Hôtel Transylvanie

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Un film d’animation dirigé par Genndy Tartakovsky, le gars derrière les séries animées Les Super Nanas et Samouraï Jack (donc quelqu’un de bien), et mettant en scène tout le bestiaire classique du cinéma d’épouvante, voilà qui a de quoi réjouir une assemblée de Gremlins. Pas de bol, Hôtel Transylvanie est surtout un film d’Adam Sandler…

 

Jusqu’à présent, animation et fantastique/horreur ont plutôt fait bon ménage. On peut bien évidemment penser à Metal Hurlant, aux délires mêlant action et gore de Kawajiri comme Wicked City et bien entendu les plus récentes productions, qu’elles soient en images de synthèses (Monster House) ou via la stop motion (Frankenweenie, Coraline, L’étrange pouvoir de Norman). Que des réussites qui nous auront endormis, rendus trop confiants quant à la qualité d’Hôtel Transylvanie que nous imaginions fort recommandable par avance. Après tout, avec Tartakovsky aux manettes, il était difficile de s’attendre à un ratage. Et histoire de nous mettre face à nos erreurs, Hôtel Transylvanie est un plantage dans les grandes largeurs, l’un des plus sérieux concurrents au titre de pire film d’animation sorti ces dernières années. La faute au russe ? Pas vraiment, notre regard se tournant plutôt vers l’un des producteurs, qui prête également sa voix au personnage principal du film, un certain Adam Sandler. Trublion peu drôle, en partie coupable de l’une des pires comédies jamais faite (Copains pour Toujours, qui a même eu droit à une suite, sans doute tout aussi moisie) et dont les gags sont généralement dénués de finesse. Peu de réussites dans sa filmographie où tous les films se ressemblent, dont nous sortirons tout de même le touchant Amour et Amnésies, Anger Management qui jouit de la présence de Jack Nicholson (ce qui remonte immédiatement l’intérêt de la pire des merdes) et un Little Nicky tout sauf drôle mais qui a pour lui un joli casting et la bonne idée de se dérouler en enfer. Mais sinon, c’est la misère, la foire aux vannes de primaire, la même structure scénaristique ressortie à l’infini. C’est une fois de plus le cas dans cet hôtel, qui est surtout un lieu de réunion de ses potes (les peu drôles Kevin James et David Spade, et le nettement meilleur Steve Buscemi).

 

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Tout part pourtant d’une idée qui en vaut une autre et qui a pour principe d’inverser le rapport de force entre humains et monstres. Ce sont désormais nos légendes horrifiques qui se font dessus lorsqu’un homme passe et le plus inquiet est certainement Dracula (Adam Sandler, donc), papa d’une jeune vampire de 118 ans qu’il a tendance à surprotéger. Mais l’anniversaire de la petite Mavis (Selena Gomez en VO, Virginie Efira en VF, donc autant dire que le personnage est malchanceux dans un cas comme dans l’autre) approche et elle a dans l’idée de partir à l’aventure, à la découverte du monde, ce qui a tendance à stresser sa chauve-souris de père qui va faire tout son possible pour lui faire changer ses plans. Une tâche d’autant plus ardue qu’un jeune humain, Jonathan, débarque dans l’hôtel que Dracula a construit pour que ses amis les monstres puissent se relaxer à l’abri des humains et de leurs torches et fourches. Et ce qui devait arriver arriva, Jonathan et Mavis ont le coup de foudre, ce qui complique tout et force Drac’ à tout faire pour les séparer et foutre le jeune vagabond à la porte. Déjà là, sur le simple plan du récit, Hôtel Transylvanie manque le coche. Car en se présentant comme une comédie vaguement romantique, il nous laisse sous-entendre que nous n’aurons que peu de scènes d’action à nous coller sous la dent. Inutile de chercher ici le pendant d’un Toy Story 3 ou d’un Wall-E, quand bien même quelques scènes plus mouvementées se présentent ici ou là (une course-poursuite avec des tables volantes, une autre avec un bossu) mais ne font jamais mouche puisque totalement dénuées d’enjeux. Pire! C’est lorsque le film pourrait proposer quelque-chose d’enfin excitant (la bande de monstres partent à la recherche de Jonathan et vont donc devoir traverser la civilisation humaine) qu’il s’arrête! Tartakovsky stoppe effectivement son récit là où il aurait dû commencer et nous proposer un voyage trépidant et aventureux, utilisant les diverses capacités des monstres. Il y avait matière à faire un périple aussi drôle que gorgé de péripéties. Les auteurs ont préféré se la jouer petite bite.

 

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Bon, à la rigueur, que le film préfère miser sur l’humour, pourquoi pas, si c’est bien fait… L’ennui c’est que comme précisé plus haut, on sent bien que Sandler dirige ses scénaristes (il a collé l’un des siens sur le projet), le niveau humoristique ne va donc jamais dépasser celui du sol. Allez, je dois reconnaître que j’ai ri une fois, lorsque l’on assiste à la nuit perturbée du loup-garou. Mais une fois sur un film de 90 minutes, vous avouerez que cela fait peu, d’autant que les gags s’enchainent, rendant le film véritablement hystérique (mais pas d’une bonne hystérie, malheureusement). Des gags à base de prouts, de culs talqués, de frocs baissés, voilà ce qui vous attend. Et si l’humour pipi-caca peut être réussi quand bien utilisé (voir la très sympathique série animée Sanjay et Craig, par exemple), il peut également devenir une plaie béante lorsqu’il est raté et ne cherche qu’à faire rire les plus jeunes. Alors si vous avez des marmots, cela pourrait les divertir pendant une moitié d’après-midi, même si vous feriez mieux de les coller devant les classiques des années 30, ils y apprendront plus de choses sur ces mythes que via Sandler et ses copains. Car entre irrespect et méconnaissance des créatures d’origine, on ne sait pas trop, certaines erreurs étant trop grosses pour ne pas être volontaires (ici, Frank Stein est le nom de la créature et non du savant, sans doute une volonté de ne pas perdre le public, qui fait souvent la même erreur). Le manque de clins d’œil aux films de l’époque est également un peu gênant, non pas parce qu’il est nécessaire de faire références à tout bout de champ dans pareil film (même si Frankenweenie le faisait plutôt bien de son coté) mais parce que ça nous aurait un peu rassuré sur les intentions et l’amour des créateurs pour le bestiaire mais aussi parce que cela nous aurait occupé un peu. Car on se fait tout de même bien chier.

 

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Reste l’aspect technique, forcément bien foutu, mais qui n’atteint pas non plus le niveau d’un Toy Story 3 pour ne citer que lui. Les couleurs sont tout de même jolies, les mouvements bien foutus (voir Dracula bouger est l’un des rares bonheurs du film), quand bien même le design des personnages n’est pas des plus séduisants, manquant singulièrement de personnalité. On ne pourra pas se raccrocher aux personnages, seul Dracula étant réellement sympathique (la meilleure scène est celle où il évoque son passé), les autres étant réduit aux rôles de sidekicks comiques (enfin, censés l’être), si nombreux qu’ils s’annulent les uns les autres, et en prime tous dotés de la même personnalité. Difficile encore une fois de ne pas penser à Copains pour Toujours où la caractérisation des persos se limitait à « le gros, le black, le petit et le gentil ». Idem ici, la momie est grosse, Frankenstein a peur du feu, L’homme invisible est invisible et le loup-garou a beaucoup d’enfants. C’est donc Copains pour Toujours au pays des monstres et c’est tout simplement insupportable de bêtise et d’ennui. Et quelle déception de voir tous ces personnages en or être saccagés ainsi… Ah, si seulement Pixar s’en était occupé… Le pire dans tout ça ? Une suite est prévue… Planquons-nous, les revoilà!

Et comme il n’y a pas de raison que je sois le seul à souffrir, je vous offre la chanson finale!

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Genndy Tartakovsky
  • Scénario : Peter Baynham et Robert Smigel
  • Production : Sony Pictures
  • Titres: Hotel Transylvania (USA)
  • Pays: USA
  • Voix originales: Adam Sandler, Selena Gomez, Andy Samberg, Kevin James, Steve Buscemi, David Spade
  • Année: 2012

 

10 comments to Hôtel Transylvanie

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Dis donc je suis tellement largué sur les VF que je comprenais pas la moitié des titres que tu cites avant de vérifier de quoi il s’agit !

    Bon sinon j’ai envie de dire « Adam Sandler » et voilà quoi. Hormis Little Nicky, qui lui me fait bien rire (Jon Lovitz qui se fait courser par un gros corbeau lubrique, ça fonctionne sur moi, j’ai pas d’excuse je sais), le gars est effectivement une véritable plaie qu’on doit « subir » a chaque film. Exactement au même titre que son copain Rob Schneider qu’il invite souvent.

    Pas surpris du tout et donc je mets pas ça sur mes priorités. Surtout si la perspective intéressante du film (le voyage) n’a pas lieu, là je ne vois pas trop l’intérêt(il se passe quoi du coup ? ils jouent tous à cache-cache dans l’hôtel ?).

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Sur 1h30 ? Ben merde !
    Parce que là ça fait plus un épisode de 20 minute de Draculito quoi.

  • ingloriuscritik  says:

    Depuis que mes ados on quitté leur enveloppe (comprendre qu’ils sont passés de timbrés a collisimo, ou d’œuf a aliénés-ados donc- )j’ai un peu délaissé le mode de l’anim,et ce n’est pas cet « hotel transylvanie » que tu me dé-crypte avec moultes arguments et fortes convictions (comme d’hab )que je vais m’y re loger. Mes capteurs visuels étant limité en kilométrage annuel, et la fin de l’année arrivant , je ne voudrai pas risquer la cécité .Je réserverai donc mon capital rétinien a d’autres « choses » que cet « inindestructible » hotel transylvanien .Merci par contre pour cette nouvelle agréable chronique .PS: Tu es toutefois , et je te reconnais bien « malgré tout » bien indulgent avec adam sandler…j’aurai eu le clavier plus lourd , bien que cela ne soit le fond ni la forme de ta pertinente chronique .

  • ingloriuscritik  says:

    ps : pour info je t’ai laissé seul devant ta souffrance et n’ai pas cliqué le lien de la forcément sublime musique …solidaire , mais un peu dur d’oreille , lol

  • Roggy  says:

    Moi qui comptait faire au tour dans l’hôtel Cali..euh pardon..Transylvania, je vais donc repousser mes vacances roumaines ! Sinon, je te conseille « Dragon 2 » vu récemment, beau visuellement et pas idiot. En même temps, il ne me semble pas qu’Adam Sandler soit associé au projet 🙂

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