Cyber Tracker

Category: Films Comments: 8 comments

Vous aimez Terminator et Robocop et vous aimeriez bien les voir se coller des coups sur la casserole pour savoir qui est le plus balèze des deux ? A cette question, Cyber Tracker n’apporte aucune réponse, préférant fusionner les deux héros robotiques que les opposer.

 

Depuis quelques années, le mockbuster, procédé visant à profiter de la sortie d’un blockbuster pour en faire une copie en version fauchée et engranger de l’argent facile, a le vent en poupe et cela surprend tout le monde. Les Transmorphers, The Da Vinci Treasures, Rise of the Black Bat et autres Snakes on a Train déboulent effectivement en masse depuis près d’une décennie, principalement dans les bacs américains puisque de toute évidence le public français n’est guère attiré par de pareilles série Z qui ne passent même pas chez Syfy et compagnie. Reste que le petit monde du fantastique est régulièrement estomaqué de voir débouler une nouvelle copie carbone du gros succès du moment, au titre vaguement modifié par rapport à son modèle, s’étonnant à la fois de voir le grand Hollywood rester les bras croisés devant pareille défiance du milieu Z et des risques qu’osent prendre les boites de production à la The Asylum. Mais voilà, tout ça ce n’est pas nouveau et qui a un jour trempé ses mains dans un flot de VHS poussiéreuses sait mieux que quiconque qu’il risque de se faire hameçonner par une série B tentant de reproduire les gros hits passés. Si l’Italie était reine en la matière avec ses décalquages déviants des Dents de la Mer, Rambo et Mad Max 2, les Etats-Unis se permettaient quelques contrefaçons eux aussi. C’est bien entendu le cas du Cyber Tracker réalisé par Richard Pepin, producteur d’une tripotée de séries B (114 crédits sur IMDB) et réalisateur d’une quinzaine de DTV misant principalement sur les musclés. Je ne parle bien évidemment pas de Framboisier, Bernard Minet et leur copine Hilguegue mais de vrais durs comme Don « The Dragon » Wilson, le petit pseudo qu’il s’offre sur sa carte d’identité signalant déjà la propension du gaillard à montrer les crocs. Don n’est d’ailleurs pas un plaisantin puisque ce Floridien né en 54 d’un père américain et d’une mère japonaise se lança dans les arts-martiaux et plus précisément le kickboxing avant de devenir une star des « bacs à cassettes », statut qu’il obtiendra grâce à Bloodfist et ses sept suites. Autant dire que le dragon est l’homme de la situation lorsqu’il s’agit de faire face à quelques robots qui semblent échappés de l’œuvre de James Cameron, Terminator 2 restant, en cette année 1994, dans toutes les mémoires comme l’un des meilleurs films d’action de tous les temps.

 

cyber4

cyber6

 

Pour copier le classique du réalisateur de Titanic sans en avoir trop l’air, c’est le scénariste Joe Hart qui est appelé à la rescousse, un habitué de la série B d’action qui écrivit des Zero Tolerance (avec Robert Patrick), des Direct Hit (avec William Forstythe) ou, par la suite, des Lion Strike (des retrouvailles avec Don Wilson). C’est donc à ce zigoto, vaguement réalisateur à ses heures, que revient l’honneur de structurer l’histoire d’Eric (Don Wilson), un ancien agent secret reconverti en garde-du-corps d’un sénateur vantant les mérites des cyber policiers, nouveaux flics indestructibles et particulièrement efficaces, ce qui attire à notre politicien bien des ennemis. Mais si Eric est bon dans son job malgré quelques petites accroches avec son supérieur Ross (Richard Norton), le pauvre s’emmerde un peu dans sa vie privée, regrettant sa femme partie voir ailleurs tout en commençant doucement à se noyer dans l’alcool en compagnie de son ordinateur Agnès (on va en reparler, ne vous en faites pas…). Bref, ça ne va pas fort et il faudrait à notre héros de quoi se changer les idées. Cela tombe bien, le voilà justement témoin d’un meurtre perpétré par ses patrons. Désormais devenu gênant puisqu’il a également appris que les fourbes veulent éliminer les humains pour les remplacer par des cyborgs, Eric se retrouve poursuivi par les cyber policier et ne peut trouver refuge qu’auprès de la résistance terroriste menée par John Connor. Bon, en fait non, pas de John Connor ici puisque c’est une demoiselle (la charmante Stacie Foster, à la filmographie limitée, entraperçue dans le La Nuit des Morts-Vivants de Tom Savini) qui se charge de gérer les actions rebelles mais vous avez saisi l’idée. Car le mot « Terminator » clignote en rouge durant tout le film, le scénario étant une évidente fusion des scripts des deux premiers opus de la saga avec notre Autrichien cybernétique. Bon, reprendre une trame générale n’est pas bien grave, le cinéma de genre étant spécialisé dans la révision d’un sujet maintes fois exploité pour en sortir quelque-chose d’un peu plus personnel. Mais Richard Pepin et son équipe semblaient malheureusement manquer d’idées et ne se contentent pas de photocopier le script de leur modèle mais reprennent également la garde-robe de leurs robots, qui portent des vestes en cuir qui semblent crier « Hasta la vista, Baby » dès qu’elles apparaissent…

 

cyber1

cyber5

 

Signalons tout de même que dans une envie de n’oublier aucune valeur sûre du box-office, nos constructeurs de robots ont offert à leurs Trackers (c’est ainsi que sont appelés les tas de métal aux trousses du dragon) un flingue qui se cache dans leur cuisse. Oui, ça rappelle un certain Murphy qui avait lui aussi une partie de la jambe qui se détachait pour qu’en soit extraite une arme futuriste. Mais tout l’attirail vu dans Robocop coûte bien évidemment trop cher pour être replacé dans Cyber Trackers, même en version allégée! Nos braves Trackers (qui ont tous la même gueule, celle Jim Maniaci, trogne d’arrière-plan d’une multitude de productions, souvent peu cossues) peuvent en effet rentrer leur flingue dans leur peau via un effet spécial typé Windows 95. Bon, pourquoi pas, rien de spécialement rigolo là-dedans. C’est dans leur pantalon que vient en fait le détail qui fait plaisir: ils disposent d’un trou dans leur froc pour leur permettre d’attraper leur arme! Certes, un bout de tissu attaché par un « scratch » leur permet de le masquer quand ils marchent, mais tout de même, quelle idée ! Soyons tout de même honnêtes: si Cyber Tracker pique quelques idées à ses modèles (l’un des robots à le visage à moitié arraché, comme Schwarzy dans Terminator, et les actions du sénateur évoquent celles de l’OCP dans Robocop) pour les ressortir avec moins de finesse et de moyens, Richard Pepin garde tout de même le principal. A savoir nous pondre de l’action avec une régularité qui force le respect. Pas forcément de l’action de haut niveau, au contraire puisque l’on retrouve ici une certaine mollesse et quelques passages nanars (comme un gars qui fait des pirouettes de cirque parce qu’il se prend une balle), mais les séquences burnées ne tardent jamais à venir nous faire sentir leurs aisselles fleurant bon la poudre. Et les flammes! Car tout petit budget qu’elle soit, cette série B plutôt méconnue n’hésite jamais à ressortir sa plus belle pyrotechnie: les bagnoles sautent, les robots explosent, les hangars sont calcinés. Certes, pour Michael Bay ce ne serait qu’un film en Super 8 tourné dans son jardin en une demi-heure, mais tout de même, il faut préciser que l’on ne s’attendait pas à autant de générosité dans la détonation. Et Don Wilson dans tout ça ? Il donne quelques coups de pieds à des hommes de main et vide des chargeurs entiers dans le cul des robots, et ce malgré le fait que tout cela n’a aucun effet. Il faudra tout de même attendre son face à face avec son rival Richard Norton, une brute croisée au détour d’une série B ou d’une autre (il fut un ennemi fréquent de Jackie Chan, dans Nicki Larson par exemple), pour avoir un combat sympathique avec le dragon. Certes, ce n’est pas du kung-fu à la chinoise et la chorégraphie n’est pas des plus originale, mais cela sent la sueur et les coups méchants et ça nous suffit bien!

 

cyber2

cyber3

 

Alors que l’on s’attendait à un nanar pur jus, Cyber Tracker finit par nous surprendre en parvenant à s’en tirer sans trop de casse grâce à sa volonté de proposer au spectateur ce qu’il est venu chercher: une série B de SF bourrine et peu bavarde. Certes, quelques séquences sans intérêt tentent vainement de faire avancer l’intrigue, mais elles sont peu nombreuses et certaines se permettent quelques traits d’humour qui sont amusants dans ce qu’ils ont de raté. Je me dois de revenir sur l’ordinateur Agnès, demoiselle numérique qui gère tout dans l’appartement de notre héros, de l’éclairage à son sommeil. Rien de spécial là-dedans pour un film futuriste vous me direz. Oui mais vient ensuite la scène du verre d’alcool, dans laquelle Don Wilson se sert un petit remontant et propose à son amie Agnès d’en prendre un. Virtuel, le verre, bien entendu. Mais alors qu’elle ne veut en prendre que pour 5%, Wilson lui en sert dix fois plus, ce qui soûle l’ordinateur qui se met à parler avec une voix de pochtronne ! Un trait d’humour d’un certain genre, « autre » dirons-nous, qui devient irrésistible tant il est loupé ! De quoi rendre un peu plus mémorable ce Cyber Tracker qui n’est ni recommandable ni à esquiver, qui ne restera certainement pas dans les annales du fantastique mais qui a au moins le mérite de ne pas tromper le client. C’est déjà ça et cela suffit à obtenir au film une suite, toujours avec Don Wilson!

Rigs Mordo

 

 

cyberposter

 

  • Réalisation : Richard Pepin
  • Scénario : Joe Hart
  • Production : Joseph Merhi, Richard Pepin
  • Pays: USA
  • Acteurs: Don « The Dragon » Wilson, Richard Norton, Stacie Foster, John Aprea
  • Année: 1994

8 comments to Cyber Tracker

  • M. Bizarre  says:

    La bonne vieille époque où les Digital Man, Cyborg Cop, APEX et Shadow Chaser se disputaient les miettes de succès de RoboCop et Terminator dans les vidéo club. Celui-ci est, comme tu le dis, globalement regardable et pas des plus mal troussé. Ça n’a rien d’extraordinaire, mais ça fonctionne pour peux qu’on est la nostalgie de ses DTV d’époque.

    Richard Norton était le partenaire de Cynthia Rothrock sur pas mal de petits actionner (aux US comme a Hong Kong), et Donnie n’est pas a son meilleur ici mais il a fait bien pire. Et puis, Richard Pepin oblige, ça pétarde vachement et y a des poursuites bien troussé.

  • Dirty Max 666  says:

    Je ne l’ai pas vu celui-là, mais Don « The Dragon » Wilson (aucun lien de parenté avec Lambert Wilson) me ramène à l’époque du magazine Impact. Époque où je me suis envoyé en VHS d’autres sous-Terminator à la sauce Kickboxer. Je garde notamment une tendresse émue pour « TC 2000 », un Bis bourrin dans lequel ce bon gros mastard de Billy Blanks se frite avec Bolo « Bloodsport » Yeung et Matthias « Dark Angel » Hues. Tu vois « Orgueil et préjugés » ? Et bien, ça n’a rien à voir.

  • M. Bizarre  says:

    Mais de rien 🙂
    Au passage il existe un Cyber Tracker 2, toujours avec The Dragon, où un Tracker nouvelle génération peut maintenant prendre l’apparence de n’importe qui. Un petit côté T-1000, avec même un combat contre deux anciens modèles issu du 1er film qui évoque aussi bien T2 que RoboCop contre l’ED209 dans l’idée.

    En revanche le film est un peu moins bon, plus mou, dans mes souvenirs.

  • Roggy  says:

    Ah Rigs ! toujours prêt à nous sortir du fin fond de sa grotte un SF movie des 90’s avec Don « The dragon ». Respect 🙂

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>