Le Manoir de la Terreur

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Pendant que Brad Pitt fait une pause Pepsi parce qu’il a trop couru après les infectés, à moins que ce ne soit l’inverse, le bisseux s’enferme dans un manoir qui préfère les moines en putréfaction aux enrhumés sprinteurs. Question de goût!

 

Andrea Bianchi n’a pas franchement bonne presse dans la crypte toxique, il faut bien le dire. C’est que je n’ai pas particulièrement apprécié Nue pour l’Assassin, giallo érotique qui prend plus de temps à découvrir ses jolies actrices (voire très jolies, Edwige Fenech est dedans) qu’à soigner ses séquences meurtrières. S’il n’était pas désagréable à regarder, ce slasher avant l’heure n’en restait pas moins un avatar bien faiblard du genre auquel il est associé et manquait singulièrement de finesse. Mais ne soyons pas rancunier et laissons une chance au réalisateur, qui après tout peut avoir fait mieux par la suite. C’est même sûr d’ailleurs puisque ce Le Manoir de la Terreur, La Notti del Terror en italien, est une visite au cimetière des plus agréables et, disons-le, un film qui vaut bien mieux que la réputation qui lui est faite. Car sans apparaître sur Nanarland, le film de Bianchi se trimballe une odeur de fieffé nanar, de mauvais film sympathique comme on dit gentiment pour ne froisser personne, ce qui n’aide jamais à prendre au sérieux un film qui avait déjà le malheur d’arriver après le classique de Lucio Fulci. Car si nous pouvons tenir entre les mains l’édition DVD sortie par Neo Publishing voilà quelques années, c’est bien évidemment parce que L’Enfer des Zombies a cartonné et aidé à la propagation des macchabées ritals. Pas de raison que Bianchi ne s’y mette pas à son tour et reste à regarder les autres jouer les récupérateurs de cadavres, après tout pourquoi ne pas partir au front tant qu’on en a la force ? Sorti en 1981, soit à l’apogée du genre et en plein boom de la VHS, support idéal pour les bandes bis qui étaient dès lors placées au même niveau que les gros films made in Hollywood. Depuis, Neo Publishing est donc passé par là et nous permet de retrouver un Bianchi en bonne forme, même si l’on regrettera que toutes les éditions ne disposent pas de la même jaquette, le splendide visuel de l’affiche italienne s’effaçant sur certaines éditions au profit d’une immonde couverture grise et rouge. Pas cool mais bon, le principal reste le film et là, c’est du lourd mes amis.

 

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L’histoire tout d’abord. Ce qui va par ailleurs aller très vite puisqu’il n’y en a tout simplement pas. Ou tout du moins une vague ligne sans doute écrite sur un coin de table lors d’un rendez-vous d’affaire dans un bar, sans doute celui où l’on décidait de l’affiche, qui était souvent la première étape dans le processus de création, les Italiens étant bien conscients qu’un visuel qui claque vaut bien un bon résumé au dos de la VHS. Celui placardé au dos du Manoir de la Terreur devait sans doute tirer à la ligne car difficile de remplir le dos d’un timbre avec le synopsis du film. Le scénario de Piero Regnoli (un grand du genre puisqu’il écrivit L’Avion de l’apocalypse ou Les Vampires de Freda) envoie donc quelques couples dans un vieux manoir qui a le malheur d’être envahit par des zombies sortis d’une nécropole planquée non loin de là. C’est tout, le scénar ne s’embarrassant guère d’une exposition somnolente ou d’explications hasardeuses. Pourquoi les morts reviennent emmerder les vivants, on ne le saura jamais, mais nous seront très heureux d’apprendre qu’un professeur barbu en sait long sur la question puisqu’il dit sans détour qu’il vient de percer un affreux secret. Malheureusement, il sert de choucroute à nos morts-vivants dès les premiers instants du métrage et ne pourra donc partager ses découvertes. Pas de bol mais, au fond, mieux vaut ne pas avoir d’explications que subir des tirades sans fin qui emmerdent tout le monde, non ? Burial Ground comme on l’appelle aux USA ne s’embarrasse pas de toutes ces considérations et va droit au but, ce qui en fait un cauchemar pour un Christopher Nolan qui préfère l’ennui au mouvement (prends ça Nolan, c’est cadeau). Nos zombies ne tardent donc pas à venir pointer le bout de leurs nez décomposés, ce qui fera le bonheur des ennemis des expositions trop longuettes. Le film ne dure d’ailleurs pas très longtemps, 85 petites minutes, et Bianchi et Regnoli furent donc bien inspirés de foncer dans le tas.

 

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Puisque le scénario n’a, dans ses grandes lignes, aucune surprise particulière, qu’est-ce qui peut bien rendre Le Manoir de la Terreur si attractif ? La réalisation ? Pas particulièrement puisque Bianchi nous offre ici un travail globalement correct, mais très inégal puisqu’il passe du plan savamment filmé au manque d’inspiration chronique. S’il nous pond une scène bien torchée, un plan ou l’autre qui arrachent, vous pouvez être sûrs que suivra une séquence sans passion. Serait-ce le jeu des acteurs qui porte le film au firmament du bis ? Non plus, ils sont tous très mauvais et vous ne risquez pas de découvrir un jour leurs noms sur les écrans géants du Festival de Cannes lors d’un hommage au cinéma qui sent le mucus. Vous me direz, cela permet de s’amuser un peu puisqu’il est parfois préférable d’avoir des acteurs qui en font trop que trop peu, mais n’espérez par de moi que je loue l’aspect « nanar » en premier lieu, car si effectivement les comédiens peuvent faire sourire, ils ne constituent jamais le principal attrait de l’œuvre. Allez, pas de suspense inutile, la vraie réussite du film de Bianchi, c’est son ambiance, assez incroyable. Si le réalisateur ne parvient jamais à atteindre le niveau, il faut dire intouchable, de L’Enfer des Zombies, il nous étonne tout de même en créant une atmosphère typiquement bis. Car si l’Andrea n’a pas le tour de caméra du Lucio, il parvient néanmoins à retirer l’esprit qui émane du maestro et tente de le reproduire aussi fidèlement possible. Techniquement, ce n’est pas ça, et la poésie et la gravité présentes dans Zombi 2 ne sont pas restituées dans Le Manoir de la Terreur, mais le Bianchi a bien compris que de bons décors permettent de retrouver de la grâce. Inutile dès lors de filmer comme du Kubrick, poser sa caméra face à l’action suffisant bien puisque les paysages feront le reste. Ici une jolie crypte, un jardin à se damner, le fameux manoir, une scierie et un monastère. Que du bon, même si on regrettera que le manoir semble un poil vide, et pas de bol c’est là que la majorité du film se déroule, un petit coup de moins pas bien grave et qui reste agréable malgré tout. Mais voilà, ça n’égale pas les déambulations bandantes des zombies dans le magnifique parc dont dispose le réalisateur, véritable moment culte du film, d’autant que nos crevés qui ne veulent pas mourir ont un look qui fait plaisir.

 

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Bien sûr, si l’on tape dans le détail, ils ne font pas très sérieux. Du plâtre fait à la va-vite sur la gueule, quand ils en ont, des dents énormes qui rendent un peu bizarres,… Ils n’ont pas la plus belle des allures lorsqu’on y regarde bien, mais au diable la minutie, les détails ne doivent jamais faire oublier la grande image. Et si l’on voit l’ensemble, il faut admettre qu’ils sont bien sympathiques, ces petits gars, avec leurs robes de moines, leurs asticots et vers qui sortent de leurs orbites et leurs gros boutons. Ils rappellent même un peu ceux du génial L’Invasion des Morts Vivants, tout en conservant l’aspect putride du film de Fulci, ajoutant tout de même leur petite touche personnelle, ici un cachet antique, comme si ces enfoirés pourrissaient la région depuis des siècles… Au final, on ne sait rien d’eux et c’est heureux puisque cela pousse un peu le spectateur à créer la mythologie de son choix face à ces prêtres diaboliques… C’est avec plaisir qu’on les voit passer les portes d’une scierie, traverser les grilles d’un vieux manoir ou se balader dans des espaces verts qui tenaient du paradis avant leur arrivée. Vous l’aurez compris, Le Manoir de la Terreur a de la gueule et a en prime la bonne idée d’adjoindre à son décorum gothique quelques scènes gores qui ne sont pas trop handicapées par des effets faiblards (ça sent le steak et la saucisse, quoi). Nos zombies s’en donnent à cœur joie en allant plonger leurs mains dans les bides de leurs proies, qui par ailleurs ne font rien pour les éviter. Car nous sommes face à des cons, messieurs dames, des gaillards qui préfèrent rester plantés à fixer la menace en criant des « c’est horrible » et compagnie alors que les zombies sont particulièrement lents. Il ne faut cela dit pas trop en demander aux cerveaux de nos protagonistes, leur matière grise étant déjà pleine de sexe, ce qui ne laisse plus de place au bon sens. Car ça baise sec dans Burial Ground, qui mise pas mal sur l’érotisme lors de sa première bobine. Alors forcément, niquer ça fatigue et il est difficile de se battre avec les zombies, d’autant que nos héros les affrontent généralement à main nue, genre combat de catch. Plus malins que la moyenne du mort-vivant nos hommes de Dieu qui ont dévié puisqu’ils utilisent des outils, eux. Mais ne soyons pas de mauvaise foi puisque quelques vivants ont un éclair de lucidité et vont se percher sur un balcon pour dégommer du mort à la carabine.

 

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Quelques belles séquences viennent égayer encore un peu plus le tableau, même si elles ne sont pas toujours très originales, comme ce visage qui vient embrasser un carreau cassé, copie de verre de la scène de l’écharde dans l’œil de L’Enfer des Zombies. Mais Le Manoir de la Terreur ne s’abandonne pas forcément à la facilité et choisit de jouer la carte du dérangeant, ce qui n’étonne pas de la part du Bianchi vu que certaines scènes de Nue pour l’Assassin n’étaient déjà pas tristes. Ici, on assiste à une scène particulière entre une mère et son enfant de douze ans, effrayé par les zombies et qui va donc se réfugier dans les bras de môman. Et le petit pervers en profite pour tenter l’inceste, se mettant à caresser les cuisses et les seins de sa daronne. Une scène dont la bizarrerie est encore renforcée par la drôle de tronche du bambin, en fait incarné par un gars de 26 ans, l’acteur de petite taille Peter Bark, qui ne jouit pas d’une longue filmographie. Dommage, son physique atypique en faisait une future tronche culte dans le cinéma d’exploitation… Reste qu’il poussera le vice assez loin une fois revenu d’entre les morts, réglant son complexe d’Œdipe en mordant dans la poitrine de sa mère, rendue folle par les atrocités se déroulant dans le coin et qui le lui proposait bien généreusement. Une scène trash culte que n’aurait pas renié ce grand fou de Bruno Mattei… Comme le film, au final, qui vaut largement mieux que l’aura de nanar qu’on tente de lui coller sur le dos. Alors oui, il y a parfois de quoi rire, c’est un fait, mais il ne faut pas occulter les qualités picturales de cette série B transalpine qui fait le pont entre l’horreur gothique comme on l’aime avec ses mythes ancestraux et le gore eighties qui éclabousse comme il faut. C’est pas bien finaud, c’est sûr, mais bordel, c’est pile poil ce qu’on aime, ce pourquoi on revient au bis, ce cinéma si étrange qui malgré des défauts gros comme le cul de la Castafiore parviennent toujours à nous faire voyager et nous proposer du pur sensitif! Un chef d’œuvre dans son propre sens, assurément!

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Andrea Bianchi
  • Scénario : Piero Regnoli
  • Production : Gabriele Crisanti
  • Titres: La Notti del Terrore (ITA), Burial Ground (USA)
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Karin Well, Peter Bark, Mariangello Gordano, Simone Mattioli, Gianluigi Chrizzi
  • Année: 1981

6 comments to Le Manoir de la Terreur

  • Dirty Max 666  says:

    J’adore ton intro qui résume à merveille l’esprit Toxic Crypt (et auquel j’adhère à 100 %): un Bis généreux, sincère et foutraque est bien plus noble qu’un blockbuster désincarné, conformiste et sans burnes (World War Zzzzzz…). Et puis en te lisant, on a davantage envie d’aller squatter le manoir de la terreur, plutôt que de se taper un pepsi avec des zomblards numériques et inoffensifs. Rigs for president !

  • Roggy  says:

    C’est vrai que la 1ere phrase est juste génialissime 🙂 et, d’ailleurs, j’ai vu hier soir un extrait du film dans le documentaire « Why horror ? » avec la scène du téton arraché !

  • Roggy  says:

    Si je voulais te narguer, je te dirai qu’à un moment, il va faire un tour au Japon et ramène pleins de VHS. Ca m’a d’ailleurs fait penser au futur doc sur les VHS que tu as peut-être déjà reçu ?

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