The Human Centipede (First Sequence)

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The Human Centipede ou l’un des plus beaux buzz que le cinéma horrifique se sera offert ces dernières années. Beavis et Butthead ont adoré, South Park et bien d’autres l’ont parodié et l’industrie du porno, jamais la dernière à surfer sur une vague ardente, a fourni sa version coquine, The Human Sexipede. Dire que tout cela est parti d’un « insecte » hollandais que vous ne risquez pas de trouver dans votre jardin…

 

En matière d’horreur, nous pensions que nous nous souviendrons des Pays-Bas seulement pour le réalisateur Dick Maas, le Hollandais ayant apporté au genre deux petits films cultes (Amsterdamned et L’Ascenseur) et continue encore à verser dans le fantastique comme l’a récemment prouvé son Saint dans lequel le grand Saint Nicolas se faisait surtout le patron des écorchés. Mais Maas n’est désormais plus la seule fierté des fantasticophiles des Pays-Bas, un certain Tom Six l’ayant rejoint dans ce cercle très privé (et surtout très restreint). Un original, qui se ballade avec un chapeau de cowboy et de grosses lunettes de soleil, qui débuta à la télévision, bossant avec Endemol sur la télé-réalité Big Brother avant de réaliser ses propres films, qui ne feront que peu de vagues. Le succès, il viendra avec The Human Centipede, un projet particulièrement dingue puisque le récit s’attarde sur les expérimentations d’un savant fou qui s’amuse à relier trois personnes pour créer un long tube digestif. Et le clou du spectacle, c’est bien évidemment le fait que les trois malheureux qui servent à la création de ce mille-pattes humain sont collés les uns aux autres, la bouche contre l’anus. Un principe aussi tordu qu’hilarant sur le papier mais qui pose aussi problème à Tom Six, qui se rend bien compte qu’il ne lui sera pas facile de trouver des financements pour filmer pareil délire. Malin, voire un peu arnaqueur sur les bords, il ne donne à lire qu’une partie du scénario, celle où il n’est pas encore question de ce joli insecte humain, laissant entendre aux investisseurs que leur argent servira à produire un film d’horreur tout ce qu’il y a de plus classique, avec ses jeunes filles naïves de service, bien entendu paumées dans les bois, et qui tombent sur un vilain docteur pas gentil du tout. Banco ! Ca prend et le réalisateur obtient suffisamment de brouzoufs pour coucher son idée sur pellicule. La suite, on la connaît…

 

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Si The Human Centipede a connu un tel succès, c’est aussi et surtout parce qu’il est sorti au bon moment, à une époque où les gens passent énormément de temps sur Twitter et Facebook et s’amusent donc à s’échanger les images les plus rigolotes et débiles que le net peut leur servir. Autant dire que dans ce monde 2.0 où le plus important est de dénicher en premier la prochaine tendance bizarroïde histoire de pouvoir dire « j’étais le premier à en causer! », un film au pitch que Christophe Lemaire qualifierait sans doute de « zazou » ne pouvait que faire fureur. Le film de Tom Six a donc fait le buzz comme diraient Benjamin Castaldi ou Nikos Aliagas, et ce avant même que sa bande-annonce ne soit visible. Le principe suffit, à partir du moment où les gens sont sûr de pouvoir assister à quelque-chose d’inédit et d’un peu trash, le message est passé et le bouche-à-bouche est enclenché. Il n’est donc pas nécessaire d’être un bisseux confirmé pour avoir entendu parler de The Human Centipede, les ados, petits et grands, en quête de sensations fortes se sont également emparés du phénomène, ceux qui l’ont vu pouvant dès lors marcher comme des cowboys dans la cour de l’école, tout fiers qu’ils sont de leur petite séance anti-conformiste du week-end. S’il y a donc bien un film d’horreur qui aura bénéficié d’internet, c’est bien celui de Tom Six, qui par ailleurs sentait bien que sa bizarrerie allait fonctionner puisqu’il l’avait sous-titrée (the first sequence), ce qui laisse à penser qu’il avait déjà prévu de pondre au moins une suite. Bingo ! Il en sortira même deux, le troisième opus devrait sortir dans les temps qui viennent. Un vrai phénomène, qui aura eu droit à son lot de t-shirts et de parodies, puisque même des séries « traditionnelles » comme South Park ou Beavis & Butthead participèrent au buzz. Mais est-ce que le film mérite réellement tout ce battage ? Là est la question…

 

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Comme précisé plus haut, Six a préféré planquer le mille-pattes sous le tapis pour commencer, histoire de ne pas trop foutre la pétoche à ses investisseurs, qui ne doivent pas trop aimer les bisous sur le fion. Du coup, le début du film recopie le déroulement des trois-quarts des slashers ou survival de ces trente dernières années, le réalisateur, également scénariste, avouant que son but était également de surprendre les spectateurs en leur proposant un point de départ classique pour ensuite déjouer ses attentes à grand renfort de points de sutures autour du trou de balle. Pourquoi pas. On fait donc la connaissance de deux américaines, pas très finaudes, qui se font un road trip dans toute l’Europe et crèvent bien évidemment un pneu alors qu’elles sont dans un coin aussi paumé que forestier de l’Allemagne. Effrayées par un gros allemand qui leur dit des saloperies dans sa langue natale, elles entreprennent de fuir dans la forêt à la recherche d’une jolie demeure où se protéger de la pluie (car oui, en plus il y a une petite tempête, histoire d’ajouter un cliché supplémentaire). Et chez qui elles tombent, les copines ? Chez le savant fou du coin, bien entendu ! A savoir un certain docteur Heiter, gloire locale de la chirurgie séparatrice, fatigué de couper du siamois et qui se sent une âme de Frankenstein. C’est décidé, dorénavant, il va créer. Il a déjà commencé d’ailleurs puisqu’il a déjà relié ses trois clebs, une idée parfaitement géniale puisque cela fait trois fois moins de merdes de chien à ramasser. Les chenils devraient en prendre de la graine. Je vous vois venir d’ici, mauvaises langues que vous êtes. Vous vous dites que le doc’ a placé des clous sur la route pour que les automobilistes égarés soient obligés de venir frapper à sa porte, à quelques mètres seulement du bitume. Même pas ! Heiter est tout surpris de se retrouver face à deux jolies américaines trempées, en pleine nuit (on le serait aussi). C’est donc un formidable hasard qui donne au film son récit, faisant par la même occasion de nos deux américaines les personnages les plus malchanceuses de l’histoire du cinéma bis de récente mémoire.

 

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Bien entendu, à peine entrées dans la demeure, notre bon toubib leur administre la drogue du viol. Reposez le combiné du téléphone, il ne profite pas d’elles, soyez rassurés ! Non, le viol, c’est bien trop vulgaire, le Heiter préfère les coudre à un japonais (pas très content de cet anulingus forcé, par ailleurs) qui a la chance d’être la locomotive de l’entreprise et est donc placé en début de file, ce qui entraine qu’il devra se soulager dans la bouche de la première américaine, qui devra elle-même chier dans la bouche de sa copine, qui de son coté pourra faire ses besoin à l’aise sans qu’on lui souffle dans les fesses. A choisir, je préfèrerais tout de même être au premier rang, les deuxième et troisième donnent trop mauvaise haleine. Bon, je l’avoue, je me moque un peu, mais comment ne pas sourire devant pareille entreprise ? Car Tom Six a beau faire tout son possible pour rendre son film aussi sérieux que faire se peut (image terne comme un téléfilm Arte, ambiance clinique, douleur constante des pauvres rouages du mille-pattes), il est difficile de ne pas se marrer, d’autant que le personnage d’Heiter (qui physiquement est une fusion improbable entre Van Damme, Tchéky Karyo et Howard Vernon, ce qui est parfois troublant) en fait des caisses et lâche régulièrement quelques phrases particulièrement drôles avec son accent coupant comme un katana de ninja. Et puis qui n’esquisse pas un sourire amusé et plein de recul devant une chaîne d’anulingus est un dangereux psychopathe. Il n’est bien entendu pas interdit d’être écœuré, surtout lorsque le nippon se déleste dans les gencives de sa voisine de derrière, mais en rire n’est pas sale non plus. Rassurez-vous, amis des frissons, Six se démerde tout de même pour offrir quelques moments de tension qui ne donnent pas envie de se moquer, en grande partie parce que ses acteurs sont convaincants et parviennent à nous faire croire aux douleurs qu’ils subissent, ce qui n’était pas gagné d’avance…

 

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Mais tout n’est pas rose dans The Human Centipede, à commencer par une structure narrative finalement handicapante. Car si Tom Six n’a aucun mal à se justifier du point de départ un peu trop classique en expliquant que c’était pour tromper ses banquiers et ses spectateurs, il faudra qu’il se justifie sur le fait que la deuxième partie du film souffre du même syndrome. Car si vous retirez l’attraction principale que constitue le fameux « centipede », vous obtenez un film de torture comme un autre, avec ses victimes enfermées dans un lieu pas joyeux dont elles tenteront de s’échapper. La seule différence, c’est qu’ici elles sont à genoux et collées culs contre bouches. On se retrouve donc avec les moments obligatoires du genre, de l’échappée avortée à la venue de la police dans la maisonnée. Un coup dur pour un film qui nous promettait tant d’inédit et laisse donc l’arrière-goût de déjà-vu, ce qui est tout de même un comble. Et il ne faut pas vraiment compter sur la réalisation pour relever le niveau puisque cette dernière n’offre rien de particulièrement bandant, à un ou deux plans près on est dans le fonctionnel. Pas de folies visuelles, Six préférant l’horreur réaliste au fantastique, il plante donc son décors dans une vérité totale. Il ne verse pas particulièrement dans le gore non plus, quelques plans de fesses découpées ou de pu sortant d’une plaie faisant office de summum de l’horreur. Le spectacle n’est donc pas aussi atroce que prévu, ce qui n’est pas plus mal puisque cela prouve que Six est nettement moins puéril qu’un Srdjan Spasojevic, réalisateur d’A Serbian Film. Ou du moins qu’il ne l’était pas à l’époque de ce premier volet puisque, visiblement, Human Centipede 2 est plus racoleur avec du caca dans tous les sens.

 

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Mais Six doit également faire face à quelques petites incohérences scénaristiques (et attention, le paragraphe qui suit va spoiler la fin du film). Lorsqu’un scénariste imagine un film pour la première fois, il a des images qui lui viennent, comme des flashs, l’inspiration les lui envoyant à la gueule. Ces images sont souvent les moments les plus marquants du film, les plus motivants, les morceaux de bravoure, ceux pour lesquels le réalisateur/scénariste se met au travail, créant la trame et la structure narrative pour pouvoir amener le spectateur à ces instants bénis avec le plus de cohérence possible. Et c’est là que ça coince. On voit bien quelles étaient les scènes auxquelles Six tenait, à savoir la confrontation entre un Heiter forcé de ramper et sa création. Pour que cela soit possible, il faut qu’il soit blessé, le japonais lui transperce alors un pied avec un scalpel, avant de lui mordre le cou et d’en arracher une petite partie. Bon, déjà on se demande pourquoi il n’achève pas celui qui l’a tant fait souffrir et est un véritable danger pour eux, mais on se questionne aussi sur la nécessité qu’a Heiter de ramper alors qu’il lui reste toujours un pied valide sur lequel il peut s’appuyer… La raison, elle est simple: pour son climax, Six a besoin que les deux camps soient au même niveau. De bien grosses ficelles qui auraient pu faire passer la scène si l’ennemi avait eu les deux pieds blessés, ce qui n’était tout de même pas compliqué à ajouter… Dans le même ordre d’idée (et je rappelle que ça va spoiler, encore plus), on sent bien que Six avait très envie que le film se termine sur la paralysie de son héroïne, celle du milieu, qui est coincée entre deux cadavres, son amie de derrière ayant succombé à ses blessures. Mais le japonais ? Il semblait encore bien en forme, lui, qu’est-ce qui peut expliquer son décès ? Pour le coup, Six chausse ses gros sabots, ceux en béton, et nous fait croire que subitement, alors qu’il a enfin une chance de s’en sortir, l’asiatique décide de se suicider, condamnant par la même occasion celles qui le suivent. Un peu gros, un peu beaucoup même… (fin des spoilers !)

 

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The Human Centipede a donc du mal à marcher sur ses douze pattes sans trébucher, de nombreux défauts venant ternir le tableau. Scénario moyen, réalisation qui ne se foule guère et un spectacle qui pourrait décevoir certains par sa relative timidité (mais encore une fois, j’ai personnellement apprécié cette retenue). Cela ne signifie pas que ce premier volet de la trilogie est mauvais, il mérite même votre curiosité et la vision, car cela reste une bizarrerie. Mais une bizarrerie à l’originalité toute relative, qui se repose trop sur son concept audacieux, qu’elle parvient à étendre sur une moitié de film (car l’opération ne survient qu’a mi-parcours) mais avec des ficelles qui se transforment en de gigantesques câbles. Médiocre, The Human Centipede ne vaut sans doute pas le buzz qui l’a rendu populaire mais ne mérite pas non plus votre dédain. Reste que l’on peut se demander si deux suites était vraiment nécessaires (sauf pour permettre au réalisateur de rester dans la course au buzz, bien entendu), le principe semblant avoir déjà tout donné et s’être essoufflé dès son premier opus…

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Tom Six
  • Scénarisation: Tom Six
  • Producteurs: Tom Six, Ilona Six
  • Pays: Pays-Bas
  • Acteurs: Dieter Laser, Ashley C. Williams, Ashlynn Yennie, Akuhiro Kitamura
  • Année: 2009

6 comments to The Human Centipede (First Sequence)

  • Dirty Max 666  says:

    Si le film est formellement assez sobre, il ne se complaît pas non plus dans la fange(contrairement à « A serbian film », qui recule les limites du montrable pour faire parler de lui). Finalement, le concept de « The human centipede » est suffisamment éloquent (et douloureux !) pour ne pas en rajouter. Malgré ce gimmick, la trame reste celle d’un banal slasher, c’est vrai. En tout cas, encore une belle analyse du Dr Mordo !

  • Princécranoir  says:

    réalisation Tom Six, scénario Tom Six, production Tom Six, manque plus que lui parmi les acteurs. Ce serait pas un pseudo de Xavier Dolan ? allez on t’a reconnu l’québécois ! 😉 Blague à part, je n’ai pas vu ce moment de gastro-entérologie cinématographique (voilà pourquoi m’a lecture c’est limitée au dernier paragraphe de ce article qui m’a l’air bien plus alléchant que le contenu du film) mais il fait désormais partie des phénomènes de cette grande foire aux horreurs dont Max vient de parler (« Serbian film », « Human centipede 2 », « Philosphy of a Knife » et j’oublie au passage toutes les péloches bien gores produits en « orient extrême » ) et il faudra bien un jour que je me pose avec un bon verre de scotch devant cette expérience peu ragoutante.

  • Roggy  says:

    Je n’ai pas eu le courage (et l’estomac) de regarder ce film. Pourtant, au vu de ton sympathique billet, ce « Human Centipede » n’a pas l’air trop méchant et peut se laisser voir. Bon, faut pas le mater avant le repas de noël 🙂 Apparemment, la suite est encore plus mauvaise. Par ailleurs, je crois que je ne verrai jamais « A Serbian film ». Je pense que je ne loupe rien…

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