Julia X

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Si Meetic devenait soudainement un repère pour tous les psychopathes du monde entier, le résultat des rencontres entre prétendants ressemblerait probablement à ce Julia X sorti voilà trois ans aux Etats-Unis. Alors les coquins, envie de flirter avec des maniaques ? Pelle ou râteau ?

 

Attention, spoilers! Remarquez, le résumé au dos du DVD spoile également…

 

Si certains ne perdent pas de temps et passent immédiatement à la seconde en réalisant très vite, comme Fred Olen Ray et Jim Wynorski, d’autres semblent avoir la précipitation en horreur. P.J. Pettiette (non, ce n’est pas un nom inventé par les mecs de Groland) est de ceux-là. Sa carrière débute au milieu des années 80 par des petits boulots sur les plateaux, des jobs sans envergure qui l’amèneront à rédiger les histoires de quelques scénarios plutôt espacés dans le temps. Panics en 1988, If I Die Before I Wake en 98 et Jennifer’s Shadow en 2004 ne sont au final que quelques ponctuations dans une timide carrière. Pettiette n’essaie visiblement pas de se réserver un siège parmi les Masters of Horror, ni même aux cotés de la jeunesse hype du genre, représentée par des James Wan, Eli Roth ou Ti West. Mais traîner la patte serait-il un moyen de parfaire ses œuvres dans les moindres détails ? Julia X, sa première réalisation sortie en 2011 sur les écrans américains et directement en DVD et Blu-Ray chez nous, nous permettra sans doute d’analyser plus en profondeur le boulot de ce discret bisseux qui décida de miser sur la 3D pour débuter derrière la caméra. Plutôt courageux, réaliser un premier long-métrage n’étant déjà pas une sinécure alors en relief, cela doit probablement tenir du cauchemar pour un débutant… D’autant que Pettiette n’a visiblement aucun court-métrage officiel à son actif. Il saute donc dans le grand bain sans même prendre le temps d’enfiler un maillot, ce qui tranche particulièrement avec son inaction passée. Mais le tranchage, le gaillard n’a rien contre et vous allez vite vous en rendre compte…

 

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Julia est une jeune et jolie blonde qui semble avoir du mal à trouver chaussure à son pied puisqu’elle cueille ses candidats au grand amour sur le net. Et elle semble avoir trouvé le bon parti: un homme beau, musclé et bien élevé qui devrait bien passer lors des réunions de famille. Mais ce que Julia ne sait pas c’est que le mec en question est également un maniaque qui capture les jolies filles, les torture et les assassine… Sans surprise, la pauvre demoiselle se retrouve prise dans les griffes de ce descendant du Marquis de Sade, qui va par ailleurs la marquer au fer rouge, lui gravant un joli « X » sur la cuisse (d’où le titre). Mais notre beauté a du répondant et ne compte pas attendre que son tortionnaire l’enterre avec ses précédentes conquêtes et parvient à prendre la fuite. Je sais ce que vous pensez à ce moment précis. Et je le sais parce que j’ai pensé pareil en visionnant le film. Oui, nous avons là le script habituel du Torture Porn, avec son hangar cradingue, ses demoiselles enchaînées, son kidnapping brutal et ses châtiments corporels. Ah il est beau le rencard! Et tout comme vous, les premières minutes du film n’invitent guère à l’optimisme quant à la suite des évènements, le genre créé par James Wan et Eli Roth ayant déjà tout donné au travers des centaines de DTV qui se sont callés dans nos pupilles lassées entre 2006 et 2010. Et vu que les œuvres en question tenaient plus du navet desséché que du beau melon juteux, il y a de quoi craindre pour l’heure-et-demie que nous allons passer en compagnie de Pettiette et de ses tourtereaux… Mais pile au moment où l’on commence à se dire que nous allons nous emmerder menu dans un garage dégueulasse que l’on ne connaît que trop bien, le film bascule du coté survivalesque de la force. Car une fois Julia échappée, le film se met à ronronner sur le rythme du Massacre à la Tronçonneuse, renouant avec les maisons abandonnées et campagnardes d’antan. Nous quittons donc le huis clos en entrepôt pour une petite ballade au grand air. La belle affaire, me direz-vous, les courses-poursuites dans les champs s’étant montrées tout aussi fréquentes que les avatars de Saw, ce qui n’entrainera donc aucune excitation particulière… Oui mais…

 

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Encore une fois, alors que nous pensions savoir très précisément face à quel genre de péloche nous étions, Pettiette nous redirige vers un nouveau sentier. Car, et c’est là que le spoiler commence (vous êtes prévenus), Julia finit par assommer son poursuivant à mi-parcours et le kidnappe, aidée par sa charmante sœur, Jessica. Elles décident d’enfermer notre serial-killer séducteur puis de l’attacher à une chaise dans le but de le torturer quelque-peu. Julia X inverse donc les rôles et retourne totalement la situation, quittant les outrages faites aux demoiselles dans des films à la Shuttle pour donner à celles-ci l’occasion de se venger et de martyriser ces messieurs (car notre assassin sera rejoint par un pauvre garçon qui a franchi le mauvais seuil), façon The Loved Ones. Reste que si le script négocie un sacré virage et se met à rouler en contre-sens, cela ne nous apporte guère de nouveautés pour autant puisque les sévices encourus par nos gaillards ne sont pas de grandes originalités, à base de clouages de pieds au parquet. Et, une fois de plus, c’est alors que nous commençons à nous habituer à la situation présente que Pettiette nous téléporte dans une nouvelle section de son premier film, à savoir la guerre des sexes sous forme de slapstick. Nous voilà donc engagés dans un combat usant des coups de poiles et de poings dans la gueule qui ont pour effet principal de détruire toute une pièce, ce qui n’est pas sans rappeler, dans l’esprit, le génial Evil Dead 2. Toutes proportions gardées, bien entendu. Reste que le réalisateur a réussi son pari: déjouer nos attentes régulièrement, quand bien même cela donne à son film un aspect hésitant. Julia X serait, comme beaucoup de premières œuvres, une série B indécise qui n’oserait choisir entre le torture porn, le survival et un second degré plus volontaire ? Ou serait-ce là une envie de bouffer à tous les râteliers ? Plutôt la seconde option, quand bien même nous ressentons bien que Pettiette ne jongle pas avec les sous-genres dans le but de rameuter un maximum de spectateurs mais plutôt pour surprendre ceux qui auront bien voulu passer 90 minutes en sa compagnie.

 

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Il est d’ailleurs indiscutable que le jeune réalisateur a pour ambition de proposer une série B plus soignée que la moyenne, un objectif bien visible lorsque l’on s’attarde un peu sur sa réalisation. Certes, celle-ci n’est pas toujours d’un grand niveau et se trouve être plutôt banale la majeure partie du temps, filmant ce petit jeu de massacre comme n’importe quel autre réalisateur du genre l’aurait fait. Mais notre intérêt s’éveillera tout de même régulièrement, au détour de quelques plans réussis, comme cet instant de relaxation dans une baignoire remplie qui sera bientôt tâchée de gouttes de sang. Ou cette échappée en barque en plein milieu d’une très belle mangrove. Il faut d’ailleurs reconnaître que si sur le papier on a la sensation que Julia X se passe entièrement entre quatre murs, même si ce ne sont pas toujours les mêmes, celle-ci se trouve vite faussée. Le récit quitte de temps à autre son petit nid et nous permet de découvrir quelques très beaux décors (l’endroit où sont enterrées les victimes de l’homme, l’école abandonnée) ainsi que quelques idées visuelles gratuites mais agréables à l’œil (ces chaises et bancs d’écoles qui forment une petite montagne dont sortent des fils électriques). La photographie est en outre assez travaillée et nous conforte dans cette première bonne impression concernant Pettiette réalisateur, quand bien même on se demande ce qui a pu l’amener à taper dans le relief, ici particulièrement inutile. Certes, quelques coups de marteau ou des gerbes de sang numérique (et très moche) nous sautent au visage mais on ne peut pas dire que cela soit indispensable… Le gimmick de la 3D semble donc être un argument plus commercial que narratif, ce qui n’est guère grave vu la discrétion dont sait faire preuve le procédé qui ne se rappelle à notre mémoire qu’à de rares occasions.

 

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Pettiette est de toute façon trop occupé à nous décrire les relations hommes/femmes sous l’angle de la violence pour songer à sa troisième dimension. Malheureusement, on ne peut pas dire que Julia X jouisse d’une grande profondeur, la faute à une caractérisation inégale. Si les personnages nous semblent à peu près crédibles dans leurs comportements et manies (le tueur qui ne peut se passer de ses écouteurs), leurs motivations sont elles bien trop clichées pour être prises au sérieux. Le mâle fort se met ainsi à décimer de la donzelle parce que son cœur a été brisé à de trop nombreuses reprises et que les femmes ne sont pour lui que des salopes. Quant aux deux sœurs, elles se lâchent car leur père les violait lorsqu’elles n’étaient encore que des gamines. Ce qui pourrait se tenir si les flashbacks du père s’en prenant aux filles n’étaient pas aussi caricaturaux, avec un pater bedonnant et bigleux qui invite ses filles à le rejoindre en tapotant sur le lit. Ca ferait rire si c’était une parodie… Ce manque de finesse contraste d’autant plus avec quelques passages réussis et plus tendres, comme lorsque deux adversaires se reposent l’un sur l’autre, laissant songer que l’amour puisse naître lors de ce carnage, qui reprend de plus belle dans la seconde suivante. Dommage aussi que les acteurs peinent à sortir de leurs prestations outrancières, principalement chez la plus jeune des deux sœurs qui en fait des caisses dans sa volonté de passer pour la plus tarée des maniaques. Quant au serial-killer très proche de Dexter Morgan dans ses pratiques, il prend les traits d’un Kevin Sorbo (Hercule dans la série des 90’s du même nom) inexpressif mais plutôt sympathique dans son évidente décontraction. Ne parlons même pas d’un Ving Rhames dont le nom est foutu en avant sur la pochette mais présent deux minutes, juste venu passer le bonjour avant d’aller chercher son petit chèque au secrétariat. Mais voilà, malgré ces défauts qui continuent de rendre le film irrégulier, Julia X se trouve être un divertissement fort avenant, surtout lorsqu’il n’hésite plus à tomber dans le bourre-pif teinté de bonne humeur. Et puis les séries B léchées sont devenues si rares de nos jours qu’il serait bien malheureux d’enterrer Pettiette pour ses quelques défauts. Sur Toxic Crypt, on préfère le soutenir et souhaiter qu’il reviendra avec une seconde réalisation qui lui permettra de s’améliorer encore. En espérant qu’il ne prendra pas dix années supplémentaires…

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: P.J. Pettiette
  • Scénarisation: P.J. Pettiette, Matt Cunningham
  • Producteurs: Greg Hall, Claudie Viguerie, P.j. Pettiette,
  • Pays: USA
  • Acteurs: Kevin Sorbo, Valerie Azlynn, Alicia Leigh Lewis, Joel David Moore, Ving Rhames
  • Année: 2011

4 comments to Julia X

  • Roggy  says:

    Je n’avais lu que de mauvaises critiques de cette petite série B avec Kevin Hercule Sorbo. Du coup, je vais peut-être me laisser tenter par un rendez-vous avec Julia 🙂

  • Mr Vladdy  says:

    Pourquoi pas. Pour l’instant, le projet m’emballe pas plus que ça mais je ne ferme jamais la porte à un film donc à voir. Après, j’ai quand même évité de lire ton avis pour cette fois vu que tu signale la présence de spoilers. Ca serait dommage si je me décide à lui laisser sa chance ^^

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