Les Sorcières de Zugarramurdi

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Les sorcières, absentes de nos écrans depuis plus d’une décennie, ont visiblement chevauché leurs balais pour revenir ensorceler nos écrans puisqu’après le Mother of Tears de Dario Argento, le Lords of Salem de Rob Zombie et le plus fantomatique The Conjuring de James Wan, c’est l’Espagnol fou Alex de la Iglesia qui joue ses mégères.

 

Les Sorcières de Zagarumidi… non, pardon, de Zugamarudi… Non c’est pas ça, attendez… Zugarramurdi! Voilà, on y est! Les Sorcières de Zugarramurdi (la fonction copier/coller va chauffer) est donc la dernière tournée de l’ami Alex de la Iglesia, un réalisateur particulièrement apprécié dans la crypte toxique. C’est que le vieux Rigs Mordo adore tout particulièrement Le Crime Farpait et Mes Chers Voisins, deux thrillers humoristiques qui gardaient le grand Hitchcock dans le collimateur en apportant un second degré réjouissant qui ne tombait jamais dans la parodie bête et méchante façon Scary Movie et consorts. Et ce n’est bien évidemment pas là le seul film de ce taré d’hispanique à trouver grâce à mes yeux fluorescents (c’est ça de vivre dans une caverne radioactive): Le Jour de la Bête, Mort de Rire, Perdita Durango, Action Mutante et 800 Balles m’avaient, eux aussi, collé une banane digne des repas de King Kong. Mais voilà, après le fabuleux Le Crime Farpait, sans doute son meilleur film, de la Iglesia trébucha légèrement. Une première fois avec un Crime à Oxford qui, tout en étant un film policier fort recevable, s’éloignait de son cinéma habituel, de sa personnalité, pour livrer un produit somme toute assez lambda et peu mémorable. Et si Balada Triste retrouvait la folie inhérente à son style, c’était pour verser dans une noirceur à la limite du déprimant, ce qui n’en fait bien évidemment pas une mauvaise bande, le film est d’ailleurs fort bon, mais il ne correspondait peut-être pas aux attentes que j’en avais, peut-être trop concentrées sur sa période « comédie noire » alors qu’il me proposait une noire comédie principalement dramatique. Quant au plus discret Un Jour de Chance, je ne peux tout simplement rien en dire puisque je n’en ai pas vu une seconde… Le cinéaste subissait de toute évidence une mauvaise passe, rendu colérique et mortifié par un divorce douloureux (il peut monter un club avec David Fincher à ce niveau). Mais cette mauvaise énergie, il semble avoir décidé de la transformer en joyeuse furie pour son dernier opus, qui traite à sa façon (c’est-à-dire avec frénésie) des relations entre les hommes et les femmes.

 

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Rendu comme fou par un divorce qui l’a laissé sur la paille et qui l’empêche de voir son gosse autant qu’il le voudrait, Luismi (Javier Botet) décide de créer une petite troupe de braqueurs déguisés pour aller piquer les alliances et autres colliers chics dans un magasin d’or. Mais la police s’en mêle bien vite et rien ne se passe comme prévu puisque de la bande des joyeux drilles costumés ne reste que Luismi, Tony (Mario Casas) et le fils du leader, emporté sur les lieux car c’était le jour de garde de son père. Prenant en otage le chauffeur de taxi Manuel (Jaime Ordonez) et le passager qu’il acheminait vers une ville voisine, Luismi décide de passer par le village de Zugarramurdi pour rejoindre la France. Grave erreur puisqu’il s’agit en fait d’un repère de sorcières rendu célèbre quelques siècles auparavant pour un scandale inquisiteur, une quinzaine de demoiselles ayant été pendues pour sorcellerie. Pas toutes visiblement puisque trois d’entre elles (la mère, la fille et la grand-mère) s’apprêtent à accueillir leurs cousines venues de tout le pays pour un gigantesque sabbat qui leur permettra d’invoquer leur mère à toutes, une sorte de reine des sorcières gigantesque qui plongera le monde dans l’apocalypse. Impliqués malgré eux dans cette possible fin du monde, nos pieds nickelés vont faire leur possible pour survivre dans un premier temps, pour sauver l’humanité dans un second. D’emblée, on perçoit dans le pitch la volonté de l’ami Alex de retrouver son cinéma d’antan, celui qui était plus fantastique, retrouvant une intrigue qui rappelle légèrement Le Jour de la Bête dans son propos apocalyptique et dans ses protagonistes principaux, des losers qui rappellent le curé perdu, le métalleux et l’arnaqueur télévisuel du célèbre El día de la bestia sorti il y a presque vingt ans. Et oui, ça file… Mis de coté l’aspect déprimant du bien nommé Balada Triste, tout comme les velléités policières de Mes Chers Voisins et Le Crime Farpait, Les Sorcières de Zugarramurdi permettant à l’Espagnol de revenir à ses premiers amours, à savoir King Kong, Evil Dead, Massacre à la Tronçonneuse, le Peter Jackson des débuts et le cinoche asiatique à la mode Zu, les guerriers de la montagne magique (soit tout ce qu’on aime) avec bien entendu ses épices habituelles, à savoir un humour féroce et souvent noir.

 

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Mais là où ses dernières œuvres nous filaient le bourdon, Les Sorcières de Zugarramurdi nous colle au contraire un franc sourire tout le long de sa descente de grand huit. Car c’est bien dans une attraction déchainée que nous allons poser nos petits culs frémissants, et une qui va à vitesse grand V, c’est moi qui vous le dis. Visiblement excité comme une puce sous ecstasy, de la Iglesia ne laisse jamais son intrigue souffler, chaque mésaventures étant suivie de la suivante, toutes les scènes se retrouvant collées comme des sœurs siamoises. Ce qui peut parfois fatiguer un brin, il faut bien le dire, d’autant que les acteurs semblent être logés à la même enseigne, leur débit de parole ressemblant fort à celui de la mitraillette de l’ami Rambo lorsqu’il se décide à trouer du militaire ennemi. Ce qui est plutôt récurrent dans le cinoche de de la Iglesia, voire même dans le cinoche espagnol tout court, et ne devrait donc pas nous surprendre, mais comme le scénario est déjà propulsé par de la nitro, être en prime noyé dans un flot de paroles qui ne s’arrête jamais (il doit y avoir en tout et pour tout trois minutes sans dialogues sur un film qui en dure tout de même 1h50) finit par un être un chouia exténuant. Notre Alex déborde donc un peu trop d’énergie et nous aurions apprécié d’avoir quelques moments un peu plus posés pour nous laisser reprendre notre souffle. Bien sûr, si cette course cinématographique a ses inconvénients, elle a aussi ses avantages, comme celui de ne pas perdre de temps en cours de route et donc d’aller à l’essentiel. A savoir mettre en scène ses sorcières qui sont omniprésentes et font bien tourner en bourrique les protagonistes masculins. Nous sommes bel et bien face à une opposition parfaite au film de Rob Zombie, Lords of Salem, qui montrait ses démones de manière quasi-subliminale et optait pour un ton lancinant. Tout l’inverse chez de la Iglesia, qui nous balance ses mégères à l’écran dès qu’il le peut et dans une furie qui ne se dément jamais. Il faut dire que si elles présentent plutôt bien, nos sorcières n’en deviennent pas moins de véritables monstres dans leur gestuelle lorsqu’elles se mettent à chasser les gaillards perdus dans leur demeure.

 

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Guère éloigné d’Evil Dead, et principalement des deuxième et troisième opus, dans l’esprit, Les Sorcières de Zugarramurdi tombe effectivement les pieds joints dans l’horreur humoristique hystérique, symbolisée ici par une course poursuite nerveuse entre nos braqueurs malheureux et les sorcières folles qui comptent bien les sacrifier. Filmée dans des décors gothiques du plus bel effet qui rappellent que de la Iglesia a toujours été un grand fan du cinéma de genre, cette pure séquence d’adrénaline est particulièrement réjouissante et nous prouve que si le réalisateur utilise l’épouvante comme toile de fond, ce n’est pas seulement pour se trouver un sujet qui lui permet de balancer quelques vannes mais également pour donner un pur ride horrifique. Certes, on ne frissonne pas franchement devant cette nouvelle offrande espagnole, tout simplement parce que le script ne nous en laisse pas le temps mais également parce que de la Iglesia se refuse à plomber la bonne humeur de l’ensemble. Signalons tout de même que les personnages étant plutôt sympathiques, on se prend tout de même au détour d’une scène ou l’autre à ressentir un léger stress pour leurs pommes. Il faut dire que le réalisateur de Perdita Durango ne les épargne pas et s’il n’utilise jamais d’artifice gore (après tout, nous restons dans un film familial, un film familial bizarre, certes, mais un film familial tout de même), il n’hésite pas à arracher les doigts ou une oreille de l’un de ses pauvres hommes perdus dans les griffes de ces demoiselles, qui sont d’ailleurs symbolisées par un trio représentant les différentes générations qui, en passant, pointe du doigt une certaine évolution des figures horrifiques féminines. Ainsi la grand-mère (très crédible Terele Pavez) est une vieille folle typique, avec de longs cheveux blancs et un teint blafard qui renvoie aux premières incarnations de ces magiciennes sombres, la mère (excellente Carmen Maura) est plus sophistiquée et présente bien avec sa carrure de vieille bourgeoise qui peut faire penser au cinéma horrifique plus fourbe des années 70 tandis que la petite dernière (Carolina Bang, qui porte bien son nom puisque c’est très exactement le son qui retentit dans mon falzar dès que je la vois) représente le versant plus sexy, voire vulgaire, de l’épouvante femelle moderne.

 

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Bien sûr, si de la Iglesia verse sans compter dans un cinéma populaire (on a même une scène à la Goonies) et n’oublie jamais de miser sur le genre (il y a même un Giant Monster qui nous offre par ailleurs le plan nichon de l’année), il n’oublie pas non plus de faire passer un petit message. Par ailleurs assez peu joyeux puisqu’il montre les relations entre les deux sexes comme une lutte du pouvoir, ces dames n’ayant ici que pour seule ambition de nous soumettre à l’esclavage et de nous vider de toute notre vie. Le mariage ? Une entreprise vouée à la perte comme le prouvent les centaines d’alliances que récupèrent nos héros dans leur braquage. L’amour ? Si le metteur en scène nous laisse poindre une petite touche d’optimisme avec une passion naissante entre deux personnages de deux camps opposés, c’est pour mieux conclure en nous faisant comprendre que cela ne durera sans doute pas. Le divorce du gros nounours espagnol lui reste visiblement en travers de la gorge et il le fait savoir puisque les femmes (dont Macarena Gomez de Dagon!) passent pour des castratrices dont le rêve est de gouverner le monde. S’il se défend d’être misogyne en interview, ce que l’on croit bien volontiers, il faut bien admettre que cela n’est malgré tout pas évident à la vue de ce Les Sorcières de Zugarramurdi qui tend parfois le bâton pour se faire battre par les féministes, qui n’ont sans doute pas apprécié l’hommage. Pas plus qu’Angela Merkel par ailleurs, qui est insidieusement placée au milieu de sorcières présumées dans le générique d’ouverture. Pour sûr que l’on tient là son film favori! Qui ne sera par ailleurs sans doute pas le nôtre lorsqu’il s’agit de causer de de la Iglesia mais qui reste malgré tout une dose d’adrénaline qui ne manque pas d’une certaine profondeur et que l’on accueille avec un grand plaisir. D’autant que, et c’est tout personnel, je le préfère au flinguant Balada Triste. Alex de la Iglesia a en tout cas réussi son pari: faire un film toujours aussi fou qui nous amuse d’un bout à l’autre et garde les propriétés de son cinéma, toujours surprenant et inventif. Du vrai cinéma de genre populaire, en somme !

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation : Alex de la Iglesia
  • Scénario : Jorge Guerricaechevarría et Alex de la Iglesia
  • Production : Enrique Cerezo
  • Titres: Las brujas de Zugarramurdi (Espagne), Witching and Bitching (international)
  • Pays: Espagne
  • Acteurs: Javier Botet, Mario Casas, Jaime Ordonez, Carolina Bang, Carmen Maura
  • Année: 2013

4 comments to Les Sorcières de Zugarramurdi

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Entièrement d’accord, je suis tout aussi positif. La grand mère est hilarante et Santiago Segura qui se fait découper progressivement m’a bien fait rire aussi. Et le « kaiju » surprise est… abominablement génial.

    Après oui, j’ai aussi ressenti ce côté assez bizarre sur la vue de la Femme en général (je pensais que la mère serait l’exception, celle qui montre qu’elles ne sont pas toutes des sorcières et qui va tout faire pour sauver son fils, puis non), cependant faut quand même reconnaître une chose: Les mecs sont pas terrible non plus !
    Entre le héros qui emmène son fils au braquage, le chauffeur de taxi qui est prêt a oublier sa femmes et ses mômes, le mari de la grand-mère qui est pervers et même le frère prisonnier qui est loin d’être glorieux, je crois pas que les mâles soient montré comme supérieur. Plutôt lamentable, pleutre, colérique et menteur… Généralement ce que les nanas nous reproche en fait.

    J’oserai dire que les deux « camps » sont chacun représenté dans une vision de reproche que l’un peut dire de l’autre (les mecs sont des cons fini et des incapables, les nanas sont castratrices et te laisse jamais t’amuser), après j’en sais rien. J’avoue que j’ai pas voulu trop analyser.

  • Roggy  says:

    D’accord avec vous sur la bonne ambiance du film. J’adore la 1ère scène, mais la suite se dégonfle progressivement, malgré quelques scènes très drôles comme la fin très « Ghostbuster ». J’ai vu le film présenté par Alex de la Iglesia au PIFFF et je peux dire que ce gars est fou 🙂 Peut-être pas son meilleur film (trop d’ellipses en son milieu comme si le scénario s’était perdu dans les montagnes) mais un bon moment bien fendard néanmoins.

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