L’Invasion des Morts-Vivants

Category: Films Comments: 6 comments

plagueteaser

On dit que ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort mais est-ce que cette maxime s’applique au cinéma fantastique ? Pas selon John Gilling, réalisateur important de la firme qui vous rend marteau, j’ai nommé la Hammer Film, et qui nous montre que l’on peut sortir de la tombe tout en étant plus fringuant que lors de son vivant!

 

Terence Fisher est un grand, on le sait, si bien qu’il n’est plus nécessaire de le rappeler alors que quelques autres artistes de la Hammer restent un peu en retrait. Pas nécessairement oubliés, mais toujours planqués dans l’ombre imposante du réalisateur de Frankenstein s’est échappé! et du Cauchemar de Dracula. John Gilling est de ceux-là, de ces noms que seuls les amateurs de la firme connaissent fort bien, de ces patronymes qui collent des étoiles noires dans les yeux de ceux qui ont vu ses œuvres. Pas toujours parfaites comme en atteste ce Dans les Griffes de la Momie un peu chiant sur les bords, mais souvent marquantes, comme le très bon L’Impasse aux Violences (qui, pour le coup, n’est pas un Hammer) ou le culte La Femme Reptile, l’un des quelques titres de la firme à être connu (et reconnu) alors qu’il ne fut pas mis en boîte par le Terence. Et puis il y a L’Invasion des Morts-Vivants, alias The Plague of the Zombies, sorti en 1966 et qui est peut-être le meilleur film de son auteur. Mais là encore, si nous tenons un fleuron de la Hammer bien connu de ses adulateurs, cette péloche zombiesque peine un peu à s’inscrire dans la liste des bandes de revenants les plus connues. C’est pourtant l’une des plus mémorables et elle préfigure La Nuit des Morts-Vivants de vous-savez-qui, qui ne sortira que deux années plus tard mais deviendra malgré tout le maître étalon du genre. Le génie de Romero fut peut-être celui d’inscrire son invasion cadavérique dans un canevas réaliste alors que le film de Gilling préférait s’implanter dans un fantastique pur et dur en lorgnant du coté des forces obscures d’Haïti puisque la menace est liée aux rites vaudous. Comme le génial White Zombie avec Lugosi avant lui et le tout aussi indispensable L’Enfer des Zombies après lui, on peut d’ailleurs imaginer que Lucio Fulci s’inspira de L’Invasion des Morts-Vivants pour réaliser son œuvre culte, les deux films partageant le même soin apporté aux looks des zombies. Une œuvre influente que ce The Plague of the Zombies comme vous allez vous en rendre compte…

 

plague4

 

1860, Londres, Sir James Forbes (André Morell), un médecin respecté dans tout le pays, reçoit une lettre de Peter Thompson (Brook Williams), un ancien élève parti installer son cabinet à la campagne. Dans sa missive, le jeune homme explique qu’il doit faire face à un mal mystérieux qui emporte les habitants les uns après les autres, sans que l’on puisse en expliquer la cause. Fatigué, le teint pâle, le peuple des Cornouailles se meurt sans qu’une raison rationnelle ne puisse l’expliquer. Puisque sa fille Sylvia (Diane Clare) veut profiter de l’occasion pour retrouver son amie Alice (Jacqueline Pearce), épouse de Peter, le vieux Forbes accepte de se rendre sur les lieux, un petit village reculé. Sur place, il découvre que la peur a envahit la région et que la méfiance est de mise, surtout lorsque les morts commencent à sortir de leurs tombes… Une intrigue qui pourrait presque se faire passer pour celle d’un Sherlock Holmes, une comparaison évidente lorsque l’on découvre que L’Invasion des Morts-Vivants plonge volontiers dans le genre policier puisque c’est une enquête qui donnera le rythme du scénario, qui charpentera le film. Celle de Forbes, un vrai cerveau comme le fin limier, qui est en prime interprété par un André Morell que vous connaissez sans doute pour avoir incarné le docteur Watson dans Le Chien des Baskervilles version Hammer avec Peter Cushing et Christopher Lee. Autant dire que le parallèle se fait encore plus vite et qu’on a parfois l’impression que le meilleur ami de ce bon vieux Sherlock s’est offert une aventure en solo. Après tout, ils ont le même métier et le même faciès! Mais là où nous trouverons une différence de taille avec les adaptations du héros de Baker Street, c’est lorsque Gilling et son scénariste Peter Bryan (derrière le script du Chien des Baskervilles, justement, mais aussi des Maitresses de Dracula, entre autres) décident de nous révéler d’emblée l’origine du mal qui touche les villageois. A savoir des rites vaudous.

 

plague3

 

Il ne sera pas non plus fait grand mystère de l’identité du malotru qui s’amuse à envoyer tout le monde au cimetière. Il s’agit ainsi du châtelain Clive Hamilton (John Carson), revenu d’Haïti avec de la magie noire en poche. Il aime donc jouer à la poupée et ensorceler les imprudents qui lui donneront un peu de leur sang. Ce que l’on ne sait pas, c’est dans quel but il réveille les morts, et je ne vous révèlerai pas le pourquoi du comment puisque c’est en cela que consiste tout le nœud de l’intrigue, qui est par ailleurs plutôt habile. Car en montrant ce qu’il advient de la pauvre Alice, empapaoutée par le vil Hamilton, nous pouvons voir toute sa cruauté, qui se reporte ensuite sur Sylvia, la fille de Forbes. C’est dès lors une lutte contre le temps qui s’enclenche, le spectateur sachant fort bien ce qui attend la demoiselle si l’on n’arrête pas la sombre entreprise du félon. Tendus nous sommes donc et cette course contre la montre, qui égayait déjà Le Cauchemar de Dracula, apporte sans conteste un plus et une dynamique que l’on ne retrouvait pas toujours dans les films de la Hammer, généralement plus pépères (ce qui n’est pas un défaut à mes yeux lorsque c’est bien fait, et on sait que la Hammer le faisait plus que bien). Ne vous imaginez pas cependant face à un film qui court dans tous les sens, L’Invasion des Morts-Vivants restant un pur film gothique d’époque qui prend surtout le temps de poser son ambiance, mais disons que cela n’empêche pas le tout de garder un aspect trépidant. D’autant que les révélations s’enchainent et qu’il n’y a pas une scène inutile ici, tout coulant de source comme le liquide vaisselle de la queue de Mr Propre. En prime, les personnages principaux nous sont aussi sympathiques que l’antagoniste ne l’est pas, le professeur Forbes étant un héros fort appréciable, son coté bougon et réservé permettant par ailleurs à Morell de trouver ici l’un de ses meilleurs rôles et de proposer une excellente interprétation, tandis que Clive Hamilton est une ordure sans nom et peut concourir au prix de pire salaud de l’histoire de la Hammer. Et là encore, il faut louer les talents du comédien John Carson (Une Messe pour Dracula et d’autres Hammer, on le retrouve aussi dans le Doomsday de Neil Marshall) qui est parfait dans les frusques de ce salopard notoire, par ailleurs entouré de sbires pas bien meilleurs…

 

plague1

 

Le reste du casting est à l’avenant et les amoureux de la Hammer seront dans leurs petits souliers en retrouvant quelques têtes connues. Ainsi on se retrouve avec Diane Clare (plutôt une actrice de télévision mais que vous avez pu voir dans La Maison du Diable), cette bonne vieille trogne de Michael Ripper, un vrai habitué des tournages Hammeriens (Dracula et les Femmes, Captain Clegg, La Malédiction des Pharaons,…), ou Jacqueline Pearce. Notons d’ailleurs que ces deux derniers seront également dans La Femme Reptile, qui partage avec L’Invasion des Morts-Vivants de nombreux décors, comme celui du cimetière. Ce qui n’est pas une surprise puisque les deux films furent tournés « back to back » comme on dit, l’un à la suite de l’autre, ce qui explique une forte proximité visuelle et stylistique puisque nous parlons là d’une horreur « paysanne ». Si vous aimez les manoirs inquiétants (on retrouve ici le décor du château de Dracula, un peu réaménagés mais reconnaissables), les vieux cimetières (le même que celui de La Femme Reptile, et vu comme il était splendide on ne va pas s’en plaindre), les forêts lugubres, les mines abandonnées et les villages reculés, vous serez aux anges. Et niveau monstres aussi d’ailleurs puisque nous tenons-là quelques fiers zomblards, parmi les plus beaux que le cinoche horrifié aura proposé au fil des temps. Modestement maquillés (la gueule peinturlurée, un peu de plâtre et roulez jeunesse), ils prouvent qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un budget conséquent pour proposer des zombies qui ont de l’allure, ceux de Gilling en remontant à la plupart de leurs cousins modernes. Portant de bien jolies robes de bure, les cheveux poussiéreux, le teint bleuté ou verdâtre, les yeux vidés de toute âme, ils en imposent vachement et il est probable que Fulci se souviendra d’eux une dizaine d’années plus tard quand il tâtera lui aussi du cadavre mouvant. Ceux-ci s’offrent en tout cas une magnifique séquence, celles où ils sortent de terre, accompagnés d’un brouillard et d’une musique pesante et diabolique, peut-être la plus flippante de celles composées par l’obligatoire James Bernard. Avançant lentement vers un vivant pétrifié par la peur, marchant dans une flaque de sang écarlate, les morts ont rarement été aussi imposants et il ne serait pas surprenant que le grand Amando de Ossorio se soit rappelé de cette scène pour la sortie de tombe de ses Templiers…

 

plague2

 

Dans le genre « visuel qui tâche », il est obligatoire d’évoquer le style de la secte vaudou, ses adeptes portant des masques qui nous renvoient aux tortionnaires de l’inquisition tandis que le prêtre en chef dispose d’un magnifique, et culte, masque satanique. Effet garanti pour un film qui peut donc se vanter d’être parmi les plus effrayants de la firme, qui ne manquait déjà pas d’atouts dans ses autres pellicules ensanglantées. Un vrai chef d’œuvre quoi, dont on regrettera peut-être ces classiques nuits américaines peu crédibles puisque, dans Plague of the Zombies, minuit ressemble à 14 heures. Mais cela a son charme aussi pour peu que l’on sache les embrasser de la bonne joue. Vous l’aurez compris, si vous aimez les zombies qui pètent la classe, c’est du coté du cimetière Gilling qu’il faut creuser! D’ailleurs, le film est devenu culte chez quelques métalleux qui ne s’y sont pas trompés, comme les death métalleux de Death Breath qui nous placardent la tête de l’un des morts sur la pochette de leur premier (et très bon) album: Stinking up the night! Y’a pas à chier, y’en a qui ont du goût…

Rigs Mordo

 

 

plagueposter

  • Réalisation : John Gilling
  • Scénario : Peter Bryan
  • Production : Hammer Film
  • Titre Original: The Plague of the Zombies
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: André Morell, Diane Clare, Brooks Williams, Michael Ripper, John Carson, Jacqueline Pearce
  • Année: 1966

6 comments to L’Invasion des Morts-Vivants

  • Dirty Max 666  says:

    Quand les délices ténébreux de la Hammer ornent les murs de la crypte toxique, le cinéma fantastique en ressort toujours grandi. On pense très peu à John Gilling lorsque l’on cause de la firme britannique et pourtant « L’invasion des morts-vivants » et « La femme reptile » forment un excellent diptyque (même si le génial « L’impasse aux violences » me semble encore plus abouti, mais comme tu l’as précisé, ce n’est pas une péloche Hammer).

  • Oncle Jack  says:

    Comment ne pas être d’accord avec une chronique aussi élogieuse sur un des meilleurs films de la Hammer ?
    Réalisateur bien moins présent dans la firme que les Fisher ou Guest, John Gilling reste malgré tout l’un des pilier de cette dernière.
    Et que quelqu’un ose me dire que « La femme reptile » est un navet !

  • Roggy  says:

    Je souscris aux commentaires des bisseux sur la qualité du papier et du film. Un des rares Hammer à traiter de ce sujet. Un film différent qui changeait des éternels vampires et monstres de Frankenstein.

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>