Godzilla

Category: Films Comments: 4 comments

godzillateaser

Certains monstres ne meurent jamais et c’est bien évidemment le cas de l’ami Godzi, qui ne pouvait décidément pas rester plus de dix ans sans revenir taquiner nos écrans de son souffle atomique. Mais contrairement à ce que nous pensions, voire à nos espérances, ce n’est pas au Japon que le roi des monstres entreprit sa résurrection.

 

Lorsque l’annonce d’un nouveau remake de Godzilla s’écrasa sur les sites de news, la réception de la nouvelle fut plutôt froide. Ce qui se comprend aisément au vu de la première tentative d’américaniser le plus célèbre des Kaiju, l’opus de Roland Emmerich n’étant pas franchement le film de monstres géants le plus apprécié de la planète. A raison d’ailleurs, car si ce n’était pas la honte intégrale (soyons francs, nous avons tous vu bien pire), les rapports entre l’œuvre japonaise d’Ishiro Honda et cette version Burger King étaient plutôt minces. De quoi décevoir les fans, qui espéraient voir un vrai Godzilla ravageant le territoire américain et se sont retrouvés avec un clone de Jurassic Park sans saveur. Il était donc normal de trembler à l’annonce d’un reboot tout beau tout neuf, qui survient donc seize années après la première tentative. Mais plutôt malins, les producteurs placeront l’avenir du roi des monstres dans les mains de Gareth Edwards, un vrai fans des films de gloumoutes qui s’était fait remarquer en 2010 avec son Monsters, « petit » film de 500 000 dollars (autant dire que dalle à l’échelle américaine) qui tirait le meilleur parti de son budget riquiqui et proposait déjà des créatures géantes. De quoi prouver qu’il est l’homme de la situation pour emballer ce Godzilla 2014, une production autrement plus cossue puisque coutant dans les 160 millions, ce qui a dû bien changer notre jeune réalisateur sans doute plus habitué à la débrouille. Le projet restait tout de même casse-gueule et, à vrai dire, avait tout pour être maudit auprès des fans de la série japonaise. Et soyons honnêtes, on se doute d’emblée que ceux-ci ne seront dans tous les cas pas ravis par cette nouvelle version, quand bien même elle serait magistrale. Tout simplement parce que Godzilla c’est avant toute chose un mec dans un costume de reptile géant qui écrase des maquettes et combat des monstres allant du dragon doré à trois têtes à l’écrevisse géante. Et donc pas un tas de codes tapés dans un ordinateur qui nous offre à l’arrivée un saurien numérique qui éclatera des villes sorties elles aussi d’un Mac. L’aspect artisanal des premiers films, qui allaient jusqu’à réutiliser le même costume encore et encore jusqu’à ce qu’il tombe en lambeaux, n’est clairement pas dans cette nouvelle renaissance. Difficile donc pour les fans de la première heure de s’enthousiasmer pour un spectacle visuellement éloigné de la douce naïveté que nous sommes en droit d’attendre d’un film avec Godzilla. Le film d’Edwards est donc plutôt à réserver à ceux qui gardent l’esprit ouvert et peuvent imaginer leur monstre favori dans quelque-chose d’un peu diffèrent, sans quoi il leur sera impossible d’adhérer, tout comme il est peu probable que les jeunes découvrant le streum avec cette version 2014 trouveront les films précédents à leur goût. Je ne découvre pas l’univers de Godzilla avec ce film, loin de là même, mais je ne suis pas un fan pur et dur pour autant, ce qui me place donc au centre et dans la position d’arbitre neutre. Et je suis prêt à compter les points!

 

godzilla1

 

Il faut tout de même le dire: Gareth Edwards a fait son possible pour satisfaire les fans de la première heure, c’est un fait. Son Godzilla tente effectivement de contenter un maximum de monde: les plus jeunes qui peuvent découvrir Godzi avec ce film, les amoureux du premier film de 1954 qui y retrouveront le ton sérieux et l’aspect catastrophe et, enfin, l’aspect « match de catch monstrueux » de la plupart des épisodes qui suivront. De reboot il n’est d’ailleurs pas réellement question puisque nous avons-là une suite au premier opus d’Honda, le générique d’ouverture nous faisant comprendre que notre gigantesque lézard était bel et bien apparu au Japon dans les années 50, comme dans le premier volet. Un saut dans le temps plus tard, nous nous retrouvons en 1999 et face à une catastrophe dans une centrale nucléaire nippone, qui éclate et contamine toute la région. Les années passent à nouveau et un scientifique ayant vécu les évènements de 99 décide de retourner sur les lieux avec son militaire de fils, persuadé qu’il y a une cause monstrueuse derrière cette catastrophe. Il ne sera pas déçu puisqu’il découvrira que les autorités locales cachent un gigantesque cocon qui va, bien évidemment, éclore et laisser s’échapper un Muto, un gros monstre ailé qui se nourrit de l’énergie nucléaire. Mais comme s’il était un ennemi juré de ce fameux Muto, Godzilla se réveille à son tour pour aller refaire le portrait à son adversaire, qui n’est pas seul dans le coin puisqu’une femelle sort de sa cachette, décidée à procréer. Godzilla parviendra-t-il à protéger l’équilibre naturel, menacé par les deux amants monstrueux ? Dans cette cuvée 2014, Godzilla devient donc une sorte de protecteur de la planète comme pouvait l’être son rival Gamera, ce qui n’est pas nécessairement nouveau dans la saga mais est ici souligné plus clairement, les Muto pouvant par ailleurs être comparés aux Gyaos dans leurs rôles d’ennemis héréditaires. Godzilla se réveille donc de son profond sommeil à leur retour, prêt à se redresser et bastonner ces enfoirés. Enfin, dans la dernière partie du film, à vrai dire. Nous serons tous d’accord pour dire que les gros défauts de la saga japonaise est de perdre trop de temps en palabres militaires et scientifiques alors que tout le monde veut voir des gus déguisés en monstres géants se mettre sur la gueule. Et bien manque de chance, Gareth Edwards commet la même erreur! Car le Godzilla que nous pouvons admirer sur l’affiche, nous n’allons pas le voir tant que ça, la montagne d’écailles ne pointant son museau que tardivement, se contentant jusque-là de nous montrer son dos lorsqu’il nage ou sa queue, et ça c’est lorsqu’on a de la chance.

 

godzilla3

 

La critique récurrente faite au film est effectivement le manque de présence de Godzilla dans un film qui porte pourtant son nom (remarquez, Christopher Nolan a bien fait un Batman sans Batman, alors…) et il est difficile de nier que le roi des monstres se fait un peu désirer ici. En plus de faire apparaître sa star tardivement, Gareth Edwards prend un malin plaisir à éluder les combats lors de la première heure et s’amuse à faire monter la pression, avec beaucoup de talent par ailleurs! Les apparitions, même éclairs, de Godzilla sont excellentes, comme lors de la scène de l’aéroport à Hawaï, et il est indéniable que le metteur en scène avait à cœur de soigner la venue de son monstre, qu’il aime sincèrement. Cela se sent, ça transpire à chaque plan où l’on voit les créatures (car les Muto sont aussi très bien mis en valeur, j’y reviendrai) et nous avons quelques images proprement dantesques à se coller dans les pupilles. Mais voilà, toute cette montée de violons ne débouche malheureusement pas sur un orchestre mais sur un petit coup de triangle puisque, dès que Godzilla s’apprête à se battre, Edwards tourne sa caméra et ne nous montre que des bribes de baston via des écrans de télévision. Particulièrement frustrant, d’autant que le plus généreux (ce qui n’est pas dur puisque peu sera toujours plus que rien) combat final n’est pas forcément marquant. Bien foutu sur le plan technique, il est malheureusement difficile d’en retenir plus que quelques images, comme le souffle atomique (qui est bien là, ouf!). On ne s’attendait bien évidemment pas à ce que Godzi nous refasse le coup de la glissade avec sa queue comme lors de son combat contre Mégalon, ni une fureur destructrice exagérée et inutilement longue comme dans les Transformers de Michael Bay, mais tout de même… Cela fait peu et nous laisse sur notre faim puisque nous avons surtout la sensation d’avoir assisté aux voyages du héros, Aaron Taylor-Johnson, qui est ici un peu fade et se débrouillait mieux dans les Kick-Ass ou dans le mal-aimé (et selon moi très bon) Chatroom d’Hideo Nakata. Comme tout le casting d’ailleurs, qui ne nous passionne guère, la faute à des personnages trop classiques, avec le père hanté par une catastrophe passée qui est aussi le seul à pouvoir prédire la prochaine, mais qui est bien évidemment pris comme un maboul, son fils qui est le bon militaire courageux qui veut rejoindre sa femme et cette dernière qui est jolie tout plein mais ne sert à rien dans le script. Enfin, on a aussi le japonais qui a vu Godzilla en 54 et qui est le seul à pouvoir comprendre qu’au fond, il n’est pas méchant.

 

godzilla2

 

A vrai dire, on n’aime guère ces personnages, non pas parce qu’ils sont dérangeants, mais parce qu’on a la sensation que leur présence nous empêche d’accéder au vrai spectacle. Car nous sommes malgré nous enlisés dans une histoire plus proche de celle du soldat Ryan que de la mêlée entre monstres, ce qui est d’autant plus dommage que ceux-ci sont soignés. Certes, Godzilla est un peu pataud, un peu trop gros peut-être, mais son look n’est pas choquant et il ressemble suffisamment à sa première version pour que l’on ne pleure pas son aspect. Il ne dégage par contre pas grand-chose, sans doute car on ne lui en laisse guère le temps, et les Muto sont bien plus présents. Ce qui tombe bien car ils sont bien plus charismatiques. Mélanges entre la mante religieuse et le faucon avec des airs égyptiens et métalliques, nos deux badguys assurent effectivement et nous sont à vrai dire plutôt sympathiques, voire touchants! La meilleure scène du film est d’ailleurs ce moment de tristesse ressenti par la femelle Muto, qui en cinq secondes parvient à nous faire ressentir plus qu’Aaron Taylor-Johnson en deux heures. On en vient même à être de leur coté, nous demandant au final pourquoi Godzilla tient tellement à les empêcher de s’accoupler et bousculer notre écosystème. Pourquoi les Muto n’ont pas le droit de perdurer tandis que les humains foutent en l’air la planète ? Mystère… On se demande aussi pourquoi, si Godzilla est en fait un ami des humains, il avait tout saccagé en 1954… Le film d’Edwards ne manque donc pas de défauts et est un semi-ratage, et donc une semi-réussite. Car il y a du bon tout de même, les Muto bien entendu (ils auraient mérité de porter le nom du film, si vous voulez mon avis), la réalisation qui est généralement d’excellente facture, la musique est bonne aussi. Mais voilà, les partis pris d’Edwards, dont celui de se placer à un niveau humain pour mieux retranscrire le gigantisme de ses monstres et ne pas les banaliser, ont beau être respectables et audacieux, ils empêchent aussi le film d’être pleinement divertissent et l’on passe au final trop de temps à attendre l’arrivée de Godzilla. Selon ses buts fixés, Godzilla 2014 est une réussite et parvient à restituer les envies de son réalisateur, mais selon les attentes du public, il faut bien reconnaître que nous tenons là un petit échec. Reste que de nouveaux opus sont prévus, visiblement avec Edwards toujours aux manettes. Espérons qu’il rectifiera un peu le tir et osera plus franchement jouer le jeu de la destruction et laisser un peu de coté celui de la suggestion.

Rigs Mordo

 

 

godzillaposter

 

  • Réalisation: Gareth Edwards
  • Scénarisation: Max Borenstein
  • Producteurs: Jon Jashni, Mary Parent, Brian Rogers et Thomas Tull
  • Pays: USA
  • Acteurs: Aaron Taylor-Johnson, Bryan Cranston, Ken Watanabe, Elizabeth Olsen
  • Année: 2014

4 comments to Godzilla

  • Roggy  says:

    Belle analyse pour ce film dont tu sais ce que je pense. Je peux aussi comprendre que tu sois déçu de ne pas voir Godzilla assez souvent (moi aussi forcément car il est magnifique) mais j’ai apprécié que Gareth Edwards filme à hauteur d’hommes. Ca change des blockbusters du moment où ça pète dans tous les sens. Je pense aussi que la suite prendra un virage plus action et que Godzilla sera encore plus mis en valeur.

  • Mr Vladdy  says:

    J’ai pas du tout aimé ce film. On vient voir du Godzilla et ce dernier est relégué au second plan. J’ai un peu les mêmes reproches à faire à ce film que sur le précédent métrage du réalisateur. Visuellement efficace (comme toi, même si un peu pataud, le look de godzilla m’a pas choqué), c’est assez ennuyeux et peu intéressant à mes yeux. A revoir peut être une fois que je l’aurais un peu plus digéré 😉

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>