It! The Terror from Beyond Space

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Un vaisseau voguant dans le noir espace, une poignée d’hommes à son bord, une créature extra-terrestre planquée parmi eux. Alien vous avez dit Alien ? Et non! On parle ici de l’ancêtre de la tête de zob et des Face-Huggers, un grand-père nettement moins bellâtre mais qui affiche malgré tout une sacrée résistance…

 

Et si Alien était un remake ? Après tout pourquoi pas ? Ce ne sera d’ailleurs pas une énorme surprise pour le petit monde de l’horreur puisqu’il est bien connu que le scénariste Dan O’Bannon s’était librement inspiré de It! The Terror from Beyond Space pour créer son classique jeu du chat et de la souris dans les étoiles. Mais s’il n’est pas inconnu que l’acte de naissance des Xénomorphes n’est pas pleinement original et puise son idée de départ dans un film d’exploitation des fifties, l’œuvre qui servit de base reste malgré tout assez méconnue. Il faut dire que son aspect inédit dans nos contrées n’aide pas franchement à la découverte, car tout culte soit-il aux USA (il a même droit à des comics!), It! se fait attendre par chez nous. Pas de sortie ciné à l’époque, pas même dans les cinoches de quartiers, pas d’édition VHS ou DVD par la suite, le Blu-Ray on n’en parle même pas,… Voilà donc une fusée qui n’aura pas atterri sur le plancher des vaches parisiennes et qui ne semble d’ailleurs pas décidée à venir goûter le pain français. Tant pis pour It!… Et tant pis pour nous ? Plutôt, car s’il est évident que beaucoup de sinistres daubes furent produites à la chaîne dans les années 50 pour profiter de l’engouement du public pour les épopées horrifiques dans les Drive-in, cette petite bande indépendante mise en boîte noire en 1958 par Edward L. Cahn (qui décédera cinq années plus tard) est plutôt dans la bonne moyenne du genre. Un habitué du genre le Edward, qui connaît bien le cinoche d’exploit’ puisque déjà derrière un Women In Prison (WIP pour les intimes) nommé Girls in Prison et pas mal de séries B/Z horrifiques d’époque, comme Curse of the Faceless Man, le culte Invasion of the Saucer Men (dispo en DVD chez Bach Films sous le titre Invasion Extra-terrestre), Zombies of Mora Tau et autres Voodoo Woman (généralement peu apprécié, celui-ci). Et j’en passe, le gaillard ayant débuté sa longue carrière en 1931 pour la conclure en 1962, ce qui lui a laissé le temps de nous fournir en épouvante cheap et décolorée, vous pensez bien! Pas que du bon dans la filmo de cet artisan attachant et It! n’est certainement pas le pire plongeoir pour faire un saut dans son univers qui sent bon les monstres caoutchouteux et les décors en carton.

 

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Optimiste le scénario de It! qui, écrit en 58, imaginait déjà que l’homme pourrait aller manger un sandwich au thon mayonnaise sur Mars dès 1973. Dire que de nos jours on a déjà toutes les peines du monde à envoyer un caméscope dessus… Mais c’est là aussi le charme de la série B de SF d’antan, qui ne prenait pas toujours la précaution de déplacer son intrigue dans un futur très lointain, ce qui aurait permis d’éviter toute incohérence avec l’ennuyeux monde réel. Mais nous ne sommes pas à ça près, nous, les rêveurs! 1973, donc, date à laquelle une équipe de secours est envoyée sur la planète rouge pour aller repêcher un survivant, l’unique d’un premier équipage. Selon toute vraisemblance, l’homme, le colonel Carruthers (Marshall Thompson, qui retrouva l’espace l’année suivante dans First Man into Space), aurait en fait assassiné ses amis, et c’est pour le traîner devant un tribunal que les sauveteurs viennent le récupérer. Mais Carruthers se sait innocent et selon lui, c’est une étrange bestiole martienne qui serait à l’origine de l’hécatombe l’entourant. Peu portés sur le fantastique, ses nouveaux compagnons ne croient guère à ses histoires. Ils devraient! Car le monstre s’est infiltré dans leur navette spatiale comme un ninja et, prit d’une folie meurtrière, se met à éliminer tous les membres de la bande, un à un. C’est que Mars étant une planète plutôt aride, notre « chose » n’a pas souvent l’occasion de boire un coup et c’est fort logiquement qu’elle se met à sucer nos astronautes jusqu’à la dernière goutte. Je sais ce que vous pensez et je me permets de vous dire que vous avez l’esprit mal tournés, mes amis, car nous ne sommes pas face à It! The Blowjob from Beyond Space et pas de sexe ni de corps dénudés ici. Il fait sans doute trop frais dans l’espace pour ça… Non, notre sympathique créature se contente d’aspirer tout liquide en nous: sang, eau, mucus, sperme, cyprine (je ne vous cache pas qu’il n’est à aucun moment fait mention des trois derniers liquides dans le film, mais on suppose!). Laissés comme des canettes vides, les humains se retrouvent avec un teint livide digne des zombies de La Nuit des Morts-Vivants, ce qui bien sûr attire l’attention des membres de l’équipage. Il faut dire que « It » fait un boucan de tous les diables quand il s’en prend aux hommes, n’hésitant d’ailleurs pas à faire des prises de catch aux premiers qu’il croise en hurlant comme une groupie de Slayer. Ce qui est forcément plus guttural que les cris de pinson d’une groupie de One Direction, vous en conviendrez. Désormais face à l’horrible vérité, nos héros stellaires vont faire leur possible pour éradiquer la grosse gloumoute qui vient leur chier dans le scaphandre. Mais ce ne sera pas une mince affaire expédiée en deux coups de feu, car le Martien a la vie dure et semble très résistant…

 

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Grenade, coup de fusil, chalumeau dans les yeux (ça épile bien les sourcils), radiations,… Le moins que l’on puisse dire c’est que le monstre de It! The Terror from Beyond Space n’est pas une gonzesse qui s’effondre à la première écharde plantée dans l’orteil. Dans le costume de la bête: Ray « Crash » Corrigan, un ancien sportif qui finit par tomber dans le cinoche et qui, après pas mal de westerns, se spécialisa dans les rôles de monstres, et principalement de gorilles et autres hommes des cavernes (Zamba, Killer Ape, Bela Lugosi Meets a Brooklyn Gorilla). Rien de très inhabituel donc pour cet habitué des costumes, qui signait ici sa dernière apparition, qui posa tout de même problème à la production puisqu’il refusa de rejoindre le créateur du monstre, à savoir le bien connu Paul Blaisdell, créateur de nombreux effets visuels pour bandes fauchées, comme Invasion of the Saucer Men, Day the World Ended, The Beast with a Million Eyes, Not of this Earth et on en passe! Blaisdell ne put donc pas obtenir toutes les mesures de l’acteur nécessaires à la construction du costume, ce qui explique l’aspect assez rudimentaire de la bête, dont le masque et le torse ne semblent pas adaptés et virevoltent un peu trop. Ne nous le cachons pas, la créature est assez rigolote et ne peut prétendre au costume de l’Alien dans son remake inavoué, c’est une évidence, mais il serait bien malhonnête de ne pas préciser que cela fait aussi partie du charme de ces séries B d’antan que d’assister à des bricolages attachants comme celui-ci. Bien entendu, le tout ne bénéficie pas des mêmes moyens que le classique de Ridley Scott et on n’y retrouve pas les mêmes qualités. Pas de fresques extra-terrestres mémorables ici ni de suspense intenable, juste un petit B-Movie plutôt agréable à regarder, d’autant qu’il a la bonne idée de ne pas trop traîner la patte…

 

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Alors que nous sommes habitués à supporter des discussions scientifiques emmerdantes au possible et qui ont surtout pour principal but de meubler un peu, It! nous ravit en allant droit au but. La bête fait dépasser ses doigts de pied d’une ombre dès les cinq premières minutes et montrera son physique d’athlète assez rapidement. Bien sûr, elle est souvent montrée avec une certaine distance ou dans l’ombre et l’on sent bien que le réalisateur à tenté de masquer les imperfections du costume, mais au moins on la voit et ça nous change des trop nombreux films de la même époque qui ne totalisaient guère plus de trois minutes de plans monstrueux sur une heure. Ici, le Martien furibard est de presque toutes les scènes et il ne se passe pas deux minutes sans qu’il ne vienne gueuler comme un bison constipé devant la caméra. Ca nous convient d’autant plus que les humains ne sont pas plus agréables que cela, exception faite du héros qui se ramasse tous les soupçons alors qu’il n’a de toute évidence rien fait. Autrement, c’est des sceptiques et des femmes, plus compréhensives que les rustres qui forment le reste de l’équipage. Et qui dans un premier temps seront surtout de la bidoche pour le monstre, qui les attrape ou leur lamine les pieds avec rage. On remarquera que certains ont de drôles de nom, comme Purdue ou Kienholz. Ah Kienholz! Vous allez en entendre parler, du Kienholz! Premier disparu, et donc premier bouffé, le pauvre gaillard est recherché activement par ses compatriotes (on se demande en passant comment ils peuvent prendre autant de temps pour trouver son cadavre dans une si petite fusée, m’enfin!), qui crient donc son nom dans tous les coins. Kienholz, Kienholz! Vu le caractère assez original du nom choisi pour le personnage, on se prendra à sourire légèrement, voire à l’appeler avec eux! Nos protagonistes ne sont donc pas particulièrement antipathiques mais rien ne nous poussera à être de leur coté plutôt que de celui du monstre, qui après tout a bien le droit de boire un coup en se servant de leurs veines comme pailles.

 

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Alors, pas chiant It! ? Pas trop, en tout cas laaaargement moins qu’un The Killer Shrews pour prendre un exemple que vous connaissez bien puisque chroniqué il n’y a pas si longtemps. Mais il faut bien reconnaître que les attaques du monstre, fréquentes, deviennent un peu lassantes, et que si le scénariste Jerome Bixby (et le secret de Nimh ?), romancier et futur scribouillard d’épisodes de la série Star Trek, fait tout son possible pour varier les séquences, on a quand même un peu la sensation de voir toujours la même chose. A savoir les hommes qui tentent de se débarrasser, en vain, du monstre. On regrettera également un final qui manque un peu de peps, et sans vous révélez la manière utilisée pour envoyer la créature au paradis des Martiens, sachez qu’elle manque de mordant et est assez molle… Dommage, mais cela n’entache pas trop ce divertissement simple, court (70 minutes) et qui est assez rigolo, surtout lors des plans de la fusée qui flotte dans l’espace, replacés toutes les cinq minutes par le réalisateur! Si vous aimez l’époque, vous pouvez donc foncer, c’est du sympa! Et n’oubliez pas d’avoir une pensée pour ce pauvre Kienholz… Kienholz, Kienholz!

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation : Edward L. Cahn
  • Scénario : Jerome Bixby
  • Production : Robert Kent, Edward Small
  • Pays: USA
  • Acteurs: Marshall Thompson, Shirley Patterson, Kim Spalding, Paul Langton, Ray Corrigan
  • Année: 1958

 

 

 

 

 

En bonus, quelques couvertures du comic:

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8 comments to It! The Terror from Beyond Space

  • ingloriuscritik  says:

    BELLE chronique , ou ta plume arrive a chatouiller les œuvres les plus improbables , et parfois comme this « it » inconnue , ou presque .
    il est assez probable a lire le scénar qu’il y ai une influence sur le ridley ALIEN scott .

  • Roggy  says:

    Un film qui vaut surtout parce qu’il a inspiré l’Alien de Ridley Scott et un série b de SF tout à fait sympathique. On crache aujourd’hui sur les remakes (et à juste titre) mais certaines relectures valaient la peine. Je pense par exemple à « La chose d’un autre monde » qui a inspiré « The Thing » de Carpenter.

  • M. Bizarre  says:

    Intéressant ! 🙂 Je croyais que O’Bannon c’était surtout inspiré de La Planète des Vampires pour son scénario, mais visiblement It! l’évoque pas mal aussi. Et mieux vaut ce It! qui sème la terreur au-delà de l’espace que celui qui veut conquérir le monde apparemment, c’est bon à savoir.

    J’ai lu les comics mais je n’ai plus beaucoup de souvenirs, il faudrait que je remette la main dessus. De ce que je crois me rappeler, ça gardait un certain second degré montrant que les responsables savaient ce qu’ils adaptaient.

  • Princécranoir  says:

    Egaré dans la noire galaxie des chroniques de la Toxic Crypt je tombe sur cette planète inexplorée depuis plusieurs mois. J’y découvre avec intérêt la présence d’une créature griffue et belliqueuse dont les râles (entre groupie de Slayer et bison constipé si j’ai bien compris) qui feraient fuir le premier venu me renvoient aux sifflements mes Aliens chéris. Que n’ai-je encore visité cette B sanglante ! Je file lancer le compte à rebours de ma fusée. 🙂

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