The Bay

Category: Films Comments: 10 comments

Vous êtes un jeune ado et votre mère vous les brise en vous forçant à vous laver alors que vous avez juste envie de rester le cul dans votre divan à jouer à Call of Duty ? Montrez-lui The Bay de Barry Levinson et vous pouvez être sûrs qu’elle ne vous collera plus sous une douche pour les dix prochaines semaines…

 

De temps à autres, lorsque l’alignement des planètes le veut bien, autant dire tous les dix-sept ans, un réalisateur jugé comme respectable se lance dans la bassine ensanglantée du cinéma horrifique. C’est au tour de Barry Levinson, réalisateur de Rain Man, Good morning Vietnam ou encore Sleepers de s’y mettre. Pas franchement un nouveau venu dans le petit monde du fantastique puisqu’on lui doit déjà le réjouissant Le Secret de la Pyramide et son Sherlock Holmes en culottes courtes et le bien plus oubliable Sphère. D’ailleurs, qui s’en souvient ? Mais le Barry met cette fois les pieds dans un plat nettement plus sale, son The Bay (qui n’est pas un biopic de la vie de ce grand auteur qu’est Michael Bay) étant particulièrement corsé. Car oui, l’un des films les plus crades de ces dernières années est réalisé par ce metteur en scène oscarisé, ce qui a de quoi surprendre. Il faut par ailleurs souligner que lorsqu’un réalisateur n’ayant à priori que peu d’atomes crochus avec le genre se lance dans l’aventure, c’est généralement pour délivrer un message écologique. On se souvient tous de l’incursion faite par John Frankenheimer (Le Prisonnier d’Alcatraz, French Connection 2, Ronin avec Robert de Niro) avec Prophecy qui soulignait déjà, en 1979, les dangers de la pollution en créant un ours mutant et meurtrier. Même crédo pour Levinson qui avec The Bay va nous rendre mal à l’aise à chaque fois que nous boirons un verre d’eau ou que nous nous laverons les mains. Une commande à la base, le réalisateur se voyant offrir l’opportunité de réaliser un documentaire sur les évènements survenus dans la baie de Chesapeake, premier endroit de la planète à avoir eu l’insigne honneur d’être déclaré « zone marine morte ». La vie ne peut en effet pas s’y développer, à cause de la pollution mais aussi d’algues trop épaisses empêchant le soleil d’atteindre les fonds des eaux, sans oublier le manque d’oxygène des eaux expliquant ce manque de vie. Jugeant que de très bons docus existent déjà sur le sujet, Levinson préfère s’inspirer de ces faits pour les mélanger à d’autres et créer une œuvre de fiction nouvelle.

 

bay4

 

Partant de faits réels, Levinson nous longe donc dans la baie de Chesapeake, le réalisateur gardant les lieux, installant son intrigue lors de la fête du 4 juillet 2009, histoire de faire plus de victimes et le plus rapidement possible. Le jour de l’indépendance va effectivement être ruiné par une bactérie qui semble se propager dans l’eau et va contaminer tous les habitants. Cloques et pustules apparaissent dans un premier temps avant que la chair et les os ne soient rongés dans un second pour que ces délicieux symptômes ne se terminent pour laisser place au clou du spectacle: les langues ne font pas que se délier mais tombent carrément tandis que les intestins semblent se faire la malle. Mais il semblerait que le responsable de cette catastrophe soit un insecte, l’isopode, qui aurait muté suite à la pollution de la baie, qui récupère toutes les merdes de poulets de l’élevage du coin. Et éviter le malheur sera particulièrement difficile, les habitants ayant quasiment tous fait trempette dans la flotte… Pour illustrer son récit, Levinson choisit une technique qui n’a jusqu’à présent pas fait que des heureux, à savoir celle du found-footage. Popularisé par le chiantissime Paranormal Activity d’Oren Peli, le procédé semble ne pas vouloir quitter nos écrans. Il faut dire que ça ne coûte rien alors que ça peut rapporter gros, le public étant visiblement friand des caméras qui bougent dans tous les sens et ne montrent rien. Une mode, un mauvais moment à passer, mais qui commence à s’éterniser. Il est par ailleurs bien difficile de trouver un bon film du genre, la majorité étant d’un ennui sans nom, quand ils ne vous collent pas une migraine de tous les diables. Mais de ce cinéma Youtube peut parfois naître quelques bonnes surprises et, joie !, The Bay en fait partie.

 

bay3

 

Plus malin que les Oren Peli et autres amateurs du caméscope, de la webcam et du téléphone portable, Levinson décide d’utiliser le procédé intelligemment. Ici, c’est l’histoire qui dicte la mise en scène en found-footage et non l’inverse, ce qui le rend déjà diffèrent de ses collègues à la V/H/S et consorts. The Bay prend donc les traits d’un documentaire créé à partir de différentes vidéos: celles de journalistes amateurs, d’une petite fille qui attend aux urgences, de médecins en visioconférences, d’un couple naviguant sur les eaux, de la caméra posée sur la voiture de flics,… Les points de vue sont divers et variés, le récit sautant sans cesse de l’un à l’autre, donnant un certain dynamisme au montage. Car suivre ces personnages séparément, chacun à leur tour, serait d’un ennui mortel (et serait comme tous les found-footage, donc) et n’aurait que peu d’intérêt, ne donnant que des courts-métrages reliés entre eux mais ennuyeux au possible. Là, non seulement ça permet de garder un certain rythme (le rythme étant l’ennemi du found-footage, c’est bien connu) mais en plus ça sert la narration puisque nous pouvons assister à l’évolution des choses avec une vue d’ensemble. Tous les personnages s’inquiètent juste un peu de ces quelques boutons au début pour commencer à souffrir atrocement après quelques heures avant que le tout ne vire au cataclysme sanitaire. The Bay a en prime le mérite de nous mettre de tous les cotés de l’horreur: nous vivons autant avec les victimes, de pauvres infectés qui ne comprennent pas ce qui leur arrive, qu’avec les médecins qui tentent de les sauver ou les autorités qui doivent contenir cette panique naissante. On ne s’ennuie jamais, et surtout pas lors des séquences réservées aux scientifiques qui vont de révélations en révélations et découvrent que la cause de tout ce mal est la pollution qui aura fait muter un isopode, une sorte de cloporte des mers. Le montage est clairement capital dans un film comme celui-ci et le pari est gagné à ce niveau, tout se suit parfaitement, se mélange sans heurts et ressemble vraiment à un documentaire. Car The Bay ne marche pas dans la même catégorie que la plupart des films d’horreur.

 

bay2

 

Dans la majorité des œuvres du genre, nous suivons des personnages durant une heure-et-demie, nous souciant de leur sort pendant un temps imparti et puis c’est fini, une fois le DVD recraché par notre mange-disque on n’y pense déjà plus. Levinson a fait un film d’une autre catégorie: on se fout des personnages. Et nous ne sommes de toute façon pas invités à nous soucier de leur sort, les humains étant ici moins importants que ce qui leur arrive. Pas de caractérisation particulière, si ce n’est pour l’assez agaçante journaliste, le scénario se concentrant sur la catastrophe écologique. La vocation de The Bay est donc de nous faire prendre conscience que tout ce qui se passe dans le film pourrait bien nous arriver un jour ou l’autre si nous ne prenons pas plus soin de notre eau. Et pour ce faire, Levinson décide de taper fort, ses isopodes faisant passer de sales quarts d’heures aux personnages, et aussi aux spectateurs qui auront sous les yeux un spectacle à vous dégouter de boire un coup d’eau du robinet. Car si Mimi Cracra l’eau elle aime ça, elle va réellement devenir cracra une fois qu’elle aura cette sympathique bestiole dans le corps. Rien ne nous est épargné: des photos de jambes sans chair à la sortie d’un isopode de la gorge d’un malheureux, de l’intérieur d’un poisson rempli de larves à un dos envahi par les pustules. Tout cela est donc fort sale et vous ne regarderez plus la flotte de la même manière à la sortie du film, je vous le garantis. Le film ne s’articule donc pas sous l’angle classique du « regardez ce qu’il est arrivé à ses personnages » mais bel et bien sous celui du « regardez ce qui pourrait VOUS arriver ». On tombe dans le « et si », un « et si » pas si improbable que ça puisque comme dit plus haut la fameuse baie a déjà eu des emmerdes et que l’isopode est une créature qui existe vraiment. Allez faire un tour sur Google Images et venez me dire si vous aimeriez retrouvez ces saloperies dans votre maillot lorsque vous allez à la mer, tiens!

 

bay1

 

Le « méchant » du film est donc réussi et se classe sans trop de problèmes comme l’un des pires salopards du cercle très fermés des insectes dégueulasses que l’on ne veut jamais retrouver sous son lit. Bien sûr, Levinson grossit le trait et il est peu probable qu’on se retrouve un jour avec un isopode en train de nous ronger la langue (du moins, je l’espère). Mais le coup de poing qu’il nous assène a en tout cas le mérite de nous réveiller, sans doute plus efficacement que s’il s’était contenté d’un simple documentaire sur les algues et le manque d’oxygène de la baie. Sans avoir fait un chef d’œuvre, car il ne faut tout de même pas pousser mémé dans le baril radioactif, Levinson nous propose là un film qui nous laisse songeur tout en étant divertissant, car c’est avant toute chose un très bon film de monstres, qui utilise du « gore réel » qui ne vous poussera pas à passer à table. Allez Barry, laisse tomber ces films fait pour plaire à mes tantes et viens nous en dire plus sur tes copains les isopodes, ces petits bâtards ont l’air passionnants !

Rigs Mordo

 

 

bayposter

 

  • Réalisation: Barry Levinson
  • Scénarisation: Michael Wallach
  • Producteurs: Jason Blum et Steven Schneider
  • Pays: USA
  • Acteurs: Kether Donohue, Will Rogers, Frank Deal, Kristen Connolly, Stephen Kunken
  • Année: 2012

10 comments to The Bay

  • Dirty Max 666  says:

    Pas de doute, il faut que je vois ce film ! Et pourtant, y en a marre du found-footage (du « cinéma Youtube » : bonne définition, Rigs). Mais « The bay » a l’air suffisamment cracra et secouant pour convaincre.

  • Roggy  says:

    Un film sympathique mais dont le concept s’essouffle sur la longueur malgré quelques séquences réussies. Il me semble que Levinson aurait pu aller encore plus loin dans le cracra et utiliser encore mieux les différentes caméras.

  • Roggy  says:

    Dans le même style, mais en beaucoup, beaucoup moins bien, il y a « Parasites » qui traite un peu du même sujet (sans found footage).

  • Roggy  says:

    Non, en fait, c’est un film de Gabriel Cowan de 2009. D’ailleurs, je ne connais pas ce film de Charles Band avec Demi Moore !

  • Mr Vladdy  says:

    Comme je te le disais sur Facebook, le film n’est pas inintéressant. Il y à de bonnes idées c’est juste que j’ai vraiment trop de mal avec le found footage… C’est con pour une fois que le procédé ne servait pas à filmer que du vide 😛

Leave a reply Cancel reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>