Clownhouse

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Puisque visiblement le cirque revient à la mode en France et que les jeunes veulent des clowns, de préférence armés et dangereux, et bien la crypte toxique va se faire une joie d’accueillir les peinturlurés de Victor Salva! Le code vestimentaire du jour: nez rouge, bretelles multicolores et perruques chatoyantes!

 

Il suffit souvent d’un rien pour réanimer les passions… Car selon vous, qu’est-ce qui motive quelques canailles françaises à transformer les rues en antichambres de l’enfer à Bozo ? La découverte du slasher humoristique Dark Clown ? Une rediffusion du génial Killer Klowns from Outer Space ? La vision du surestimé Ça, il est revenu ? Non, une simple caméra cachée made in USA tournant comme une toupie sur tous les réseaux sociaux et dévoilant un clown maléfique en train de courser des piégés forcément terrifiés par la venue nocturne de cet être de cauchemar dans les parcs et autres parkings vides. Vous savez comment est le jeune d’aujourd’hui, il voit un truc il faut qu’il le reproduise, quand bien-même ce n’est plus drôle dès l’effet de surprise passé. Quoiqu’il en soit, le petit monde français tremble à l’idée de se retrouver nez-à-nez rouge face à un amuseur doté d’une trompette qui fait « pouet pouet ». C’est donc le moment propice pour ressortir ce bon vieux Clownhouse de Victor Salva, père des Jeepers Creepers, qui débutait alors sa carrière, tout juste entamée en 1986 avec le petit budget Something in the Basement, qui lui permit d’attirer l’attention de son mentor et parrain Francis Ford Coppola. Bonne âme, ce dernier l’aida à trouver financement pour son premier film pro, Clownhouse donc, qui sortit en 1989. Mais la carrière du film fut sérieusement entachée par une affaire qui en complique toujours un peu la destiné de nos jours, à savoir celle qui entoure la relation entre Salva et son jeune acteur principal, Nathan Forrest Winters, qui jouait déjà dans Something in the Basement. Le réalisateur abusa effectivement du jeune adolescent (12 ans à l’époque des faits) durant le tournage, filmant même ces scènes, qui bien entendu constituait une preuve accablante contre lui. Il avoua son crime et plaida coupable, reconnaissant qu’il n’en était pas à son premier acte de pédophilie. Condamné à trois ans de prison, sa peine ne durera au final que quinze mois, le metteur en scène étant libéré sur parole, reprenant bon an mal an sa carrière, ce qui fut bien évidemment rendu difficile au vu de son passif. Mais si Salva est redevenu fréquentable grâce au succès de Jeepers Creepers, Clownhouse semble de son coté peiner à sortir du purgatoire. Car cette promotion salie par les actes du géniteur du projet aura forcément foutu un frein à l’ascension de cette série B clownesque, qui chuta peu à peu dans l’oubli, bien que bénéficiant de sorties VHS et Laserdisc, puis bien plus tard en DVD. Mais ce dernier ne traversera pas la mer pour venir jusqu’à nous, et cela ne risque pas d’arriver vu les problèmes légaux entourant le titre, la MGM ne pouvant visiblement pas le sortir à nouveau. Dommage, d’autant que le Zone 1 qui déboula en 2004 est bien évidement devenu rarissime avec le temps… Il faut donc compter sur des diffusions télévisuelles si l’on compte voir ce premier long de Salva dans des conditions légales, ce qui fut possible pour les petits Belges, qui en profitèrent voilà quelques années. J’étais de ceux-là!

 

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Si Salva pouvait être perçu comme un futur talent à l’époque de Clownhouse (ça aide d’être chaperonné par Coppola…) et qu’il se permit un joli retour avec les deux Jeepers Creepers, il faut bien souligner le fait que sa carrière récente n’est pas franchement du même bois. Pas foncièrement mauvais mais très télévisuel et oubliable, Rosewood Lane était un film plus que mineur et il se dit que son dernier opus, Dark House, sentirait plus volontiers la bouse que la violette. Quant à Jeepers Creepers 3, les nouvelles tombent une fois l’an et on ne voit toujours rien, ou pas grand-chose, venir… C’est que ça commence à sentir le sapin pour le Salva et on espère qu’il reviendra à un meilleur niveau que celui qu’il nous offre actuellement… Mais est-ce que ses débuts étaient aussi réussis que nos souvenirs veulent bien nous le faire penser ? Cela mérite d’être vérifié et cela va être chose faite avec Clownhouse, film de 89 mais qui sentait déjà pas mal les nineties dans sa réalisation et sa photographie. L’histoire se concentre sur trois frères qui s’amusent à se lancer des défis à longueur de journée et se taquiner, le plus grand des trois (incarné par Sam Rockwell, qui deviendra plus tard un acteur de blockbuster, vu dans Iron Man 2 ou Cowboys et Envahisseurs et qui sera à l’affiche du remake de Poltergeist) prenant d’ailleurs un malin plaisir à emmerder le plus jeune du trio, Casey. Le pauvre a d’ailleurs une peur bleue des clowns et en cauchemarde suffisamment régulièrement pour que l’on parle de coulrophobie, la peur exagérée des clowns! Et bien évidemment, où l’emmènent ses deux frangins ? Dans une fête foraine, bien évidemment, et plus précisément dans un chapiteau renfermant un spectacle avec des bouffons. Horrifié, le petit Casey prend la poudre d’escampette et force ses frérots à le ramener à la maison. Ce qu’ils ignorent, c’est qu’un autre trio, cette fois d’évadés d’un asile, vient de tuer les clowns et ont pris leur place, suivant nos jeunes protagonistes jusque chez eux… Alors que les gosses sont en train de s’amuser à se faire peur en matant des films d’horreur et en se racontant des histoires d’épouvante, le danger rôde dehors et compte bien s’infiltrer dans la demeure…

 

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Il y a un éléphant dans la pièce et il s’appelle « Agression Sexuelle ». Et il est bien difficile de le faire dégager de notre esprit lorsque l’on voit Clownhouse, qui comme vous l’avez compris s’évertue à envoyer une bande de clowns meurtriers harceler des gamins. Alors bien évidemment, le malaise collé à Clownhouse est principalement dû à l’histoire entourant Salva et la genèse du film que la bande en elle-même, mais lorsque l’on sait ce qu’il s’est passé entre le réalisateur et son jeune comédien, il est difficile de ne pas trouver des similitudes embarrassantes entre la fiction et la réalité. Sans être lubrique, le comportement des clowns est suffisamment ambigu pour que l’on pense à la vie privée de Salva lorsque ceux-ci tentent d’attirer leurs victimes avec de grands sourires et une gestuelle farceuse alors que leurs desseins sont nettement plus sombres qu’il n’y semble. Certes, ils sont plus intéressés par le meurtre que par le viol, mais les voir courir après leurs jeunes proies prend forcément des contours sexuels lorsque le poursuivi était un pauvre garçon qui subissait sans doute un sacré calvaire une fois les caméras éteintes… Clownhouse met donc un peu mal à l’aise et il n’est pas aisé de rentrer pleinement dans le film et d’oublier tout ce qui s’est déroulé à coté puisque la deuxième partie du film, celle où les clowns entrent en scène, nous donne l’impression que Salva est lui-même dans les costumes… On tient d’ailleurs ici un cas assez rare, voire unique, de réalisateur qui fut, à un moment de sa vie, plus proche de ses bourreaux que de ses victimes. Il serait malgré tout fort malheureux de réduire le film à cela et ne pas lui laisser la chance d’être vu pour ce qu’il est censé être, à savoir une série B plutôt simple qui n’a pour seule ambition que celle de foutre les jetons à ses spectateurs. Et à ce niveau, cette petite bande oubliée du plus grand nombre mais restée dans le cœur des aficionados se débrouille plutôt bien.

 

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Si le script laissait présager un joli petit slasher comme il était fréquent d’en voir à l’époque, Clownhouse préfère en fait bifurquer vers le home-invasion, terme qui n’était pas encore aussi usé à l’époque. Pas de gore par ici, les meurtres commis par les guignols étant tous commis en hors-champs ou via des ombres chinoises, et n’espérez pas voir un torrent de sang venir tacher la pellicule. Salva misait plus volontairement sur le suspense que sur les effets chocs et nous assistons en fait plutôt à un grand jeu de cache-cache entre nos petits gars et les pierrots qui peut être considéré comme une version plus adulte d’un épisode de série horrifique pour marmots, genre Fais-moi Peur!. Dans l’esprit, nous sommes donc plus proches du premier Halloween que d’un Vendredi 13, sentiment renforcé par le fait que l’électricité est coupée dans la demeure des garçons et que le film se déroule aux alentours de la fête des citrouilles. Que ceux qui espéraient voir des reins voler dans tous les sens et des urètres découpés à la scie rouillée fassent demi-tour, rien de tout ça ici, seulement de l’épouvante que l’on pourrait qualifier d’à l’ancienne, tous public, et presque noble. Le tout fait d’ailleurs son petit effet, d’une part parce que les clowns restent assez réalistes, ne tombant pas dans le surplus de détails inutiles, gardant le coté crédible qui doit coller au sujet, finalement très proche de ce que serait un fait-divers macabre. Il faut d’ailleurs souligner la performance du chef de la bande, pas franchement rassurant dans son genre et bien à son aise dans les pompes en plastoc d’un farceur assassin. Si la réalisation de Salva n’est pas forcément meilleure qu’une autre dans ce cas précis, car manquant d’originalité et de plans qui scotchent, il parvient à jouer assez habilement avec ses décors, prenant un malin plaisir à faire apparaître ses charlots démoniaques dans les arrière-plans, de préférence dans le dos des héros. Le film étant court (80 minutes), on n’a d’ailleurs pas le temps de s’ennuyer, ce qui permet de passer outre quelques défauts qui ne permettent malheureusement pas à Clownhouse de faire partie du club très select des indispensables.

 

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Si vous visionner le film en version originale, vous remarquerez en effet bien vite que les acteurs ne sont pas franchement des ténors de la comédie, quand bien même ils parviennent à apporter une dynamique crédible à leur fratrie. Ils nous donnent même l’impression d’avoir fait leurs post-synchro sous tranquillisants tant ils parlent avec le moins de naturel possible. C’est particulièrement flagrant lors des scènes dans la foire, et à plus forte raison lors de la discussion entre les trois forains jouant les clowns, juste avant que les fous ne débarquent et prennent leur place. L’obligatoire diseuse de bonne aventure ne s’en sort par ailleurs guère mieux et ces jeux approximatifs n’aident pas à élever le niveau. La musique, pas mauvaise mais un peu trop présente par moment, renforce également cette impression que le travail sonore aurait gagné à être plus soigné sur Clownhouse. Pas de quoi vous faire changer de file devant le chapiteau, mais cela limite un peu l’œuvre de Salva, qui garde un niveau très satisfaisant mais nous laisse malgré tout penser que le tout aurait pu se rehausser assez facilement. Cela vaut en tout cas toujours largement mieux que les derniers essais du réalisateur et cette clownerie ne manque pas d’intensité dans ses meilleurs instants. Et puis ces clowns sont toujours plus sympas que ceux que l’on croise en rue ces temps-ci, non ?

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation : Victor Salva
  • Scénario : Victor Salva
  • Production : Michael Danty, Robin Mortarotti, Victor Salva
  • Pays: USA
  • Acteurs: Nathan Forrest Winters, Sam Rockwell, Brian McHugh, Michael Jerome West
  • Année: 1989

13 comments to Clownhouse

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Polémique, polémique, et il paraît effectivement impossible d’évoquer le passé et les faits de Salva dès qu’on parle de ses films. Et pour cause puisque presque chacun contiennent des éléments très perturbateurs lorsque l’on connait un peu son histoire.

    Sans le défendre (du tout), je préciserai juste qu’il entre dans le schéma « classique » de l’abuseur abusé, puisqu’il fut lui-même victime d’attouchement et probablement plus dans sa propre enfance. Des évènements traumatisant qui l’ont amenés à rester dedans et à poursuivre ce type de comportement hélas. Ce n’est pas vraiment une excuse, mais il y a un passif qu’il faut quand même préciser car c’est important en mon sens.

    Et à vrai dire il m’est quasi impossible de voir un Salva sans plonger dans sa psyché malade. Comme tu le dis, impossible de ne pas lire un sous-texte dans Clownhouse avec ces enfants et les prédateurs qui leurs cours après (rien que dans la bande annonce c’est flagrant) et c’est tout aussi probant dans le reste de sa filmo. Son chef d’oeuvre, Powder, vraiment un très beau film, montre tout de même la destruction de l’enfance et de l’innocence aussitôt que celle-ci sort vers « l’extérieur » ainsi qu’une incompréhension des adultes vis-a-vis des problèmes des plus jeunes.

    Son thriller Nature of the Beast / Bad Company (petit film très mineur, mais porté par Lance Henriksen et Eric Roberts, tous les deux superbes) ne parle que d’une chose: les apparences trompeuses et les masques que l’on porte pour cacher différents secrets. Il faut juste remplacer les crimes dont sont coupables les personnages par des actes d’abus sexuels, ce qui se fait honnêtement très facilement.

    Quant au Jeepers Creepers, son attirance pour les jeunes garçons et sa manière très perverse de renifler les corps et les vêtements, je crois que ça se passe de tout commentaire.

    En gros Salva semble faire des « films » qui sont juste des formes autour du même sujet. Celui qu’il a vécu et qu’il a commis. Très intéressant en un sens, car en sachant cela on se retrouve à voir les films de façon totalement différentes. Maintenant chacun le prendra comme il le pourra selon ses critères moraux. Salva peut être un monstre, ou un malade qui ne guérira jamais vraiment, et certains le verront peut-être comme une victime qui tentait déjà de parler de son problème et de sa culpabilité à travers ses œuvres. Je ne saurais même pas où me situer personnellement, mais j’évite d’en avoir une vision simpliste d’ogre pédophile. Sans pour autant l’excuser, très au contraire.

    En tout cas bonne chro, ça me donne une idée de la chose et je lui donnerai certainement sa chance quand j’y penserai !

  • ingloriuscritik  says:

    de mon coté j’étais au courant de cette page trouble de salva , mais ce qui ne m’a pas enlevé tout le bien que je pense des 2 jeepers creepers , de meme que j’adore toujours autant « le bal des vampires » …par contre je n’ai jamais vu son clown house , auquel je pensai pendant les incidents clownesques a montpellier; je réparerai cela des que possible; si effectivement , les ambiguïtés cripto gay sont claires dans jeepers ,cette tendance est assez recurrente dans le cinéma actuel de bat man a labyrinthe en passant par twilight ; il est vrai que tout ceci n’est pas entaché d’affaire de pédophilie , tout du moins a ma connaissance . tout cela pour dire que j’aime beaucoup l’utilisation d’un angle original pour traiter une chronique ,et a ce titre j’aime beaucoup celle ci , digne d’un jpp de la grande époque ! bravo rigs !

  • Princécranoir  says:

    Je me mangerais bien un clown du coup (même si je sors à peine de table) ! Je crois que ce film tire effectivement son intérêt principal de la superposition du récit avec les agissements reprochés au réalisateur. Il semblerait que cette projection sur pellicule des pulsions de Salva soit en plus à l’origine de ses meilleurs films (les « Creepers » en effet en sont très largement imbibés). Mais Salva n’est pas le seul à exprimer sa souffrance dans ses films, et souvent, ça rend ceux-ci réellement passionnant. De là à dire que les réalisateurs sont tous des tordus…

  • Roggy  says:

    Difficile de commenter un film empreint de faits indicibles. Moi aussi j’ai bien aimé ses films suivants comme « Jeepers creepers », mais je ne souviens plus de ce film de clown qui semble aujourd’hui quelque peu nauséabond…

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