The Gate, La Fissure

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Un peu mis de coté ces dernières années, les démons avaient pourtant le vent en poupe dans les années 80. Quand ils ne venaient pas gâcher les séances de cinéma devant la caméra de Lamberto Bava, ils utilisaient les nouvelles technologies pour corrompre les âmes perdues dans Evilspeak. Mais dans The Gate, ils décident carrément d’envahir la Terre… à partir d’un trou dans un jardin!

 

Claquer la porte au nez du père Freddy Krueger, c’est pas donné à tout le monde. Tibor Takács l’a fait, lui, refusant de diriger la quatrième aventure diabolique du grand brulé griffu. Un choix avisé de celui qui est né à Budapest un 11 septembre 1954 ? Pas vraiment lorsque l’on jette un œil sur la suite de sa carrière, désormais tombée dans le médiocre le plus pur, à base de séries télévisées et téléfilms fantastiques vite vus et vite oubliés, genre Spiders 3D, Mosquitoman, Mega Snake ou Ice Spiders. Peut-être que sa carrière aurait été très différente s’il avait accepté d’enfiler le pull rouge et vert… Il s’était pourtant débrouillé pour se retrouver embarqué en 1987 dans une aventure qui ne prêtait pas à la moquerie, à savoir le film The Gate ou La Fissure au Québec, ou The Gate, la fissure en France, mais pas toujours. Une petite série B à 2 millions-et-demi (ce qui n’est déjà plus si petit que ça) qui est un peu oubliée dans nos contrées, le DVD étant sorti voilà quelques années dans une édition fort pauvre, principalement trouvable dans des Cash Converters et autres lieux de déstockage. Aux USA, sans être l’objet d’un culte, The Gate peut au moins se vanter d’être apprécié des nostalgiques de ces colorées eighties. Cette petite horreur démoniaque aura d’ailleurs eu les honneurs d’une suite, nommée The Gate 2: Tresspassers, qui est encore moins connue par chez nous puisque sortie en DVD en catimini. Mais n’allons pas trop vite et concentrons-nous sur le premier volet…

 

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Glen (Stephen Dorff, futur ennemi de Blade dans le premier volet des aventures du vampire black) est bien malheureux: ses parents le laissent seul à la maison avec sa sœur pour tout le week-end et vu que cette dernière est du genre à préférer les copines à la famille, le voilà seul comme un trou du cul dans sa chambre. Heureusement, il a son ami Terry, un geek fan de comics et de heavy metal, ce qui leur permet de s’amuser, notamment avec des fusées qui semblent particulièrement dangereuses. Une nuit, un orage s’abat sur l’unique arbre placé dans le jardin de Glen, ce qui force la petite famille à virer la souche, laissant un énorme trou qui semble sans fond. Et je vous le donne en mille: ce fion de la Terre est en réalité un passage menant jusqu’aux enfers, là où attendent les démons, qui vont pouvoir entamer leur invasion, qui débute donc dans la maison de Glen. Le gamin et son ami vont donc tout tenter pour freiner la venue du Mal (oui, avec un M majuscule), tentant de reboucher le fameux trou. Une intrigue somme toute assez classique, qui aurait tout aussi bien pu se retrouver dans l’un des Chair de Poule de R.L. Stine, écrivain « culte » de la littérature horrifique pour bambins. Mais qui a vu The Gate vous dira que l’intérêt du titre n’est pas réellement d’ordre scénaristique mais plutôt placé sous le signe du visuel, des effets visuels, même. Car nous sommes là face à un vrai florilège des techniques en vogue dans les années 80: stop-motion, costumes en latex (des mains monstrueuses qui sortent d’un lit), maquillages et tout le tralala habituel. Pas étonnant lorsque l’on retrouve au générique un certain Randall William Cook, qui faisait partie des valeurs sûres de l’époque puisque le bonhomme avait bossé sur Ghostbusters, Epouvante sur New York, Poltergeist 2, The Thing ou encore Fright Night, entre autres fantaisies. C’est donc à un véritable défilé d’effets que nous sommes conviés, souvent en images par images d’ailleurs, nous montrant les petits démons courir dans tous les sens, un téléphone qui fond, un grand monstre qui sort du sol, un zombie qui déboule sans crier gare en détruisant un mur,… Rien de très gore, même si l’on aura l’occasion de voir un œil crevé par une jambe de Barbie (vous avouerez que c’est original) ou un démon mourant qui se change en asticots, mais en tout cas de quoi assurer le spectacle sans problèmes. Oui mais…

 

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Ce cirque horrifique ne pointe malheureusement le bout de son museau graisseux que dans la dernière partie du film et si tout le monde sera d’accord pour dire que c’est bien là le principal, il faut bien admettre que la première partie est un brin longuette. Pas nécessairement désagréable ou emmerdante, mais juste un peu longue, ce qui est d’autant plus grave que le film est court (80 minutes et tout est réglé). On patiente donc pas mal avant de voir le bout de la queue (le gland donc) d’un démon, assistant jusque-là aux déambulations de ces personnages déprimés. Il faut d’ailleurs reconnaître que pour un film avec des enfants (mais pas forcément pour les enfants), The Gate verse dans une ambiance plutôt déprimante. Passe encore le désarroi du petit Glen qui se trouve délaissé par sa famille, c’est plutôt le pauvre Terry qui risque de toucher le spectateur. Car non seulement sa mère est décédée mais en plus son père n’est jamais à la maison. Si Glen se sent un peu seul au milieu de sa famille, Terry est carrément isolé. Pas très joyeux, tout ça… Pas plus que cette scène très cruelle où les démons se font passer pour la mère de Terry, qui se précipite dans les bras de sa génitrice pour l’enlacer, avant de se rendre compte qu’il s’agissait en fait d’une illusion et que ce qu’il a entre les bras n’est autre que le chien mort de Glen… Déprime, es-tu là ?

 

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Le film est donc drapé dans une aura de détresse et d’isolement qui tranche assez avec son imagerie très pop et colorée. Le film est d’ailleurs bien ancré dans son époque puisque l’on y trouve la vieille légende des messages sataniques sur les vinyles des groupes de metal (notons une chambre décorée avec des posters d’Iron Maiden). Et l’effroi dans tout ça ? Il est plutôt au rendez-vous, car même si The Gate ne vous fera pas cartonner vos slips, il contient tout de même quelques séquences qui s’allient à merveille avec l’ambiance lourde et désabusée qui touche la jeunesse attaquée. Il faut d’ailleurs bien dire que le Tibor est plutôt à l’aise avec sa caméra, emballant de fort belles séquences, comme celle faisant basculer peu à peu le monde de ces mioches dans le fantastique alors qu’ils essaient de dormir. Ou cette chute plutôt stressante dans le trou aux démons et sa lente remontée, certes bien éloignée de la claustrophobie d’un The Descent, mais tout de même fort efficace. De plus, les démons sont plutôt réussis, et même si l’on peut leur reprocher des tronches un peu ridicules, ils parviennent à faire monter la pression au détour d’un plan ou l’autre, quelques fois mis en valeur et donc assez flippants. En tout cas bien plus que le gros lézard qui leur sert de maître (Satan en personne ?), plus proche du boss de fin de niveau d’un jeu-vidéo ou du combattant de Mortal Kombat que du seigneur des ténèbres en personne. Mais même si son look est sujet à discussions, son animation sans failles rattrape largement le tout.

 

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The Gate souffle donc le chaud et le froid et s’en serait certainement mieux tiré s’il n’avait pas pris autant de temps au départ, ce qui aura certes permis de placer l’ambiance mais qui aura également fait bailler le spectateur qui se fout un peu d’une séance de spiritisme pratiquée lors d’une soirée pyjama… Le film de Takács est donc à prendre pour ce qu’il est: une démo technique loin d’être déplaisante mais qui restera toujours un peu sur le banc des remplaçants. L’équipe rempilera tout de même pour le second opus, réalisateur comme scénariste, histoire de confronter le pauvre Terry à ces furieux monstres pour un deuxième round que l’on serait tout de même tenter de voir, ne serait-ce que par curiosité et parce que le personnage était fort sympathique. Notons tout de même que le DVD disponibles par chez nous est loin d’aider le film, car si la qualité visuelle est plus que correcte, le choix de la langue s’arrête à la version française (ou devrais-je dire canadienne ?) qui est d’une nullité absolue (les doubleurs n’en avaient clairement rien à foutre et ne tentent même pas de le cacher) et le seul bonus présent est un petit jeu durant lequel vous devez tirer, avec la télécommande, sur les démons qui apparaissent à l’écran. Marrant trente secondes mais pas plus…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Tibor Takács
  • Scénario : Michael Nankin
  • Production : John Kemeny, Andras Amori
  • Titre original: The Gate
  • Pays: USA
  • Acteurs: Stephen Dorff, Louis Tripp, Christa Denton, Kelly Rowan
  • Année: 1987

8 comments to The Gate, La Fissure

  • Dirty Max 666  says:

    Tu me replonges dans mon adolescence quand j’avais découvert le film à la téloche (ainsi que sa suite) sur M6, dans Les jeudis de l’angoisse…Je me souviens avoir passé un bon moment mais tout ça remonte à loin. Pas sûr que le film ait bien vieilli. À la même période, je m’étais aussi enfilé House et House 2, d’autres terreurs 80’s, d’autres (modestes) souvenirs de cinéphage…

  • M. Bizarre  says:

    En mon sens c’était une erreur de marketing de dire que The Gate est un film « d’horreur ». En fait c’est plus une sorte de film d’aventure un poil effrayant pour les plus jeunes, mais parfaitement dans le ton d’un Goonies (toute proportion gardé). C’est pas mal pour introduire les jeunes au Fantastique sans pour autant verser dans quelque chose de « trop » pour leur âge. Exactement comme House 2 en fait !

    Plus trop de souvenir met pas mal de trucages optiques assez bluffant pour l’époque, quelques relations entre personnages assez sympa (je crois me souvenir qu’on disait au jeune héros d’éviter de trop fréquenter le binoclard parce qu’il est « bizarre », alors qu’il s’agit juste d’un môme paumé par la mort de ses parents), ça allait un peu plus loin que dans les produits formaté. La menace elle-même était assez originale pour pas juste faire du sous-Gremlins et permettaient quelques scènes vraiment douloureuse / effrayante (Dorff qui se retrouve avec des yeux incrustés dans la paume de ses mains, et qu’il est obligé de crever, ressentant la douleur se faisant).

    Pas très mémorable pour autant et il faudra sérieusement que je le revois. Pareil pour sa suite, qui est assez différente et s’oriente vers un autre type d’histoire (il n’y a qu’un seul gnome, et celui-ci est capturé pour le forcer à réaliser des vœux qui tournent forcément mal) mais qui fonctionne pareil. Beaucoup de visuel, quelques trucs sympa (le petit à lunettes se retrouve encore plus solitaire que jamais, et limite pas très net dans sa tête) et une fin qui aurait limite pu très mal finir. Le Happy end est de mise, mais tellement apporté au dernier moment que je croyais sincèrement que ça se finirais mal. Eh.

    Bonne chro, bon choix de film (The Gate est quand même sacrément ignoré par beaucoup de site/communauté Fantastique) et si le film m’échappe un peu depuis le temps, je crois te rejoindre sur ton avis.

  • Roggy  says:

    Comme Max, je suis retombé en enfance à la lecture nostalgique de la chronique, avec ce film de monstres qui me fait aussi penser à la série des « Ghoulies », sorte d’avatar des gremlins et des critters. En revanche, tu t’adjoins de voir « House », excellente petite perle des 80’s (comme sa suite d’ailleurs) 🙂

  • Roggy  says:

    Je pense qu’il vaut mieux s’arrêter au 3ème, sauf pour le plaisir de compléter la série 🙂

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