L’Horrible Invasion

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Sans doute vexées de voir que le public a une certaine tendance à apprécier les monstres géants, les petites bêtes ont décidé de se rebeller et de revenir grouiller sur nos écrans. Et en force avec L’Horrible Invasion, qui balance 5000 tarentules sur ce pauvre Capitaine Kirk qui aurait mieux fait de rester dans sa couchette de l’Enterprise…

 

Zappez deux ou trois fois sur les chaînes câblées versant dans le cinoche fantastique/SF et vous remarquerez sans tarder que les animaux ont la cote dans la série B contemporaine. Mais le plus souvent, ces bestioles sont hors-normes, soit rendues gigantesques par une radiation ou une autre, soit fusionnées avec d’autres animaux, ce qui donne des requins-pieuvres ou des pandas-T-Rex. Les bébêtes simples, naturelles, semblent donc déserter peu à peu nos téléviseurs, sans doute mises au repos après quelques décennies où elles sortirent de leurs niches aussi fréquemment que possible. Et tout particulièrement dans les années 70, période où le cinoche fantastique était pris d’une passion pour les horreurs animalières, bien évidemment aquatiques (Les Dents de la Mer a bien aidé, bien entendu) mais aussi insectoïdes. Vu le manque de popularité des araignées auprès du commun des mortels, il était bien naturel que les poilues à huit pattes reviennent sur le devant de la scène. Les tarentules font donc leur come-back en 1977, soit 22 ans après la sortie de la gigantesque Tarantula. Mais ce retour se fera à plus petite échelle, nos arachnides retrouvant désormais leur taille normale. Bien sûr, une seule araignée de taille classique ne constituera pas une menace affolante puisque le danger serait aisément réglable à renforts de coups de talons et mieux vaut donc obtenir plusieurs insectes. Le réalisateur John Bud Cardos (Les Motos de la Violence, Le Jour de la Fin des Temps) obtiendra donc de ses producteurs 5000 tarentules, ce qui par ailleurs le forcera à mettre au point une sacrée organisation. C’est que ces petites velues, ça se la joue cannibale et ça a tendance à aller croquer le cul de ses petites copines, ce qui force donc la production à les séparer dans 5000 petites boites. Pour ne rien arranger, l’animal est particulièrement timide et n’aime pas trop les êtres humains, la menace filmique n’étant pas vraiment réelle puisque les tarentules ont tendance à prendre leurs jambes à leur cou (ça doit pas être pratique quand on en a huit!) dès qu’elles voient l’homme approcher. Pas pratique lorsque l’on doit les filmer en train d’attaquer toute une ville… Ces demoiselles seront donc parfois collées aux habits ou sur la peau des acteurs, histoire de fausser les apparences. Bien évidemment, tout cela ne serait plus possible à notre époque, les organismes de défense des animaux n’autorisant plus pareille ménagerie sur un plateau. Et pour cause! Car sur les 5000 tarentules, nombreuses furent celles qui périrent sur le set, soit à cause des changements de température soit parce que les comédiens étaient poussés à les écraser, accidentellement ou parce que le script le demandait… J’ai beau ne pas raffoler des arachnides, doux euphémisme, je trouverai toujours dommage d’en venir à retirer la vie à un être vivant pour les besoins d’un film… Mais mettons-ça de coté puisque c’est dit et venons-en à l’œuvre en elle-même.

 

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Verde Valley, Arizona, un petit coin tranquille où l’on vit bien et qui s’apprête à accueillir une fête, généralement le meilleur moment de l’année pour le maire, dont sa petite bourgade devient tout à coup le centre d’attention des environs. C’est aussi une bonne occasion pour les fermiers du coin qui peuvent faire participer leurs bovins à différents concours qui leur permettront de toucher un peu de thune. Et ce bon vieux Walter Colby (Woody Strode, vu dans Keoma, Vigilante ou encore Spartacus!) compte bien sur l’évènement pour renflouer les caisses… Mais coup du sort, la vache sur laquelle il comptait succombe d’un mal mystérieux… Après analyse, le vétérinaire du coin, Rack (William Shatner), en conclut que la bête est morte des suites d’un venin d’araignée, ce qui le trouble pas mal puisqu’un animal de la taille d’une vache ne devrait pas clamser après une bête morsure… Mais l’arrivée d’une scientifique spécialisée dans les arachnides fait basculer les certitudes de notre héros dans la terreur puisque notre duo découvre un énorme nid contenant un millier d’araignées. Et ces prédatrices minuscules sont visiblement très énervées et décident de se nourrir d’êtres humains, s’attaquant peu à peu à la ville… Comme souvent avec le genre, ce n’est pas sur le strict plan scénaristique que nous irons pêcher la nouveauté, L’Horrible Invasion n’étant, l’un dans l’autre, qu’un film d’attaque d’insectes assez classique. On y retrouve d’ailleurs la plupart des thèmes du style, avec l’obligatoire maire qui ne veut pas que l’on annule sa célèbre fête, ce qui le pousse à prendre de mauvaises décisions qui vont bien évidemment laisser encore un peu plus de temps aux araignées pour se propager. D’ailleurs, la raison de cette animosité trouvable chez nos arachnides est bien dans l’air du temps également puisqu’elle est plutôt écologique. Et oui, en utilisant un peu trop les pesticides, nos agriculteurs ont éliminé les proies naturelles des tarentules, bousculant par la même occasion la chaîne alimentaire. N’ayant plus rien à se coller sous les mandibules, nos copines tisseuses se mettent en chasse d’un gibier plus gros, et une fois les bovins, clebs et chats du coin changés en barbes à papa, elles se dirigent tout naturellement vers nos jolies cuisses et nos saignants biceps.

 

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Considéré par beaucoup comme le meilleur film mettant en scène des araignées, L’Horrible Invasion se fit longtemps attendre en DVD (désormais dispo chez Sidonis Calysta, plutôt inspirés ces derniers mois), cette petite production (500 000 dollars) étant devenue plus ou moins culte avec le temps, son statut enviable ayant été obtenu par l’aspect forcément impressionnant des attaques. Car même si les insectes ne sont pas très mouvementés, leur nombre fait forcément effet sur le spectateur, qui n’aimerait pas échanger sa place avec celles des acteurs, qui ont beaucoup de mérite. C’est d’ailleurs sa résistance aux araignées et le fait qu’il s’accommode bien à leur présence qui permit à Shatner d’obtenir le rôle. On notera tout de même que les cris des comédiens sont parfois très crédibles, au point que l’on en vient à penser qu’ils se sont fait mordre une fois ou deux… Visuellement, le film rend donc assez tendu, car voir les protagonistes se retrouver avec des dizaines de cousines des mygales sur les fringues, ça ne rassure pas. Malheureusement, il faudra vous armer de patience pour en arriver là, car en bon hommage aux années 50 qui se respecte, le film de Bud Cardos prend un peu trop de temps pour en venir aux faits. Sa première partie est effectivement assez longuette et il faut bien préciser qu’il ne se passe pas grand-chose durant les quarante-cinq premières minutes, principalement constituées d’attaques sur les animaux, généralement hors-champs en prime. Mieux vaut ne pas être trop pressé de voir ce que nos ennemies poilues ont sous les pattes donc, mais si vous savez attendre, vous serez récompensés puisque le spectacle est au rendez-vous. C’est que découvrir ces morts enveloppés dans les toiles, ça fait forcément son petit effet… On notera également quelques scènes bien tendues, comme la descente dans une cave plongée dans le noir, que l’on devine envahie par les monstres de petite taille… Mais le meilleur moment reste sans doute cette conclusion, dont je ne révélerai rien, mais qui vous hante encore un petit peu après le retrait de la galette de votre lecteur et lui permet de se finir sur une note mémorable.

 

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Bien sûr, techniquement c’est pas le paradis, Bud Carlos emballant là une série B d’époque tout ce qu’il y a de plus correcte mais pas nécessairement plus inspirée que ses congénères. Certes, il y a quelques plans plus soignés ça et là et il arrive à amener du dynamisme lors de certaines séquences qui bougent pas mal, comme le crash d’un avion envahit par les bestioles (vous noterez les cris assez drôles du pilote!) ou l’invasion de la ville, avec des bébêtes qui courent dans tous les sens (et qui ont dû bien se faire piétiner, malheureusement…). Mais voilà, le niveau de mise en scène n’est pas particulièrement élevé et en reste au stade du très correct, du suffisant. On regrettera par contre que certains acteurs ne soient pas un peu plus doués, car si Shatner se débrouille plus ou moins selon les scènes (notre Capitaine Kirk est de toute façon connu pour être inégal, ce qui ne nous empêche pas d’être toujours contents de le voir), sa belle-sœur est une actrice particulièrement horrible, aucune des séquences en sa présence n’étant crédible. On ne s’attachera de toute façon pas des masses aux personnages, assez anonymes et parfois très cons (la femme qui se tire une balle dans la main parce qu’une araignée est dessus. Sérieusement ?), L’Horrible Invasion restant agréable pour son postulat de base et l’utilisation d’araignées réelles, ce qui est toujours plus sympa que celles générées par ordinateurs et qui puent le faux à des kilomètres même en gardant le nez bouché. Populaire à l’époque, le film fut à plusieurs reprises la proie de rumeurs de suites, la première lorsque la Cannon s’intéressa à son cas et demanda à Shatner himself de réaliser la suite, la seconde fois dans les années 2000. Deux tentatives bien évidemment avortées… Pas plus mal, la conclusion de ce premier volet sympathique suffisant bien et n’appelant pas à la séquelle, ou alors une séquelle qui reprendrait les choses là où elles s’étaient finies. Mais vous avouerez que presque quarante années après, cela fait un peu tard…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: John Bud Cardos
  • Scénarisation: Alan Caillou, Richard Robinson
  • Producteurs: Henry Fownes, J. Bond Johnson, Igo Kantor, Jeffrey M. Sneller
  • Titres: Kingdom of Spiders (USA)
  • Pays: USA
  • Acteurs: William Shatner, Woody Strode, Altovise Davis, David McLean
  • Année: 1977

9 comments to L’Horrible Invasion

  • Princécranoir  says:

    Superbe chronique entoilée avec l’humour qui caractérise le taulier ! De quoi me faire regretter de ne pas avoir dépensé quelques brouzoufs supplémentaires lors du récent achat de mon magazine préféré. Bravo au passage pour cette petite sortie en faveur de nos amis à huit pattes. Malgré toute l’affection que je porte à ces petits êtres à poils (j’ai toujours du mal à les regarder dans les yeux), j’ai peur de ne pas y être sensible malgré tout. Appelle Brigitte, on sait jamais 😉

  • Roggy  says:

    Capitaine Roggy au rapport… euh… non pardon, je me trompe de film 🙂 Un film d’attaques animales caractéristique de cette époque-là. Dans le genre, j’aime le « Arachnophobie » de Franck Marshall avec ce bon vieux John Goodman.

  • Mr Vladdy  says:

    Des araignées, les seventies qui doivent donner du kitsch et du William Shatner. Comme dans la pub, je te dis oui Patrick, oui !!! 😉

  • Dirty Max 666  says:

    Quand je n’étais qu’un mioche, une péloche de terreur arachnophobique m’avait foutu les chocottes : « La malédiction de la veuve noire » (1977). Un p’tit B réalisé par Dan « Trauma » Curtis et interprété par Anthony « Ténèbres » Franciosa. Tu connais, Rigs ?

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