Mother’s Day

Category: Films Comments: 7 comments

Si les fous furieux de chez Troma sont du genre à balancer des geeks déguisés en ballerine dans des barils toxiques ou à imaginer des types pris d’une diarrhée si infernale qu’ils finissent par se chier eux-mêmes, cela ne les empêche pas de rendre hommage à leurs mamans. Enfin, à leur manière, bien sûr…

 

Lloyd Kaufman, patron de la firme Troma en compagnie de son vieil ami Michael Herz, tout le monde connaît, pas la peine de revenir une nouvelle fois sur le curriculum vitae du créateur des Toxic Avenger. Il n’est par contre pas inutile de rappeler que la famille Kaufman comporte un second réalisateur, à savoir Charles, frangin de Lloyd. Inutile de préciser qu’en bon frérot, ce dernier a principalement évolué dans le joyeux monde du cinéma de genre indépendant, signant notamment la comédie When Nature Calls. Mais son titre de gloire, son œuvre la plus connue et reconnue, c’est définitivement le culte Mother’s Day sorti en 1980, soit lorsque la firme radioactive n’était pas encore totalement ce qu’elle est, à savoir le label indispensable du gore et de la comédie furieuse puisque les aventures de Toxie n’existaient pas encore. Cette fête des mères n’est d’ailleurs pas une seule production Troma, qui s’associera à d’autres producteurs pour l’occasion, ce qui en fait une œuvre moins confidentielle que d’autres sorties avant et par la suite, quand bien même le film de Charles Kaufman n’obtiendra pas un succès incroyable lors de sa sortie. C’est avec le temps que Mother’s Day obtiendra son petit statut d’œuvre culte, légèrement oubliée avec les années qui passent, un triste sort guère aidé par le fait que le DVD édité par Sony voilà dix ans n’est, comme le reste de la salve Troma sortie à l’époque, plus facilement trouvable et généralement à des prix assez hauts. Heureusement, un très réussi remake réalisé par Darren Lynn Bousman (les Saw 2 à 4) et qui ne contient finalement que des rapports assez vagues avec son modèle déboulera en 2010 pour redonner un léger coup de projecteur sur l’original. Léger car on connaît la musique: si une nouvelle version permet aux vieux briscards ou aux curieux de se pencher sur un film oublié, la jeune génération n’ira certainement pas planter ses doigts vernis dans la vieille crasse d’antan. Et elle a bien tort car le film de Charles Kaufman est particulièrement réussi…

 

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Abbey, Jackie et Trina sont trois amies de longue date qui ont un rituel qui se profile chaque année, au hasard des mois: l’une d’elle doit effectivement inviter les deux autres par surprise pour qu’elles partent à l’aventure, de manière totalement improvisée. Une façon comme une autre de s’extirper de la pression du quotidien et redevenir des adolescentes farceuses le temps d’un week-end revigorant. Mais voilà, en cette année 1980, notre trio de charme décide d’aller camper en forêt, ce qui comme vous le savez tous est la pire idée possible à réaliser lorsque l’on est un personnage de film horrifique! Cela ne loupe donc pas: à peine la nuit tombée, deux fêlés leur tombent dessus et les kidnappent. Ces deux cramés du bulbe s’appellent Ike et Addley et sont deux bons fils à maman, cette dernière étant aussi tarée que sa progéniture. Nos trois drôles de dames deviennent dès lors les prisonnières de cette famille qui va prendre un malin plaisir à les torturer ou les violer comme si elles n’étaient que de vulgaires poupées de chiffon. Lorsqu’on renifle ce pitch une première fois, on imagine fort bien un nouvel avatar de Massacre à la Tronçonneuse ou tout autre film avec des hillbillies s’amusant à faire souffrir quelques citadins égarés. Et si le scénario rentre clairement dans la catégorie « psychopathes des bois », il ne se résume jamais à cette simple donnée horrifique et tente également, voire avant tout, de faire rire. Guère surprenant pour une production Troma, la firme à Kaufman ayant toujours été partisane du second degré sanglant, même si Mother’s Day joue dans une catégorie encore différente des Toxic Avenger et autres Sgt. Kabukiman NYPD. Ces deux films, exemples parmi d’autres, n’hésitent en effet jamais à tomber dans le délire le plus total et le moins justifié, leur aspect comique prenant le plus souvent le pas sur leur génétique horrifique. Pas de ça dans Mother’s Day qui préfère jouer le difficile rôle d’équilibriste, gardant l’humour dans la main droite et le frisson dans la gauche tout en essayant de ne pas tomber dans la fosse aux crocodiles. Charles Kaufman ne sacrifie en effet jamais la tension et le suspense pour une vanne et préfère user du décalage plutôt que des gags purs et durs. Il filme donc des atrocités (viols, décapitations, passage à tabac de jeunes filles) en leur apportant un coté déphasé qui transmet bien la différence de point de vue entre les deux partis. Les filles, censées, ne voient là qu’une débauche de barbarie et de folie alors que la famille semble prendre tout cela comme un jeu, avec une décontraction évidente.

 

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C’est donc dans le détail que se cache le second degré, via des petites touches rigolotes ici et là, que ce soit des comportements qui font sourire (l’un des deux frères ne peut s’empêcher de pousser de drôles de cris lorsqu’il poursuit les filles) ou des éléments du décor (cette cible dans les toilettes qui permet à nos dégénérés de pisser juste!). Et si l’on se marre souvent, et de bon cœur qui plus est, on n’oublie jamais la dangerosité des lieux et le triste sort des demoiselles, qui ne sont pas épargnées. Certes, tout cela est moins dur et oppressant que la scène du repas dans le film de Tobe Hooper puisque Kaufman s’amuse à pousser ses loufdingues dans un véritable spectacle délirant, mais nous gardons toujours à l’esprit l’aspect putride et sale de l’histoire et quelques scènes sont assez difficiles, comme le viol de l’une des filles, que l’on sent venir mais qui parvient malgré tout à nous prendre par surprise. Car en passant du rire à l’effroi constamment ou en les mélangeant, le réalisateur parvient à déjouer nos attentes à de nombreuses reprises puisqu’il peut lui arriver de nous horrifier là où nous pensions rire un bon coup ou à l’inverse nous amuser alors que nous imaginions voir débouler une scène difficile. Bien déroutante est donc cette guerre des civilisations et des familles, puisque notre trio de malheureuses forme au final une petite fratrie, un combat qui nous laisse légèrement sceptique sur qui nous voudrions voir remporter la bataille. Doué pour créer des personnages, qui sont ici bien croqués et plus profonds que la majorité des victimes égarées que l’on croise dans les autres productions du même genre, Kaufman semble compatir autant pour les victimes que pour les bourreaux. Car si nous ne rions pas du sort réservé à ces dames, toutes les trois assez sympathiques, nous ne voulons pas forcément voir les deux débiles se faire tuer. En grands enfants qu’ils sont, ils ne se rendent guère compte des horreurs qu’ils commettent et sont au fond des victimes de leur mère, aussi folle qu’eux. Persuadée que sa monstrueuse sœur ainée, tuée par leur grand-mère voilà un demi-siècle, est toujours dans les parages et se nourrit d’animaux crevés, la mère entraine ses fils à devenir des machines à tuer pour qu’ils la protègent d’une menace qui semble sortie de son imagination. Ne serait-ce pas là un moyen d’empêcher ses deux garnements de grandir et les garder prêts d’elle ?

 

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Charles Kaufman fut en tout cas bien avisé de rendre ses personnages aussi tarés puisque cela lui permet de nous offrir quelques séquences particulièrement géniales. Comme lorsque la mère tente d’apprendre à ses deux fils comment violer, à grands renforts de reconstitution, demandant à la future victime et les deux crétins de jouer la comédie. Ou encore cette séquence d’entrainement rappelant les Rocky, qui ne montre pas ici un héros en train de devenir un meilleur combattant pour aller arracher la gueule à un costaud méchant mais bel et bien deux enfoirés qui tentent de devenir de meilleurs tueurs! Une idée géniale qui nous montre que le frère de Lloyd Kaufman en avait sous le capot niveau inventivité. Signalons également que, contrairement aux autres films Troma, les acteurs ne sont pas ici des amateurs sans talent qui en font des tonnes. Les comédiens sont à leur place, que ce soit ces crédibles jeunes filles (qui n’ont, toutes les trois, joué que dans très peu de films, quand elles ont fait autre chose) ou ces fous, que ce soit le naïf Michael McCleery (vu dans Une Virée en Enfer) ou le génial (et malheureusement décédé) Frederick Coffin dont la gueule étrange (il faut dire qu’on lui colle un œil crevé et des dents pourries dignes d’un cheval mort) fut souvent utilisé pour jouer les policiers (citons Identity, Wayne’s World ou Echec et Mort). C’est sans doute aux joies de la coproduction que l’on doit ces acteurs mieux castés qu’à l’habitude, car on imagine au vu des autres films Troma que si l’oncle Lloyd s’en était chargé seul le résultat serait diffèrent. Pour ne rien gâcher, quelques réjouissantes scènes gores (décapitation, main lacérée) viennent anoblir ce véritable concentré de cinoche Grindhouse puisque l’on a là un survival qui lorgne aussi du coté des rape and revenge, sans en faire trop dans un style comme dans l’autre et n’oubliant jamais d’avoir une identité propre. Ceux qui ont vu le remake récent peuvent par ailleurs y aller les yeux fermés puisque l’histoire est aussi différente que faire se peut, tout comme le ton qui est nettement moins sérieux et brutal dans cet original, sans jamais renier son essence horrifique pour autant (course-poursuite dans les bois, confrontation sanglante dans le climax). Dois-je encore préciser que nous tenons-là ce qui est probablement le meilleur film Troma et que c’est un pur indispensable pour qui regrette la belle époque des VHS ? Du culte typiquement eighties et une bombe qui nous fait regretter que Charles Kaufman soit désormais un retraité du cinoche de genre qui s’épanouit depuis deux décennies dans la restauration. Il nous aura en tout cas bien goinfré avec son Mother’s Day qui peut en plus se vanter d’avoir l’une des meilleurs fins des années 80. Mais chut, n’en dévoilons rien!

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Charles Kaufman
  • Scénarisation: Charles Kaufman, Warren Leight
  • Producteurs: Michael Kravitz, Charles Kaufman, Alexander Beck, Lloyd Kaufman, Michael Her
  • Pays: USA
  • Acteurs: Frederick Coffin, Michael McCleery, Nancy Hendrickson, Deborah Luce, Tiana Pierce, Beatrice Pons
  • Année: 1980

7 comments to Mother’s Day

  • Mr Vladdy  says:

    Je serais curieux de le voir celui ci surtout qu’on m’en avait déjà parlé. Maintenant, je dois reconnaitre que je n’est pas une très grande culture cinématographique en matière de Troma…

  • Dirty Max 666  says:

    Assurément l’un des meilleurs Troma ! J’adore aussi son remake, un home invasion ultra tendu et très bien écrit(sans compter une Rebecca De Mornay hallucinante !). Et le récent « Father’s day », tu l’as vu Rigs ?

  • Roggy  says:

    Je ne pense pas avoir vu ce Troma, mais comme Max, j’ai bien aimé le remake avec une Rebecca de Mornay chaude et folle à souhait.

  • Jean-Pascal Mattei  says:

    Kaufman l’affirme (sans rire) : ‘Les films Troma sont très très politiques’…
    http://www.arte.tv/fr/rencontre-avec-lloyd-kaufman-troma/6416990,CmC=1554904.html

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