The Asphyx, l’esprit de la mort

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L’immortalité, une obsession pour bien des savants fous, tous désireux de modifier les plans d’un Seigneur qu’ils jugent trop radin. Mais à quel prix ? The Asphyx essaie de répondre à ces questions via le prisme de l’horreur gothique made in England.

 

Si la Hammer tente de revenir avec quelques films aux qualités diverses et variées (La Dame en Noir c’est très bien, Wake Wood un petit peu moins…), fut un temps où elle régnait en maître sur le fantastique, au point d’avoir des petits cousins qui tentaient de prendre une petite part du gâteau. Peter Newbrook est de ceux-là et compte bien avec The Asphyx voler la vedette aux Peter Cushing et Christopher Lee. Aussi connu sous les noms Spirit of the Dead et The Horror of Dead (dans le genre générique, ce titre fait fort), le film est sorti en 1973 soit pile au moment où la firme britannique commençait à perdre de la vitesse. Chance ou malchance, car si l’on peut prendre la relève, il se peut aussi que le public assimile The Asphyx aux Hammer et ne fasse pas la différence. Ce qui est souvent le cas, les similarités entre le film de Newbrook pouvant facilement être mêlés à ceux des Terrence Fisher, Peter Sasdy, Val Guest et autres Freddie Francis…

 

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On pourrait même s’y tromper sur la seule base du script, qui aurait pu être aussi bien celui d’un Frankenstein de la firme au marteau. Cette fois, c’est un scientifique s’amusant à prendre des photos de morts qui se rend compte qu’une étrange tache noire semble s’échapper des mourrants. Après recherches avec son fils adoptif (qui veut se marier avec la fille de son père d’adoption par ailleurs, une sacrée famille), il découvre qu’il s’agit probablement de l’Asphyx. Qu’est-ce que l’Asphyx vous allez me dire ? J’ai envie de vous répondre que c’est un génial groupe de death metal hollandais mais vous me direz que c’est pas le propos, et vous aurez bien raison. Chez les grecs, l’Asphyx est une sorte de spectre qui s’échappe du corps lorsque votre mort approche. Si vous l’enfermez, plus rien ne pourra vous tuer et l’immortalité sera à vous. Une découverte qui tombe bien puisque le fils et la nouvelle petite amie de notre scientifique Sir Hugo viennent de se tuer en se noyant dans un lac crasseux. Une bonne raison pour avoir soudainement peur de la mortalité et tenter de prolonger sa misérable existence ad vitam eternam. Une obsession qui va bien entendu prendre des proportions inquiétantes car, comme chacun sait, jouer aux dieux n’est jamais sans conséquences dans le cinéma fantastique…

 

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On a là le scénario de la majorité des Frankenstein de la Hammer, avec moins de nihilisme et plus de bons sentiments malgré tout. Mais la comparaison s’arrête là puisque formellement nous sommes loin de la classe des films de Terrence Fisher. L’image est assez terne, les plans ne cadrent l’action ou les personnages que lorsqu’ils le veulent bien et les décors, bien que sympathiques, n’ont pas le charme des productions Hammer. Bref, niveau réalisation, c’est pas ça du tout, il y a un manque évident de maitrise de la part de Peter Newbrook. Pourtant lorsqu’on regarde le CV du bonhomme, on se rend compte qu’il a bossé sur de nombreux films, certains étant bien prestigieux comme il faut comme Laurence d’Arabie. Il est également le directeur de la photographie sur The Black Torment, un film gothique des années 60. Mais il se trouve que The Asphyx est son unique réalisation, première et dernière à la fois. Cela se ressent, il est évident qu’il n’est pas toujours très à l’aise, surtout dans les scènes de dialogues, assez peu passionnantes, la faute à une mise en scène qui ne montre pas toujours les gens qui sont en train de causer. Du moins, ça, c’est ce que l’on est en droit de penser de prime abord. Car les défauts énumérés ne sont pas réellement la faute du réalisateur mais plutôt des éditeurs du DVD. The Asphyx est en effet l’un des rares films à avoir été tourné en Todd-AO 35mm, un procédé qui n’eut qu’une courte vie. Il est probable que cela n’a pas facilité des transferts qui ont recadré le film, qui passe au format panoramique. C’est le cas de l’édition Neo Publishing, qui servit à faire cette chronique… Difficile d’apprécier la plastique du film dans ces conditions et de se faire une idée réelle de la valeur visuelle du film…

 

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Si la forme de The Asphyx est difficile à juger, il nous reste le scénario qui est de son coté assez réussi. Certes, on devine sans trop de peine la fin du film, mais nous tenons tout de même à voir la déchéance de cet homme brillant et l’on a envie de savoir jusqu’à quel point sa famille va subir les conséquences de ses expériences. Loin d’un baron Frankenstein qui se fiche complètement de ceux qui l’entourent, Sir Hugo Cunnigham a une famille à laquelle il tient d’autant plus qu’il vient de perdre son fils de sang. Il y a donc une réelle détresse qui émane de cet homme, qui serait prêt à traverser le Styx pour offrir aux siens une vie sans fin. Et scientifiquement, cela fera également de lui un demi-dieu… Bien entendu, la chute n’en sera que plus douloureuse, d’un pessimisme obligé. L’atmosphère est donc prenante de lourdeur, les acteurs plutôt bons (notons l’habitué Robert Powell, vu dans Harlequin), la musique bien foutue et les séquences avec l’Asphyx peuvent prêter à rire mais ont un coté kitsch qui fait plaisir, préfigurant même les effets de Ghostbusters, dix ans plus tard. L’Esprit de la Mort est donc un film à conseiller aux aficionados du gothique anglais de l’époque, qui auront là une alternative fort sympathique aux productions de la Hammer. Dommage qu’il soit difficile de trouver le film dans des conditions optimales car, sans cela, il pourrait même se hisser au niveau des Frankenstein avec Peter Cushing.

Rigs Mordo

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  • Réalisation: Peter Newbrook
  • Scénario: Brian Comport
  • Titres alternatifs: Spirit of the Dead, The Horror of Death
  • Production: John Brittany
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Robert Stephens, Robert Powell, Jane Lapotaire
  • Année: 1972

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