Vidéotopsie 15

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2014, année de David Didelot ? On dirait bien puisque le bonhomme est sur tous les fronts, balançant avec quelques compères le plus sanglants des livres de l’année (Gore, Dissection d’une collection) tout en apparaissant sur quelques galettes qui ne déméritent pas, comme celle de Kriminal éditée chez Artus Films ou encore celle de Deep Blood disponible chez Crocofilms. Et pour finir l’année en beauté, le Vidéotopsieur nous offre un nouvel opus de son fanzine, et quel opus! Parler d’obus serait d‘ailleurs plus approprié…

 

Gâtés nous sommes. Car si 2014 fut une très belle année pour l’édition vidéo avec une brouette de super titres, au point qu’on en a du mal à suivre d’ailleurs, elle fut aussi particulièrement généreuse au niveau du fanzinat, qui revient en force depuis quelques années. Et pour un débutant du médium comme moi, se retrouver face à une nouvelle montagne à escalader est un plaisir que l’on ne ressent malheureusement plus aussi fréquemment que l’on le souhaiterait. Celui d’avoir des choses à découvrir, des pages à effleurer du bout des doigts, des articles à éplucher avec le sourire, des photos à scruter dans les moindres détails. Et bien évidemment d’innombrables titres de films à ajouter à une liste qui prend des airs de papyrus, des bandes improbables qui nous sont soufflées à l’oreille par ces chasseurs d’épaves que sont David Didelot et Didier Lefèvre (parmi d’autres comme Adrien Clerc, Rodolphe Laurent, David Carville,… la liste est longue et je tâcherai bien évidemment de l’arpenter), qui n’hésitent pas à plonger dans les abysses du cinéma d’exploitation pour nous remonter quelques perles bien planquées dans les gueules béantes de quelques huitres revêches. En bons découvreurs de talents perdus, ces messieurs font tout leur possible pour nous transmettre leurs découvertes, couchant sur papier leurs musées imaginaires (ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Didier Lefèvre parle parfois de « musée imaginaire des plus belles affiches du bis » dans Médusa Fanzine), devenant par la même occasion nos étoiles du berger à nous. C’est aujourd’hui sur le premier des deux compères (ils échangent leurs plumes et parler de collaboration entre eux deux serait minimiser l’amitié qui les lie) que nous allons nous pencher puisque David sort donc le quinzième numéro de son génial zine, Vidéotopsie. Et tout comme Didier fit une grande fête pour célébrer son vingt-cinquième numéro, David a mis les petits plats dans les grands. Il faut dire que 15, c’est un chiffre que peu de fanzines peuvent se vanter d’avoir atteint et il était donc logique d’arroser ça avec un numéro en or massif. Inconsciemment cependant puisqu’il n’est à aucun moment fait mention par David du pallier ici dépassé, ce qui ne l’empêche pas de fournir ici le plus dense des Vidéotopsie puisque la revue affiche 110 pages au compteur. Et, cela va sans dire, c’est 110 pages de plaisir qui nous attendent…

 

vidéotopsie15

 

D’emblée, je remercie David et son équipe qui parviennent à nous livrer un travail exceptionnel qui ne donne même pas l’occasion de placer un petit « les 13 et 14 étaient meilleurs » puisque ce numéro 15 parvient à les dépasser de deux ou trois têtes. Ce qui n’était pas chose aisée vu la taille qualitative atteinte par les deux dernières livraisons qui furent pour moi un premier pas dans le monde du fanzinat. Et c’est bien connu: c’est le premier rapport qui est le plus important, le plus marquant, l’indépassable. Je me voyais donc déjà faire du double-programme envoyé par David voilà quelques semaines mon Ghostbusters du fanzine, mon Powerslave de la presse ciné, mon Maigret et le client du samedi des papiers bis, mon Megaman 4 des pages rouges. On ne bat pas une première rencontre avec un médium, elle reste gravée en vous, la découverte étant souvent plus forte que ce qui la suit, parfois de manière injuste d’ailleurs. Un lien se crée et, quoiqu’il advienne, les Vidéotopsie resteront mes premiers fanzines. Et pourtant, ce fameux lien, David est parvenu à l’enjamber pour me balancer dans la face de quoi retourner mes petites certitudes. Car ouais, il a réussi à faire mieux, et pas qu’un peu, cette dernière livraison accomplissant l’impossible. Il faut dire que cela partait bien dès la couverture, promesse d’un dépoilage qui nous laissera sur le cul, avec de jolies demoiselles (une Annie Belle dessinée et une femme d’action en très petite tenue) qui laissent voir juste ce qu’il faut pour donner envie et débuter le redressement du pont-levis. Et comme la main masculine qui commence à retirer le jeans de la Belle sur cette couverture, nous allons déshabiller ce Vidéotopsie 15, numéro de la maturité qui a le mérite de nous renvoyer à la puberté!

 

vicieusemanuelle

 

Car il y a du coquin dans ce fanzine, qui nous propulse à la douce époque des émoustillements, rendus impossibles à notre époque où deux clics suffisent à voir des gonzesses faire tout et son contraire en un temps record. Le mystère aux oubliettes, le plaisir de l’attente à la rue. Tout, tout de suite. Le jeu de séduction, souvent le meilleur dans une relation, il est dans Vidéotopsie, qui se plaît à revenir à la grande époque où les poitrines féminines ne ressemblaient pas encore à des menhirs de silicone dont les tétons sont des boulons qui vous restent en bouche au moindre coup de langue, à un âge où les circonstances de l’acte étaient encore plus importantes que la performance, où les décors ne se résumaient pas à de tristes sofas et les histoires dépassaient la rencontre hasardeuse entre deux êtres nus dans une chambre sans âme. Ce retour en arrière salvateur, nous le devons donc au dossier sur Annie Belle, le gros morceau de cette sortie de Novembre 2014 qui prit d’ailleurs pas mal d’avance puisque déjà disponible à la mi-octobre! Le temps se détraque, mes amis, et ça me va bien comme ça. Annie Belle donc, mise à l’honneur à travers un récapitulatif filmique qui revient donc sur toutes ses productions, qu’elles soient cochonnes, horrifiques ou plus auteurisantes. Autour de la demoiselle, une fine équipe constituée de Didelot (évidemment), de Didier Lefèvre (toujours dans les bons coups!), Aristide Fouchtra (un nouveau venu particulièrement drôle en passant) et Patrick Callonnec (encore une nouvelle plume, très inspirée et précise). Des voyeurs qui vont analyser l’actrice sous tous les angles et nous rapporteront les conclusions de leurs études, ce qui nous offre à l’arrivée une parfaite analyse de la vie de dame puisque rien n’est laissé au hasard. Bien sûr, elle ne pouvait pas repartir sans passer sur le billard, l’autopsieur en chef se chargeant de son cas via Belle et Manuelle, qui est donc, vous l’aurez compris, le film autopsié de la saison. Vous connaissez la rengaine: c’est précis, inspecté dans tous les sens, sans laisser le hasard se mêler de la pensée, riche en documents (des covers de VHS dans tous les coins) et en détails, avec ses obligatoires retours sur tous les intervenants du film, qu’ils soient devant ou derrière la caméra. Avec, comme à chaque fois, le transfert de l’envie puisqu’on aura bien envie de visionner le tout dès le zine refermé. C’est complet et rien ne nous échappera désormais concernant Annie Belle, actrice qui ne se sera finalement pas vu octroyer tant de place que cela dans les revues du genre. Une erreur que Didelot répare de la plus Belle des manières.

 

maniacnurses

 

Bien entendu, ce n’est pas tout et le programme est encore long et tout aussi séduisant que les courbes de la Belle. Didelot étant un passionné qui n’hésite pas à donner la parole à d’autres passionnés, il passe le micro à un certain Pat’, tenancier du KISS Museum, un endroit de culte pour tous les amoureux des grimés rockeurs, et ce pour une interview des plus sympathiques. Le Pat’ en question revient donc pour nous sur ce qui anime sa passion et parle en passant de ses amours niveau cinoche bis et de ses groupes de metal favori. Pas de doute, on a là un gars prêt à jouer du rock’n roll all night! Interview toujours avec cette fois un entretien fleuve (8 pages tout de même) de Leon-Paul De Bruyn, réalisateur belge de Maniac Nurses et de Parts of the Family, deux productions Troma. L’occasion pour le sympathique metteur en scène de revenir sur son premier film aux infirmières maniaques qui, à l’entendre, était une véritable partie de plaisir puisqu’il n’hésite pas à souligner que ça partousait sec sur le plateau. Ah bah y’en a qui s’emmerdaient pas! Riche en anecdote, l’entretien est particulièrement intéressant, que l’on a vu le film ou non, et permet d’en savoir un peu plus sur le mode de fonctionnement des Troma et sur le caractère un peu changeant (euphémisme inside) de Lloyd Kaufman. Une excellente interview menée par Patrick Callonnec, décidément une recrue de choix. Seul léger regret: il est à peine fait mention de Parts of the Family, film sur lequel nous aurions aimé en savoir un peu plus puisque l’occasion se présentait. Mais c’est du chipotage! Entretien encore et toujours avec le très sympathique Stéphane Leroux, auteur avec son frère Vincent d’un court-métrage qui sort d’ailleurs en DVD ce mois-ci (mais limité à 100 exemplaires donc faudra pas traîner de la patte), à savoir La Quatrième Nuit, qui a beaucoup impressionné David qui visiblement s’est laissé cueillir par les petits hommes verts qui y sont montrés. Des bons courts toujours avec une critique du Lust Murders de l’ami David Marchand et une autre de ceux créés par Patrice Herr Sang, qui en compile cinq dans une anthologie disponible en DVD-R sous le titre Thrash Girl. Toujours aussi partageur et prévenant, David revient sur les dernières sorties fanzinesques, qui trouveront toujours place dans les pages de Vidéotopsie, ainsi que son habituel retour sur les derniers évènements ayant traversé les mois passés, des tristes décès aux bonnes choses, des rencontres aux lieux visités, en passant par quelques nouvelles pièces apportées à son « BISS Museum » (le Cri du Lycanthrope, rarissime fanzine de Thierry Wust, vient d’y trouver une place). Aussi rafraichissant que facile à lire! Enfin, histoire de quitter la collection Gore, qui a désormais son ouvrage définitif, David revient sur les commentaires reçus par son livre, ce qui me permet d’être lu dans Vidéotopsie puisqu’il reprend une partie de ma chronique parue cet été, une fierté personnelle qui fait foutrement plaisir!

 

cannibal mercenary

 

Bien entendu, il reste le deuxième gros morceau après le dossier sur la belle Annie, à savoir les obligatoires reviews bis! Là, c’est encore une fois la fête, la joie et les confettis avec l’habituelle quinzaine (bon, il y en a quatorze…) de chroniques de films qui ne trouveront jamais leur chemin dans les pages de Studio Ciné Live. Pour cette nouvelle tournée, Vidéotopsie plisse un peu les yeux et voit jaune avec une belle poignée de film venus du continent asiatique, ce qui fait bien plaisir à votre serviteur qui a toujours eu un faible pour ce cinoche-là. Un changement de nationalité rendu possible par le petit nouveau Yohann Chanoir, déjà présent dans Médusa pour là aussi nous aiguiller dans les jungles phillipines ou les rizières japonaises, qui revient donc pour nous, et pour vous, sur King Kong contre Godzilla, Zombie 108 et d’autres bandes qui éveillent l’intérêt. Gros morceau encore avec la chronique de Cannibal Mercenary, visiblement une sacrée pépite que nous décrit avec brio Adrien Vaillant, encore un nouveau soldat qui a quelques cartouches en stock, qui tente également d’en savoir plus sur l’invisible Cannibal Mercenary 2. Si on arrive à voir le premier, on sera déjà bien contents, d’autant qu’il a l’air d’avoir de sérieux atouts dans son slibard… C’est en tout cas la rentrée des classes dans Vidéotopsie, aux bancs d’écoles mouvants, puisque certains partent (mais reviendront sans doute) tandis que d’autres arrivent, tel Frédérick Durand qui nous parle de Jess Franco ou d’un giallo, de Michel Tabbal qui se planque derrière sa chaise et joue les espions via Jerry Land, Chasseur d’espions ou sort son pistolet pour du polar italien avec Jack Palance, ou enfin Jérôme Pottier qui tente de planquer des revues X dans ses cahiers de latin en revenant sur le porno d’Abel Ferrara. Quelques anciens sont toujours là, comme Jocelyn Manchec qui nage toujours à contre-courant en dévissant Paganini Horror ou le désormais indispensable Claude Gaillard qui ne va certainement pas louper l’occasion de parler de l’un de ses réals favoris, à savoir Fred Olen Ray, à l’occasion du culte Hollywood Chainsaw Hookers. Il se permet même de faire son petit « film autopsié » à lui en revenant sur les différents détails de la production et sur les DVD existants. Et nous ne nous en plaindrons certainement pas! Enfin, last but not least, Thomas Roland revient sur la saga Hurlements, passant en revue chaque épisode avec brio, même s’il passe rapidement sur le cinquième opus. Un excellent article qui nous permet d’y voir plus clair au travers de la franchise la plus poilue des années 80!

 

vidéotopsieban

 

Le tout étant, comme à l’accoutumée, écrit dans des proses diverses et variées, toujours agréables à la lecture, qui évitent une intellectualisation pénible tout en esquivant un relâchement sans intérêt à la lecture. Le juste milieu, celui de passionnés qui parviennent à donner une sensation de discussion orale entre potes (vous et eux) tout en disposant du recul permis par l’écrit qui donne donc une structure plus travaillée. Beau travail d’équilibriste pour un opus qui est, comme vous l’avez sans doute compris, tout simplement énorme et qui parvient à repousser encore un peu les attentes que l’on a de ce génial fanzine qui parvient toujours à nous livrer ce qu’on attend de lui tout en nous proposant des articles que l’on n’attendait pas. L’esprit reste, celui, par ailleurs partagé par Médusa, de chroniques informatives, sensitives puisqu’elles se permettent régulièrement de spoiler, ce qui n’est jamais gênant puisque le but des textes est de rendre gloire à des bandes dont l’intérêt n’était pas nécessairement scénaristique ou structurel mais avant tout dans le sensoriel. Bien évidemment, la maquette de Julien Perret est elle aussi toujours impeccable et généreuse en images, histoire de nous donner l’impression d’arpenter les couloirs du légendaire Brady… Qu’ajouter si ce n’est que la barre a été placée très haut et que l’on espère que David nous renverra vite une nouvelle offrande aux dieux du bis car, putain!, Vidéotopsie ça décrasse!

Rigs Mordo

6 comments to Vidéotopsie 15

  • Dirty Max 666  says:

    Magnifique, Rigs ! Tu nous présentes ce Vidéotopsie n°15 de fond en comble, ta passion fait honneur au travail dantesque fourni par nos chers fanzineux. Comme je n’ai toujours pas reçu mon exemplaire, ta chronique me permet de patienter. Mais c’est pas facile !

  • Roggy  says:

    Faut que je m’abonne ! En tout cas, ta chronique donne sacrément envie. Un fanzine pour les bisseux qui aiment les petites vicieuses et les zombies 🙂

  • ingloriuscritik  says:

    j’ai lu cette chro après avoir reçu le fanzine, et c’est le cœur chaud et les doigts humides que tu me donnes envie de m’y coller a nouveau …et ça collait déjà pas mal !

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