Voyage au Bout de l’Horreur

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Ils sont sales, moches, grouillent tout autour de nous et inspirent les scénaristes versant dans l’horrifique. Je parle bien évidemment de ces petites bestioles que sont les insectes, qui ne risquent donc pas de nous faire grand mal mais que l’on déteste pourtant copieusement. Aujourd’hui, dans votre nouvelle émission de Toxic Tv, « 30 millions de petits amis voraces »: les cafards.

 

Les insectes. Voilà bien des êtres vivants dont la majorité des gens se passeraient volontiers. Passent encore ceux qui sont colorés ou qui participent grandement à l’équilibre de notre écosystème, comme les coccinelles, les papillons ou les abeilles. Mais les blattes, c’est comme les araignées: s’ils ont bien évidemment un rôle à jouer dans les robes de mère nature; ils semblent préférer nous pourrir la vie. Et, bien évidemment, c’est toujours ces indésirables qui viennent nous chanter leur amour au pied du lit. Qui s’est déjà réveillé avec un magnifique papillon devant les yeux, en train de faire sa gracieuse danse aussi aérienne que carnavalesque ? Personne. Par contre, les chances sont nettement plus grandes pour que certaines de vos nuits aient été gâchées par la présence d’une grosse araignée noire et sprinteuse ou encore le grouillement d’une horde de cafards (bon, avouons que c’est plus rare, et heureusement). C’est donc fort logiquement que les créateurs de séries B horrifiques lorgnent régulièrement sur les pattes poilues de ces sales bêtes, les plus moches de préférence. On ne verra donc jamais un L’Invasion des Coccinelles Cannibales ou un Le nid des papillons pas beaux. D’ailleurs quand un papillon devient célèbre dans le cinéma fantastique, il s’appelle Mothra et il est loin d’être répugnant, passant comme le personnage mignon de la série des Godzilla. Les araignées sont par contre bien servies, créant presque un sous-genre à elles seules. Les blattes sont par contre moins croqués, quand bien même ces gêneurs amateurs de saleté auront quelques films les mettant en valeur, que ce soit comme en tant que stars (Mimic) ou comme horreur de passage (le célèbre segment de Creepshow). C’est malgré tout sans surprise que l’on se rend compte que les années 80 auront accouché d’une série B les mettant en scène, à savoir The Nest, traduit chez nous par le très bateau Voyage au bout de l’horreur, qui peut s’appliquer à n’importe quel film du genre… Nous ne serons pas plus étonné de découvrir que cette bande insectoïde sort des fours de papy Roger Corman, ou plus exactement de ceux de sa femme Julie, ici productrice. Autant dire que l’on sait d’emblée que nous allons avoir droit à un « monster movie » typique, la firme Concorde Pictures n’étant pas réputée pour ses œuvres à l’originalité débordante.

 

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The Nest est en fait une adaptation d’une nouvelle du même nom écrite par Eli Cantor et qui, comme vous vous en douter, met en scène des cafards amateurs de chair humaine. Il semble à vrai dire inutile de se lancer dans un résumé du pitch puisque ce dernier est le même que pour tous les films d’animaux meurtriers, la structure scénaristique du genre n’ayant guère bougé depuis que Steven Spielberg à donné des crocs à sa mer. On retrouve donc le maire pas très net d’une petite île vivant de la pêche, rendu coupable de quelques contrats qui ne l’honorent pas puisqu’il a accepté contre une grosse somme d’argent de laisser quelques scientifiques timbrés faire des expériences sur des cafards sur son îlot. Le résultat ne se fait pas attendre: les cafards deviennent plus intelligents, plus résistants et développent un appétit pour la viande humaine. Car s’ils commencent leur massacre en s’attaquant aux animaux du coin, c’est bien vite l’homme qui va devenir leur proie, ce dont s’aperçoit l’habituel flic du coin, qui retrouve l’habituelle fille dont il était amoureux mais qu’il n’a plus vue depuis perpette, qui seront aidés par l’habituel spécialiste de la question qui est aussi le sidekick humoristique de service. L’originalité n’est pas ici de mise, comme pour la grande majorité des productions sorties de la galaxie Corman, qui n’a jamais eu dans l’intention de faire une révolution cinématographique, préférant offrir aux amateurs leur dose d’horreur tout en accueillant leurs billets verts. Nous savons donc par avance que l’on aura droit à un spectacle des plus classiques, ce qui ne veut pas dire que l’on ne peut pas s’en plaindre. Car on a beau être prévenu, on ne peut que soupirer devant ce script vu et revu des centaines de fois, qui semble s’être contenté de reprendre celui d’un film de mygales en changeant tous les mots comme « araignées », « mygales » ou « tarentules » par des « blattes » et « cafards ». La seule petite volonté de proposer un petit peu de caractère se situera vers la fin, même si l’on y voit surtout l’envie de s’aligner sur le The Fly pondu par Cronenberg deux ans plus tôt en montrant des insectes humanoïdes.

 

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Il n’est pas exagéré de dire que l’on s’emmerde donc un petit peu sur le strict plan scénaristique puisque nous devinons déjà tout ce qui va se passer, qui va mourir, qui va survivre, voire même dans quelles conditions. On a déjà bouffé de ce plat à de trop nombreuses reprises et ses effets ne se font plus sentir depuis bien longtemps. Mais après tout, nous le savions déjà avant de nous lancer dans l’aventure, le genre de l’agression animale n’étant pas connu pour se montrer déconcertant. Reste donc le spectacle, que l’on espère impressionnant. Après tout, nous devrions en avoir pour notre argent, le cafard étant une bestiole peu appétissante, et les photos du film que l’on peut voir ça et là promettent monts et merveilles. Si la chute ne sera pas dure au point de causer la mort, elle risque tout de même de nous péter l’os du cul. Car même sur le plan horrifique, The Nest ne tient ses promesses qu’à moitié. Certes, ces deux monstres mélangeant le cafard et l’être humain sont assez réussis et valent clairement le coup d’œil, mais ils sont bien les seuls puisque le reste du temps nous devrons nous contenter de quelques cafards à l’écran. Cela fait parfois son effet, comme lors de la scène des toilettes où l’on en découvre une armée dans la chasse d’eau, mais cela tombe la plupart du temps à plat. D’une part parce que les scènes de meurtres sont généralement hors-champ. La personne entend le bruit des blattes, crie, si on est chanceux on peux voir les bestioles avancer, puis la caméra se détourne et on voit une main ensanglantée tomber sur le sol, signe classique de la mort d’un individu, les quelques scènes gores que l’on peut apprécier étant généralement des cadavres retrouvés et grignotés par les insectes. D’autre part, le film n’est jamais aussi impressionnant qu’un Arachnophobie ou un L’Horrible Invasion par exemple parce qu’il est rare que les acteurs soient dans un même plan avec les cafards. Dans les films que je viens de citer, les araignées étaient partout dans le cadre et nous nous souvenons tous des scènes finales où les murs étaient envahis, des scènes aussi dure pour les spectateurs qu’elles devaient l’être pour les acteurs. Et bien c’est ce genre de plans qui manquent à The Nest, qui ne cesse de faire du champ/contrechamp entre les acteurs et les cafards et nous rappelle qu’ils ont rarement été ensembles sur le même plateau. Cela n’a aucune importance que les acteurs n’aient jamais vu la moitié d’une patte de cafard, l’ennui c’est que la menace semble plus minime, peu envahissante. Si bien sûr quelques plans se permettent d’aller plus profondément dans l’horreur (une femme à un cafard en bouche, un mec se retrouve avec le bras assailli), on ne retrouve rien d’aussi impressionnant que, par exemple, la chute dans un sol infesté de limaces dans le Mutations de Juan Piqer Simon, pour rester dans des films de même catégorie.

 

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Le budget ne devait de toute façon pas permettre beaucoup de folies, ce qui explique que la majorité du film soit shooté dans la pénombre ou de loin, histoire de masquer l’utilisation de monstres peu convaincants, comme ce chat muté en cafard qui n’est jamais qu’un gant dans lequel un technicien à enfoui son bras. Tout le budget doit être passé dans les monstres du dernier acte, la reine étant par ailleurs assez mal mise en valeur, la caverne dans laquelle on la retrouve étant trop sombre pour qu’on puisse la voir sous tous les angles. Mais c’était sans doute fait exprès pour que le public ne se rende pas compte des trucages, forcément artisanaux. La réalisation est ici tenue par Terence H Winkless, qui travailla comme assistant de production sur le Dark Star de Carpenter avant d’écrire le script du Hurlements de Joe Dante. The Nest est sa première réalisation, le premier pas d’une filmographie surtout placée sous le signe de l’action (la série B Bloodfist avec Don « The Dragon » Wilson et Billy Blanks, de nombreux épisodes de la série Power Rangers) et qui continue toujours aujourd’hui, soit dans la série Z, soit pour des séries télévisées. On ne peut pas dire qu’il signe avec The Nest un départ en fanfare, il nous torche là une série B classique, pas très inventive niveau mise en scène, qui se contente de faire le travail sans se poser de questions. Niveau casting, on retrouve quelques têtes du genre, comme le défunt Robert Lansing qui connaissait déjà les insectes (on le retrouve dans L’Empire des fourmis géantes), la jolie Lisa Langlois (Happy Birthday… To Me ou encore Class of 1984), Franc Luz (héros du Ghost Town produit par Empire Pictures) ou encore Terri Treas (House 4). Pas un casting de stars, donc, mais à quoi vous attendiez-vous venant d’une production Corman ? Bien évidemment, ils ne sont pas de terribles acteurs, sans être non plus réellement mauvais, ils semblent en fait s’aligner sur un film terriblement moyen. Car The Nest n’est ni bon ni mauvais, juste terriblement générique et sans grand intérêt si l’on retire les deux monstres (et la caverne aux œufs de cafards, qui ressemblent à des couilles, il faut bien le dire). Les fans absolus de films d’insectes y trouveront sans doute leur compte, les autres feraient mieux de se rediriger vers Mutations, assez proche et bien plus généreux.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Terence H. Winkless
  • Scénario : Robert King
  • Production : Julie Corman
  • Titre original: The Nest
  • Pays: USA
  • Acteurs: Robert Lansing, Lisa Langlois, Franc Luz, Terri Treas
  • Année: 1988

8 comments to Voyage au Bout de l’Horreur

  • Oncle Jack  says:

    Une œuvre qui se suit sans ennui mais aussi sans grand intérêt.
    Comme tu l’as si bien dit ce film est terriblement moyen, à l’image des futures productions Corman comme Dinocroc ou la série des Carnosaur.
    Et puis moi aussi, l’omelette d’œufs de cafards géants ça m’a toujours fait penser à de la fricassée de couilles de mouton; je préfère la salade de limaces à l’espagnole c’est plus gouteux.

  • ingloriuscritik  says:

    une (encore) bien belle chronique pour un film a flasher au baygon vert ! Toutefois il me plait toujours autant de lire le dé-crypt-age sorti de nanarland , du troma dans le texte .C’est toujours plus pertinent de disséquer ce type de zéderie ,en tout cas plus chevaleresque ,que du pur entertainment , ou du genre culte .Et je te dit chapeau bas ,j’ai pris du plaisir a te lire , la ou je n’en ai pas pris a visionner « l’œuvre » de référence ! et c’est entre autre pour ce genre de raison que j’aime errer dans les tréfonds de ta crypte ,même si je ne suis pas du genre insectivore …

  • Roggy  says:

    Merci pour cette découverte d’un film que je ne connaissais pas. Même s’il n’a pas l’air génial, les photos extraites de « The nest » donnent plutôt envie. A voir à l’occasion.

  • Princécranoir  says:

    Devant l’abondance de lecture proposée sur ton blog, je m’arrête sur cette bonne tête de cadavre qui me fait de l’œil, petit plaisir pour entomophage. Je découvre alors un magnifique papier pour un film nettement moins inspiré à ce qu’il semble. Heureusement qu’il existe dans ta belle cave d’autre bisseries ayant mieux traversé les âges.

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