Trancers, le flic du futur

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Après avoir critiqué assez lourdement les productions et réalisations plus récentes de Charles Band, il était temps de revenir vers un passé plus glorieux du patron de Full Moon. Du temps où Empire existait toujours et parvenait à sortir des séries B de qualité… Mais est-ce forcément le cas de Trancers ?

 

Puisque le titre de « Pape de la série B » revient légitimement à Roger Corman, on donnera celui de « Prince de la série B » à Charles Band, qui est malheureusement devenu le « Duc de la série Z » depuis qu’il est passé d’Empire à Full Moon, ou plutôt depuis la deuxième partie de vie de Full Moon. La qualité, déjà parfois relative d’Empire (car si l’on trouvait du bon à la Re-Animator, From Beyond ou Prison, il y avait aussi quelques productions plus Z comme Creepozoids) s’envolera pour nous laisser face à la pleine lune, qui si elle débutera plutôt bien ne cessera malheureusement par la suite de s’enfoncer dans le mauvais. Mais voilà, il faut malgré tout rendre à César ce qui lui appartient et reconnaître que sans Band, les bacs des vidéoclubs auraient sans doute été moins colorés. Kitsch mais très représentatives d’une certaine idée de la série B qui ne se prend pas au sérieux, les covers de ses productions étaient d’ailleurs bien souvent plus réussies que les films en question, qui ne pissaient jamais bien loin (mais restaient généralement très agréables), quand ce n’était pas dans leur froc quand il s’agit de Full Moon. Reste que le Band était un homme d’affaire qui avait tendance à user et abuser de ses franchises, ses séries phares atteignant généralement la dizaine d’opus ou sont en passe d’y parvenir. Demandez donc à ses fatiguées figurines des Puppet Master ce qu’elles en pensent, les pauvres… Parmi ces séries à succès, le Charles put compter sur un flic du futur, un certain Jack Deth, star des Trancers, appelé Future Cop par chez nous lors de sa sortie en VHS, dont il tira six films entre 1985 et 2002, notre policier des temps prochains étant l’un des rares personnages à faire la liaison entre Empire et Full Moon. Si l’on peut fort logiquement attendre peu ou pas grand-chose des opus 2 à 6, jugés moyens avec un pic de nullité atteint par le dernier, on peut également espérer que le premier, sorti à la bonne époque, devrait avoir quelque-chose dans le caleçon…

 

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Nous sommes en 2247 et suivons un certain Jack Deth, flic à la chasse des Hypnos, des êtres ayant subit un lavage de cerveau, rendus à l’état de zombies, par un certain Whistler, gourou décédé d’une espèce de secte (à vrai dire, ce n’est pas très clair) qui commet de bien vilaines choses. Le vil homme a par ailleurs tué la femme de Deth avant de périr, plongeant le policier dans une rage destructrice le poussant à tuer les Hypnos restants. Une vendetta qui ne plaît guère à ses supérieurs, qui lui retirent sa plaque, avant de la lui rendre deux minutes plus tard parce qu’ils se rendent compte que Whistler est en fait toujours en vie et est retourné dans le passé, tuant les ancêtres de ses ennemis du temps présent (enfin, du futur pour nous, on se comprend). Comme seul Jack Deth semble capable de l’arrêter, ils l’envoient dans le passé à son tour à l’aide d’une drogue qui permet de prendre le contrôle du corps d’un ancêtre, un lien psychique étant indispensable pour voyager dans le temps. Deth se retrouve donc dans le corps d’un aïeul, forcé de retrouver Whistler, lui aussi dans le corps d’un ancêtre, pour tenter de protéger les géniteurs de ceux qui gouvernent le monde de demain. Il sera aidé dans sa quête par une jeune fille, la jolie Leena, dont il va bien entendu tomber amoureux, ce qui lui donnera un terrible dilemme lorsque viendra le moment de retourner chez lui… A la lecture de ce petit synopsis, il y a un mot qui doit probablement rebondir dans tous les sens dans votre crâne: Terminator. Car il est ici évident que Trancers, que Charles Band réalise lui-même, est un rip-off du film de James Cameron, piquant ainsi son amourette impossible entre deux êtres d’époques éloignées ainsi que le besoin de protéger des gens du passé qui s’ils mourraient feraient disparaître des gens importants du futur. Band ne s’arrête pas là et lorgne également du coté de Blade Runner, empruntant le coté film noir science-fictionnel qui avait fait le succès de Ridley Scott, Jack Deth étant fringué comme Harrison Ford, avec un long manteau à l’ancienne. L’ambiance du début, par ailleurs assez réussie lors de la première scène, rappelle également le classique de la SF, tout comme le fait qu’il soit nécessaire de se méfier de tout le monde, non pas parce que les autres protagonistes peuvent être des robots mais parce qu’ils pourraient être de ces hypnotisés rendus fous et meurtriers…

 

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De toute façon, il était bien illusoire d’attendre d’une production Band une véritable révolution cinématographique, le producteur étant plutôt du genre à confectionner ses titres à la chaîne, misant plus sur le nombre et sa visibilité dans les vidéoclubs qu’à la qualité réelle de ses titres, sans les bâcler pour autant (du moins à l’époque…). Il ne fallait donc pas espérer de Trancers qu’il soit plus qu’une petite série B anodine mais divertissante, ce qui nous conviendrait finalement assez bien. Malheureusement, le contrat sera ici à moitié rempli… Car si le scénario propose effectivement quelques escapades dans l’action (un combat contre un père noël zombifié, une course-poursuite entre des bagnoles et des motos, un combat dans un snack entre Deth et la vieille cuisinière, baston contre des punks lors d’un concert,…), le manque de moyens vient redescendre tout le monde sur terre, fauchant Band dans les jambes et le forçant à se contenter d’une mollesse certaine. Inutile donc d’espérer des séquences explosives dignes d’un Die Hard ou une réalisation nerveuse, la plupart des scènes étant tournées sous somnifères, comme si vous assistiez à un match de catch entre deux gars de 93 ans chacun. Il faudra donc aligner votre tolérance sur les moyens du film, assez maigres (le film a couté 400 000 dollars), et vous mettre dans la peau d’un gars des années 80 qui regarde sa petite vidéo qu’il vient de louer, une bière dans la main et une pizza sur les genoux. C’est après tout le meilleur moyen d’apprécier ces petites productions indépendantes qui demandent que l’on se mette en condition, voire que l’on déploie un certain rituel pour pouvoir profiter de leurs charmes. Cela vous permettra peut-être de passer outre quelques fautes de gouts comme des fringues futuristes ringardes au possible et quelques effets forcément datés.

 

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On regrettera d’ailleurs que le film soit assez soft à ce niveau. Non pas que nous espérions de Trancers un déluge de gore, Band souhaitant visiblement élever le spectacle à un niveau plus familial. Pas de problèmes avec ça, mais on aurait tout de même souhaité avoir un ou deux maquillages bien foutus à disposition, d’autant que l’on trouve John Carl Buechler, réalisateur de Vendredi 13 part.7 et créateurs d’effets gore depuis des lustres (on lui doit ceux de From Beyond, certains de Freddy 4 ou, plus proche de nous, ceux de Hatchet), au générique comme le « monsieur effets spéciaux ». On peut donc tirer la gueule en voyant que le spectacle se résume à quelques lasers pioupiouteurs ou des corps qui s’évaporent. Certes, les effets sont joliment dépassés, mais cela fait bien peu, et les maquillages ne relèvent pas le niveau, s’arrêtant à un teint blafard de grippé. On commence donc à s’inquiéter sérieusement pour la petite heure-quinze (le film est en effet fort court) que l’on va passer avec Jack Deth puisque les différents éléments proposés ici ne sont pas très emballants. Peu de spectacle, un scénario plagiant Terminator avec le panache en moins, une réalisation molle comme la bite d’une limace, autant dire qu’il ne reste pas grand-chose et que seuls des personnages sympathiques pourraient sauver l’entreprise. C’est à moitié le cas ici, malheureusement. Car si Jack Deth n’est pas désagréable et au final assez sympatique, il ne dispose pas du charisme suffisant pour porter le film sur ses épaules. La faute à son interprète Tim Thomerson (qui reprendra le personnage pour les suites), qui est lui aussi assez attachant grâce à la tronche naturellement cool de son acteur mais qui ne peut pas prétendre au titre de grand acteur. Il fait sans doute de son mieux, et il a finalement là le rôle de sa vie, celui pour lequel on le reconnaît, mais il est forcément un peu étriqué dans ce rôle de vieux détective typé années 50, cliché ambulant coincé entre plusieurs époques. Certains seront par contre surpris de retrouver Helen Hunt (oui, oui, celle des comédies romantiques) qui incarne ici la nouvelle petite copine de notre flic du futur, plutôt bien par ailleurs. Elle est naturellement mignonne avec ses airs de gentille et n’a donc pas grand-chose à faire de plus que sourire. Notez, et c’est là le plus étonnant, qu’elle jouera elle aussi dans Trancers 2 et Trancers 3.On ne peut pas dire autant de bien du méchant, assez invisible, pour ne pas dire inexistant, la menace qu’il constitue ne semblant jamais particulièrement dangereuse ou mortelle…

 

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Pas la peine de continuer la liste des défauts, vous aurez compris par vous-même que Trancers n’est pas le meilleur représentant d’Empire. Je n’irais pourtant pas jusqu’à le déconseiller, car le film n’est pas déplaisant pour autant, d’autant que si vous vous démmerdez bien vous pouvez le trouver pour pas cher dans un DVD sorti en catimini. Mais il ne plaira qu’à une certaine partie de la population bisseuse, à ceux qui apprécient les années 80 au point d’en supporter les avatars les plus faibles. Car il est clairement nécessaire de s’imaginer trente ans en arrière pour passer ici un moment sympathique auprès de cette petite bande assez humble. Si l’on ne peut pas l’aimer franchement, on ne peut décidément pas la détester non plus puisqu’au fond, le film nous ramène clairement à une époque qui nous enchante toujours et qu’une certaine tendresse nous prend en le regardant. Est-ce que cela suffit, à chacun d’en décider…

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Charles Band
  • Scénarisation: Danny Bilson, Paul De Meo
  • Producteurs: Charles Band
  • Titres: Trancers (USA), Future Cop (France pour la VHS), Trancers, le flic du futur (DVD francophone)
  • Pays: USA
  • Acteurs: Tim Thomerson, Helen Hunt, Michael Stefani, Art LaFleur
  • Année: 1985

6 comments to Trancers, le flic du futur

  • Oncle Jack  says:

    La franchise TRANCERS est certainement l’une des plus prolifiques parmi toutes celles qu’a produit le joyeux Charles Band (juste derrière les PUPPET MASTER).
    Ces films sont de sympathiques petites séries B qu’il faut mater d’un œil distrait sans être trop regardant; l’intérêt principal restant assurément l’aspect assez charismatique du héros (incarné à merveille par Tim Thomerson) et la présence de guest-stars comme Richard Lynch, Andrew Robinson, Megan Ward, etc…
    A visionner sans se prendre trop la tête donc….. sauf le sixième opus qui est ignoble (voire même honteux).

  • Roggy  says:

    Un petit film de SF trop cheap qui ne restera pas dans les annales. Je préfère la série des « Puppet Master ». D’ailleurs, est-ce que Charles Band encore ? 🙂

  • Mr Vladdy  says:

    Là, je suis déjà plus intrigué. Le titre est en plus assez vendeur 🙂 et ta conclusion de film imparfait qu’on ne peut cependant pas détester peux me pousser à le voir. Je regaderai si je le trouve dans mon happy cash 😉

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