The Killer Shrews

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C’est lorsque l’on pense avoir tout vu en matière de films d’horreur animaliers que l’on se rend compte qu’une série B ou Z parvient toujours à faire plus improbable et curieux que les précédentes. Laissez donc de coté les chiens enragés, les requins affamés et les crocodiles furibards, de biens trop communes menaces face aux musaraignes tueuses…

 

C’était sans doute plus vrai il y a cinquante ans que de nos jours mais il est bien connu que si l’on veut se lancer dans une carrière de producteur, le genre horrifique est la rampe de lancement parfaite. La série B, ça ne coûte pas cher et ça rapporte donc facilement sa mise initiale, le public ayant toujours été friand de quelques frayeurs. Surtout dans les années 50, période bénie pour tous les Craignos Monsters en herbe, une décennie où les écrans de drive-in se transformaient en un véritable champ de bataille où se croisaient martiens belliqueux, monstres géants mécontents, hommes-taupes et autres invraisemblables créatures. La bonne époque si l’on veut découvrir des gloumoutes de tous genres… Chanteur et acteur popularisé grâce à la série Gunsmoke, tenant dans ce western télévisuel le rôle du gardien de prison durant onze années et 239 épisodes, Ken Curtis décide de se lancer dans la production en débutant avec The Killer Shrews dans lequel il tiendra également l’un des rôles principaux. Bien normal, cela fait un acteur reconnu de moins à payer! Il s’associera dans cette entreprise avec Gordon McLendon (qui obtiendra un rôle lui aussi), là encore un gaillard étranger au monde du cinoche puisqu’il était surtout connu comme un homme de radio. Tous deux décident de produire des séries B d’épouvante qui seront tournées au Texas et qui seront réalisées par Ray Kellog, qui deviendra leur metteur en scène attitré et qu’ils retrouveront la même année, 1959, pour un autre « monster movie »: The Giant Gila Monster qui donnait naissance à un lézard géant. Ce dernier film et The Killer Shrews ne feront guère de vagues lors de leurs sorties à la fin des années cinquante mais finiront, le temps passant, par obtenir un petit statut de culte amené par l’émission Mystery Science Theater 3000 qui, si vous n’en connaissez pas le principe, avait pour protagonistes principaux un humain et deux robots qui étaient enfermés dans une station spatiale, un génie du mal les tenant captifs et les forçant à regarder les plus mauvais films de SF ou d’horreur jamais sortis. Humoristique, la série a pour but principal de laisser ses trois personnages faire des blagues sur les films qu’ils regardent, l’ironie leur permettant de supporter des films comme The Mad Monster, It Conquered the World, Bride of the Monster d’Ed Wood ou encore Deathstalker III. Notons tout de même que certains vrais bons films furent diffusés dans le cadre de l’émission et on se demande sincèrement ce que nos boites de conserve pouvaient dire de négatif au sujet d’une bombe comme Phase IV… Redevenu « in » grâce au pouvoir du sarcasme, The Killer Shrews est également tombé dans le domaine public et peut donc être vu sur le net sans entrainer la moindre illégalité. Ca tombe bien car il aurait été dommage de débourser le moindre euro pour un truc pareil…

 

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Thorne Sherman (James Best de la série Shérif, fais moi peur!) est un marin en route vers une île isolée pour apporter à ses occupants quelques vivres. Mais alors qu’il arrive enfin sur les lieux, une terrible tempête déboule avec lui et le force à passer la nuit avec les scientifiques qui ont installé leur laboratoire de fortune sur ces terres abandonnées. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que nos laborantins ne sont guère ravis à l’idée d’accueillir le loup de mer, et pour cause!, ces idiots s’étant amusés à jouer avec la génétique de quelques musaraignes qui sont vite devenues énormes (de la taille de chiens) et particulièrement féroces. Pour ne rien arranger, elles sont particulièrement toxiques et un coup de croc dans la jambe vous fera succomber bien vite, une écorchure suffisant bien à vous clouer dans un cercueil pour le dernier voyage. Forcés de se retrancher et se barricader dans la petite maison, notre groupe de personnages (le marin, le scientifique, sa fille, le fiancé jaloux de celle-ci (Ken Curtis), un assistant (McLendon), leur serviteur mexicain) fera tout pour repousser les attaques de ces monstrueuses musettes… Tourné en noir et blanc pour 123 000 dollars environ, The Killer Shrews fait partie de ces nombreux films cinquantenaires qui n’auront jamais traversé l’océan pour parvenir jusqu’à nous et, à vrai dire, cela se comprend aisément lorsque l’on voit le résultat. Il était en effet peu probable qu’une œuvre mineure comme celle-ci se serait trouvée une place au soleil dans les cinémas de quartier français à une époque où la Hammer régnait déjà en maître et proposait une alternative horrifique autrement plus sophistiquée. Car outre un scénario particulièrement simpliste et peu recherché, prototype même de la série B vue cent fois dans les fifties, nous sommes là à des années lumières de ce qui se faisait de mieux à la même époque, The Killer Shrews s’apparentant plus aux Corman désuets, période L’Attaque des Crabes Géants, qu’au retour flamboyant du gothique avec Vincent Price. Toute petite production, le film de Ray Kellog a toutes les peines du monde à rendre crédible son univers, à commencer par ses fameux monstres qui sont, lors des plans éloignés, des chiens vaguement (très vaguement) déguisés en musaraignes. On leur a en fait rajouté des peaux de bêtes sur le dos, genre tapis déchirés et guenilles dégueulasses, pour tenter de les changer en d’énormes rongeurs. Peu crédibles, tout comme ces magnifiques gants ou chaussettes vus dans les gros plans, auxquels on a rajouté des crocs, des poils et des billes noires (pour faire les yeux) et qu’un « accessoiriste », car c’est beaucoup dire, agite mollement, le bras enfoncé dans la gueule de la bête pour l’animer. On ne va pas se mentir, le caractère rudimentaire, voire risible, des effets spéciaux favorise plutôt la vision du film car, comme tous les bisseux, nous avons une certaine tendance à vouloir voir les monstres les plus craignos possibles. Et c’est justement là qu’on se fait piéger.

 

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Car si les musaraignes tueuses sont bien évidemment assez rigolotes et que leurs apparitions sont sans problèmes les meilleurs moments du film, tout le reste est tout bonnement pathétique. Et pas du pathétique qui amuse, non ce serait trop beau, mais du pathétique qui emmerde, et profondément. Honteusement bavard, The Killer Shrews s’étale de tout son long dans des dialogues interminables qui nous donnent l’impression d’assister à une pièce de boulevard, avec ses portes qui claquent et ses personnages qui traversent la pièce à trois ou quatre reprises. C’est d’ailleurs hallucinant de constater le nombre de personnes qui écoutent aux portes ou qui sont filmés dans l’encadrement d’une porte dans ce film, qui tourne plus de poignées que le portier du Ritz. D’une pièce de théâtre amateur, le film hérite également des décors intérieurs. Si les extérieurs sont assez sympathiques, entre la plage et une forêt qui fait son office, c’est le dégueulis visuel dès que l’on rentre dans la baraque, si pauvrement meublée que cela en devient risible. Quelques meubles et des cadres et c’est tout, l’originalité n’étant clairement pas de mise dans l’agencement des lieux et l’expressionisme allemand est bien loin puisque nous trouvons là l’apathie américaine. Ce qui a pour effet de nous pousser à regarder ailleurs, car contrairement à certaines séries B de l’époque scénaristiquement moyennes qui trouvent un aspect visuel séduisant ou un minimum travaillé, rien ne retient la rétine dans The Killer Shrews. Et vu que, comme précisé plus haut, le script n’est pas meilleur et se contente d’aligner les poncifs habituels (les personnes de couleur meurent les premières, les scientifiques font des conneries, le héros emballe la demoiselle) avec une mollesse sidérante (il y a vingt bonnes minutes de parlote ininterrompue), autant vous dire qu’on n’a aucune qualité à laquelle se raccrocher. D’ailleurs, histoire d’en rajouter une couche, comprendre ce que racontent notre petite troupe n’est pas des plus aisé, ces braves gens disposant pour la plupart d’accents à vous écorcher un menhir. Même les Américains eux-mêmes semblent avoir tout le mal du monde à entraver ces blablas somnolents puisque cette péloche est assez reconnue pour son élocution peu évidente. Il est donc fortement recommandé d’opter pour une version sous-titrée, si vous parvenez à en dénicher une. Et si vous avez envie de subir une heure-dix d’ennui, cela va sans dire.

 

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Quasiment dénué d’action et de surprises, The Killer Shrews est un navet intégral qui n’a que de rares charmes, ceux de la plupart des films de l’époque dont l’aspect désuet et naïf est bien évidemment assez attachant. Mais c’est bien tout et la liste des qualités s’arrête aux musaraignes, forcément amusantes. Le reste ne mérite guère la vision et les bonnes idées sont cruellement absentes de cette bande qui parvient même à nous offrir l’un des finals les plus ridicules du genre. Désireux de fuir les bestioles (et peut-être de ce film), les quelques survivants décident de se mettre sous des barils et commencent à marcher vers la mer, évitant par la même occasion les coups de dents des musaraignes qui ne parviennent pas à les atteindre sous ces protections. J’aime autant vous dire qu’on ne tient pas là un climax particulièrement tendu et ce n’est rien de le dire… Pas la peine d’insister encore longtemps pour vous convaincre, le message est sans doute passé: The Killer Shrews est d’un incroyable ennui et je vous conseille d’en rester à quelques clips des fameuses musaraignes, qui constituent le seul vague intérêt de ce bien triste avatar du fantastique d’antan. A éviter comme la peste… bubonique, bien entendu! Notez tout de même que son petit regain de popularité survenu sur le tard lui aura permis d’avoir une suite, en 2012. Oui, plus de cinquante ans plus tard! Avec un retour de Thorne Sherman, qui reprend donc son rôle, et l’arrivée de Bruce Davison (The Lords of Salem de Rob Zombie), en plus de la désormais obligatoire bande d’adolescents beaux-gosses et de leurs séduisantes amies qui les accompagnent. Tout ce beau monde affrontent donc nos musaraignes mutantes, qui sont désormais générées par ordinateurs comme vous l’imaginez bien mais conservent leur look d’antan. Ca doit être aussi nul que le premier mais cela donne forcément envie de tenter l’aventure si l’occasion se présente…

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Ray Kellog
  • Scénarisation: Jay Simms
  • Producteurs: Ken Curtis, Gordon McLendon
  • Pays: USA
  • Acteurs: James Best, Ken Curtis, Ingrid Goude, Gordon McLendon
  • Année: 1959

6 comments to The Killer Shrews

  • Oncle Jack  says:

    Un des derniers films à base de grosses bestioles vindicatives que nous donnaient à foison les glorieuses années 50.
    Je l’ai vu tout récemment et effectivement il faut s’accrocher pour aller jusqu’au bout des 70 minutes (une durée plus longue aurait été une véritable torture, déjà que…).
    A réserver seulement à ceux qui sont curieux de voir le shérif Rosco P. Coltrane affronter des lévriers travestis en souris.

  • Roggy  says:

    Dommage que le film ne tienne pas la route, car son concept est intéressant. C’est souvent le cas dans ces vieux films qui se bâtissaient sur un semblant d’histoire et des dialogues interminables, sans compter quelquefois une romance malvenue.

  • Roggy  says:

    Tu as raison, j’ai vu « The Fiend without a Face », et c’est vraiment très bien. Tu vas décidément ne plus me donner envie de voir ces musaraignes géantes 🙂

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