Uncle Sam

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C’est net: William Lustig a un gros problème avec les uniformes. Après avoir craché sur celui de la police en faisant de son psychopathe Matt Cordell un flic furibard, il pisse sur ceux des militaires en ramenant à la vie un soldat mort lors de la guerre du Golf qui préfère creuser des tombes pour les autres plutôt que de pleurer sur la sienne…

 

Les années 90 furent plutôt difficiles pour un Bill Lustig qui régna pourtant sur les années 80 en leur offrant deux beaux maniaques. L’amoureux malheureux Frank Zito tout d’abord puis le flic énervé Matt Cordell par la suite, sans oublier les justiciers en herbe du réussi Vigilante. Mais cette main de fer entretenue dans les eighties finira par perdre de sa poigne dans les nineties, à commencer avec un Maniac Cop 3 qui va mal tourner, le Lustig ne s’entendant guère avec ses producteurs, ce qui le poussera à claquer la porte du commissariat. Une sale expérience qui a de quoi refroidir un artisan pourtant valeureux et qui prouva quelques années auparavant qu’il savait tirer le meilleur parti des budgets riquiquis auxquels il était abonné. Il mettra donc cinq années pour revenir sur les écrans avec une co-réalisation nommée The Expert qui a pour principale caractéristique d’être totalement oubliée et passée inaperçue, cette série B d’action disparaissant quasiment du CV du bonhomme sur certains sites. L’art de passer pour invisible… Beaucoup pensent donc que ce n’est pas cinq années mais sept qui furent nécessaires au vieux Bill pour revenir sur le devant de la scène avec Uncle Sam, qui déboula en VHS et DVD à la fin des années 90 par chez nous. Un petit slasher sorti en 96 et qui est, là encore, assez peu remarqué. Ce sacré Lustig mit pourtant toutes les chances de son coté en rappelant son vieil ami Larry Cohen, réalisateur de plusieurs séries B super sympas (Epouvante sur New York, The Stuff, Le Monstre est Vivant,…) mais aussi scénariste de la saga Maniac Cop et donc partenaire dans le crime du Bill. Malheureusement, leur grand retour sera aussi le dernier pour Lustig qui ne réalisa plus rien par la suite, préférant se concentrer à Blue Underground, son label spécialisé dans les DVD et Blu-Ray bien bis. Voyons donc si le chant du cygne du réalisateur de Maniac mérite l’indifférence qui lui est généralement offerte…

 

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A la guerre, il faut bien entendu se méfier de ses ennemis mais également de ses amis. Et ça le pilote d’hélicoptère Sam Harper n’est pas prêt de l’oublier, lui qui s’est ramassé des tirs alliés dans la tronche alors qu’il était au Kuwait. Une bévue qui le fait revenir aux États-Unis entre quatre planches, ce qui n’attriste guère sa femme et sa sœur qui sont bien contentes d’être enfin débarrassées de cet être violent qui se complaisait dans la terreur qu’il faisait naître chez les autres. Le seul à être attristé par sa disparition est son jeune neveu, Jody, patriote convaincu qui passe le plus clair de son temps à raconter à qui veut l’entendre qu’il sera plus tard un fier militaire comme son oncle Sam. Mais le gosse a fort à faire face à tous les militants anti-guerre qui parsèment son patelin, nombreux étant les adeptes de la paix qui désirent foutre en l’air l’annuel Independance Day. Ce qui ne plait guère au petit Jody mais surtout à son oncle Sam qui va sortir de la tombe pour aller punir ces américains qui osent cracher sur leur armée. Le 4 juillet va être saignant… Sur le papier, nous sommes donc face à un slasher somme toute assez classique qui a pour principale caractéristique de se la jouer satire sociale. C’est d’ailleurs le principal problème du métrage, par ailleurs, Larry Cohen étant visiblement plus concentré sur l’obus qu’il lâche sur le patriotisme américain que sur les aspects divertissants de son script. Il n’y a bien évidemment rien de mal à souligner l’aspect malsain qui découle de cette obsession qu’ont certains pour la guerre, d’autant que ce n’est pas trop mal foutu et que le petit Jody représente bien les dangers que peuvent amener l’infantilisation des arts militaires (le gosse passe son temps avec des jouets G.I. Joe et des bandes-dessinées du même cru). Cohen en profite d’ailleurs pour montrer une image peu flatteuse des soldats, sans oublier de tacler les opposants à la guerre qu’il montre volontairement comme des gens relativement stupides qui utilisent leurs opinions pour faire les casseurs. De même, on saluera quelques séquences plutôt bien vues comme celle soulignant le décalage entre la vision idéalisée et héroïque qu’à un jeune garçon de la guerre et celle, nettement plus douloureuse, d’un vétéran…

 

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L’ennui, c’est que si tout cela est bien joli, cela ne fait pas un film d’horreur. Cela peut éventuellement faire un drame pas désagréable, voire un sympathique documentaire, mais pas un film d’horreur. Et c’est bien là que le bas blesse puisque le slasher ne déboule qu’après trente-cinq minutes molles comme le cul d’une limace et durant lesquelles on finit par douter du réveil du fameux Uncle Sam, qui semble bien décidé à roupiller dans son cercueil. Parler d’un film lent à démarrer serait d’ailleurs en-dessous de la vérité puisqu’on à la sensation qu’Uncle Sam reste tout simplement sur la ligne de départ à attendre qu’on vienne le pousser. Au point qu’on se demande si le fameux oncle Sam va se réveilleur. Peut-être est-il vraiment mort ? Et il n’y a malheureusement rien de pire pour un slasher que de patienter trop longtemps avant de passer aux choses sérieuses… Certes, Lustig et Cohen font des efforts dans cette seconde partie, refilant un costume plutôt sympa à l’oncle Sam, qui arbore déjà à l’origine un visage carbonisé plutôt satisfaisant, avant de l’envoyer éradiquer quelques fêtards du 4 juillet avec une certaine variété dans le choix des pratiques meurtrières. Tronche foutue dans un barbecue, corps empalé sur un drapeau, explosion de feux d’artifices mortelle,… Cohen invente quelques jolis sévices dont l’originalité permet de passer outre le fait que le tout n’est guère gore et a une fâcheuse tendance à donner dans le hors-champ. Un peu frustrant de devoir se contenter de deux ou trois scènes sympathiques seulement lorsque l’on a tout de même attendu près de quarante minutes pour assister à ce pour quoi nous sommes venus… Petit budget, Uncle Sam ne pouvait de toute façon pas se permettre énormément d’effets, d’autant que la majorité du budget (qui est de 2 millions) est sans doute passé dans un final enflammé qui voit une maison exploser suite aux coups de canon répété d’un vétéran décidé à en finir avec ce Sam qui ne veut pas mourir. C’est d’ailleurs dans cette scène pyrotechnique que l’on retrouve véritablement notre Lustig préféré, qui a toujours aimé les grosses flammes.

 

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Comme nous l’avions vu dans les deux derniers Maniac Cop, Lustig apprécie foutre le feu à ses tueurs en série et c’est encore une fois le cas dans cette scène finale assez impressionnante et peut-être la plus réussie du film. C’est en tout cas l’occasion de nous rappeler qui réalise ici car ce n’est pas l’aspect téléfilmesque du reste du film qui nous permettra de faire le lien avec les précédents travaux du monsieur. Non pas que ses précédentes séries B étaient toujours magnifiques, mais nous y trouvions toujours quelques plans marquants et un sens du rythme certain. Deux éléments tristement absents de cet Uncle Sam qui ne respire pas la passion, c’est le moins qu’on puisse dire. Très mécanique dans sa réalisation, le slasher nous donne l’impression que Lustig à réalisé ce carnage comme il mettrait en scène une pub pour un lave-vaisselle, se contentant d’aligner les plans classiques du genre, sans jamais tenter de se renouveler, ne serait-ce qu’un minimum. Du je-m’en-foutisme ? On pourrait presque le penser et on a la sensation que cette nonchalance a été jusqu’à contaminer Larry Cohen, que l’on a connu plus inspiré également. Dialogues médiocres et peu recherchés, structure slasherienne qui se contente de s’aligner sur les standards du genre (alors que les Maniac Cop parvenaient à offrir des séquences inédites), personnages vides,… Si le réalisateur de Meurtres sous Contrôle n’a pas toujours été le plus inspiré des scénaristes, il nous a tout de même habitués à plus courageux que ce script en pilotage automatique…

 

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On comprend donc mieux la relative indifférence dans laquelle nage le film depuis sa sortie, il y a un peu moins de vingt ans. De plus, outre ses défauts naturels, le film eut la mauvaise idée de sortir en pleine période Scream. Ce qui semble être une bonne chose dite comme ça puisque le public était alors friand de slashers, mais pas franchement de ceux qui gardaient un pied bien ancré dans les années 80, Uncle Sam n’ayant rien de moderne ou « méta » pour pouvoir séduire le public de l’époque. Un défaut pour certain, une qualité pour d’autres, reste que ce dernier Bill Lustig peinera à convaincre le public récent comme le plus ancien. Trop vieillot pour les jeunes, Uncle Sam souffrira forcément de ses ainés réalisés par Lustig aux yeux des bisseux plus âgés, qui en prime regretteront que le DVD sorti chez nous soit digne d’une VHS fatiguée. Vous noterez tout de même que Blue Underground en a sorti un Blu-Ray, ce qui est plutôt logique, mais de là à vous encouragez à tenter l’expérience… Car en dépit d’un casting sympa (Bo « La Horde Sauvage » Hokins, Isaac « New-York 1997 » Hayes, P.J. « Halloween » Soles ou encore Robert Forster, habitué de Lustig vu dans Vigilante et Maniac Cop 3) et d’un bodycount élevé (une bonne douzaine de morts, même s’ils arrivent presque tous dans les vingt dernières minutes) qui permet d’esquiver in extremis l’insignifiance totale, cet Uncle Sam n’est à conseiller qu’aux amoureux les plus acharné du slasher (qui s’ils en cherchent un aux accents militarisés devraient plutôt s’envoyer le nettement meilleur The Prowler), à ceux qui veulent de l’horreur liée aux horreurs de la guerre (et à qui l’on conseillera plutôt le très bon Le Mort Vivant de Bob Clark) et aux complétistes de Lustig, qui signe là une fin de carrière particulièrement décevante.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: William Lustig
  • Scénarisation: Larry Cohen
  • Producteurs: George G. Braunstein
  • Pays: USA
  • Acteurs: Isaac Hayes, Christopher Ogden, David Fralick, Leslie Neale, Bo Hopkins
  • Année: 1996

4 comments to Uncle Sam

  • Dirty Max 666  says:

    Pas encore vu ce Lustig là qui, sur le papier, a l’air intéressant (le réal et le scénariste de « Maniac cop » de nouveau réunis pour pondre un slasher satirique et insolent). Mais visiblement, le résultat n’est pas à la hauteur…Je préfère donc me revoir « Maniac » et « Vigilante »…

  • Roggy  says:

    Je confirme que ce film n’est pas trop au niveau, surtout pour un William Lustig. Pourtant, le concept aurait pu être sympa et aurait pu engendrer une franchise et un nouveau boogeyman.

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