Détective Dee: Le Mystère de la Flamme Fantôme

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Il y a des questions que tout le monde se pose. Y a-t-il une vie après la mort ? Qui est arrivé en premier, l’œuf ou la poule ? A quoi aurait ressemblé Le Nom de la Rose si Sean Connery et Christian Slater y pratiquaient le kung-fu ? Je suis dans l’incapacité de répondre aux deux premières questions, mais j’ai ma petite idée sur la dernière…

 

Tsui Hark est grand, c’est un fait, il l’a prouvé tout au long de sa carrière, qui n’aura finalement connu que peu de mauvaises surprises, comme un Black Mask 2 assez embarrassant. Et peut-être que l’intéressé et certains de ses fans n’apprécient pas beaucoup plus ses Van Dammeries, à savoir Double Team et Piège à Hong-Kong, qui ne sont certainement pas ses meilleurs essais, ni ceux du Jean-Claude, mais qui restent des films d’actions tout à fait sympathiques et amusants. Mais pour le reste, rien à redire, entre Zu, les guerriers de la montagne magique, Il était une fois en Chine, Le Festin Chinois ou encore Time and Tide pour n’en citer que quelques-uns, il y a de quoi taper dans la qualité. Un Tsui Hark, même un mauvais, on le regarde, car il y a toujours un truc ou l’autre à voir dedans, que ce soit un plan inventif ou une folie qu’on ne retrouvera jamais ailleurs. C’est donc sans ménagement que l’on se lance dans l’aventure Détective Dee: le mystère de la flamme fantôme, mélange de thriller, de fantastique et de kung-fu, en un mot, un mélange de tout ce qui est bon. Inspiré d’un personnage ayant réellement existé, à savoir l’homme politique Di Renjie qui était réputé pour ses talents d’enquêteurs, le film a pour but de nous proposer du spectacle, encore et encore. Et pour ce faire, Tsui Hark va mettre les bouchées doubles. Car si la base du film est historique, il ne va pas se gêner pour balancer dans son intrigue des éléments fantastiques comme des cloportes de feu, un cerf qui parle ou un moine monstrueux qui se bat en détachant ses bras de son corps. Autant dire qu’on va prendre notre pied.

 

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L’an 690 est un tournant pour la Chine, Wu Zeitan, qui est la veuve du dernier empereur, s’apprête à devenir la première femme à porter le titre d’impératrice de Chine, ce qui lui vaut nombre de suspicions, nombreux sont ceux qui pensent qu’elle a éliminé son mari pour prendre sa place. Mais à quelques jours de son couronnement, la fête est troublée par un meurtre étrange: alors qu’il travaille à la construction d’un Bouddha géant, l’un des maîtres du chantier prend feu, de l’intérieur. Et quelques instants plus tard, c’est un policier qui enquête sur ce fait qui s’enflamme. Plutôt gênant pour la future impératrice, guère ravie à l’idée que son grand jour soit entaché par pareils évènements. Et devant l’incapacité des enquêteurs à délier le vrai du faux dans cette affaire, elle se résout à faire appel à un homme qu’elle avait condamné à la prison pour avoir osé se dresser contre elle: le détective Dee, qui accepte le challenge, non sans se méfier de celle qui l’avait envoyé dans un cachot. Flanqué de la jolie adepte du fouet qu’est la combattante Jing’er, la garde du corps de l’impératrice, qui n’est là que pour surveiller ses moindres faits et gestes, et de Pei Donglai, un policier qui se met vite de mauvais poil, Dee va tenter de comprendre pourquoi certaines personnes sentent soudainement le cramé. Une tâche peu aisée puisque de nombreux assaillants tenteront de les tuer durant leur enquête.

 

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Dans l’introduction de cette chronique, j’ai cité Le Nom de la Rose de Jean-Jacques Annaud, un vrai chef d’œuvre du film policier. La comparaison avec Détective Dee n’est pas innocente tant le film de Tsui Hark m’a fait pensé à l’enquête de Guillaume de Baskerville, qui devait découvrir la raison pour laquelle les moines d’un monastère reculé étaient retrouvés morts empoisonné, la langue et le pouce noircis. Sean Connery, méfiant, commençait à penser que ceux qui l’avaient appelé pour résoudre ces meurtres n’étaient pas tout blancs non plus et ces doutes assailleront aussi Andy Lau, qui incarne ici le détective chinois. Le mystère fait penser lui aussi au film de Jean-Jacques Annaud, le poison laissant sa place à une manière de tuer particulièrement impressionnante puisque ce n’est pas tous les jours que l’on peut voir des combustions spontanées, même au cinéma. On ne va rien révéler sur l’intrigue, plutôt bien tenue quand bien même le coupable n’est pas très difficile à deviner. Mais qu’importe, ce n’est pas l’arrivée qui compte mais le chemin parcouru et l’ambiance qui est déployée par Tsui Hark. Car l’enquête de Dee sent le danger, la menace, un sentiment renforcé par une musique volontiers inquiétante. On sent notre trio surveillé et la mort semble planer sur eux comme une épée de Damoclès qui les délesterait de leur tête avec grand plaisir. Aucun personnage ne semble à l’abri et l’assassin, pas même visible en ombre chinoise (forcément !) semble être partout à la fois et particulièrement diabolique. Il faut donc féliciter Tsui Hark, que l’on savait à l’aise avec l’action et qui nous prouve ici que c’est également un excellent conteur d’histoires policières puisque son thriller est rudement mené. Bien entendu, puisque nous sommes aussi dans un Wu Xia Pian, il y a de la baston et elle est de qualité puisque dirigée par le grand Sammo Hung. Pas forcément son meilleur travail, les chorégraphies étant toutes bien agréables sans être inoubliables, mais nous avons de jolis moments à croquer (un combat sur des bouts de bois dans une caverne inondée) et d’autres plus dingues à reluquer (Dee qui combat une troupe de cerfs). Mais dans des décors comme ceux du film, même le plus minable des combats aurait eu l’air magnifique…

 

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Si le cinéma gothique des années 60, qu’il soit américain, italien ou anglais, peut se vanter d’avoir eu de magnifiques châteaux à filmer, le Wu Xia Pian a toujours gagné énormément de points avec ses temples et autres villages reconstitués. C’est plus vrai que jamais sur Détective Dee qui met le paquet de ce coté-là, le film ayant bénéficié d’un gros budget puisque c’est un blockbuster dans son pays. Le dépaysement sera total et bien orchestré, le guide Tsui Hark nous emmenant dans une cité souterraine et inondée peuplée d’êtres inquiétants, dans les entrailles d’un gigantesque Bouddha de fer, dans un temple rempli d’énormes statuettes de pierres et bien sûr dans la gigantesque demeure de l’impératrice, en plus des splendides vues d’ensembles qui nous seront proposées. Prenez donc une brochure, ça vaut le coup d’œil. C’est donc un vrai plaisir rétinien de voir nos personnages évoluer dans de pareils cadres, d’autant que les héros sont assez sympathiques. Pas nécessairement des êtres qui continueront de vivre dans nos cœurs des années durant, mais en tout cas une petite bande agréable à suivre. Dee est un bon Sherlock Holmes chinois, volontiers taquin et bon combattant, et ses deux compagnons, Jing’Er et Donglai complètent bien la distribution, tous deux étant remplis d’une animosité et d’une arrogance qui rythment des dialogues toujours informatifs, dénué de tout gras. On va finir par croire qu’il n’y a pas d’ombre au tableau de ce cru 2010 de Tsui Hark ! Il y en a pourtant, comme certains effets numériques qui ne sont pas toujours très beaux et semblaient déjà datés lors de la sortie du film (les cerfs, par exemple), même s’il faut spécifier que d’autres sont très réussis, comme la chute d’un Bouddha devenu menaçant. Plus gênant sont ces plans rapprochés qui trahissent un peu trop un tournage en numérique qui s’il fait des merveilles lors des plans d’ensembles n’est pas des plus esthétiques lors des gros plans… Mais c’est bien là le seul point d’ombre, le reste du film étant particulièrement ensoleillé.

 

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Détective Dee est définitivement réjouissant et se pose d’emblée comme l’un des plus beaux spectacles populaires de ces dernières années. Très généreux, Tsui Hark donne un maximum, que ce soit dans le thriller, l’action ou le fantastique sans que l’un de ces trois éléments ne prenne le pas sur les autres. C’est un film harmonieux qu’il nous envoie à la gueule, aussi beau que palpitant, et qui rappelle que l’on peut faire des films à grand spectacle tout en étant sincère. On en vient à regretter que le réalisateur n’ait pas insisté à Hollywood après ses tentatives avec JCVD, il nous aurait probablement offert des blockbusters autrement plus intéressants que ceux qui sortent depuis quinze ans… Mais ne pleurons pas, si cela avait été le cas, nous n’aurions peut-être pas eu ce Détective Dee dont il serait dommage de se priver. Notez que la préquelle, Young Detective Dee: Rise of the Sea Dragon, toujours réalisé par Tsui Hark est sortie cet été dans les salles obscures ! Pas encore vu, il tarde bien entendu à votre serviteur de vérifier ce que notre détective chinois pouvait faire lors de sa prime jeunesse!

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Tsui Hark
  • Scénarisation: Kuo-Fu Chen
  • Titre original: Dí Rénjié zhī tōng tiān dìguó
  • Producteurs: Tsui Hark, Peggy Lee, Nansun Chi
  • Pays: Chine
  • Acteurs: Andy Lau, Li Bingbing, Carina Lau, Chao Deng, Lu Yao
  • Année: 2010

6 comments to Détective Dee: Le Mystère de la Flamme Fantôme

  • Princécranoir  says:

    Tsui Hark est grand ! Voilà ce qu’il faut retenir sans réserve de cet excellent et lumineux texte ! Et si même le cinéma d’action échappe aux ricains, que va-t-il leur rester ? Il y a dans dix minutes d’enquêtes du juge Dee plus d’inventions visuelles que dans la filmographie complète de Michael Bay ! Qu’on se le dise (et répète) !

  • Roggy  says:

    Un film très réussi et des effets de caméra à tomber. D’ailleurs, apparemment la suite sortie cet été est encore mieux !

  • Dirty Max 666  says:

    La foi de Tsui Hark envers le médium cinéma est toujours aussi effervescente. Quelle énergie ! Ton texte rend un magnifique hommage à toute la générosité qui anime ce grand cinéaste. Avec les deux premiers « Il était une fois en Chine » et le monstrueux « The blade », mon Hark favori demeure le sublime « Green snake » où les larmes des deux femmes serpents(Maggie Cheung et Joey Wong,inoubliables)font littéralement fondre le spectateur. Le plus beau poème de son auteur, jadis dispo en VHS dans la collection HK vidéo (et ressorti depuis en dvd, chez le même éditeur).

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