Bones

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Bow wow wow yippy yo yippy yai! Et ouais, c’est pas trop dans l’ambiance de la crypte mais pour changer un peu d’air, on va se la jouer « pimp » le temps d’une chronique adéquate puisque mettant scène ce chien fou de Snoop Dogg. De quoi ronger quelques os ?

 

Les aprioris, on a beau tenter de les éviter autant que possible, les tenir à l’écart de nos pensées les plus profondes, on finit toujours par retomber dedans à un moment ou un autre. Pas de quoi être fier mais que voulez-vous, on ne peut pas toujours penser du bien de tout le monde et rester neutre en toute occasion. Et Snoop Dogg je ne l’aime pas des masses. C’est comme ça, j’y peux rien, lui peut-être un peu plus. Je n’ai rien contre le rap, qui peut renfermer d’excellents artistes, mais notre chien, qui visiblement préfère qu’on voit en lui un lion vu qu’il a récemment demandé à se faire appeler Snoop Lion, notre lion donc, représente à peu près tout ce qu’il y a de plus putassier dans ce genre musical empilant les rimes et les « nigga ». Fringué comme une bijouterie, entouré de gonzesses toutes plus pétasses les unes que les autres, petite ambiance gangsta genre « je vends l’équivalent du mont blanc tous les deux jours », scandales dans tous les sens,… Le Snoop est un cliché ambulant, une personnalité plus qu’une star de la musique (je ne me souviens pas avoir entendu une chanson de sa part, le gus étant plus souvent invité chez les autres que maître de ses propres titres) et s’il m’est aussi sympathique qu’un hémorroïde, force est de constater qu’il dispose d’une aura particulière, une certaine forme de charisme dans un sens, qui n’appartient qu’à lui. Avec ses airs constamment enfumés (faut dire que le mec te fume des forêts entières de marijuana) tout en gardant son petit sourire en coin et son œil malicieux, le populaire rappeur ne pouvait que tenter une carrière ciné, entamée dès ses premières années. Sans surprise, notre chien qui fume est passé par la case « horreur ». Sans surprise car il est visiblement de coutume pour les rappeurs de passer à un moment ou un autre par l’épouvante, la liste de nos manieurs de verbe qui se sont retrouvés dans des séries B étant longue comme une journée devant le Tour de France. LL Cool J fait le gardien de nuit dans Halloween: 20 ans après tandis que Busta Rhymes se charge de kicker la face de Myers dans le foireux Halloween: Resurrection, Redman fait face à la poupée tueuse dans Le Fils de Chucky, Method Man se retrouve dans Hood of Horror (produit par le Snoop par ailleurs, qui y incarne aussi le premier rôle), Ice-T croise la route de ce foutu lutin dans Leprechaun in the Hood, Ice Cube (histoire de rester dans la glace à la vanille) combat du serpent dans Anaconda et se fritte sur Mars dans Ghost of Mars, Coolio croise les nonnes diaboliques dans Le Couvent,… Et on pourrait continuer comme ça pendant dix plombes…

 

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Le cinéma horrifique aime donc beaucoup les rappeurs alors que ceux-ci n’ont, contrairement aux métalleux, jamais réellement montré une passion indéfectible pour le genre qui nous occupe. Mais alors que les chevelus crient leur amour aux dieux du gore, ils sont généralement repoussés pour laisser la place aux princes du hip-hop, forcément plus vendeurs puisqu’attirant une fanbase nettement plus dense. C’est dommage mais c’est ainsi et il faudra bien s’y faire et tenter de prendre par le bon bout ce Bones qui tenta en 2001 de faire de Snoop Dogg une star de cinéma. Un essai raté par ailleurs puisque le film, qui coûtait tout de même 16 millions (énorme pour un film d’horreur), n’en rapporta que 8, et péniblement en plus! Un échec cuisant qui s’accompagna de critiques désastreuses, le film d’Ernest R. Dickerson (Tales from the Crypt: Demon Knight et un paquet d’épisodes de séries comme The Walking Dead, Dexter ou Masters of Horror) se faisant démolir un peu partout, sa moyenne sur les sites notant le cinoche étant généralement passée sous la barre du cinq. Pas de quoi rassurer le bisseux qui craignait déjà de se retrouver face à de la merde de clebs malade depuis que l’affiche lui annonçait fièrement que Snoop Dogg tient le rôle principal. Mais vous savez ce que c’est, on n’est jamais aussi sûr du tranchant du mixer que lorsqu’on y a laissé quelques phalanges. Alors engouffrons-nous dans la mâchoire de ce cabot à la mauvaise réputation et qui raconte le tragique destin de Jimmy Bones (Snoop Dogg). Parrain apprécié et généreux d’un mauvais quartier des années 70, le pauvre Jimmy meurt trahit par plusieurs de ses amis, assassiné dans sa propre maison suite à un échange musclé au sujet d’un trafic de drogue. Plutôt sage de son vivant, le Jimmy va peu à peu laisser toute sa rage s’extraire de l’au-delà pour hanter les lieux de sa mort, qui seront dès lors esquivés par tous les habitants du quartier, qui savent pertinemment ce qui les attend s’ils y foutent un pied. Mais une vingtaine d’années passe et une fratrie de jeunes décide d’acheter la fameuse bâtisse pour y installer leur club, imaginant déjà les scracth du DJ résonner en ces lieux poussiéreux. Mais vous l’imaginez bien, tout cela a surtout pour effet de permettre à Bones de revenir d’entre les morts pour laisser libre cours à son horrible revanche…

 

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Sur le papier, rien de très original et, à vrai dire, à l’écran non plus. Nous sommes là en face d’un pur film de boogeyman qui tente visiblement de s’aligner sur les aventures cauchemardesques du père Freddy Krueger, que l’on imagine bien représenter le modèle inavoué de l’entreprise. On retrouve effectivement cette alliance entre l’horreur graphique et une certaine forme d’humour qui rappelle un peu les opus les plus décontractés de la saga griffue. On pourrait d’ailleurs remplacer Bones par notre ami au pull rayé que l’on n’y verrait que du feu puisqu’on retrouve quelques éléments qui ont participé au succès du mythe initié par Wes Craven: vieille bâtisse peu engageante, cave avec une vieille chaudière qui s’emballe, parents qui ont commis un acte meurtrier qu’ils tentent de masquer à leur progéniture qui ira bien entendu dans la gueule du loup, ou plutôt du chien, et quelques meurtres fantastiques et parfois cartoonesques. On assiste donc à des têtes coupées qui continuent de se plaindre ou encore à une amusante tuerie lors de laquelle le sang gicle sur les murs et reforme la silhouette des victimes. Bones ne se prend donc jamais totalement au sérieux et c’est par ailleurs préférable car on ne peut pas dire que le Snoop puisse prétendre au rôle de croquemitaine légendaire, sa frimousse amusant plus qu’elle n’effraie, gros reproche généralement envoyé à la tronche du film. Un peu déplacée par ailleurs, la pique balancée à l’acteur principal, qui n’essaie jamais vraiment de faire peur et mise justement sur le second degré de l’affaire, les bons mots (rarement drôles, cependant) prouvant par A + B que le but n’était pas ici de faire décharger de la fiente par paquet de douze dans les falzars des spectateurs. Bien sûr, Dickerson tente tout de même de faire monter la pression à une ou deux reprises, déballant pour l’occasion un arsenal graphique plutôt sympa comme les apparitions d’âmes damnées qui tentent d’attraper les vivants… Pas de quoi se retrouver avec la blanche chevelure d’André Dussolier, mais on appréciera le travail visuel, plutôt travaillé et qui rappellera au bisseux quelques images qu’il connaît fort bien…

 

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Car aussi surprenant que cela va vous paraître, Bones est clairement l’un des films américains le plus influencé par le bis rital. Oui, je sais, imaginer un truc avec Snoop Dogg qui se réfère au cinoche horrifique italien de la grande époque, ça sonne comme un coup d’ongle sur un tableau noir. Et pourtant, il y a clairement du Argento dans tout ça et du Suspiria en particulier comme nous le rappellent ces couleurs vives qui vont du rouge écarlate au vert le plus criard. Sans compter sur cette scène montrant des asticots tomber du plafond pour aller se nicher dans les cheveux des danseurs venus festoyer dans le club. Et d’où qu’ils viennent, les petits vers ? Visiblement de l’esprit de Lucio Fulci, venu rajouter une ligne au scénario, puisque c’est un chien maléfique qui s’amuse ici à vomir un torrent de larves sur la face dégoutée de l’un des jeunes tenanciers de la boîte de nuit. Ca ne vous rappelle pas Frayeurs, ça ? De même, on peut songer à L’Au-delà lors du flashback nous montrant le pauvre Jimmy Bones se faire trahir par ses anciens amis, qui vont le poignarder tour à tour, créant son courroux qui ouvrira les portes de l’Enfer, venu s’installer dans la bicoque, par ailleurs fort gothique avec sa poussière envahissante et son look à faire reculer un croque-mort. A la glorieuse Italie est également emprunté un sang tenant plus de la peinture rosâtre que de la véritable hémoglobine, retrouvant même son aspect épais, ce qui sera un défaut pour ceux qui cherchent du crédible (ils sont mal tombés avec Bones) mais fera bien plaisir aux amoureux du sang peinturluré de Zombie et des œuvres de l’ami Dario. Ajoutez à cela une grosse louche de Blaxploitation et vous pouvez fort logiquement penser que nous tenons là le plus seventies des films du début des années 2000, le vice étant poussé jusqu’à ramener Pam Grier, que l’on retrouve toujours avec plaisir et qui incarne ici une médium qui fut jadis la maîtresse du Bones. Ce qui apporte par ailleurs une certaine originalité au métrage puisque l’on ne voit pas tous les jours une trame horrifique s’incruster dans un univers fait de gangsters afro. Bien sûr, Bones à des airs d’accumulation vaine, mixant allégrement le slasher fantastique, le cinéma black, le bariolage spaghetti, le second degré hérité des eighties et une bande-son forcément orientée rap (et par ailleurs plutôt pas mal, et j’en suis le premier surpris). Cela pourrait créer un véritable foutoir mais par je ne sais quelle magie, le tout sonne comme assez équilibré et forme un tout pas désagréable, au contraire, puisque l’on ressent une vraie décontraction, forcément appréciable. De même, c’est avec joie que l’on assistera à quelques effets à l’ancienne, comme le retour à la vie de Bones, qui reprend de la chair au fur et à mesure que le chien diabolique dans lequel son âme est logée mange des innocents (une bonne idée scénaristique, par ailleurs), un effet qui n’est pas sans rappeler le premier Hellraiser.

 

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Malheureusement, aussi sympathique était le film jusque-là, il lui fallait bien quelques défauts qui viennent ternir l’ensemble. Passons sur le vieillissement des effets numériques, désormais terriblement moches (le visage de Snoop sur le chien, c’est assez honteux), après tout c’est le jeu du temps que d’effriter les œuvres, d’autant que c’est ici contrebalancés par les effets en durs cités plus hauts et eux bien plaisants (le sang qui s’écoule du tapis de billard lorsque Bones le lacère avec son couteau). Plus gênante est par contre la lenteur pachydermique que se tape le film dans sa première partie, qui prend une heure à en venir aux choses sérieuses. Les deux-tiers du scénar sont donc consacrés à la renaissance mollassonne de notre tueur gangsta, qui n’aura donc plus qu’une demi-heure pour aligner les morts, par ailleurs peu gore même si l’on reconnaît un certain plaisir communicatif dans cette volonté à faire gicler le sang dans tous les sens. Mais il faudra être assez patient pour en arriver là, car si la première partie de Bones n’est pas mauvaise, elle ne passionne guère non plus et l’on s’étonne de la voir si apathique alors qu’il est évident que le but initial était de livrer du fun bien roulé. C’est d’autant plus dommage que la réalisation est plutôt bien pensée, jonglant avec aise entre les différentes époques (les joyeuses et solaires années 70 face au quotidien grisâtre des bas quartiers actuels) et que le scénario proposait un personnage intéressant, Bones esquivant les clichés du gangster féroce puisqu’il était, de son vivant, une âme charitable et aimante. Bien dommage que le tout soit si lent à démarrer et que l’on se paume dans des déambulations certes pas désagréables, mais qui manquent tout de même de mordant, d’autant que les persos sont relativement peu attachants (on notera Katharine Isabelle des Ginger Snaps, actrice apprécié des fans du genre, j’ai jamais trop capté pourquoi d’ailleurs). Vu le sujet et le titre, c’est tout de même un comble! Reste que le tout vaut mieux que ce qu’on peut en lire et qu’il y a certainement plus pathétique à trouver dans la cuvée 2001. Et rappelez-vous: c’est pas un ami de Snoop Dogg qui vous le dit!

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation : Ernest R. Dickerson
  • Scénario : Adam Simon, Tim Metcalfe
  • Production : Rupert Harvey, Peter Heller et Lloyd Segan
  • Pays: USA
  • Acteurs: Snoop Dogg, Pam Grier, Clifton Powell, Khalil Kain, Bianca Lawson
  • Année: 2001

6 comments to Bones

  • Dirty Max 666  says:

    Quelle verve, Rigs ! Je partage ton point de vue sur l’horripilant « Snoopy ». C’est d’ailleurs pour ça que je ne me suis jamais rué sur ce « Bones », qui – en plus – est aussi le titre d’une série moisie. En revanche, le côté Blaxploitation et les références au Bis italien me parlent. Donc à l’occaz, j’essaierai de lui donner une p’tite chance.

  • Roggy  says:

    Je ne garde pas un souvenir impérissable de ce film pas très beau visuellement, malgré quelques éléments horrifiques et référentiels comme tu l’écris si bien. Snoop est peut-être un fan du genre mais il est souvent à l’ouest. Faut voir ses émissions à la télé où il est complètement défoncé 🙂

  • Princécranoir  says:

    « Fulci, au pied ! » C’est chouette ça comme nom pour un clébard ! Ceci dit, je risque pas trop de voir débarquer l’ami canin dans mon foyer vu que ma femme s’est faite chopper y a pas trois semaines à a cuisse (« Est-ce que je vous ai déjà parlé d’ma femme ? » « mais non lieutenant »). Bon j’arrête de raconter ma vie (ce qui empiète à nouveau sur l’édito qui se profile du mois prochain) pour m’élancer dans une salve de compliments à l’adresse de l’auteur des lignes ci-dessus rédigées. Bien belle prose, grassement nourrie, pour un film qui visiblement bouffe dans toutes les gamelles sans afficher le moindre pédigrée. Je n’ai personnellement rien contre ce grand fumeur de Ganja devant l’éternel (sans doute aujourd’hui exilé volontaire dans le Colorado), mais je dois admettre que ma curiosité pour Snoop s’arrête à quelque duo avec le Dr Dre, histoire de finir les soirées bien arrosées en se secouant comme un zombi abruti sur l’air de « Murder wa the case ». Je me permet donc de te laisser ces os à ronger, même s’ils sont marinés dans une sauce italienne frelatée.

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