et du talent par Alexandre Jousse. Tout est réuni pour qu’on foute nos scaphandres et qu’on aille se foutre sur la gueule avec ces vampires qui n’en sont pas!

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Mario Bava
  • Scénario : Mario Bava, Ib Melchior, Alberto Bevilacqua,…
  • Production : Samuel Z. Arkoff, James H. Nicholson, Salvatore Billitteri, Fulvio Lucisano
  • Titre original: Terrore nello Spazio (Italie)
  • Pays: Italie, USA
  • Acteurs: Barry Sullivan, Norma Bengell, Angel Aranda, Evi Marandi, Ivan Rassimov
  • Année: 1965

16 comments to La Planète des Vampires

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Super texte, mais juste pour précisions, Ib Melchior n’était pas le scénariste de La Course à la Mort 😉 Il a écrit la nouvelle « The Racer » (très bonne par ailleurs, dans l’esprit de SF subversif style Farenheit ou 1984) qui a inspiré le projet. Roger Corman a engagé un gars pour faire un scénario, qui aurait été assez « réaliste » et proche de l’histoire originale, mais le réalisateur voulait quelque chose de plus fou et proche de son style, et il a lui-même engagé encore un autre gars pour pondre un nouveau script.

    Bref, c’est un beau bordel et t’étais pas loin 😀 Voilà, voilà.

  • Dirty Max 666  says:

    Oui, splendide critique pour l’un des titres majeurs de Super Mario (excellent surnom, Rigs)! Cet Planète des vampires est, comme tu le développes si bien, un festin pour les mirettes et démontre tout le talent de Bava pour les effets visuels (des miracles pour pas un rond !).
    (J’en profite au passage pour remercier Ingloriuscritik pour son très gentil mot à propos de The dirty cinema. N’ayant pas de compte Facebook, je lui transmets ici mes amitiés).

    • ingloriuscritik  says:

      c’est donc ici que je te répond a ces remerciements , qui reviennent surtout a ton blog extrêmement riche de cultures bisséphiles dont je suis friands ! Je prendrai régulièrement le temps de m’y égarer , et si j’en ressort vivant , je partagerai .
      du très , très , très bon boulot !!! amitiés simples mais sincères – ingloriuscritik –

  • ingloriuscritik  says:

    Encore une chronique qui fait du bien par ou ca passe ! merci rigs , je ne me lasse jamais de découvrir ces notules lunaires mais jamais lunatiques .
    amitiés

  • Roggy  says:

    Un de mes Bava préféré. Une belle chronique pour ce film un peu kitch mais O combien appréciable. Le goût du Rigs 🙂

  • Roggy  says:

    Ce sont tes pantoufles tortues ninjas qui m’inspirent…

  • Princécranoir  says:

    Toujours pas vu ce mythique titre de la filmo Bava, mais c’est toujours un plaisir de se nourrir de ta plume pour comprendre comment Super Mario bosse.

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